Couchepin Pascal · Bundesrat · 2008-03-13
Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2008-03-13
Wortprotokoll
Je crois que nous avons parcouru ensemble un long chemin en ce qui concerne la politique des musées. Je me souviens de la première séance dans le "pays" de Monsieur Bieri. Je m'étais rendu dans cette région idyllique avec l'idée de passer une journée agréable et sans souci, et j'ai tout à coup découvert qu'il y avait un énorme problème, en tout cas du point de vue des parlementaires, au Musée national. Il y avait bel et bien un problème, et je crois que c'était une bonne chose que votre commission ait manifesté une opposition à cette époque-là. Cela m'a obligé à découvrir les arcanes et tous les labyrinthes de la politique muséale fédérale, dont je pensais, avant de reprendre la tête du Département fédéral de l'intérieur, qu'elle constituait un domaine particulièrement paisible voué à l'histoire, à la collection, à une relation plutôt sereine avec la politique et les visiteurs.
Tel n'était pas le cas, et il a fallu décider d'un certain nombre de modifications au Musée national - puisque je parle français. Il a fallu prendre des décisions qui touchaient des personnes. Je crois, sans porter de jugement sur l'ancien directeur, que le choix de l'actuel directeur a été heureux: il a permis un apaisement, en tout cas des relations avec le monde politique. Il a aussi permis d'améliorer le fonctionnement du musée - le moins qu'on puisse dire est qu'il n'était pas optimal; il y avait un certain nombre de choses qui n'étaient pas faites conformément aux directives et aux principes administratifs, et il a fallu quelques années pour ramener au Musée national une certaine cohérence avec le reste de l'administration.
Ensuite, on a réussi, au cours de ces années, à rétablir des relations normales avec la Ville et le canton de Zurich. On peut toujours rappeler que la Ville et le canton de Zurich sont à l'origine du Musée national, puisque ce sont eux qui ont remis leur collection. Ils en tirent pour conclusion qu'ils devraient avoir un rôle prédominant dans la gestion du musée. Je crois que c'est faux: quand on donne quelque chose, il faut avoir la grandeur d'accepter le fait que son bien soit remis à un tiers; il ne faut pas être naïf, mais il faut accepter que le "Landesmuseum" soit devenu un musée national et qu'il dépasse le canton et la Ville de Zurich. Mais les choses se passent bien, et les relations avec tous les deux sont à mon avis normales. On a aussi entrepris des travaux et il y a eu, dans le courant de l'année passée, l'inauguration du fameux Centre des collections d'Affoltern am Albis. Les travaux de rénovation au Musée national de Zurich sont en route, ce sont des travaux importants.
Le projet du futur Musée national suisse a été redimensionné de telle sorte qu'il puisse être intégré dans la planification financière de la Confédération. Les choses avancent bien et je pense qu'on tiendra les délais. Il s'agit maintenant de régler son statut futur dans la loi. Plusieurs d'entre vous ont dit, avec raison, que la qualité des personnes est aussi importante que la loi. Je crois que c'est la seule réponse que l'on puisse donner à ceux d'entre vous qui disent: [PAGE 152] "Comment allez-vous garantir la créativité des organes des musées?" En vertu de l'article 4, les organes sont invités à manifester de la créativité. Si vous dites cela, vous avez peut-être fait quelque chose d'agréable, mais vous n'avez rien fait de concret.
Je crois vraiment que la créativité, la capacité d'innovation, la rigueur dans la gestion, la capacité de coopérer avec d'autres régions du pays dépendent des personnes. Bien sûr, la loi peut aider, mais c'est finalement la qualité des personnes qui fait que cela marche ou que cela ne marche pas. Il faut ensuite se demander comment on donne un espace de liberté suffisamment grand aux organes du musée pour qu'ils puissent développer leur créativité. On le fait à travers le statut juridique puisqu'on donne une certaine autonomie au musée qui gérera ses collections et qui pourra mener sa politique.
Je note au passage que le directeur ne devra pas faire voter les décisions au sein de la direction, Monsieur David. Personne ne prévoit qu'il devra voter. Il y a un directeur et il y a les membres de la direction qu'il préside. Cela signifie qu'il consulte ses collaborateurs. S'il veut faire voter, il fait voter, mais je ne pense pas que ce serait très malin de sa part de faire voter systématiquement. Ce n'est pas un Soviet qu'on est en train d'installer, c'est une direction de musée avec un directeur qui doit prendre ses responsabilités et qui aura l'appui d'une direction nommée par le conseil du musée.
Je note que les relations de la politique, et du Parlement en particulier, avec les institutions du troisième cercle, les institutions proches de la Confédération, sont assez ambiguës. De temps en temps, elles me font penser à la conclusion que j'avais tirée d'un voyage dans un pays ami qui essaie de se libéraliser - je ne le citerai pas. J'avais dit à quelqu'un que ce pays me donnait le sentiment d'avoir une classe politique qui dit tous les jours aux membres de la société civile: "Nous vous ordonnons d'être libres et nous revenons ce soir vérifier ce que vous avez fait de votre liberté." Il ne s'agit pas de liberté lorsqu'on dit aux gens: "Je vous ordonne d'être libres et je reviens ce soir voir ce que vous avez fait."
Ce n'est pas cela la liberté. Donner la liberté à une institution, c'est prendre le risque qu'elle fasse des choses qui ne nous plaisent pas. Si on ne le veut pas, il ne faut pas lui donner la liberté. A partir du moment où on donne la liberté, que cela soit dans le traitement des ordures ménagères à Genève ou ailleurs, ou que l'on donne la liberté aux CFF, à Swisscom, on prend le risque que les instances concernées fassent des choses qui ne nous plaisent pas. On peut toujours dire que ça ne nous plaît pas, mais on ne peut pas, pendant quelques semaines ou quelques mois, quand on délibère sur une loi, donner de l'autonomie et dès qu'un incident se produit, qu'une exposition ne plaît pas à quelqu'un, dire aussitôt: "Mais qu'est-ce que vous avez fait pour empêcher telle ou telle décision concrète?"
Aujourd'hui, on choisit la liberté pour le Musée national et on sait qu'un jour, peut-être, on sera irrité parce que le Musée national fera quelque chose qui ne nous plaira pas. Mais ce jour-là, il faudra avoir le courage de dire, sauf si c'est très grave et contraire à l'esprit de tout ce qu'on a décidé: "Soit, c'est la conséquence de la liberté accordée." Mais je crois que l'alternative, c'est-à-dire la gestion par l'administration, n'est certainement pas la meilleure des solutions.
Le nouveau projet prend en compte les critiques formulées par le Parlement à l'époque. Je rappelle que la Confédération gère actuellement quinze musées. Elle possède de nombreuses collections de biens culturels meubles. La coordination entre les musées et les collections est faible, voire inexistante. Par le biais de la loi sur les musées et les collections et de la loi sur l'encouragement de la culture (07.043), on essaie de changer cet état de choses et de fixer aux musées et aux collections de la Confédération une stratégie commune, ou tout au moins des objectifs communs et un mandat cohérent.
Vous pourrez toujours vous exprimer puisque, tous les quatre ans, un rapport sera publié et un plafond de dépenses fixé. Or ce plafond de dépenses doit être justifié. On donne ainsi l'occasion au Parlement de prendre position sur la stratégie du Musée national suisse et sur celle qui sera poursuivie aussi, en application de la future loi sur l'encouragement de la culture, dans le soutien de musées et de collections d'intérêt national.
Finalement, des quinze musées qui actuellement font partie du groupe Musée Suisse ou sont soutenus par la Confédération, on fera un groupe Musée national suisse. Celui-ci aura trois sites - Zurich, Prangins et Schwytz - et un centre de collections: Affoltern am Albis. Les autres établissements qui font partie de l'actuel groupe Musée Suisse - c'est-à-dire la Maison des corporations "Zur Meisen" à Zurich, le Musée des douanes à Cantine di Gandria, le Musée de la Bärengasse à Zurich, le Musée des automates à musique à Seewen et le Domaine du château de Wildegg - devront faire l'objet de nouvelles solutions.
Quelqu'un a dit: "Dans le message, vous ne nous dites pas assez précisément quelles sont vos intentions et quelle est la fin du voyage pour toutes les collections qui ne font pas partie du Musée national." La réponse est simple: on ne peut pas vous dire quelle sera la fin du voyage puisqu'on souhaite que celui-ci devienne un voyage collectif et qu'on trouve des solutions aussi bien en Argovie qu'à Zurich ou à Soleure, avec des partenaires locaux, nationaux, et avec d'autres partenaires. On souhaite ainsi trouver des solutions pour sortir, de manière élégante et durable, ces musées du groupe Musée Suisse. On se trouve actuellement dans une phase de négociation. Il y a des solutions qui sont envisageables pour l'un ou l'autre de ces musées, mais il n'y a pas de décision définitive. On attend en particulier vos délibérations et vos décisions pour terminer les discussions avec les partenaires intéressés.
Nous nous référons à l'article 9 du projet de loi sur l'encouragement de la culture, qui prévoit que la Confédération peut subventionner des musées et des collections appartenant à des tiers. Madame Ory, les exigences financières que vous nous imposez - que nous acceptons et que nous soutenons - ne nous permettront pas d'étendre le champ d'application de l'article 9. Nous ne disposerons pas de moyens extraordinaires qui nous permettront de reprendre les musées que les cantons ou les communes ne seraient plus en mesure d'exploiter.
Je crois que les choses vont dans le sens contraire. La Confédération a plutôt tendance à se concentrer sur un certain nombre de tâches essentielles, à ne pas vouloir dispenser ses grâces dans l'ensemble de la Suisse et à ne pas multiplier les appuis. Si elle le faisait, elle finirait par compromettre la tâche essentielle qui est de soutenir le groupe Musée Suisse, qui est le groupe principal. Si on commence à multiplier les appuis à toute une série de musées dans plusieurs cantons de Suisse, on diminuera inévitablement l'appui à ceux qui dépendent seulement de la Confédération. A la fin, on ne fera plaisir à personne parce qu'on n'arrivera pas à être à la hauteur des espérances des différentes régions ou des différents musées régionaux, même possesseurs de collections nationales, et on diminuera notre soutien au Musée national. Mais tout cela, c'est une affaire qui dépend davantage du Parlement et de la politique financière que l'on veut mener que de la politique de la culture.
Nous allons prendre position sur les propositions qui ont été faites. La plupart d'entre elles portent sur des points intéressants, mais qui ne sont pas essentiels. Je remercie la commission de son travail, y compris de son travail critique initial qui a permis, comme l'a dit Monsieur Bürgi, d'avoir une loi meilleure. Il s'agit maintenant de passer à la discussion par article et de voir s'il y a des retouches à apporter à ce projet qui me semble plutôt assez bien parti.
Je vous remercie d'entrer en matière et d'entamer la discussion par article.