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Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2007-03-08

Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2007-03-08

Wortprotokoll

En général, j'évite d'évoquer mon valeureux passé politique, mais je ferai aujourd'hui une fugace exception. En effet, j'ai commencé ce que j'hésite à nommer ma "carrière" à la fin des années 1950 par un engagement marqué en faveur de l'égalité entre femmes et hommes, avant même d'avoir le droit de vote. Aujourd'hui, au moment où je m'apprête à y mettre un terme, je n'irai pas jusqu'à dire que rien n'a changé, mais je retrouve toute la fougue de ma jeunesse pour, une fois encore, m'indigner des discriminations qui demeurent et de la mollesse des mesures prises.

Les femmes représentent la moitié de la population mondiale et fournissent les deux tiers des heures de travail, mais elles ne gagnent que le dixième du revenu mondial. Face à cette injustice, nous n'entendons que ce vieux refrain de cinquante ou cent ans: informer, sensibiliser, encourager, et les choses s'arrangeront d'elles-mêmes. Or, nous savons pertinemment que cela ne suffira pas.

Dans le rapport du Conseil fédéral concernant l'évaluation de l'efficacité de la loi fédérale sur l'égalité entre femmes et hommes, les auteurs formulent des recommandations bienvenues qui ont été reprises dans beaucoup des interventions que nous voterons tout à l'heure. On est rassuré par cette lecture: quelque chose va bouger, enfin! Hélas, on déchante rapidement en abordant la partie consacrée à la position du Conseil fédéral. Pratiquement rien de ces recommandations ne résiste à ses critiques et à ses refus: ces mesures sont trop chères; elles empiètent trop sur la liberté des entreprises; l'orientation doit être incitative et non répressive.

En définitive, que nous apprend ce rapport? Que la loi n'est pas appliquée, ni par les employeurs ni par les tribunaux, en partie parce qu'elle est ignorée. On apprend qu'elle n'a apporté aucun progrès décisif, mais on note aussi, avec soulagement, qu'elle n'a pas non plus contribué à dégrader la situation. On apprend surtout que les salaires continuent désespérément à être de 15 à 25 pour cent inférieurs à ceux des hommes. Retour à la case départ! C'est un constat pessimiste, mais il pourrait être plus déprimant encore, car j'ai peur, en effet, qu'on entre dans une phase de recul.

La situation des femmes, notamment dans le travail, est devenue plus compliquée, plus opaque, plus précaire. Avec la tendance à l'individualisation des salaires, à la flexibilisation du travail, les femmes sont perdantes: le mérite se mesure à l'aune des critères masculins. Les discriminations passent plus facilement inaperçues, y compris pour les femmes qui en sont victimes; elles ne sont plus le résultat d'atteintes frontales; c'est moins spectaculaire, mais c'est plus pervers.

L'invisibilité, c'est le terme qui convient aussi pour parler des femmes au chômage ou en recherche d'emploi, des femmes au travail à temps très partiel ou sur appel, des femmes vouées au travail bénévole, des femmes immigrées qui veillent sur nos enfants, sur nos parents âgés, qui nettoient nos maisons ou nos bureaux.

Je ne voudrais pas finir dans une morosité trop grande. En cinquante ans, nous avons aussi eu des victoires: l'assurance-maternité, l'interruption volontaire de grossesse, des mesures de lutte contre la violence domestique, de meilleures allocations familiales et des crédits pour les places d'accueil pour les enfants. Mais surtout, les femmes sont fortes. Elles refusent d'être traitées en victimes, elles peuvent se mettre debout et avancer comme elles le font aujourd'hui partout dans le monde. Nous nous battrons pour de nouvelles victoires et nous commencerons par voter en faveur des diverses interventions parlementaires qui vont dans le sens de l'égalité.