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Décision

ARMP.2020.24

Recours contre un mandat de comparution délivré par le Ministère public.

13 mars 2020Français34 min

Qualité pour recourir (art. 382 al. 1 CPP) (cons. 2).Conditions d’application de l’article 145 CPP (non réalisées en l’espèce) (cons. 3).Valeur probante de certificats médicaux attestant l’impossibilité de la personne citée à participer à une audition (cons. 5).____________________Par arrêt du 15.07.2020 (réf. 1B_358/2020), le TF a déclaré irrecevable le recours en matière pénale déposé contre cette décision.

Source ne.ch

Arrêt du Tribunal Fédéral

Arrêt du 15.07.2020 [1B_358/2020]

A.

Le 14 juillet 2018, X.________ a déposé plainte pénale contre

Y.________, en lui reprochant de ne plus s’acquitter de la pension alimentaire

due pour leur fille A.________ depuis le mois d’avril 2017 et de s’en être

acquitté incomplètement auparavant. Le 13 août 2018, le Ministère public,

Parquet général de Neuchâtel (ci-après : le Ministère public), a ordonné

l’ouverture d’une instruction pénale (dossier MP.2018.3815) contre Y.________,

pour infraction à l’article 217 al. 1 CP (violation d’une obligation

d’entretien).

B.

Le 25 septembre 2018, Y.________ a déposé

plainte contre X.________, en lui reprochant des infractions aux articles 219

et 220 CP (violation du devoir d’assistance ou d’éducation et enlèvement de

mineur). En résumé, il alléguait à l’appui de sa démarche que X.________ l’empêchait

de voir sa fille au Point rencontre de Fribourg depuis juillet 2016,

respectivement l’empêchait de communiquer à distance avec A.________, en

violation de décisions judiciaires ; qu’elle avait quitté le domicile avec

A.________ le 16 février 2017 ; ignorer depuis cette date où se trouvait

sa fille.

C.

a) Par mandats de comparution du 15 octobre

2018, le Ministère public a invité Y.________ et X.________ à comparaître

personnellement à une audience ayant pour objet « audition – discussion

– médiation pénale » à Neuchâtel en date du 20 novembre 2018.

b)

Le 18 novembre 2018, X.________ a écrit au Ministère public être actuellement

dans l’impossibilité de se rendre à une quelconque audience, comme attesté par

son médecin traitant le Dr B.________.

c)

Le 19 novembre 2018, le Ministère public a répondu à X.________ qu’il lui

paraissait « peu probable que la justice puisse se contenter de

certificats médicaux établis pour une si longue période sans aucune

justification » ; qu’il se pouvait qu’il demande un avis d’expert

quant à l’incapacité de comparaître alléguée ; que l’adresse officielle de

X.________ à W.________ (NE) ne semblait pas correspondre à son domicile

réel ; que X.________ était priée de lui faire part de son adresse dans

les 10 jours, à mesure que les parties ne pouvaient pas choisir un for en se

créant un domicile fictif.

Le

même jour (19 novembre 2018), le Ministère public a ordonné l’extension de

l’instruction pénale MP.2018.3815 contre X.________, pour violation du devoir

d’assistance ou d’éducation et pour enlèvement de mineur, pour avoir « à

partir du 1er février 2017, à tout le moins du 22 mars 2017, quitté

le canton de Fribourg sans informer le père de sa fille A.________ de sa

nouvelle adresse, dans le but d’empêcher tout contact entre ces derniers, alors

que la justice avait ordonné un droit de visite qui tenait compte des

impératifs de chaque partie, privant ainsi Y.________, co-détenteur de

l’autorité parentale, de son droit à créer et entretenir des liens normaux avec

sa fille et perturbant le développement psychologique de celle-là ».

d)

Dans un écrit de 13 pages daté du 30 novembre 2018, X.________ a répondu, en

résumé, que son domicile à T.________ (NE) avait été « validé »

par décision du Tribunal cantonal fribourgeois du 12 septembre 2017 ; que ce

tribunal avait reconnu qu’elle n’était pas en devoir de demeurer à son domicile

en continu ; que la justice neuchâteloise n’avait pas à rejuger ces

questions ; qu’elle vivait pour partie à

U.________ (NE) et pour partie dans un « autre appartement secret afin

de pouvoir y vivre sereinement avec [s]a fille, sans que le père ne vienne

[les] y trouver et [lui] arracher [s]a fille ».

D.

Y.________ a été entendu par le Ministère public le 20

novembre 2018 en qualité de prévenu, puis de plaignant. Comme elle l’avait

annoncé, X.________ ne s’est pas présentée à cette audience.

E.

Le 31 décembre 2018, X.________ a déposé

une nouvelle plainte pénale contre Y.________, pour « calomnies,

induction de la justice en erreur, ingérence dans [s]a sphère privée et

violation de domicile, tentative de contourner une décision de justice

définitive et exécutoire, à savoir l’arrêt du 12.09.17 du TC de Fribourg,

tentative de kidnapping sur l’enfant A.________, 3 ans, harcèlement […],

violation du devoir d’assistance et d’éducation » (cf. plainte

accompagnée de nombreuses annexes).

F.

a) Entendu le 7 mars 2019 en qualité de personne appelée à

donner des renseignements, C.________, né en 1939, a déclaré avoir fait partie

d’une communauté religieuse en France, tout comme X.________, qui était petite

à ce moment-là ; qu’en 2016, X.________ leur avait téléphoné car « elle

avait des soucis avec les tribunaux de Fribourg en lien avec la garde de sa

fille » ; que X.________ s’était « débrouillée pour faire

des démarches pour venir dans le canton de Neuchâtel » car « elle

n’était pas contente du canton de Fribourg » ; avoir accepté,

jusqu’à il y a une année environ, de recevoir chez lui le courrier destiné à X.________ ;

qu’il téléphonait à X.________ pour qu’elle vienne chercher son courrier ;

savoir que X.________ « se cache » ; qu’elle a « peur

de la police et des procureurs » ; que lui-même ignore où elle

vit et qu’il ne veut plus avoir de contact avec elle.

b)

Entendue le même jour en la même qualité, C1________, née en 1939, a

confirmé les propos de son mari et précisé qu’il leur était arrivé d’héberger X.________ ;

que la mère de X.________ payait pour celle-ci un appartement à

W.________ ; que X.________ avait reproché à C1________ et à

son mari de l’avoir trahie, parce qu’ils avaient « un peu parlé sur la

situation » à un procureur, malgré l’injonction que X.________ leur

avait faite « de ne pas parler » ; que depuis, ils ne

l’avaient plus revue.

c)

Entendu le 29 mars 2019 en qualité de personne appelée à donner des

renseignements, D.________, gérant d’immeubles, a déclaré qu’à la signature du

bail relatif à l’appartement de W.________, X.________ avait demandé de ne

révéler aucune information à son sujet ; qu’elle avait demandé à ce que le

nom «E».________ soit apposé sur la boîte aux lettres ; que les

correspondances destinées à X.________ étaient adressées à la mère de cette

dernière à V.________ (VD); que le loyer était payé tous les mois.

G.

a) Le 8 mars 2019, le Ministère public a adressé une demande

d’entraide à son homologue fribourgeois en vue de l’audition de X.________, qui

devait prochainement être entendue suite à l’opposition qu’elle avait formée

contre une ordonnance pénale. Le 20 mars 2019, le procureur fribourgeois a

répondu que X.________ avait produit un certificat médical et n’avait pas

comparu.

b)

Le 27 mars 2019, le Ministère public a écrit à X.________ qu’à ce stade de

l’enquête, il était indispensable de pouvoir l’auditionner en qualité de

prévenue et partie plaignante, afin de pouvoir avancer dans la procédure ;

que l’adresse des époux C.________, à laquelle elle voulait que sa

correspondance soit adressée, n’était clairement pas la sienne ; qu’à

l’avenir, toute correspondance lui serait envoyée à l’adresse ressortant de la

base de données des personnes, soit celle de W.________.

c)

Le 10 avril 2019 X.________ a répondu faire élection de domicile en l’Etude de

Me F.________ à S.________ (VD), en précisant que cet avocat avait « fait

modifier [s]on domicile dans les registres officiels à [s]on insu

l’année

dernière ».

d)

Le 11 avril 2019, X.________ a demandé l’annulation d’une citation à

comparaître qui lui avait été adressée par la Police neuchâteloise.

e)

Le 8 mai 2019, le Ministère public a écrit à X.________ que l’audition

envisagée visait à lui permettre de faire valoir son droit d’être entendue et

qu’elle était aussi nécessaire pour éclaircir certains éléments du

dossier ; que Me F.________ n’avait jamais prétendu la représenter dans le

cadre de la procédure neuchâteloise et qu’il semblait qu’il ne la représentait

plus dans le cadre de la procédure fribourgeoise ; qu’un nouveau mandat de

comparution lui serait adressé prochainement ; que si elle persistait à

refuser d’y donner suite et vu qu’il était maintenant indispensable que la

procédure avance, d’autres mesures devraient être prises ; que le

certificat médical du Dr B.________ selon lequel toute comparution de X.________

était « contre-indiquée jusqu’à nouvel avis » était trop

imprécis pour être considéré comme valable ; qu’en cas de présentation

d’un nouveau certificat médical, elle serait examinée par un médecin externe.

f)

Le 14 mai 2019, X.________ a adressé au Ministère public un écrit de 14 pages,

dans lequel elle indiquait notamment qu’il n’y avait à ce jour pas de

procuration pour que Me F.________ la représente ; être plaignante et non

prévenue dans cette affaire.

Le

31 mai 2019, X.________ a écrit au Ministère public que même si elle se

retrouvait contrainte à être interrogée, elle ferait usage de son droit au

silence, si bien qu’une audition était inutile et inopportune ; que des

certificats médicaux attestaient de son impossibilité de se présenter en

audience ; refuser de se présenter à une audience « tant que

n’[était] pas exclu le risque que [s]a fille [lui] soit arrachée » ;

qu’elle serait une mère indigne si elle prenait le risque que sa fille soit

séparée d’elle ; qu’elle ne laisserait pas les autorités suisses pratiquer

un abus de kidnapping sur une génération supplémentaire de sa fille

yéniche ; que les conditions d’un mandat d’amener ne sont pas réunies.

g)

X.________ n’a donné suite à aucun des mandats de comparution aux fins

d’audition qui lui ont été adressés par la Police neuchâteloise ; elle a

transmis des courriers justifiant le fait qu’elle ne se présenterait pas. La police

n’est en outre pas parvenue à localiser X.________ dans le canton de

Neuchâtel ; la prénommée n’était notamment pas présente à son domicile

officiel de W.________ lors de chacun des passages de la police.

H.

a) Le 11 juin 2019, la Police neuchâteloise a délivré deux

mandats de comparution, tous en qualité de témoins, à l’encontre de G.________,

d’une part, et de X1________, d’autre part, pour une audience prévue

le 9 juillet 2019 à 9h30, respectivement à 11h30.

b)

Le 1er juillet 2019, X.________ a recouru contre les deux mandats de

comparution en concluant à leur annulation, interdiction étant faite au

Ministère public de prendre des mesures concernant ses proches jusqu’à l’issue

de la procédure de recours (dossier ARMP.2019.78). Le même jour (1er

juillet 2019) G.________ (dossier ARMP.2019.79) et X1________

(dossier ARMP.2019.80) ont recouru en concluant à l’annulation du mandat de

comparution les visant respectivement.

c)

Par arrêt du 4 juillet 2019, l’Autorité de céans a joint les causes

ARMP.2019.78, 79 et 80 et rejeté les recours, dans la mesure de leur

recevabilité.

Faits

I.

a) Le 21 août 2019, Y.________ a informé le Ministère public

que X.________ n’avait pas amené A.________ à l’école pour sa première rentrée

scolaire, alors même que l’enfant était inscrite sur la liste de classe pour

débuter sa scolarité le 19 août 2019 à U.________. Selon lui, ces faits

étaient constitutifs de violation des devoirs d’assistance et d’éducation.

b)

Le 31 août 2019, X.________ a pris position en alléguant que personne n’avait

jamais inscrit A.________ à l’école publique et qu’elle-même avait inscrit A.________

comme « une enfant enseignée par sa maman ».

J.

Le 11 septembre 2019, le Ministère public fribourgeois a

informé son homologue neuchâtelois avoir ouvert une instruction contre le Dr B.________

en raison de certificats médicaux délivrés en faveur de X.________ ; il

précisait que cette dernière, bien que n’étant pas partie à la procédure, avait

demandé sa récusation et fait recours contre le mandat de comparution qui lui

avait été adressé. Le 13 février 2020, aucune décision n’avait été rendue dans

le cadre de cette affaire.

K.

S’agissant des mesures mises en œuvre dans l’intérêt de

l’enfant A.________, on peut relever ce qui suit.

a)

La curatrice fribourgeoise a rédigé son dernier rapport d’activité le 18 décembre

2017. Il en ressort qu’en 2017, la curatrice n’a pu rencontrer ni X.________ ni

A.________ ; que X.________ n’acceptait de collaborer avec le Service

de protection de l’enfance que par courrier postal, si bien que la curatrice

ignorait tout de la situation de A.________ (lieu de vie, état de santé

physique et psychique, relations de l’enfant avec le et hors du système

familial), d’une part, et des compétences éducatives de X.________, d’autre

part ; qu’au contraire, Y.________ – domicilié à R.________ (Côte d’Azur,

France) – collaborait bien avec le Service de protection de l’enfance ; que

X.________ se disait persuadée de l’existence d’un risque d’enlèvement de A.________

par

Y.________ ; qu’elle s’opposait au droit de visite du père, malgré une

décision exécutoire à ce propos ; qu’inquiète du sort de A.________ en

l’absence de nouvelles concrètes sur son sort, l’Autorité de protection de

l’adulte et de l’enfant (APEA) avait décidé le placement de l’enfant en date

du 6 avril 2017, à titre superprovisionnel ; que contrairement à Y.________,

X.________ ne s’était pas présentée à la séance du 8 mai 2017 devant l’APEA, se

contentant de demander par fax le transfert du dossier à U.________, le refus

de désigner une curatelle de représentation en faveur de A.________, le refus

du placement de A.________, l’attribution à la mère de l’autorité parentale

exclusive, que l’exercice du droit de visite du père soit surveillé ; qu’à

l’issue de l’audience, l’APEA avait confirmé sa décision de placement de A.________ ;

que X.________ avait recouru contre cette décision ; que le Tribunal avait

accordé l’effet suspensif au recours ; que le dossier avait ensuite été

transféré à Neuchâtel.

b)

Le 20 mai 2019, l’APEA du canton de Neuchâtel a décidé de reprendre en son for

la mesure de curatelle aux relations personnelles précédemment instituée en

faveur de A.________. Le droit de visite du père n’a toutefois pas pu être mis

en place.

c)

Le 10 janvier 2020, la Direction du Cercle scolaire de T.________ a informé le

Ministère public qu’en fin de l’année scolaire passée, X.________ lui avait

signalé vouloir scolariser A.________ à domicile ; que Y.________

souhaitait en revanche que l’enfant soit inscrite à l’école ; que A.________

n’avait pas commencé l’école à la rentrée, si bien que son absence avait été

signalée à l’OPE ; qu’en cas de scolarisation d’un enfant à domicile, le

Service de l’enseignement obligatoire est responsable du suivi ; que dans

le cas de A.________, ce suivi est impossible, à mesure que ce service ignore

où se trouve l’enfant.

L.

a) Le 9 novembre 2019, X.________ a reproché au Ministère

public une violation du devoir de célérité en rapport avec le traitement d’une

plainte qu’elle aurait déposée contre Y.________ le 18 mai 2017.

b)

Le 9 décembre 2019, le Ministère public a répondu que Y.________ avait été

entendu en qualité de prévenu et de plaignant le 28 novembre 2018 et que la

procédure était « bloquée » tant que X.________ ne pourrait

pas être entendue.

c)

Le 4 février 2020, X.________ a reproché au Ministère public de ne pas avoir

statué sur sa demande de « révocation de mandat du 31.05.19 »

et d’avoir joint les deux dossiers.

d)

Le 11 février 2020, le Ministère public a répondu que la question de savoir si

une audition était ou non pertinente, en lieu et place de déterminations

écrites, relevait de sa compétence ; que si la dette d’aliment ne

dépendait en principe pas de l’exercice du droit de visite, il existait des

situations exceptionnelles dans lesquelles l’attitude du débiteur pouvait

s’apprécier différemment en fonction de celle du créancier ; estimer

nécessaire d’être renseigné à ce sujet par une audition directe ; que la

plainte de X.________ serait classée, si cette dernière devait refuser de

déférer au prochain mandat de comparution qui lui serait adressé ; que X.________

ne précisait pas de quel mandat de comparution elle demandait la

révocation ; que les lenteurs de la procédure étaient dues à son refus de

comparaître à une audition devant le Ministère public.

e)

Le 27 février 2020, X.________ a adressé à l’Autorité de céans un « recours »

avec « demande urgente d’effet suspensif » dirigé contre ce

qu’elle appelait la « décision » du 11 février 2020. Dans cet

écrit de 10 pages, elle faisait valoir que par le passé, une juge lui avait

tendu un « get-apens » afin de lui arracher sa fille par la

force, respectivement par des mesures superprovisionnelles ; qu’il

existait donc un sérieux risque que A.________ lui soit « abusivement

arrachée » et que son refus d’être entendue par le Ministère public

relevait du simple bon sens ; qu’en l’état, les avis de ses médecins

concernant son impossibilité à comparaitre étaient toujours valides ; que

ses dépositions écrites la dispensaient de comparaître ; que sa « demande

de révocation de mandat portait de toute évidence très clairement sur le principe

même de comparaître et non pas sur une date de comparution ». Au terme

de cet écrit, X.________ prenait les conclusions suivantes :

« Dans l’immédiat (de toute urgence)

1. ordonner l’effet suspensif afin que le

MP ne puisse pas forcer la recourante à comparaître et surtout qu’aucune mesure

de contrainte ne puisse être ordonnée à l’encontre de la recourante jusqu’à

l’issue du présent recours

en effet sans effet suspensif,

le présent recours deviendrait sans objet, et les risques de préjudices

irréversibles sont très grands, puisqu’il s’agit de l’application d’une

décision de retrait de garde pourtant annulée.

Puis sur le fond

Considérants

2.

admettre le présent recours

3.

annuler la décision (ou l’acte de

procédure) du 11.02.20 de la procureure H.________ du Parquet de Neuchâtel

4.

reconnaître l’inopportunité d’une

audition dans le contexte de la présente procédure ainsi que la légitimité de

la réaction de la mère qui refuse qu’une comparution puisse donner au MP

l’occasion d’appliquer selon demande du père une décision annulée (retrait de

garde abusif de 2017),

5.

et ordonner au Ministère Public de

statuer sur dossier

subsidiairement renvoyer la cause au MP pour qu’il

statue sur le fond de la requête, réponde à tous les arguments de la requête du

31.05.19

(à savoir sur les arguments de la demande d’application de l’art. 145

CPP, autrement dit la demande de statuer sur dossier, sans audition)

et

ordonner au MP d’expliquer en quoi une audition de la recourante lui

permettrait de faire la lumière sur les décisions des juges civils et leur

application, qui constituent le véritable objet de la présente procédure ».

f)

Le 28 février 2020, le président de l’autorité de céans a écrit à X.________

qu’aucune injonction à comparaître à une date précise pour être entendue par le

Ministère public ne figurait dans la lettre du 11 février 2020 ; que comme

cela lui avait déjà été signalé dans le cadre d’une précédente démarche

analogue de sa part (ARMP.2019.69), un recours ne pouvait s’exercer que contre

une décision concrète et ayant été notifiée (art. 396 du Code de procédure

pénale suisse [CPP]), c'est-à-dire remise à son destinataire, en main propre ou

par l'entremise d'un représentant (art. 85 al. 3 CPP) ; qu’en tant qu’elle

sollicitait l’effet suspensif urgent contre un mandat de comparution, sa

démarche était prématurée, à mesure qu’elle ne prétendait pas avoir reçu un

mandat de comparution et qu’elle ne fournissait pas copie ou l’original d’un

tel mandat en annexe à son écrit ; qu’en conséquence, un délai lui était

imparti pour envoyer à l’autorité une copie du mandat de comparution ou de la

décision qu’elle attaquait.

g)

Le 2 mars 2020, X.________ a fait parvenir à l’autorité de céans une liasse de

pièces, sans explication et sans bordereau.

h)

Le 6 mars 2020, X.________ a transmis à l’autorité de céans – pour la première

fois – copie d’un mandat de comparution émanant du Ministère public, daté du 11

février 2020 et l’invitant à se présenter personnellement à Neuchâtel le 25

mars 2020 à 09h00 pour y être entendue en qualité de plaignante et de prévenue.

Dans sa lettre d’accompagnement de 4 pages, elle répétait que son recours

portait sur le principe même de sa comparution et faisait valoir, notamment,

qu’elle contestait le refus du Ministère public d’admettre sa requête

d’application de l’article 145 CPP, respectivement d’admettre que l’affaire

soit jugée « sur la base de [s]es déclarations écrites » ;

que l’envoi d’un mandat de comparution signifiait que le Ministère public

refusait cette requête ; que le Ministère public n’avait pas démontré la

nécessité d’une audition directe ; que son recours tend également à

s’opposer « à la menace de la procureure de classer [s]a plainte pour

la pension impayée depuis mai 2017 (…) en cas de non comparution » ;

que sa démarche ne tendait pas à « [s]’opposer à une comparution

anodine, mais [à] empêcher un kidnapping » ; que le père devait

payer la pension en faveur de l’enfant même lorsque la mère s’opposait

fautivement à l’exercice du droit de visite, ce qui n’était toutefois pas son

cas.

i)

Une nouvelle liasse de pièces envoyées par X.________ est parvenue à l’Autorité

de céans le 9 mars 2020.

j)

Le 9 mars 2020, le président de l’Autorité de céans a octroyé l’effet suspensif

au recours, afin de maintenir l’objet de celui-ci.

k)

Le Ministère public a renoncé à formuler des observations.

C O N S I D E R A N T

1.

En l’absence d’indication sur le jour de réception du mandat

litigieux, le recours doit être considéré comme recevable du point de vue du

délai pour agir (art. 396 al. 1 CPP).

2.

Selon l’article 382 al 1 CPP,

toute partie qui a un intérêt juridiquement protégé à l’annulation ou à la

modification d’une décision a qualité pour recourir contre celle-ci. L’intérêt

doit être juridique et direct, le but étant de permettre aux tribunaux de ne

trancher que des questions concrètes et de ne pas prendre des décisions

uniquement théoriques. Le recours d’une partie qui n’est pas concrètement lésée

par la décision est irrecevable. L’intérêt juridiquement protégé se distingue

de l'intérêt digne de protection, lequel n'est pas nécessairement un intérêt

juridique, mais peut être un intérêt de fait ; un simple intérêt de fait

ne suffit pas à conférer la qualité pour recourir (ATF 136 I 274

cons. 1.3 ; 133

IV 121 cons. 1.2 ; arrêt du TF du 26.02.2018

[6B_601/2017] cons. 2).

S’agissant

d’un mandat de comparution, on peut se demander si sa contestation permet

réellement de sauvegarder un intérêt juridiquement protégé ou si un seul

intérêt de fait est concerné, à mesure que donner suite à une convocation

ou à un mandat de comparution relève à strictement parler d’un intérêt de fait.

L’article

205.

CPP prévoit toutefois que quiconque est cité à comparaître par une autorité

pénale est tenu de donner suite au mandat de comparution (al. 1) ; que

celui qui, sans être excusé, ne donne pas suite ou donne suite trop tard à un

mandat de comparution décerné par le ministère public, une autorité pénale

compétente en matière de contraventions ou un tribunal peut être puni d’une

amende d’ordre ; qu’il peut en outre être amené par la police devant l’autorité

compétente (al. 4). Les conséquences que cette disposition attache au fait de

ne pas donner suite à un mandat de comparution doivent être prises en compte et

permettre la contestation de l’acte qui précède l’amende ou le mandat d’amener,

soit le mandat de comparution lui-même (arrêt de l’Autorité de céans du

04.07.2019

[ARMP.2019.78-80] cons. 9).

3.

Aux termes de l’article 201 CPP,

tout mandat de comparution du ministère public, des autorités pénales

compétentes en matière de contraventions et des tribunaux est décerné par écrit

(al. 1). Le mandat contient la désignation de l’autorité qui l’a décerné et les

personnes qui exécuteront l’acte de procédure (al. 2, let. a) ; la désignation

de la personne citée à comparaître et la qualité en laquelle elle doit

participer à l’acte de procédure (let. b) ; le motif du mandat, pour autant que

le but de l’instruction ne s’oppose pas à cette indication (let. c) ; le lieu,

la date et l’heure de la comparution (let. d) ; la sommation de se présenter

personnellement (let. e) ; les conséquences juridiques d’une absence non

excusée (let. f) ; la date de son établissement (let. g) ; la signature de la

personne qui l’a décerné (let. h). En l’espèce, il n’est pas contesté que le

mandat de comparution litigieux respecte ces exigences formelles.

3.1

Aux termes de l’article 145 CPP, l’autorité pénale peut, en lieu et place d’une

audition ou en complément de celle-ci, inviter le comparant à lui présenter un

rapport écrit sur ses constatations. Cette disposition règle deux cas de

figure.

Une

première possibilité consiste à remplacer l’audition par un rapport écrit du

comparant ; il peut s’agir alors de l’obtention de renseignements à

caractère technique (p. ex. auprès d’une banque, d’un réviseur, d’une autorité,

d’un médecin ou d’un notaire) ; il peut également s’avérer disproportionné

d’effectuer des auditions – répétitives – de toutes les personnes concernées en

cas d’infractions dites de masse, c’est-à-dire commises au détriment de

nombreux lésés ; dans de tels cas, un questionnaire standard permet

d’obtenir les renseignements nécessaires (Thormann/Mégevand

in

CR-CPP, 2e éd., n. 1 ad art. 145 et les réf. citées).

La

seconde possibilité consiste à faire compléter une audition déjà effectuée, du

fait que des questions complémentaires sont survenues par la suite ou que la

personne, lors de son audition, n’avait pas eu la possibilité de s’exprimer

dans le détail (Thormann/Mégevand, op. cit., n. 2 ad art. 145).

Le

législateur n’ayant pas défini le cercle des personnes pouvant être invitées à

se déterminer par écrit, l’autorité peut donc non seulement s’adresser par

écrit à un témoin ou à une personne appelée à donner des renseignements, mais

aussi à un prévenu (Thormann/Mégevand, op. cit., n. 4 ad art.

145) ou à une partie plaignante.

3.2

En

l’espèce, c’est à tort que la recourante reproche au Ministère public de

n’avoir pas fait application à son égard de l’article 145 CPP. En effet, selon

la jurisprudence, cette disposition doit être appliquée avec retenue et reste

une exception, en particulier à l'égard du prévenu dès lors qu'il est important

pour l'autorité de pouvoir constater l'impression qui se dégage de sa personne ;

l'interrogatoire oral est la règle et la présentation de rapports écrits ne

doit pas entraîner une restriction des droits d’une partie, en particulier au

regard de son droit de participer à l'administration des preuves (arrêt du TF

du 22.12.2017

[6B_663/2014] cons. 11.2.3). Or le cas d’espèce ne justifie en rien une

exception à la règle.

a)

Premièrement, l’interrogatoire oral du prévenu implique une relation directe et

une spontanéité qui n’existent pas en cas d’envoi d’un questionnaire

écrit : dans ce dernier cas, le prévenu a tout loisir de réfléchir

longuement au contenu et à la forme de ses réponses, qui n’ont alors plus rien

de spontané. L’intérêt public à la manifestation de la vérité plaide donc pour

l’interrogatoire oral du prévenu, sauf exception dûment justifiée. De même,

l’intérêt public à la manifestation de la vérité implique que le Ministère

public puisse rebondir sur les réponses données par le prévenu pour orienter la

suite de l’interrogatoire, dans un rapport direct et spontané.

b)

Deuxièmement et vu les infractions ici en cause, il existe un intérêt public

important à ce que les autorités appelées à statuer – notamment le Ministère

public – puissent constater l’impression qui se dégage de la personne des

parties. Une confrontation orale entre la recourante et le Ministère public se

justifie d’autant plus ici que certains éléments du dossier sont de nature à

éveiller des doutes au sujet de la responsabilité pénale de la recourante, en

rapport avec les infractions qui lui sont reprochées. Ainsi, invité à procéder

à une évaluation psychiatrique de la recourante sur la base d’un dossier, le

Centre de psychiatrie forensique – Unité d’expertise psychiatrique du Réseau

fribourgeois de santé mentale a notamment indiqué ce qui suit :

« Au vu de ce qui

précède, nous relevons chez l’expertisée un mode de fonctionnement sous-tendu

par des angoisses à connotation psychotique, lesquelles sont combattues dans la

relation à autrui par des distorsions relationnelles teintées de manipulation

et d’emprise.

X.________ semble vivre la procédure judiciaire de

manière persécutoire, car la confrontant avec les éléments de la réalité […]

longtemps ignorés par elle pour son confort psychique. Par ailleurs,

l’expertisée se laisse [aller] à des interprétations à connotation persécutoire

lorsqu’elle se sent injustement traitée en raison de ses origines tsiganes.

L’expertisée multiplie les actions en justice et ses écrits sont abondants,

très détaillés et comportant de nombreuses annexes servant à étayer ses propos,

faisant ainsi montre de quérulence. Nous retrouvons, au travers des différents

documents et de l’attitude de X.________ dans les procédures judiciaires,

certains éléments caractéristiques d’un trouble de la personnalité paranoïaque,

lequel devrait être confirmé par des entretiens avec l’intéressée et par la

consultation d’éventuels dossiers médico-psychiatriques. Un trouble de la

personnalité au sens de la CIM-10 [(Organisation Mondiale de la Santé (2000, 10ème

révision). Classification internationale des maladies. Genève : Masson)]

se caractérise par des perturbations sévères de la constitution

caractérologique et des tendances comportementales de l’individu, concernant

habituellement plusieurs secteurs de la personnalité, et s’accompagnant en

général de difficultés personnelles et sociales considérables. Les troubles de

la personnalité apparaissent habituellement dans l’enfance ou l’adolescence et

persistent à l’âge adulte. […]

Au vu des documents à notre disposition, il nous est

possible d’affirmer que ce trouble de la personnalité affecte différentes

sphères de la vie de Mme X._______, notamment les sphères interpersonnelle

et sociale. […]

Responsabilité pénale de l’expertisée

Au travers de ses écrits, il nous est possible

d’affirmer que l’expertisée dispose de bonnes capacités intellectuelles. De ce

fait, nous sommes d’avis qu’elle avait, selon toute vraisemblance, de capacités

cognitives suffisantes lui permettant d’apprécier le caractère illicite de ses

actes au moment des faits.

En ce qui concerne son autodétermination, soit sa

capacité de se déterminer d’après cette appréciation intacte du caractère illicite

de ses actes, nous estimons qu’elle était légèrement à moyennement diminuée au

moment des faits, cela en raison de ses traits de personnalité paranoïaque

voire de son trouble de personnalité paranoïaque sur fond d’angoisses à

connotation persécutoire ».

L’accumulation

dans le dossier de la présente cause des interventions écrites prolixes

déposées par X.________ ne font qu’illustrer et confirmer ces propos. Il en va

de même des craintes évoquées par la recourante que le Ministère public lui

tende un « guet-apens » afin de lui arracher sa fille par la

force, respectivement de la kidnapper – on précisera pour la forme que de

telles craintes ne sauraient objectivement être prises au sérieux tant il n’est

pas contestable que la Suisse figure actuellement parmi les pays du monde où la

protection de l’individu contre toute activité étatique arbitraire (et

particulièrement en matière d’atteinte à la liberté personnelle) est la plus

effective.

Si

ces doutes devaient persister après l’audition de la recourante par le

Ministère public, cette autorité devrait alors envisager l’opportunité

d’ordonner la mise en œuvre par un psychiatre d’une expertise visant à

déterminer la responsabilité pénale de la prévenue (art. 20 CP), d’une part, et

le risque de récidive et l’opportunité de prononcer une mesure (art. 56 al. 3

CP), d’autre part (voir à ce propos arrêt de l’Autorité de céans du 11.11.2019 [ARMP.2019.126]

cons. 4).

c)

Troisièmement, le droit constitutionnel du prévenu d’être entendu s’oppose à ce

que les autorités admettent sa renonciation – générale et abstraite – au droit

qui est le sien à être entendu oralement. Au contraire, pour être effectif, ce

droit suppose que le prévenu se détermine après avoir entendu chaque question

posée par l’autorité sur la question de savoir s’il entend se prévaloir ou non

de son droit de garder le silence.

d)

En conclusion et comme déjà dit dans l’arrêt du 4 juillet 2019 dont la

recourante était déjà destinataire (cons. 11), « si une convocation des

autorités peut certes être ressentie comme désagréable, y donner suite n’en

demeure pas moins une obligation à laquelle ne peuvent se soustraire que les

justiciables dont l’empêchement est rédhibitoire » ; le

destinataire d’un mandat de comparution et le prévenu ne sont « pas

habilités à juger de l’utilité ou non d’une mesure d’instruction aussi simple

et peu contraignante qu’une audition en Suisse, même si on peut concevoir que

cela induise une certaine tension ».

4.

Faute d’intérêt juridique et direct, la démarche de la

recourante est prématurée – et partant irrecevable – en tant qu’elle est

dirigée contre « la menace de la procureure de classer [s]a plainte

pour la pension impayée depuis mai 2017 (…) en cas de non comparution » ;

le cas échéant, il appartiendra à la recourante de recourir contre un éventuel

futur classement qui serait prononcé pour ce (seul) motif.

5.

Enfin – et une fois encore comme cela a déjà été dit dans

l’arrêt du 4 juillet 2019 dont la recourante était destinataire (cons. 9) – les

arguments tirés de l’empêchement à comparaitre (par exemple pour des motifs de

santé) sont irrecevables dans le cadre du recours dirigé contre le mandat de

comparution. La proximité de l’audience rend cependant opportun de se prononcer

ici sur l’ensemble des motifs invoqués pour demander l’annulation du mandat de

comparution.

5.1

Selon la jurisprudence, un certificat médical ne constitue pas un moyen de preuve absolu

(arrêts du TF du 27.07.2010 [4A_289/2010] cons. 3.2 ; du 28.07.2009 [4A_227/2009] cons. 3.1.3). Au moment d’examiner la valeur probante des rapports ou certificats établis

par le médecin traitant d'une partie, le juge doit prendre en considération le

fait que celui-ci peut être enclin, en cas de doute, à prendre parti pour son

patient en raison de la relation de confiance qu'ils ont nouée (ATF 125 V 351 cons. 3 ; arrêts du TF du 27.09.2010 [4A_412/2010] cons. 3.1 ; du 12.06.2007 [4A_45/2007] cons. 5.1 ; du 13.11.2007 [4A_253/2007] cons. 4.2). Comme tous les autres moyens

de preuve, les expertises sont soumises à la libre appréciation du

juge ; celui-ci ne peut cependant pas s'écarter d'une expertise sans motifs pertinents ; il doit examiner,

en se fondant sur les autres moyens de preuve administrés et sur les arguments

des parties, si de sérieuses objections font obstacle au caractère probant des

conclusions de l'expertise ;

en se fondant sur une expertise non concluante, le juge peut tomber dans

l'arbitraire (ATF 136 II 539 cons. 3.2 p. 547 s.) ; tel peut être le cas

si l'expert n'a pas répondu aux questions posées, si ses conclusions sont

contradictoires ou si, de toute autre façon, l'expertise est

entachée de défauts à ce point évidents et reconnaissables, même sans

connaissances spécifiques, que le juge ne pouvait tout simplement pas les

ignorer (arrêt du TF du 02.04.2015 [6B_865/2014] cons. 1.1).

5.2

En

l’espèce, la recourante se défend seule et de manière efficace dans le cadre de

la présente procédure. À en juger par la qualité de ses écrits, elle semble

parfaitement capable de participer à une audition devant le ministère public.

Se contentant de se retrancher derrière un certificat établi par son

gynécologue et de nombreux certificats établis par son médecin de famille le Dr

B.________, la recourante n’a jamais évoqué de raison médicale concrète qui

rendrait plausible l’existence de son empêchement de participer à une

audition.

Quant

aux différents certificats médicaux déposés (attestations médicales du Dr B.________,

médecin traitant de la recourante, des 8 octobre 2018, 8 mars 2019, 22 mai

2019.

; du Dr I.________, gynécologue-obstétricien, du 26 mai 2019, ils ne

mentionnent aucune cause qui expliquerait pour quelle(s) raison(s) la

recourante serait médicalement incapable de participer à une audience ;

ils ne mentionnent ni le point de départ de cette incapacité, ni sa durée

prévisible (il est au contraire fait usage d’expressions comme « jusqu’à

nouvel avis » ou « pour une durée indéterminée »).

Non

seulement le Dr B.________ n’a jamais évoqué le début d’une raison médicale

concrète qui empêcherait la recourante de participer à une audition, mais il a

au contraire attesté qu’elle était en « parfaite santé psychique »

et s’occupait de A.________ « de façon irréprochable », ce qui

entre en contradiction avec son constat selon lequel le recourante serait, pour

des raisons médicales, durablement incapable de participer à une audition.

Dans

un écrit du 22 avril 2017, le Dr B.________ se plaignait du « mépris

total affiché par les instances judiciaires face à [s]es certificats et

témoignages » et exprimait son intention de « dénoncer »

« quiconque oserait causer du tort à [X.________ et à A.________], que

ce soit sur mandat judiciaire ou non ».

Dans

un écrit du 10 mars 2018, le Dr B.________ indiquait que « les décisions

de justice concernant X.________ sont à ce jour assimilables à une procédure à

charge contre elle, sans enquête, sans preuve, sans jugement » ;

que « X.________ fait preuve d’une volonté parfaitement légitime de se

protéger et de se défendre, elle et son enfant » ; que « X.________

se défend de façon légitime dans une procédure instruite à charge et au cours

de laquelle elle n’est pas écoutée, est accusée à tort, victime de calomnies et

mise sous pression par des délais inacceptables, voire intenables » ;

« [j]e pense que ses craintes ne sont pas infondées et ceci n’a rien à

voir avec de la paranoïa » ; « [j]’ai pris connaissance

des écrits de ma patiente avec beaucoup d’attention. Je ne les trouve pas

procéduriers ». À la fin de sa lettre, le Dr B.________

qualifiait l’expertise du Centre de psychiatrie forensique « d’atteinte

extrêmement grave à la dignité et à l’honneur de X.________ »,

respectivement « d’un cas d’abus de psychiatrie par la justice ».

Outrepassant clairement son rôle de médecin, il se permettait encore de poser

des jugements sur le sort à réserver en droit à cette expertise, en affirmant

qu’elle était « irrecevable » et qu’il serait juste qu’elle

soit « détruite » (idem).

Il

ressort de ces éléments que le Dr B.________ a un avis tranché sur le sort des

différentes procédures judiciaires impliquant la recourante et qu’il

estime en outre que les autorités instruisent les procédures à charge contre X.________

et qu’elles ne l’écoutent pas. Le rôle du Dr B.________ ne se limite ainsi

clairement pas à celui d’un médecin qui procéderait à des constatations

médicales en toute objectivité. Au contraire, il prend fait et cause pour X.________,

sur le fond des affaires judiciaires la concernant et critique la gestion

des dossiers par les autorités. Ces éléments démontrent que le Dr B.________

n’a manifestement pas la distance nécessaire pour fournir à la justice des

informations pouvant être considérées comme fiables, c’est-à-dire objectives

médicalement et non-influencées par le parti-pris du médecin sur les aspects

juridiques de l’affaire concernant sa patiente ; au contraire, le Dr B.________

parait très enclin à délivrer des certificats de complaisance à la recourante,

afin de lui fournir des armes dans ce qu’il considère comme la juste et

déséquilibrée bataille que la recourante mène non seulement contre Y.________,

mais aussi contre les autorités judiciaires fribourgeoises et neuchâteloises.

Il n’est ainsi nul besoin d’attendre le sort de la procédure pénale

actuellement pendante contre le Dr B.________ pour remettre en question ses

constatations médicales. En l’état et à défaut de toute précision sur les

prétendues causes physiques ou psychiques qui empêcheraient la recourante à

participer à une audience, l’Autorité de céans considère que les certificats

déposés au dossier ne sont pas crédibles et que la recourante ne se trouve

pas dans l’incapacité médicale d’être entendue dans cette affaire.

6.

Vu l’ensemble de ce qui précède, le recours doit être rejeté

et les frais doivent être mis à la charge de la recourante (art. 428 al. 1

CPP), laquelle n’a droit à aucune indemnité à mesure qu.lle agit seule, d’une

part, et qu’elle succombe, d’autre part.

Dispositif

Par ces motifs,

l'Autorité de recours en matière pénale

1. Rejette le

recours.

2. Arrête les frais

du présent arrêt à 600 francs et les met à la charge de la recourante.

3. N’alloue pas de

dépens.

4. Notifie le

présent arrêt à X.________, rue de […], W.________ (avec en annexe la lettre du

Ministère public du 10 mars 2020) et au Ministère public, parquet régional de

La Chaux-de-Fonds (MP.2018.3815).

Neuchâtel, le 13 mars 2020

Art. 201 CPP

Forme et contenu

1 Tout mandat de comparution du ministère

public, des autorités pénales compétentes en matière de contraventions et des

tribunaux est décerné par écrit.

2 Le mandat contient:

a. la désignation de l’autorité qui l’a

décerné et les personnes qui exécuteront l’acte de procédure;

b. la désignation de la personne citée

à comparaître et la qualité en laquelle elle doit participer à l’acte de

procédure;

c. le motif du mandat, pour autant que

le but de l’instruction ne s’oppose pas à cette indication;

d. le lieu, la date et l’heure de la

comparution;

e. la sommation de se présenter personnellement;

f. les conséquences juridiques d’une

absence non excusée;

g. la date de son établissement;

h. la signature de la personne qui l’a

décerné.