Bonhôte Pierre · Ständerat · 2007-03-07
Bonhôte Pierre · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2007-03-07
Wortprotokoll
Dans la mesure où ma proposition concerne également le titre, je la défends déjà ici. La meilleure énergie est celle qu'on ne consomme pas. Le kilowattheure le meilleur marché, en l'état actuel des choses, est celui qu'on économise, pas celui qu'on doit produire en plus, quelle que soit la source d'énergie utilisée, renouvelable ou non. Le potentiel d'économies d'énergie à bas coût est énorme parce qu'une partie importante de notre consommation ne fournit aucune prestation utile.
Les exemples sont innombrables. Ils sont déjà passablement connus de beaucoup d'entre vous, voire de vous tous. J'en citerai toutefois trois, dont un me concerne en particulier.
Premier exemple: il m'a suffit d'installer un seul interrupteur pour réduire ma consommation d'électricité de 10 pour cent. J'ai été assez horrifié de constater lorsque j'ai mesuré la consommation d'énergie de l'ensemble de mon bureau - ordinateur, imprimante et autres -, quand tous les appareils sont apparemment éteints, que cette consommation était de 50 watts en continu jour et nuit. J'ai donc installé un interrupteur général qui permet de couper l'ensemble de cette consommation lorsque je suis absent du bureau et j'ai ainsi économisé 300 kilowattheures par année. A quel prix, ces kilowattheures ont-ils été économisés? Pour des raisons de confort, j'ai choisi d'installer un interrupteur à télécommande qui m'évite de devoir me baisser pour couper le courant. Cela m'a coûté environ 100 francs. Je compte les amortir en cinq ans, ce qui signifie que le prix du kilowattheure économisé est de 7 centimes, c'est-à-dire moins que tous les prix que nous évoquons dans cette loi lorsqu'il s'agit de racheter du courant d'origine renouvelable.
Deuxième exemple: il est encore d'innombrables kilowattheures qu'on peut économiser à moindre prix. On peut même économiser un certain nombre de kilowattheures pour un prix de revient de zéro centime lorsque l'on remplace les ampoules à incandescence par des ampoules fluorescentes. C'est le cas puisque, en raison de sa durée de vie, une ampoule fluorescente, même hors consommation, est plus avantageuse qu'une ampoule à incandescence.
Troisième exemple: le magazine de consommation "Bon à savoir", dans son édition de février, a révélé avoir redécouvert un aspirateur datant de 1962, toujours en état de marche, qui consomme 500 watts. On construisait encore des appareils durables à cette époque! Il a mesuré des appareils fabriqués en 2007 qui ont les mêmes performances en termes de puissance d'aspiration et qui consomment trois fois plus d'électricité: 1500 watts. On appelle peut-être ça le progrès; à mon sens, c'est de manière abusive.
Les potentiels d'économies d'électricité sont donc énormes, je l'ai dit, et l'Agence suisse pour l'efficacité énergétique les a estimés à 40 pour cent pour les ménages ou à 50 pour cent pour l'éclairage public, cela à prestations équivalentes. Mais ces potentiels-là ne s'exploiteront pas tout seuls, il faut pour cela des moyens, que ce soit sur le plan de l'information ou sur celui du travail de contractualisation pour passer des accords avec les consommateurs en vue de l'exploitation des potentiels précités.
La meilleure manière de susciter des solutions efficaces est de mettre au concours les projets d'économies par des appels d'offres publics sur le modèle de ce que fait la fondation Centime climatique en matière d'économies d'émissions de CO2. Il s'agit là d'un modèle qui est à présent éprouvé et qui peut également être appliqué au domaine des économies d'électricité. C'est ce que le Conseil national a décidé à l'article 7a de la loi fédérale sur l'énergie, plus précisément dans le titre ainsi qu'aux alinéas 2bis et 5 lettre d. Cela semble tellement évident qu'il a adopté ces dispositions sans opposition et sans débat. A mon sens, ce n'est pas une question de nostalgie, mais plutôt de conviction qu'il s'agit là bel et bien d'une manière efficace d'atteindre des objectifs d'économies d'énergie ambitieux.
Notre rôle en tant que parlementaires n'est pas de vendre le plus d'électricité possible, fût-elle de sources renouvelables, mais avant tout de faire en sorte que l'on exploite les gisements d'économies. Cela est préférable tant du point de vue écologique que du point de vue économique. Cela doit être notre priorité. Le Parti socialiste n'est plus le seul parti représenté dans cette salle à le dire, et c'est heureux! C'est par ailleurs également la priorité du Conseil fédéral qui l'a placée en tête de ses objectifs de politique énergétique.
Nous pouvons saisir aujourd'hui une occasion concrète de joindre la parole aux actes, en consacrant un modeste 5 pour cent des prélèvements prévus dans le cadre de la loi dont nous débattons, soit au maximum 16,5 millions de francs par an, à des mesures d'efficacité énergétique. C'est non seulement raisonnable, mais aussi indispensable.