Recordon Luc · Ständerat · Waadt · Grüne Fraktion · 2008-06-03
Wortprotokoll
Au train où vont les choses, il y a déjà de très nombreux wagons qui encombrent notre convoi. Permettez-moi toutefois d'y ajouter mon wagonnet! Aux propos souvent empreints d'autocongratulation, je vais en ajouter qui trancheront. Pour ma part, j'estime que le Conseil fédéral n'a pas à être remercié. Il a fait preuve d'un sens catastrophique de manque de stratégie. Aujourd'hui, il nous présente le calendrier de son imprévoyance; ce n'est d'ailleurs pas une nouveauté. On a parlé de l'importance de la cohésion sociale et de la formation: il n'a pas toujours brillé dans ces domaines par son sens stratégique. Mais là, ça dépasse vraiment, comme dans le domaine de l'énergie, tout ce qu'on peut imaginer!
Pour le Plateau suisse, où vit 70 pour cent de la population, toutes les réalisations prévues dans le projet ZEB, y compris les options d'extension, sont urgents à des degrés divers. On peut considérer que les besoins actuels d'un réseau à la limite de sa capacité à bien des endroits devraient être satisfaits à une échelle de temps qui va jusqu'à une génération. Quand imagine-t-on satisfaire les besoins de la prochaine génération? Dans deux générations sans doute? Si, en matière d'infrastructures, il faut vivre systématiquement avec une génération de retard, dans le domaine ferroviaire notamment - mais ce n'est pas exclusif -, je suis désolé de dire que nous ne faisons pas notre travail, et le gouvernement non plus.
Evidemment, on peut regretter que la commission n'ait pas redressé cette question. On peut lui reprocher de n'avoir pas priorisé. Mais il fallait aussi éviter une sanglante guerre des régions et savoir faire l'union sacrée, comme on a pu la faire pour les lignes à grande vitesse. Je ne serai donc pas si sévère que ça avec la commission; elle a au moins le mérite d'avoir mis le doigt sur l'extrême insuffisance du projet qu'on a osé nous présenter et qui aurait franchement mérité pour lui-même, si ça n'avait pas encore aggravé très sérieusement le problème, d'être renvoyé avec pertes et fracas à son auteur, le Conseil fédéral.
Alors bien sûr, il faut revoir les pistes de financement: il y en a environ une dizaine de sérieuses. Il faut essayer de suivre celles qui, politiquement, ont une chance; essayer de trouver des combinaisons entre ces pistes. Mais peut-on sérieusement croire que c'est un travail qu'une commission aurait pu faire elle-même, alors que rien, strictement rien de sérieux, n'avait été présenté au moment où elle a commencé ses travaux?
Pour ma part, je remercie donc plutôt la commission, même si on aurait pu attendre davantage d'elle, d'avoir commencé à redresser la question du calendrier et celle du financement. On a déjà dit beaucoup de choses à ce sujet, je n'ajouterai donc rien sur ce point.
J'entrerai en matière avec beaucoup de déception et je prends date pour 2010.