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Neirynck Jacques · Nationalrat · Waadt · Fraktion CVP/EVP/glp · 2009-03-03

Wortprotokoll

La lecture du rapport final de 60 pages du Conseil des écoles polytechniques fédérales sur la période de prestations 2004-2007 est, à une importante exception près, tout à fait convaincante.

Les objectifs sont ambitieux: excellence de l'enseignement en comparaison internationale, recherche de pointe, milieu de travail attractif, création de filières d'avenir, coopération avec les autres hautes écoles suisses, valorisation du savoir tourné vers l'économie. Ces objectifs ont tous été atteints, selon une commission d'experts extérieurs.

Le nombre d'étudiants est passé de 19 035 à 20 342, soit une augmentation de 7 pour cent, avec une croissance légèrement plus rapide pour trois catégories: les femmes, ce qui est un des objectifs fixés; les étrangers, ce qui est un indice de qualité pour nos écoles; les doctorants, ce qui augure bien de la recherche. En particulier, l'attrait de Zurich et de Lausanne pour les étudiants étrangers s'est affirmé, puisque le nombre de ceux-ci a crû de 20 pour cent. Les heures d'enseignement dispensées ont augmenté de 46 pour cent et le nombre de travaux de diplôme a augmenté de 35 pour cent. Les diplômés des deux EPF sont recherchés sur le marché du travail: le taux d'emploi après formation atteint près de 90 pour cent en 2005. En matière de recherche, de nouveaux domaines ont été ouverts généralement à l'interface entre les sciences de l'ingénieur et la médecine, la biologie systémique, les neurosciences, la protonthérapie pour le traitement du cancer. Le classement international des universités dit de Shanghai - je rejoins mon préopinant: ça vaut ce que ça vaut - place Zurich en 24e position mondiale, tandis que Lausanne monte de la place 153 à la place 101.

Bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes tout au long d'une soixantaine de pages qui sont autant de bulletins de victoire. Cependant, ces victoires sont dues à l'engagement de la direction et du personnel de ces institutions, et certainement pas à la Confédération, c'est-à-dire à vous lorsque vous en votez le budget. En effet, à la page 35 apparaît l'exception: le budget accordé par la Confédération. Le financement des EPF s'appuie pour 78,2 pour cent sur une contribution directe de la Confédération, pour 11,4 pour cent sur des fonds de recherche publics et pour 10,4 pour cent sur l'apport de l'économie. Alors, comment a évolué l'apport direct de la Confédération?

A rebours de ce que l'on peut imaginer au vu des résultats, cet apport ne cesse de diminuer. Le message initial couvrant cette période quadriennale prévoyait une croissance annuelle moyenne de 4 pour cent, plaçant la recherche en priorité absolue par rapport à la croissance moyenne du budget fédéral ou du produit national. L'idée était d'investir dans un secteur qui engendrerait des retombées dans l'avenir. C'est aussi l'un des thèmes favoris des discours rituels sur la Suisse, pays "à la pointe de la recherche et de la formation". [PAGE 49]

La réalité est bien différente de cette rhétorique et de ces promesses non tenues. Les blocages de crédit et l'allègement budgétaire ont réduit cette croissance promise de 4 à 2 pour cent en francs courants. Si l'on tient compte de l'inflation de 3,8 pour cent, la croissance effective s'établit à moins 2 pour cent, c'est-à-dire qu'il s'agit d'une décroissance. Je vous transmets ici le message délivré de façon unanime par les présidents de nos deux écoles.

Cette période quadriennale n'est pas exceptionnelle, d'autant que si l'on ajoute l'augmentation du nombre des étudiants et si l'on calcule le budget consacré en francs constants par tête d'étudiant, on arrive à une décroissance de 4 pour cent par an. Ainsi, le rapport du Conseil des EPF consacre 58 pages à l'exposé roboratif des objectifs à atteindre, tous plus ambitieux les uns que les autres, et dans une seule de ces pages on avoue - avec des circonlocutions - que les moyens décroissent. Il y est dit, en une seule phrase, que la rémunération des professeurs de haut niveau commence à pâtir de la comparaison internationale.

Cette question budgétaire a été vivement débattue en commission, parce que, du reste, la situation des universités n'est pas meilleure. Les interventions n'ont pas manqué non plus au Parlement pour insister sur ce point, mais elles ne sont manifestement suivies d'aucun effet.

Alors, est-ce de l'indifférence, de l'ignorance, de l'impuissance de la part de l'exécutif? C'est une des explications, c'est la première. Le Conseil des EPF dépend du Département fédéral de l'intérieur, qui est surchargé par ailleurs par la santé et la sécurité sociale. Tout allègement budgétaire peut difficilement toucher ces deux positions du budget, objets d'une surveillance étroite de l'opinion publique. Aussi, un premier remède consisterait à créer un département fédéral en charge de la formation et de la recherche à l'exclusion de tout autre objectif. Le Parlement l'a demandé à de multiples reprises; la Suisse doit être le seul pays au monde à ne pas avoir de ministère de l'éducation nationale.

La seconde raison est encore plus pénible. Le budget des écoles polytechniques est impuissant à suivre la croissance du nombre des étudiants. Or, dans le monde entier, la plupart des écoles d'ingénieurs de haut niveau ne sont accessibles que sur la base d'un examen d'entrée, d'un concours ou d'une sélection sévère. On n'entre pas au MIT ou à l'Ecole polytechnique de Paris comme dans un moulin. C'est impossible pour les EPF, qui sont obligées par la loi d'accepter tous les porteurs d'une maturité suisse, quitte à subir une perte du quart de ces étudiants en première année, après avoir gaspillé des ressources dans un encadrement voué à l'échec.

A vues humaines, on ne voit pas la Confédération expliquer aux cantons que leurs maturités ont baissé de niveau au point qu'il faille les valider par une institution fédérale. Pourtant, les facultés de médecine sont le lieu d'un numerus clausus, non pas du reste pour assurer la qualité de l'enseignement, mais pour restreindre le nombre de praticiens, c'est-à-dire économiser sur le budget de la santé. C'est une logique si l'on veut, mais c'est une logique mercantile.

Troisième raison: sous ces deux explications institutionnelles se dissimule une troisième beaucoup plus profonde et beaucoup plus inquiétante, la désaffection de l'opinion publique pour la science et la technique, attestée spectaculairement encore par le débat que nous venons de mener. La Suisse, pays de pointe pour la recherche, est une démocratie directe, peuplée de citoyens de plus en plus technico-sceptiques. En fait, ce rapport révèle la véritable nature de l'opinion publique, vieillissante, perplexe, pusillanime et statique. Cette opinion publique a oublié que la prospérité actuelle est le résultat d'un investissement massif consenti, voici un siècle, dans la formation.

Donc, en ce qui concerne le budget, la balle est dans votre camp et ce sera à vous de décider, mais il fallait que je relaie ici le message des deux écoles polytechniques sur un point important.

La commission vous propose d'accepter ce rapport.