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Couchepin Pascal · Bundesrat · 2007-09-25

Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2007-09-25

Wortprotokoll

Comment assure-t-on la compréhension entre communautés, qu'elles soient linguistiques, ou religieuses, ou autres? Tout d'abord, je crois qu'il faut que chacun assume sa culture et soit fier de sa personnalité, que chacun soit reconnu dans sa personnalité. Ensuite, il faut qu'il y ait un minimum de compréhension [PAGE 788] mutuelle et, si possible, que ce minimum aille assez loin. Mais avant tout, il faut une certaine bienveillance souriante. Si on commence à vouloir régler les problèmes entre communautés linguistiques ou religieuses différentes à coup de lois, d'interdictions et d'obligations, on finit très rapidement par mener des batailles juridiques au début, puis politiques et finalement par engager des batailles tout court.

Madame Ory, honnêtement, je suis été effrayé par le ton que vous utilisez à l'égard des Suisses alémaniques. Je crois qu'ils ont leurs qualités et leurs défauts, mais on doit leur reconnaître la volonté de chercher à avoir une coexistence sympathique entre les différentes communautés linguistiques. Et ce n'est pas en les agressant comme vous l'avez fait, je dois le dire, en les accusant de vouloir abandonner leur propre culture pour l'anglais - "broken english" - qu'on va faire avancer les choses. Un des pionniers de la compréhension linguistique en Suisse, c'est Emile, et il a peut-être plus fait pour l'amitié entre les Suisses que toutes les dispositions légales que vous allez adopter aujourd'hui, surtout si elles sont décidées dans un esprit de revendications dures.

Vous pouvez faire toutes les lois et investir tout ce que vous voulez, ça ne marchera jamais s'il n'y a pas un petit sourire bienveillant, la capacité d'admettre des différences, la volonté d'essayer de comprendre pourquoi les gens sont différents, pourquoi ils réagissent de manière différente et, à la fin, la volonté de dire: "On vit dans un pays multilingue, c'est une chance extraordinaire." Parfois, c'est aussi une malchance parce que chacun doit diminuer ses prétentions sur le plan culturel. On doit veiller à ne pas faire des citations qui sont totalement étrangères à des représentants d'autres cultures. Mais, c'est la contrepartie du multilinguisme.

Je suis surpris. Je crois savoir que vous êtes aussi proeuropéenne. Le jour où la Suisse - je ne sais pas si cela arrivera un jour - sera dans une Union européenne où seront parlées 26, 27 ou 28 langues, il y aura d'autres problèmes à résoudre. Et si nous ne sommes pas capables de les résoudre avec une certaine finesse maintenant, je crois qu'il ne faut donner de leçon à personne d'autre. Madame Ory, vouloir imposer par la loi, comme vous le souhaitez, essentiellement aux cantons alémaniques qui décident de commencer par l'apprentissage de l'anglais plutôt que par celui de l'italien ou du français - à ma connaissance aucun ne l'a fait jusqu'à maintenant ou peut-être un seul -, et prétendre qu'ils ont tort et qu'ils portent atteinte à la cohésion nationale, est simplement contre-productif - comme on dit avec un mot français immédiatement traduit de l'allemand et qui n'est probablement pas français - et ne mène à rien.

Je vous invite donc à adopter, dans la plus grande sérénité, la proposition de la majorité de la commission et à ne pas imposer une contrainte à ceux qui ne seraient pas tout à fait dans la ligne. Ce serait peut-être souhaitable dans l'idéal , mais c'est plus difficile à atteindre en pratique.