Marty Dick · Ständerat · 2000-09-28
Marty Dick · Ständerat · Tessin · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2000-09-28
Wortprotokoll
Quelques réflexions de mes collègues m'induisent à mon tour à intervenir brièvement. Je me demande si, après avoir entendu certaines interventions, je n'ai pas une conception un peu démodée de la politique. Je crois qu'en politique, si on a raison, on n'est pas nécessairement dans le juste. Avec ça, j'aimerais dire que formellement, on a peut-être raison de dire qu'il faut repousser l'initiative - mais cela n'est plus en discussion aujourd'hui, on n'est pas en train de discuter l'initiative, on est en train de discuter du contre-projet. On pourrait dire aussi que, formellement, le contre-projet n'a pas de raison d'être, mais je crois que politiquement, c'est faux. Et c'est faux de raisonner d'une façon tout à fait formelle.
Je crois qu'on devrait avoir des visions et un plan d'actions à long terme, et je crois que pour une fois le Conseil fédéral a une vision de la politique étrangère, il a fixé un but stratégique. Quand on dit "un but stratégique", cela ne veut pas dire que l'on va réaliser ce but immédiatement. J'ai l'impression qu'aujourd'hui, on est face à deux fronts tout à fait cristallisés, et peut-être qu'on ne se donne même plus la peine de lire vraiment ce que dit ce contre-projet. Dans les interventions que je viens d'écouter, on n'est même pas d'accord sur le sens qu'aurait un rejet de l'initiative. Pour d'aucuns, ça voudrait dire que le but même, stratégique, de l'adhésion n'est plus valable, alors que pour d'autres il resterait valable.
Voilà pourquoi je crois que le Parlement a une occasion, aujourd'hui, de dire au Conseil fédéral qu'il partage sa vision, selon laquelle la Suisse ne peut pas rester étrangère au processus, qui est un processus historique irréversible, d'unification de l'Europe. C'est une vision qu'ont eue les Suisses - qui n'étaient pas vraiment Suisses -, les différents peuples d'avant 1848, pour former la Suisse.
La Suisse, Monsieur Merz, pour moi, n'est pas un produit. Pour moi, la Suisse a été une vision qui est devenue une idée, et ensuite une réalité, et aujourd'hui elle est surtout une volonté. Une volonté qui doit être réaffirmée jour après jour, car je ne crois pas que la Suisse soit un produit accompli. La Suisse est une volonté qui doit être réaffirmée à chaque pas que nous faisons, parce qu'elle a toujours et encore quelque chose d'aléatoire.
Nous perdons aujourd'hui une occasion en n'adoptant pas ce contre-projet, celle de participer en tant que Parlement - comme l'a affirmé M. Cottier - à la définition de la politique étrangère, et de soutenir le Conseil fédéral dans ce but stratégique.
Lisons encore ce contre-projet, qui prévoit que le Conseil fédéral prépare les négociations d'adhésion, qu'il soumet au Parlement un rapport sur les conséquences institutionnelles et qu'en fonction des intérêts de la Suisse, le Conseil fédéral propose au Parlement les réformes nécessaires. Il ne s'agit nullement de décider l'adhésion, il s'agit d'exprimer notre soutien à une politique qui est connue maintenant depuis pas mal de temps. Même un parti gouvernemental, il y a deux ans, a crié haut et fort "Europe! Europe!" et aujourd'hui, je constate que ceux qui criaient "Europe! Europe!" sont tout à fait silencieux et passifs.
Je crois donc que nous commettons une erreur en n'adoptant pas ce contre-projet.