Lexipedia

Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2000-12-12

Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2000-12-12

Wortprotokoll

Cette initiative populaire semble un peu en perdition. On dit qu'elle sera peut-être retirée. Il m'a semblé cependant qu'elle méritait d'être défendue, ne serait-ce que par respect pour les 265 800 personnes qui l'ont signée, mais pas seulement.

La principale raison de la rejeter, selon le Conseil fédéral et la commission, est que ses objectifs sont déjà réalisés par la loi sur les produits thérapeutiques. Ce n'est pas tout à fait vrai. Certes, cette initiative fait preuve d'une politesse exquise: elle ne revendique rien avec fracas, elle n'interdit rien, mais elle permettrait de faire plus que la loi actuellement en discussion en matière de santé publique. Elle permettrait notamment de restreindre quelque peu la liberté économique des firmes pharmaceutiques, de limiter davantage la publicité et l'incitation à la consommation, d'encourager la prévention et la promotion de la santé, toutes choses que j'avais tenté, mais en vain, d'introduire dans la loi sur les produits thérapeutiques.

Sur la question de la distribution et de la commercialisation, l'initiative pourrait renforcer les garanties contre les dérives possibles des grandes pharmacies par correspondance ou des grandes chaînes de distribution. Elle le ferait par un transfert des compétences des cantons à la Confédération, notamment pour l'autorisation des dérogations à l'interdiction des envois par la poste ou pour la vente par les droguistes. Il faut bien voir que, pour le moment, la loi sur les produits thérapeutiques ne règle pas ces questions avec toute la précision et toute la rigueur voulue.

L'initiative vise aussi, et cet objectif me paraît digne d'intérêt, à maintenir un réseau décentralisé de pharmacies, autant de lieux d'accueil et de conseil aujourd'hui menacés de disparition.

Mais surtout, c'est pour la lutte contre la consommation abusive et l'incitation à la consommation que l'initiative ouvre les perspectives les plus intéressantes. Elle permettrait de développer une véritable prévention de la surconsommation médicamenteuse responsable, faut-il le rappeler, de 7 pour cent des admissions en médecine interne des hôpitaux, ainsi que de cette toxicomanie triste et silencieuse qu'est la pharmacodépendance, qui concerne en Suisse au moins 170 000 personnes.

L'initiative permettrait aussi de réduire, voire d'interdire, toute publicité pour les médicaments. Nous sommes actuellement bombardés d'images et de représentations qui tendent à nous convaincre que, quel que soit notre mode de vie, la santé s'entretient et se consomme à coups de comprimés. Surmenage, vieillissement, excès de nourriture, imprudence, peu importe la cause, pourvu qu'on ait le médicament. La publicité banalise notamment des médicaments vendus sans ordonnance, mais qui contiennent des substances potentiellement dangereuses, susceptibles de créer des effets secondaires dangereux aussi. On trouve par exemple ces substances dans des médicaments contre la toux largement diffusés par la publicité. On trouve aussi une publicité indirecte pour certains médicaments sur prescription, dans des articles rédactionnels. Ainsi Prozac, Viagra et Xenical étaient dans les journaux avant d'être dans les pharmacies!

Ce sont parfois les patients qui dictent les prescriptions au médecin. Pour sortir de cette culture pub du marché de la santé, qui vise davantage à faire consommer les bien portants qu'à guérir les malades, il faut se donner des moyens, et cette initiative nous y invite.

C'est pourquoi je vous demande de la soutenir.