Marty Dick · Ständerat · Tessin · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2009-03-02
Wortprotokoll
Pourquoi devrions-nous nous engager pour des personnes qui n'ont aucun lien avec notre pays, qui sont même très éloignées de ce que nous pensons et de notre sensibilité? Eh bien, tout simplement en vertu du principe que si nous ne savons pas nous battre pour la liberté des autres, nous ne saurons jamais nous battre pour la nôtre. Et je suis vraiment choqué qu'on traite ces personnes de "Schwerverbrecher", de terroristes, alors que les Etats-Unis mêmes, les Américains, la CIA elle-même voulaient les libérer depuis longtemps, et qu'après des interrogatoires exténuants, après la torture de la baignoire, ils n'ont obtenu aucun indice contre ces personnes.
Certes, ces personnes sont musulmanes. Est-ce une faute? Certes, elles ont une pensée politique qui n'est pas nécessairement celle de l'administration Bush ou même de l'administration américaine actuelle. Est-ce une faute? Ces personnes sont en prison illégalement depuis sept ans, sans avoir été l'objet d'aucun procès, sans qu'aucune accusation ait été prononcée contre elles. D'autres personnes ont été libérées parce que les pays d'origine les ont reprises - Angleterre, Allemagne, cette dernière toutefois avec un certain retard et malgré l'attitude de Monsieur Steinmeier qui ne lui fait pas du tout honneur. La France a eu le réflexe de dire que, vu que ces personnes avaient été à Guantanamo, elles étaient vraisemblablement des terroristes et qu'il fallait les juger. Sur la base d'un rapport de la Direction de la surveillance du territoire (DST), elles ont été condamnées en première instance. La décision de la Cour d'appel est toute récente: elle a acquitté ces personnes et elle a durement critiqué la DST.
Cela pour dire que ces affaires doivent être considérées à travers les lunettes de la justice. On ne peut pas tomber dans le piège qui consiste à dire: "Ils ont été à Guantanamo, donc ce sont des terroristes." C'est la philosophie des pays comme la Chine, la Libye, le Yémen. C'est pour cette raison que les Américains mêmes ne veulent pas renvoyer ces personnes dans ces pays, car elles risqueraient certainement la mort.
Je tiens à signaler - Madame Seydoux l'a déjà rappelé - que l'administration Bush déjà avait demandé aux pays européens une collaboration pour trouver une solution pour ces personnes contre lesquelles, je le répète, il n'y a pas le moindre indice de culpabilité et que les Américains veulent libérer. L'administration Bush a donc déjà fait la demande, et l'administration Obama l'a répétée.
Alors pourquoi la Suisse, maintenant, en plein scandale du secret bancaire, ne pourrait-elle pas donner un signe vraiment positif, être un porte-parole de la justice et de la liberté? Finalement, il s'agirait d'accueillir entre un et trois détenus. Pensez-vous que ce sont ces quelques anciens détenus qui peuvent mettre en péril la sécurité de notre pays? Ne serait-ce pas l'occasion de faire un acte de justice envers le monde et de donner une leçon aux Européens qui ont collaboré avec le système mis en place à Guantanamo? Le procès qui se tient actuellement à Milan a montré clairement comment tous les services de renseignement européens ont collaboré à la "philosophie Guantanamo" et donc contribué à remplir ces prisons.
C'est l'occasion pour la Suisse de faire un geste, alors faisons-le!