Berberat Didier · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2009-03-04
Wortprotokoll
Pour avoir écouté ce débat d'une façon attentive, j'ai l'impression de me retrouver au XIXe siècle et non pas au XXIe siècle, ce qui me désole vraiment - comme Monsieur Neirynck, d'ailleurs.
Ce qu'il faut dire, c'est que les minarets n'ont pas de valeur sacrée - tout le monde s'accorde à le dire - et les initiants l'affirment encore plus clairement que les autres. Ils espèrent ainsi sauver leur initiative de l'invalidation. En effet, s'ils attaquaient frontalement une religion ou ses lieux de culte, ils entreraient immédiatement en conflit avec notre Constitution qui, bien heureusement, garantit la liberté de culte et la non-discrimination des religions. En s'attaquant aux minarets, ils ont trouvé un stratagème juridique qui cache très mal leur motivation réelle.
Nous soutenons donc la proposition de la minorité Gross qui demande la nullité de cette initiative populaire. Cependant, comme nous connaissons les chances très maigres de cette proposition, nous nous prononcerons ici sur le fond de l'affaire.
Selon le Comité d'Egerkingen, les minarets sont le symbole d'un impérialisme politico-religieux qui conteste les droits fondamentaux des autres. Ah bon! Avec trois minarets actuellement construits en Suisse et quelques demandes de permis de construire ici et là - je vous l'accorde -, on se questionne sur la force de cet impérialisme. Par contre, les "minarets McDonald's", érigés aux entrées de toutes les villes de Suisse, petites, moyennes ou grandes, nous semblent les symboles beaucoup plus forts d'un impérialisme, celui de la malbouffe, qui vient des Etats-Unis. Sont-ils visés par l'initiative de l'UDC? Non. Quant à la contestation des droits fondamentaux des autres, nous nous demandons qui conteste ceux de qui: les musulmans, qui demandent le maintien de leurs habitudes de prière, ou l'UDC, qui leur refuse ce droit pourtant établi par la Constitution et le droit international?
L'UDC, cela a déjà été dit, apeure la population en brandissant des menaces d'islamisation rampante de la Suisse. Le groupe UDC ne craint d'ailleurs pas le ridicule en évoquant l'imposition de la charia en Suisse. Si les propos n'étaient pas si xénophobes et racistes, ils auraient au moins le mérite de nous faire rire, tant ils sont décalés de la réalité.
Les communautés islamiques de Suisse ont certes considérablement augmenté ces dernières années et depuis les années 1980, mais pour n'atteindre en 2000 - selon le dernier [PAGE 114] recensement de la population - qu'un petit 4,26 pour cent de la population résidente, parmi lesquels on estime que moins de 20 pour cent sont pratiquants. A titre de comparaison, les catholiques représentent, eux, 42 pour cent de la population, et les protestants 33 pour cent.
Il est clair que l'augmentation de la population de religion musulmane est due en premier lieu à des phénomènes migratoires de nature économique ou politique. C'est avant tout pour chercher un emploi ou pour trouver asile que des musulmans et des musulmanes - près de la moitié de la population concernée - viennent en Suisse en provenance surtout de l'ex-Yougoslavie (56 pour cent, pour l'essentiel du Kosovo), de Turquie (20 pour cent) et de l'Afrique (6 pour cent).
Allez comprendre la logique ou plutôt l'incohérence de l'UDC qui agite le spectre d'une prétendue forte présence musulmane en Suisse et refuse systématiquement toute mesure de coopération internationale susceptible d'améliorer la situation dans ces pays. De même, les initiants sont de ceux qui refusent, sans exception, toutes les mesures susceptibles d'améliorer ici l'intégration des membres des communautés musulmanes qui, caractéristique de toute migration récente, ont un niveau de formation souvent bas et un taux de chômage élevé. On peut d'ailleurs se demander si l'UDC ne met pas de l'huile sur le feu, pour sauvegarder son fonds de commerce.
Aucun des pays européens qui nous entourent - Allemagne, Autriche, Belgique, France, Italie ou Pays-Bas - n'a eu besoin d'adopter une législation particulière sur les minarets. Pourquoi donc créer en Suisse un problème qui n'existe nulle part ailleurs? Pourquoi attiser les oppositions confessionnelles là où règne la paix des religions? Aucune ambition électoraliste ne justifie de faire courir à notre pays le risque de stigmatiser les communautés musulmanes, voire d'apporter de l'eau au moulin des extrémistes. A quel titre les fidèles de la religion musulmane seraient-ils privés de minarets, alors que leurs proches cousins, les clochers, sont visibles dans tous nos villages? L'Etat laïque qui se respecte ne peut pas créer une telle discrimination entre les religions. Il doit au contraire garantir la pluralité et la tolérance.
C'est pour toutes ces raisons que nous nous opposons résolument à cette initiative.