Cramer Robert · Ständerat · 2008-04-28
Cramer Robert · Ständerat · Genf · Grüne Fraktion · 2008-04-28
Wortprotokoll
Je peux en tous cas vous dire pourquoi j'ai cosigné la proposition de la minorité Germann. Ce qui est proposé ici par la minorité est de biffer la mesure 63 qui consiste à "négocier un accord de libre-échange entre la Suisse et l'Union européenne dans le domaine agroalimentaire".
On pourrait dire que c'est quand même un peu excessif de vouloir biffer cette mesure puisqu'elle ne propose pas de conclure un accord; elle propose uniquement de le négocier. Après tout, on pourrait laisser les négociations aller leur chemin et finalement, sur la base du résultat de ces négociations, se demander s'il vaut oui ou non la peine de conclure l'accord. Mais dans le fond, ce dont il s'agit ici, c'est de donner un coup de canif, de porter atteinte à la politique agricole, ou en tout cas à la politique agricole que notre pays suit, on peut le dire, depuis la Deuxième Guerre mondiale.
Cette politique agricole est une politique qui, d'une façon ou d'une autre, a été fondée sur la volonté de préserver une agriculture vivante dans notre pays, une agriculture qui puisse exercer ses fonctions nourricières, qui soit là pour nourrir la population de notre pays. Il s'agit ainsi de rechercher d'une façon ou d'une autre une forme d'autosuffisance alimentaire, même si on voit bien qu'elle n'est pas totalement possible vu l'importance de la population et la diminution des espaces agricoles.
Ces principes en matière agricole ont semblé pendant longtemps totalement dépassés, comme étant une espèce de curiosité, une espèce de politique de riches que nous pouvions conduire avec quelques autres pays du monde, comme par exemple le Japon. En fait, ils étaient condamnés par l'évolution du libre-échangisme.
Aujourd'hui, on se rend compte que cette politique agricole est une politique fondée. Aujourd'hui, sous des mots divers - on parle par exemple de souveraineté alimentaire -, les principes qui fondent cette politique agricole sont de plus en plus reconnus, et reconnus aussi bien comme étant une forme de modèle que comme une forme de nécessité, aussi bien pour des pays riches comme le nôtre que pour des pays extrêmement pauvres. Aujourd'hui, on voit aussi réapparaître deux phénomènes que l'on n'aurait jamais imaginé revoir il y a quelques années encore: la pénurie de produits alimentaires et la hausse des coûts des aliments.
Ici, il faut dire que la politique suisse a donné des résultats exceptionnels. J'ai sous les yeux les chiffres de l'augmentation des prix des produits agricoles ces douze derniers mois dans les pays qui nous entourent: en Allemagne, qui est un grand pays agricole, les produits agricoles ont augmenté de 7,4 pour cent; en France, autre très grand pays agricole, de 5 pour cent; en Suisse, ces douze derniers mois, pour la population, les produits agricoles ont augmenté de 2,1 pour cent. Cela montre donc le succès de cette politique qui, effectivement, ne permet pas aux consommateurs de bénéficier de baisses de prix importantes lorsque, dans les pays voisins du nôtre, les produits agricoles coûtent moins cher, mais qui, en même temps, joue un effet de ralentissement fort en ce qui concerne la hausse des prix des produits agricoles et, au-delà de cela, joue aussi son rôle au niveau de l'approvisionnement du pays.
Je crois donc que ce n'est pas au moment où la politique que nous avons menée avec constance donne des résultats, au moment même où peut-être, dans une certaine mesure, elle joue un rôle d'inspiratrice pour d'autres pays, qu'il faut y renoncer.
C'est en ce sens que j'assume totalement le fait de donner un message au Conseil fédéral pour dire non: rechercher des accords agroalimentaires, que ce soit dans le cadre de l'OMC ou que ce soit avec l'Union européenne, ce n'est pas la bonne voie. La bonne voie, c'est de continuer de défendre la politique agricole qui a été la nôtre jusqu'ici.