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John-Calame Francine · Nationalrat · 2007-12-05

John-Calame Francine · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2007-12-05

Wortprotokoll

Voici que, de nouveau, nous nous penchons sur un sujet très émotionnel. En effet, notre Parlement a refusé en 2004 d'entrer en matière sur la révision de la loi sur les stupéfiants. Maintenant que l'initiative populaire a abouti, nous sommes bien contraints d'aborder enfin cette problématique, et j'espère que le débat sera de qualité.

Malgré l'interdiction de détenir et de consommer du cannabis, la consommation n'a pas diminué ces dernières années. Par contre, l'interdiction du produit a eu des effets néfastes sur la structure du marché. Précédemment, lorsque la vente était tolérée, certains magasins avaient signé un code éthique garantissant la qualité du produit et le taux de THC à leur client. Cette manière de procéder permettait aussi de faire de la prévention auprès des mineurs, car ces boutiques connaissaient leurs clients et refusaient de vendre le produit aux mineurs.

Le fait qu'aucune réglementation n'existe à l'heure actuelle autorise toutes les dérives, et il n'y a plus aucune garantie, ni sur la qualité du produit, qui peut être trafiqué, ni sur son taux de THC, qui peut être très élevé. Il est donc important que nous ayons le courage de réglementer la consommation ou l'usage de cannabis. C'est la raison pour laquelle le groupe des Verts vous invite à soutenir cette initiative populaire.

Une étude récente démontre par ailleurs que le cannabis n'a pas un potentiel de dangerosité plus important que le tabac, l'alcool fort ou certains médicaments. Avec une bonne législation, nos paysans pourront peut-être de nouveau envisager des cultures de chanvre en plein champ, comme ce fut le cas au siècle dernier, car cette plante est très intéressante pour ses principes actifs utilisés dans la pharmacopée et pour ses fibres textiles.

Jusqu'à présent, nous n'avons pas interdit la culture du tabac sous prétexte que fumer nuit à la santé. Cette culture a même bénéficié jusqu'à récemment de subventions fédérales. L'acceptation de l'initiative populaire permettrait de maintenir une certaine cohérence dans notre politique, car on a trop tendance à oublier, voire à minimiser la problématique des autres substances dès lors qu'elles sont autorisées et défendues par d'importants lobbys.

De plus, les professionnels qui s'occupent des addictions appellent de leurs voeux une réglementation, tant la situation actuelle est insatisfaisante. Ces professionnels jugent pourtant que toute consommation régulière de cannabis a des effets préjudiciables pour la santé, plus particulièrement sur les personnes fragiles psychiquement. Mais ces mêmes personnes fragiles psychiquement, si elles se tournent vers l'alcool pour soigner leur mal de vivre, vont aussi aggraver [PAGE 1814] leur état de santé, et c'est sans parler des risques qu'elles courent si elles se tournent vers l'ecstasy ou la cocaïne, drogues très "tendance" à l'heure actuelle et omniprésentes sur le marché.

De même qu'il est déconseillé de boire régulièrement de l'alcool pour les problèmes de dépendance que cette consommation peut entraîner, l'usage de cannabis doit être déconseillé. Cependant, déconseiller ne veut pas dire interdire, là est toute la nuance. Les Verts soutiennent l'initiative, afin qu'une réglementation définisse le cadre de la consommation de cannabis et permette de contrôler le produit et le marché, et par conséquent de mettre sur pied une vraie politique de prévention à l'intention des jeunes. Le vide législatif n'a jamais été la solution pour résoudre les problèmes. Nous en faisons l'amère expérience aujourd'hui dans un autre domaine, qui est celui de l'assistance au suicide. Une interdiction de ces méthodes ne résoudrait rien.

Il faut donc définir le cadre dans lequel ces pratiques sont tolérées. Il en va de même pour le cannabis, et pour cela il faut soutenir l'initiative.