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Cramer Robert · Ständerat · Genf · Grüne Fraktion · 2009-06-04

Wortprotokoll

En l'état, le Conseil fédéral propose de rejeter mon postulat. J'espère le convaincre qu'il pourrait s'y rallier.

J'ai déposé ce postulat, soutenu par 22 cosignataires, à la suite d'un constat que j'ai pu faire. Et je trouve que la réponse donnée par le Conseil fédéral renforce, au fond, ce constat. C'est celui d'une situation de blocage et d'une situation d'incompréhension dans laquelle nous nous trouvons actuellement. Il y a aujourd'hui un véritable désarroi - j'utilise ce terme très modéré parce que l'on en entend d'autres dans la bouche des médecins généralistes - qui provient du fait que bon nombre de médecins de notre pays, et pas forcément d'ailleurs uniquement des médecins généralistes, ont beaucoup de difficulté à comprendre ce qu'il en est de la politique du Conseil fédéral en matière de soins, et plus particulièrement quant à leur statut.

Après avoir eu l'occasion de discuter avec l'un ou l'autre de ces médecins, j'ai eu le sentiment que ce qui suscite la protestation d'une bonne partie du corps médical à l'égard des mesures qui sont régulièrement proposées, c'est véritablement de l'incompréhension, incompréhension quant à la politique qui est menée dans notre pays en matière de système de soins. Et je crois que cette incompréhension va bien au-delà des questions que ces médecins peuvent se poser quant à la façon dont on fixe la rémunération de tel ou tel acte médical ou quant aux questions, posées d'ailleurs dans d'autres motions ou postulats, relativement à la formation de la relève, bien qu'au fond toutes ces questions soient liées.

Par le postulat que j'ai déposé, j'aimerais donner l'occasion au Conseil fédéral de nous indiquer quel est à ses yeux le rôle des médecins généralistes dans notre système de santé. Finalement, j'ai le sentiment que dès l'instant où cette question sera plus ou moins éclaircie, ou en tout cas qu'un certain nombre d'indications auront été données, tout le reste en découlera.

Si l'on estime, pour prendre une opinion extrême, que la fonction essentielle du médecin généraliste est d'orienter le malade vers le meilleur médecin spécialiste qui pourra le traiter, voire de l'orienter vers l'hôpital qui pourra le mieux procéder aux examens nécessaires, il n'est effectivement plus nécessaire que ce médecin généraliste puisse disposer d'un laboratoire d'analyses. On pourrait même imaginer que ce médecin généraliste soit mis au bénéfice d'une formation beaucoup plus simple, comme cela se fait dans un certain nombre d'autres pays. C'est un système qui existe, qui a ses avantages et ses inconvénients. Mais il va de soi aussi que cela amènera ce médecin de premier recours à exercer une autre profession que celle que nous connaissons actuellement, et vraisemblablement une profession beaucoup moins gratifiante.

Si, en revanche, on entend conserver au médecin généraliste le haut degré de compétences qu'implique sa formation et le rôle qu'il est amené à jouer, notamment dans les régions les moins urbanisées de notre pays, il faut alors lui donner les moyens de ses tâches, faute de quoi on le démotive totalement et on rend du reste sa profession extrêmement peu attrayante, alors même qu'elle est indispensable et qu'elle a permis à notre système de santé d'avoir le haut niveau de qualité qui est le sien. Et puis on peut bien sûr, entre ces deux systèmes, en imaginer d'autres encore qui ont tous leurs avantages et leurs inconvénients.

Ce qu'il faudrait éviter, c'est ce sentiment diffus que l'on a que, progressivement, notre législation et notre système assignent au médecin généraliste un rôle de plus en plus administratif, mais ceci sans en tirer les conséquences qui en découlent non seulement sur l'organisation de notre système hospitalier, mais aussi sur les coûts de la santé, parce qu'un tel changement de paradigme ne se fera pas sans frais. On peut facilement imaginer que ce que l'on économise d'un côté, on risque de le payer de l'autre. Ce qu'il faut éviter en substance, c'est de modifier considérablement notre système qui est bon, qui a donné jusqu'ici de bons résultats, sans en tirer les conclusions.

Finalement, le but du postulat que j'ai déposé, c'est uniquement de permettre au Conseil fédéral de s'expliquer et d'éclairer aussi bien l'opinion publique que les premiers concernés. C'est ce travail didactique que je souhaite que le Conseil fédéral fasse.