Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2008-03-17
Wortprotokoll
Le premier souci du Conseil fédéral, qu'il s'agisse d'un accord de libre-échange en matière agricole avec l'Union européenne ou de l'aménagement du territoire, est le bien commun du pays. Qu'est-ce que le bien commun, le bien public? Ce n'est pas prendre une seule direction, mais adopter un ensemble d'objectifs parmi lesquels il y a l'auto-approvisionnement, parce que nous pensons que cela fait partie de la sécurité du pays, la qualité de l'aménagement du territoire, mais aussi l'accès des consommateurs à des marchandises variées, de qualité et à des prix convenables. C'est donc en fonction de l'ensemble de ces considérations que le Conseil fédéral a décidé de lancer des négociations en vue de la signature d'un accord de libre-échange en matière agricole. Au moment où commencent les négociations, on ne peut naturellement pas dire quel en sera le résultat. Le Conseil fédéral n'a fait aucune promesse chiffrée. On peut simplement espérer avoir des résultats positifs et on en verra l'ordre de grandeur à la fin des négociations.
Lorsqu'on ouvre le marché, il y a des chances et des risques. On l'a bien vu lorsque, il y a quelques années quand j'étais encore chef du Département fédéral de l'économie publique, on a proposé la suppression du contingentement laitier. Je me souviens sans plaisir que toutes les semaines des organisations paysannes provoquaient des manifestations au cours desquelles j'étais voué aux gémonies et condamné. Et puis, l'an passé, j'ai vu que les mêmes organisations paysannes, pas toujours officiellement, se flattaient d'avoir obtenu la libéralisation du contingentement laitier et d'avoir ainsi pu répondre à la demande qui avait augmenté entre-temps. Je ne l'avais pas prévu, mais précisément l'ouverture des marchés permet de répondre à des changements de circonstances. Par conséquent, je fais le même pari en affirmant qu'au moment où l'on aura abouti à la signature d'un accord de libre-échange, les consommateurs y trouveront leur compte par la variété de l'assortiment et la pression sur les prix, pas seulement sur ceux des producteurs, mais sur ceux des intermédiaires qui, comme chacun le sait, provoquent la plus grande part du coût de revient des marchandises qui sont offertes aux consommateurs. Ce serait aussi une chance pour les producteurs, car ils auraient accès à un marché de 400 millions de consommateurs dont une partie est capable de payer des prix adéquats pour des marchandises "premium", comme l'on dit maintenant.
Quand vous faites allusion aux terrains qui seraient abandonnés, ce sont par exemple ceux de la montagne, ce sont précisément ceux qui sont porteurs de la meilleure image, qui sont capables de véhiculer une image qui attire le consommateur de l'Union européenne. Il faut donc que l'agriculture suisse se pose des questions - vous avez raison de les poser -, mais dans le sens positif et non pas dans le sens négatif: il ne faut pas que d'emblée elle se dise: "Si on a des clients potentiels supplémentaires, on ne va pas réussir à les conquérir." Je crois, avec d'ailleurs pas mal de paysans modernes et peut-être "in petto", comme on dit au Vatican - c'est-à-dire dans le secret de son coeur -, même avec quelques-uns des dirigeants des organisations agricoles, qu'à la fin vous allez être bénéficiaires, à la condition de créer un climat favorable et de ne pas vous dire, dès le départ, que toute ouverture conduira à des catastrophes.
Donnons-nous rendez-vous dans quelques années, vous allez voir, ce sera comme pour le contingentement laitier: après avoir organisé les manifestations contre ce projet, vous allez vous en féliciter. Mais travaillons ensemble et pas contre le projet.
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