Huguenin Marianne · Nationalrat · 2007-03-08
Huguenin Marianne · Nationalrat · Waadt · Fraktionslos · 2007-03-08
Wortprotokoll
J'ai participé, jeune femme, en 1975, au congrès de l'Alliance de sociétés féminines suisses qui, à Berne, a décidé de lancer l'initiative populaire pour inscrire dans notre Constitution le principe de l'égalité entre femmes et hommes. C'était un congrès enthousiaste, combattif, représentant des femmes de tendances politiques, de milieux sociaux extrêmement divers: des femmes des milieux paysans, des syndicalistes, des femmes venues des Eglises, des femmes de gauche, des femmes de droite. C'est à la quasi-unanimité que ce congrès avait voté en faveur du lancement de l'initiative populaire qui a permis d'inscrire dans notre Constitution le principe de l'égalité entre femmes et hommes. Il l'a voté malgré une intervention en force d'un représentant du Vorort venu dire avec beaucoup de paternalisme qu'une telle initiative était inutile, voire nuisible, qu'il fallait laisser faire l'économie et que principalement la place des femmes était à la maison.
Nous sommes plus de trente ans après. Ces trente ans ont été marqués par une lente et obstinée avancée des droits des femmes - au niveau des principes, en tout cas. Mais ils ont aussi été marqués par des obstacles, par la glu de la réalité, par la mauvaise foi, par la résistance larvée tout aussi obstinée des milieux représentant l'économie, qui résistent de toutes leurs forces à une intervention de l'Etat dans leurs relations avec leur personnel, pénalisant par ailleurs ceux des leurs qui mènent une politique progressiste et ouverte.
Onze ans après l'entrée en vigueur de la loi sur l'égalité, force est de réaliser que les inégalités persistent. Parmi les 19 pays industrialisés, l'OCDE classe la Suisse comme l'un de ceux où la disparité des salaires est la plus forte. Au rythme actuel, il faudrait attendre cinquante ans pour obtenir l'égalité des salaires. En dix ans, 296 décisions en matière d'égalité ont été rendues seulement, avec un bilan peu concluant, à l'exception très heureuse de la victoire, qu'il faut rappeler, du personnel soignant zurichois en 1996 qui, avec sa plainte collective, a touché 280 millions de francs de rattrapage. Les obstacles sont nombreux pour les femmes qui veulent porter plainte, ils ont été évoqués ici: discrimination salariale, mobbing et licenciements suite à leur plainte. Les interventions parlementaires sur lesquelles le Parlement doit se prononcer cherchent toutes à faire avancer les choses, à se doter des outils nécessaires. La lecture des titres de ces interventions énumère ces outils. En bref, il s'agit de mener une politique proactive dans ce domaine, selon le modèle législatif québécois qui a fait ses preuves.
Le Parlement va donc se prononcer sur 10 motions et 7 postulats. A l'exception d'un postulat accepté, le Conseil fédéral refuse toutes ces interventions. Trente ans après le congrès mentionné de Berne, nous entendons dans ce Parlement les mêmes rengaines, la même volonté de banaliser les inégalités qui persistent, les mêmes combats d'arrière-garde, les mêmes milieux patronaux, relayés dans ce Parlement et au Conseil fédéral, qui ne veulent surtout pas que l'Etat s'en mêle ni qu'il protège celles et ceux qui agissent.
Pour notre part, nous voterons en faveur des interventions déposées, sauf pour celle de Monsieur Wehrli, et j'ai envie d'en dire un mot, non pas parce que c'est un homme, non pas parce qu'il appartient au groupe démocrate-chrétien, mais parce que sa proposition est ambiguë. Nous pouvons adhérer parfaitement à sa volonté de renforcer les actions et les moyens du Bureau de l'égalité entre femmes et hommes pour l'intégration des femmes migrantes, mais pas en démantelant ses bureaux, pas en lui faisant renoncer à ses autres activités. [PAGE 142]
L'égalité ne peut pas se faire seulement dans la Constitution ou dans les lois. Elle doit entrer dans la vie de tous les jours, dans la vie de tout le monde. Et pour qu'elle y entre, il faut du volontarisme politique, volontarisme d'autant plus nécessaire que la compétitivité exacerbée de notre société défavorise toujours le plus faible et que le respect, valeur que Monsieur Wäfler a mentionnée et que nous demandons aussi, implique des lois, des moyens pour les appliquer, pour résister au mercantilisme et à l'individualisme ambiant.
Permettez-moi une citation. Rebecca West, journaliste et romancière anglaise, disait: "Je n'ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais, c'est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson." En ce 8 mars, j'espère que toutes les femmes de ce Parlement refuseront de se laisser confondre avec un paillasson et que nombreux seront les hommes détenteurs encore de la majorité des pouvoirs - politique, administratif, juridique, mais surtout économique - soutiendront les femmes. Dans cette lutte des femmes pour plus d'égalité, ils n'ont que leurs privilèges à perdre, mais un monde à gagner avec des femmes à côté d'eux, simplement.