Rossini Stéphane · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2009-03-04
Wortprotokoll
L'initiative populaire "contre la construction de minarets" a quelque chose de répugnant, non pas tant s'agissant des minarets, mais par les arrière-pensées, les mensonges, les tendances discriminatoires qui animent ses auteurs et qui constituent les véritables fondements de cette démarche démocratique. Les initiants savaient parfaitement qu'ils violaient certains droits de l'homme consacrés par le droit international et qu'ils allaient à l'encontre des valeurs de la Constitution fédérale.
Dans le fond, l'initiative n'est que le moyen d'épandre sur la place publique la haine de l'étranger. Elle ne vise pas les minarets, mais une catégorie de population: les musulmans. Ce caractère discriminant la rend tout simplement intolérable. Et puis, en postulant de manière grotesque l'invasion délibérée de l'Occident par les courants islamistes, les défenseurs de l'initiative servent d'abord leurs intérêts partisans, à savoir l'aile de l'UDC la plus populiste, la plus nationaliste et la plus xénophobe.
Le concept d'invasion est aberrant. Dans ce débat, il est pourtant à prendre au sérieux, car il véhicule une culture de l'exclusion et de la discrimination. Il ne faut donc point le sous-estimer.
Ne laissons cependant pas les auteurs de ce texte instrumentaliser une discussion complexe sur la place des étrangers dans ce pays, sur la question de la liberté religieuse et sur celle de l'intégration. Elevons-nous avec véhémence contre cette démarche destructrice dissimulée derrière l'hypothétique construction de minarets et étayée à l'aune de faits divers et de faits marginaux.
L'exagération et la violence prennent le pas sur la réalité. Il nous incombe dès lors de refuser un débat tronqué, animé par la haine, le simplisme et le populisme. Les auteurs de cette initiative alimentent délibérément la peur.
Contrairement à ce qu'ils prétendent, l'islamisation de la Suisse n'est pas une réalité. On compte dans notre pays moins de 400 000 musulmans, dont une très large partie n'est pas pratiquante. Parmi eux, les islamistes prosélytes sont quasi inexistants. Il n'y a donc, de toute évidence, pas péril en la demeure.
Des transformations démographiques profondes caractérisent notre monde et modifient la composition des populations, pas seulement en Suisse, pas simplement dans le sens de l'islamisation. Ainsi, dans les Emirats arabes unis et en Arabie saoudite, on compte désormais une vingtaine de paroisses catholiques. Parle-t-on pour autant dans la péninsule arabique d'une invasion chrétienne? Bien sûr que non!
Cette initiative est une pure provocation, sans lien avec les véritables défis qui nous attendent dans la gestion d'un phénomène important pour tous les pays, à savoir la pluriculturalité. Cette initiative doit être clairement rejetée. Ce n'est pas une lutte contre les minarets que nous devons conduire, mais une lutte contre les discriminations. Cette initiative met en péril la cohésion de notre société. Menons donc la seule [PAGE 115] lutte qui ait du sens, celle de l'intégration et non celle de la haine.