Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 1999-12-07
Wortprotokoll
Tout d'abord, je voudrais remercier les orateurs qui se sont tous exprimés en faveur de l'entrée en matière sur cet arrêté. Je crois qu'ils ont raison, tout d'abord parce que cet arrêté est le résultat d'une décision législative qui a été la vôtre, l'approbation de la loi fédérale sur l'Office national suisse du tourisme qui prévoit, à son article 6, comme l'a relevé un orateur, que l'Assemblée fédérale fixe tous les cinq ans le cadre financier par arrêté fédéral simple. C'est l'objet du débat d'aujourd'hui. Mais au-delà de cet aspect juridique, c'est juste aussi d'approuver l'entrée en matière, parce que c'est reconnaître l'importance du tourisme dans l'économie helvétique.
[PAGE 2395] Le tourisme est important par le nombre d'emplois. On peut discuter, à quelques dizaines de milliers de personnes près, du nombre de travailleurs qui sont actifs dans cette branche. Le chiffre qu'on me donne est de l'ordre de 300 000, légèrement supérieur à celui que donnait M. Maitre tout à l'heure. Mais le tourisme, ce n'est pas seulement la gastronomie, l'hôtellerie, le logement, la boisson et le solide, c'est tous les effets induits qu'entraîne la présence d'hôtes étrangers dans notre pays. Je connais des industriels - je pense en particulier à Swatch, à l'industrie de la montre - qui considèrent que le tourisme contribue pour une part importante à la prospérité de leurs activités. L'agriculture tire aussi profit du tourisme, de manière peut-être insuffisante, pour promouvoir les produits nationaux et entraîner des habitudes et de l'intérêt pour des produits agricoles suisses que l'on espère retrouver à l'étranger, mais c'est un autre débat. Le génie civil, le bâtiment, les services, les notaires, les banques, toute une importante partie d'activités économiques sont liées à la prospérité du tourisme. Alors, si l'on regarde les perspectives à l'échelle mondiale, tout d'abord on constate que le tourisme est l'activité qui, probablement, aura le plus haut taux de croissance au cours des années prochaines. La question est de savoir si la Suisse participera à cette expansion ou si, au contraire, elle continuera à perdre des parts de marché, comme ce fut le cas au cours de ces dernières années.
Nous avons fait procéder à une analyse des perspectives par un institut spécialisé en matière de recherches conjoncturelles, et les résultats sont meilleurs que ceux que l'on imaginait au départ, lorsque l'on avait donné ce mandat. Les perspectives de croissance du tourisme suisse sont meilleures que prévu. Cette branche de l'économie est en train de regagner sa compétitivité, d'être à nouveau concurrentielle, et le crédit que nous vous demandons aujourd'hui soutient cet élan.
Cela ne signifie pas que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes et que certains traits du tableau apocalyptique, comme l'a démontré M. Strahm lorsqu'il a dépeint l'état du tourisme actuel, ne sont pas justes. En effet, cette branche a de grandes difficultés. Elle subit une restructuration. Elle subira probablement une restructuration encore plus forte lorsque, comme cela est prévisible, les taux d'intérêt monteront. Cette branche fortement endettée devra chercher de nouvelles solutions. Mais c'est un autre débat, comme on l'a relevé.
Aujourd'hui, le débat porte sur les moyens destinés à Suisse Tourisme qui est la plate-forme efficace du marketing de destination. Le but, c'est de donner à Suisse Tourisme les moyens de stimuler la demande touristique en Suisse de manière innovatrice et efficiente, tout en répondant aux lois du marché. Suisse Tourisme ne se substitue pas aux efforts individuels des entreprises touristiques. Il s'agit d'une plate-forme de coopération qui assure une entrée sur le marché international aux entreprises touristiques, qui sont la plupart du temps des PME. Le marketing individuel des entreprises ne suffit pas. On le voit bien à l'échelle internationale et toutes les comparaisons le démontrent, le tourisme a besoin d'un marketing de destination, et c'est à ce niveau que Suisse Tourisme intervient.
Il s'agit d'une collaboration entre l'Etat et l'économie privée qui a pour but de promouvoir un bien public, qui est la destination "Suisse". Ce caractère de bien public du marketing de destination a été reconnu par le Parlement, lorsqu'il a adopté, le 16 décembre 1994, la révision partielle de la loi fédérale sur l'Office national suisse du tourisme.
Il est vrai aussi que la Confédération participe de manière substantielle au financement de Suisse Tourisme. Nous le faisons en collaboration avec les milieux privés; peut-être que ces derniers n'interviennent pas encore assez, mais il y a des progrès qui vont dans ce sens: plusieurs entreprises ont annoncé récemment leur participation à l'effort collectif. Il est vrai que le privé pourrait faire mieux encore, mais, par comparaison internationale, l'Etat n'apporte en Suisse qu'une part du budget promotionnel des organisations touristiques, alors que, dans plusieurs pays étrangers, c'est l'Etat seul qui fournit les moyens financiers aux organisations similaires à Suisse Tourisme.
Nous vous proposons une augmentation modérée de l'aide financière de 168 à 190 millions de francs. Il est vrai qu'elle est plus élevée que le taux de renchérissement, puisqu'elle est de 22 millions de francs, soit de 13 pour cent, mais elle est compatible avec l'"objectif budgétaire 2001". Le but, c'est évidemment de permettre à Suisse Tourisme de trouver de nouveaux clients en exploitant de nouveaux marchés, d'où des moyens nécessaires supplémentaires.
Les décisions que vous allez prendre ne diminuent en rien la préoccupation que nous avons et que nous partagions avec tous les orateurs, M. Strahm également, d'améliorer la structure et la qualité de l'offre dans le domaine du tourisme. Les rapporteurs l'ont dit et redit, c'est un débat essentiel, mais qu'il ne faut pas lier au débat d'aujourd'hui destiné à fournir les moyens du marketing de destination.
Dans cet esprit, le Conseil fédéral est prêt à accepter la motion de la commission; par contre, il vous demande de repousser la proposition de minorité Strahm pour plusieurs raisons:
D'abord, pour des raisons de logique. Comme je l'ai dit, il s'agit d'un autre débat, d'un débat essentiel et important qui doit être conduit. Il ne doit toutefois pas être conduit à travers la prise en otage des moyens nécessaires à Suisse Tourisme; il doit être conduit en soi.
Ensuite, si l'on adoptait la proposition de minorité Strahm, qui vise à limiter le crédit pour deux ans, on diminuerait la capacité de Suisse Tourisme de planifier sur le long terme, ce qui est essentiel pour un marketing de destination efficace à l'étranger. Il faut qu'il y ait une certaine profondeur temporelle dans l'action, de telle sorte que la planification puisse être efficace et puisse porter ses fruits.
Nous ne sommes pas pour autant restés inactifs dans les domaines évoqués par plusieurs orateurs, dont M. Strahm, ou d'autres qui soutiennent la proposition Strahm. Dans le domaine de la formation, la Confédération a renforcé ses efforts. Elle dépense environ 6,5 millions de francs pour la formation professionnelle dans le secteur du tourisme et de l'hôtellerie. Nous en sommes à la préparation d'un nouveau concept de formation professionnelle touristique.
Dans le domaine de la promotion de la qualité, deux initiatives soutenues par l'administration fédérale visent à promouvoir cet objectif louable:
1. l'introduction d'un label de qualité de service;
2. la nouvelle classification hôtelière qui se fait par l'intermédiaire des jugements portés par une personne anonyme qui visite les établissements et détermine le niveau de qualité qu'offre cet établissement.
Des structures vont bouger, parce que la nécessité économique va l'imposer. D'un autre côté, nous prévoyons la révision de la loi fédérale sur l'encouragement du crédit à l'hôtellerie et aux stations de villégiature (loi fédérale sur le crédit hôtelier).
Il y a, même dans une perspective libérale, un certain nombre de choses qui sont faites par l'Etat pour aller dans le sens de la promotion de la qualité: par exemple, accentuer dans le sens positif la réforme des structures hôtelières. Mais c'est un débat qui doit être tenu séparément de celui qui se tient aujourd'hui, qui vise à donner, conformément aux dispositions légales, à Suisse Tourisme les moyens de promotion du marketing de destination.
Je vous remercie d'entrer en matière et d'approuver le projet du Conseil fédéral, soutenu par la commission. Je me déclare d'ores et déjà prêt à accepter la motion de la commission.