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Eggly Jacques-Simon · Nationalrat · 2000-10-05

Eggly Jacques-Simon · Nationalrat · Genf · Liberale Fraktion · 2000-10-05

Wortprotokoll

Les libéraux sont contre toutes les idéologies totalitaires, que ce soient des idéologies d'Etat dominantes ou que ce soient des idéologies marginales. Les libéraux n'ont jamais compris la complaisance de certains milieux de droite ou dits de droite, envers les dictateurs, de Mussolini à Pinochet. Ils n'ont pas d'avantage compris la complaisance, encore aujourd'hui, de certains milieux de gauche envers des dictateurs, de Staline à Fidel Castro. Hitler voulait l'élimination des juifs parce qu'il voulait l'établissement d'un seul modèle d'homme. Staline voulait l'élimination des non-communistes, puis des non-staliniens, y compris des juifs s'ils s'affirmaient comme tels, parce qu'il voulait l'établissement d'un seul modèle d'homme. A la fin, la perversité humaine, l'horreur programmée, sont les mêmes. Sartre et les communistes occidentaux, en jouant les aveugles, ne valaient pas mieux que Brasillach et autres intellectuels fascisants. Brasillach était un salaud, Sartre était un salaud.

Partant de là, les libéraux sont farouchement pour les droits de l'homme, sans jugements à géométrie variable, et contre tout ce qui nie les fondements de la démocratie. Et ici encore: nous ne faisons pas de différence entre l'extrémisme de droite et l'extrémisme de gauche. Hier - et peut-être demain, ça se répétera -, c'était l'extrémisme de gauche qui était la menace, c'étaient les Brigades rouges qui ont failli mettre à bas l'Etat démocratique italien avec tous les prolongements imaginables dans d'autres pays, comme la Suisse. Aujourd'hui, c'est l'extrémisme de droite, mais le Conseil fédéral et les vrais démocrates doivent avoir en continu la même vigilance.

Cette vigilance et cette résistance demandent de notre part un comportement de respect des institutions, des hommes et des femmes qui les composent. A cet égard - et je le dis [PAGE 1167] ici tout à fait franchement à certains -, les libéraux craignent les discours de dénigrement et de méfiance systématique à l'égard de la classe politique, qui affaiblissent le lien consubstantiel nécessaire entre le peuple et la démocratie. Ils craignent les discours antiétrangers, les discours à connotation raciste et naturellement l'antisémitisme rampant. Cela étant, dans la lutte contre l'extrémisme, il faut savoir raison garder, prendre la juste mesure de la menace, dont on ne nie pas les germes. Ne pas dramatiser non plus dans une logique d'exploitation politique. C'est toujours le dilemme: minimiser la menace et minimiser les perversités intellectuelles et idéologiques, c'est dangereux. Exagérer, exploiter excessivement, c'est dangereux aussi. On ne doit d'ailleurs pas perdre de vue, dans ce débat, malgré tout, le principe de liberté d'expression et l'espace qu'il suppose.

Les libéraux ne pensent pas qu'il y ait des mesures urgentes, massives à prendre pour l'instant, mais ils pensent qu'il faut appliquer strictement les lois, raffermir l'opinion, notamment par l'instruction civique dans les écoles sur nos valeurs démocratiques, garder ainsi la vigilance voulue et être prêts à des réactions plus fortes si le phénomène de l'extrême droite devait prendre décidément de l'ampleur en Suisse. En un mot: pour les libéraux, qui ne font pas de la défense de la démocratie, des droits de l'homme et de la lutte contre tout ce qui les menacent une sorte de position politique à géométrie variable, il faut toujours et en continu lutter contre tous les extrémismes.

C'est dans cet esprit, Madame la Conseillère fédérale, que nous apportons notre appui à votre position et à votre projet: pour le moment, pas de mesures exceptionnelles, notamment législatives, mais une vigilance accrue pour lutter contre les extrémismes.