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Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · 2009-03-12

Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2009-03-12

Wortprotokoll

Je soutiens la minorité qui recommande d'accepter cette initiative. A ce propos, j'aimerais mettre en évidence quelques faits.

Tout d'abord, les armes ne sont pas des produits ordinaires. Elles sont fabriquées pour tuer des gens, c'est la première vérité élémentaire. Entre 2003 et 2006, la Suisse a exporté des armes pour plus de 1 milliard de dollars. Une bonne partie des livraisons d'armes était destinée à des pays qui prennaient part à la guerre contre le terrorisme en Irak et en Afghanistan, et des armes étaient aussi destinées au Pakistan. Même des pays où règne une pauvreté extrême comme en Afrique, ainsi que des régimes autoritaires, reçoivent des livraisons d'armes en provenance de la Suisse.

Autrement dit, l'exportation de matériel de guerre n'est pas seulement immorale, elle sape aussi la crédibilité de la Suisse, elle sape sa crédibilité en termes d'engagement humanitaire, de politique de développement et de politique de promotion de la paix. C'est parce que nous ne voulons plus de cette politique contradictoire que nous soutenons l'initiative populaire "pour l'interdiction d'exporter du matériel de guerre".

On me dira qu'il est malvenu de soutenir une telle initiative, alors que la crise est là et que de nombreux emplois sont en péril. Je note au passage que si lundi dernier nous avions adopté un programme de relance un peu plus conséquent, on ne se poserait guère ce genre de question. Mais c'est vrai, dans ce pays, un certain nombre de salariés vivent de la production d'armements et, comme syndicaliste, j'y suis sensible. Mais j'ajoute aussitôt que l'initiative prévoit des mesures d'accompagnement par lesquelles la Confédération doit soutenir les régions et les employés affectés par l'interdiction d'exporter du matériel de guerre.

A cet effet, l'initiative prévoit un délai de dix ans, ce qui n'est tout de même pas rien, et je pense qu'on peut très bien utiliser cette période de dix ans pour opérer la reconversion. Celle-ci est d'ailleurs en cours, comme l'a expliqué Monsieur Daguet à propos de RUAG. Il existe aussi bien d'autres modèles de reconversion à l'étranger, parce que cette question se pose dans beaucoup de pays. Une des solutions qu'ont trouvées d'autres pays était de reconvertir les industries d'armement dans les technologies de l'environnement, car l'environnement comme le secteur militaire a besoin des technologies de pointe.

A ce propos, j'aimerais vous citer un exemple. Aux Etats-Unis, plus précisément dans le Massachusetts, une entreprise spécialisée dans la fabrication de sous-marins a été reconvertie dans le développement de systèmes de traitement de l'eau. Bien sûr, nous n'avons pas de sous-marins, mais je pense qu'on peut trouver des applications qui vont dans cette direction.

Il ne faut pas oublier non plus que les exportations ne représentent qu'une part modeste de la production globale d'armements en Suisse, notamment par rapport aux achats qui sont effectués par l'armée. Plus concrètement, seule une partie des 5000 emplois liés à l'industrie de l'armement dépend directement de l'exportation de matériel de guerre. Ce n'est évidemment pas rien, mais cela représente un volume de travail relativement modeste, volume qui, durant une période de dix ans, pourra fort bien être absorbé par l'industrie civile.

La dernière chose que j'aimerais ajouter, c'est que l'industrie de l'armement est en perte de vitesse. Dès lors, plus la reconversion se fera rapidement, moins elle fera de dégâts.