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Décision

AC.2003.0246

TA - AC.2003.0246 - 2004-04-23 - MAYOR Cédric c/Jouxtens-Mézery

23 avril 2004Français23 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants:

A. Cédric Mayor est

propriétaire de la parcelle 723 de cadastre de la commune de Jouxtens Mézery,

classée en zone de villa I selon le plan des zones approuvé le 1er

juin 1984 par le Conseil d'Etat. Il a déposé le 16 mai 2003 une demande de

permis de construire en vue de la construction d'une villa préfabriquée,

produite par la société HUF HAUS à Elgenhausen. Le formulaire de la demande de

permis de construire comporte sous la question 39b, relative au mode de

couverture, la précision suivante :

"tuile à emboîtement fibro-ciment gris

anthracite."

La Municipalité de

Jouxtens-Mézery (ci après : la municipalité) a délivré le 21 août 2003 le

permis de construire en reprenant d'une part les conditions posées par les

différents services de l'Etat et en fixant les conditions communales concernant

notamment l'exécution des travaux, les opérations de contrôle du chantier et

les modalités à suivre pour l'octroi du permis d'habiter.

B. a) En date du 22 octobre

2003, la municipalité a informé l'architecte de Cédric Mayor qu'elle refusait

l'échantillon de tuile proposé en précisant que les toits noirs n'étaient pas

admis; elle restait dans l'attente d'un échantillon correspondant aux couleurs

des toits des constructions voisines (parcelle 720).

b) L'architecte de

Cédric Mayor s'est adressé à la municipalité le 27 octobre 2003. Il

estimait que la tuile proposée serait en harmonie avec l'architecture du projet

et s'intégrerait, par sa couleur neutre, dans la nature. Il relevait également

que la couleur de la tuile avait été mentionnée dans les documents du permis de

construire, qui avait été délivré sans aucune observation à ce sujet.

L'architecte formulait toutes réserves quant à l'esthétique finale de la maison

si la municipalité imposait une couverture contraire à son choix initial; il

demandait enfin un rendez-vous avec la municipalité pour en discuter.

c) La municipalité

confirmait le 6 novembre 2003 son refus concernant l'échantillon de tuile

proposé, mais se déclarait prête à recevoir le constructeur lors d'une séance

fixée le 17 novembre 2003.

C. Par décision du 18

novembre 2003, la municipalité a confirmé son refus quant au choix de la tuile

anthracite pour le projet de construction de Cédric Mayor en invoquant les

motifs suivants :

"- le

dernier toit gris autorisé à Jouxtens-Mézery est celui de la propriété de

M. Tschanz au chemin des Vignettes, pour laquelle le premier choix de

tuile anthracite présenté a été refusé alors que le deuxième échantillon de

teinte grise a été accepté. En effet, un précédent ayant été autorisé au chemin

des Vignettes, nous étions dans l'impossibilité de refuser ce choix.

- dès

cette construction terminée, la Municipalité a décidé d'un moratoire sur la

pose de tuiles anthracites ou grises sur l'ensemble du village, hormis le chemin

des Vignettes et le chemin des Mémises (dont un seul propriétaire a opté pour

ce choix).

- M.

Schuster, votre futur voisin, nous a présenté en 2003 une tuile anthracite qui

a été refusée. Après discussion M. Schuster s'est rallié à l'esthétique

générale de la commune et plus spécifiquement du chemin de la Rueyre, en optant

pour un toit brun foncé.

- En

septembre 2003 un toit anthracite nous a été proposé dans le quartier En

Flusel. Notre détermination a été appliquée et le choix porté sur un toit brun

foncé, selon l'échantillon de tuile que vous avez pu voir lors de l'entretien

précité."

D. Cédric Mayor a recouru

contre cette décision auprès du Tribunal administratif par acte du 27 novembre

2003, en concluant à l'admission du recours et à l'annulation de la décision de

la municipalité du 18 novembre 2003. Il demandait également l'octroi de mesures

provisionnelles tendant à ce qu'il soit autorisé à poser les tuiles gris

anthracite pour les raisons suivantes : le bâtiment, de type préfabriqué,

devait être monté entre le 1er et le 3 décembre 2003 et la

couverture posée le 4 décembre 2003, à défaut de quoi la construction restait

exposée aux intempéries. Par décision du 2 décembre 2003, le magistrat

instructeur a accordé la mesure provisionnelle requise et a autorisé le

constructeur à poser la tuile gris anthracite prévue dans la demande de permis

de construire. La municipalité s'est déterminée sur le recours le 18 décembre

2003 en concluant à son rejet.

E: a) Le tribunal a tenu

une audience à Jouxtens-Mézery le 12 mars 2004. A cette occasion, le

représentant de la municipalité a expliqué l'évolution de la pratique communale

sur la couleur des toitures. La municipalité avait émis les premières

réticences quant à l'utilisation d'une tuile de couleur gris anthracite lors de

la construction de la villa Tschanz au chemin des Vignettes, entre 1996 et

1997. En 2002, la municipalité a été amenée à refuser l'utilisation d'une tuile

anthracite pour la villa Schuster; ce dernier avait finalement opté pour un

toit de couleur brun foncé. En septembre 2003, la municipalité était également

intervenue pour s'opposer à l'utilisation de tuiles anthracite dans le quartier

"En Fluzel" et un accord a été conclu avec le constructeur pour un

toit de couleur gris-brun. Il existe actuellement deux villas avec une toiture

de couleur gris anthracite au chemin des Vignettes et une au chemin des

Mémises.

b) Au moment du dépôt

de la demande de permis de construire, le moratoire municipal sur l'utilisation

de la couleur gris anthracite était bien en vigueur, mais la municipalité

n'avait pas attaché d'importance à la couleur indiquée par le constructeur pour

la toiture, en estimant que cette question serait examinée lors de la

présentation de l'échantillon. De son côté, le constructeur indique avoir été

surpris du refus opposé le 22 octobre 2003 alors que la couleur lui

semblait avoir été admise par l'autorité municipale lors de l'octroi du permis

de construire. A ce moment, il lui aurait été possible de changer de matériaux

de couverture, mais l'architecte a estimé qu'il ne pouvait choisir une autre

couleur en raison de la conception architecturale de la villa. Il s'agissait

d'un type de villa préfabriquée de qualité, récemment primé en Angleterre, et

un autre mode de couverture n'était pas envisageable. Le constructeur pense

qu'il aurait probablement renoncé à construire la villa si on lui avait imposé

une autre couleur pour la toiture.

c) Lors de la séance

qui s'est déroulée le 17 novembre 2003, la municipalité a maintenu sa position

de principe quant au refus de la couleur gris anthracite; de leur côté, le

constructeur et son architecte ont indiqué que les matériaux étaient sur le

point d'être livrés et qu'il n'était plus possible de changer de couleur. Le

représentant de la municipalité a indiqué avoir déjà vu une autre couleur de

toiture pour le même type de villa. Il précise que les toitures en tuile rouge,

brun foncé, ou orange sont conformes au règlement communal alors que le gris

anthracite n'est plus admis. Il fait état de diverses interventions auprès du

conseil communal et de la municipalité à ce sujet. Il a été question de

modifier le règlement sur la police des constructions afin d'interdire

expressément le gris anthracite, mais aucune procédure n'était actuellement en

cours.

d) Le tribunal s'est

déplacé sur la parcelle du recourant. Il a constaté que la villa était en voie

d'achèvement; la couverture en tuiles gris anthracite avait été posée à la

suite des mesures provisionnelles accordées par le tribunal. La toiture de la

villa située sur la parcelle voisine 722 avait une couverture de couleur

rouge-orange. A l'est de ce terrain, la villa Schuster présentait une toiture

gris-brun clair. Le tribunal a distingué plus loin la toiture de la villa

Tschanz de couleur anthracite; il a constaté dans la même direction une toiture

"bigarrée" dont les tons variaient entre le rouge, l'orange et le

jaune. Plus au sud, le tribunal a observé les toitures des villas situées en

contrebas, dont l'aspect ressemble à la couleur gris anthracite. Il s'agissait

toutefois de toitures en tuile brun foncé dont la teinte s'est modifiée par les

effets du temps et de la pollution.

e) Les parties ont eu

la possibilité de se déterminer sur le procès-verbal résumé mis au net à la

suite de l'audience.

Considérants

1.

La décision municipale

refusant l'utilisation de la tuile gris anthracite, lors de la présentation

d'un échantillon par le constructeur, entraîne une restriction au droit de

propriété, garanti par l'art. 26 de la Constitution fédérale du 18 avril 1999

(Cst.).

a) Les restrictions à

la propriété sont compatibles avec la Constitution lorsqu'elles reposent sur

une base légale, sont justifiées par un intérêt public suffisant et respectent

le principe de proportionnalité (art. 36 al. 1 à 3 Cst; voir. aussi ATF 126 I

219.

consid. 2a et 2c p. 221/222; pour la jurisprudence relative à l'art.

22ter aCst., voir. ATF 121 I 117 consid. 3b p. 120; 120 Ia 126 consid. 5a

p. 142; 270 consid. 3 p. 273; 119 Ia 348 consid. 2a p. 353 et les arrêts

cités).

b) En ce qui concerne

la condition de la base légale, il y a lieu de distinguer la base légale

formelle de la base légale matérielle. Une base légale formelle est une règle

de droit adoptée par le législateur et qui est en général assujettie au

référendum; la base légale matérielle est une règle de droit adoptée par un

autre organe que le législateur, en vertu d'une délégation législative (André Grisel, op. cit. vol I, p.

313-314). Lorsque la restriction au droit fondamental en cause repose sur une

base légale matérielle, la jurisprudence fixe les conditions que doit respecter

la délégation législative. Pour être valable, la délégation ne doit pas être

exclue par la constitution cantonale, être prévue par une base légale formelle

soumise au référendum, être limitée à un domaine déterminé et préciser les

règles primaires de la réglementation à adopter (André Grisel, op. cit. vol I, p. 323-325). Mais la délégation

de compétence en faveur du législateur communal n'a pas besoin d'être délimitée

aussi strictement quant à son objet qu'une délégation en faveur de l'autorité

exécutive cantonale ou communale; en pareil cas la délégation législative ne

fait que préciser la répartition des compétences entre canton et commune sans

porter atteinte au principe de la séparation des pouvoirs et au contrôle

démocratique (voir ATF 122 I 305 consid. 5a p. 312; ATF 120 consid. Ia 265

consid. 2a p. 266-267; voir aussi ATF 104 Ia 340 consid. 4b = JT 1979 I

342.

et ATF 102 Ia 10 consid. 3b = JT 1978 I 371). Mais dans le domaine de

l'aménagement du territoire, il faut encore que le principe même de la

restriction prévue par un plan d'affectation communal soit contenu dans la

délégation législative cantonale (ATF 106 Ia 364 consid. 2 p. 366). Par

ailleurs, une atteinte grave à un droit fondamental doit être réglée pour

l'essentiel de manière claire et non équivoque dans une loi au sens formel (ATF

123.

I 296 consid. 3 p. 303 et les arrêts cités). Une atteinte est

particulièrement grave lorsque la propriété foncière est enlevée de force ou

lorsque des interdictions ou des prescriptions rendent impossible ou beaucoup

plus difficile une utilisation du sol conforme à sa destination (ATF 121 I 117

consid. 3a/bb p. 120; 115 Ia 363 consid. 2a p. 365 et les arrêts cités).

aa) La loi sur

l'aménagement du territoire et des constructions du 4 décembre 1985

(LATC) précisait à son art. 47 al. 1 let. i, que les plans et les règlements

d'affectation communaux pouvaient fixer les prescriptions relatives aux

conditions de construction tels que coefficients d'occupation et d'utilisation

du sol, distance aux limites ou entre bâtiments, implantation, contiguïté,

dimension, forme et structure des bâtiments et des toitures, choix des

matériaux et des couleurs extérieures, traitement architectural,

destination et accès des niveaux ou de locaux à usage commun ainsi que les

isolations phoniques. Cette disposition a toutefois été modifiée le 4 février

1998.

Le nouvel art. 47 al. 2 ch. 1 LATC ne comporte plus les indications

relatives au choix des matériaux et des couleurs extérieures. Cette nouvelle

disposition se limite à préciser que les plans d'affectation communaux peuvent

contenir les dispositions relatives

"aux conditions de construction, tels

qu'implantation, distances entre bâtiments ou aux limites, cote d'altitude,

ordre des constructions, limite des constructions, le long, en retrait ou en

dehors des voies publiques existantes ou à créer, destination et accès des

niveaux ou de locaux à usage commun, isolation phonique."

On en saurait

toutefois déduire de cette modification une volonté claire du législateur

visant à priver les communes de la possibilité de fixer dans leur

réglementation des dispositions relatives aux matériaux et aux couleurs

extérieures des bâtiments. L'exposé des motifs du Conseil d'Etat se limite à préciser

sur point que le ch. 1 du nouvel art. 47 al. 2 LATC ne fait que regrouper

certaines dispositions existantes (BGC Janvier 1998 p. 7217). Les règles

communales sur les dimensions, formes et structures des bâtiments et des

toitures ainsi que celles concernant le choix des matériaux et des couleurs

extérieures et le traitement architectural font en effet partie des conditions

de construction dont la liste à l'art. 47 al. 2 ch. 1 LATC ne présente pas un

caractère exhaustif. Ces règles ne privent d'ailleurs pas le propriétaire d'une

faculté essentielle du droit de propriété et les restrictions qu'elles imposent

ne sauraient être qualifiées de graves. La délégation législative aux communes

apparaît ainsi suffisante dès lors que le principe de la restriction

(conditions de construction) résulte clairement de la délégation législative;

de plus cette délégation législative s'adresse au législateur communal dont la

décision sur la réglementation en matière de plan d'affectation, soumise au

référendum facultatif (art. 107 de la loi sur l'exercice des droits politiques

du 16 mai 1989) et elle présente les caractéristiques d'une base légale

formelle de niveau communal (ATF précités 122 I 305 consid. 5a p. 312; 120

consid. Ia 265 consid. 2a p. 266-267). Ainsi, il faut admettre que le nouvel

art. 47 al. 2 ch. 1 LATC constitue une base légale suffisante permettant aux

communes de prescrire dans leurs plans et règlements d'affectation les

dispositions sur le choix des matériaux et des couleurs extérieures des

bâtiments.

bb) Le règlement sur

l'aménagement du territoire et les constructions de la commune de

Jouxtens-Mézery, a été approuvé par le Conseil d'Etat le 20 décembre 1995 (ci

après le règlement ou RAC). Pour la zone de villa I, l'art. 24 RAC. prévoit

qu'une autre couverture que la tuile ne peut être autorisée que si elle est en

harmonie avec celle des constructions avoisinantes. En ce qui concerne le

critère de choix des couleurs et revêtements, l'art. 53 RAC comporte les

précisions suivantes:

"Les couleurs des peintures, enduis et

revêtements extérieurs, toitures, murs et clôtures compris, doivent être

préalablement approuvées par la municipalité; elle peut en fixer le caractère

et veille à ce que leur nature ne nuise pas au bon aspect des lieux. Il en va

de même du choix de matériaux non traditionnels de revêtements tels que les

métaux ou les matières plastiques."

La réglementation

communale n'interdit donc pas expressément la couleur gris anthracite et fixe

comme seul critère pour le choix des couleurs le "bon aspect des

lieux". Une telle règle a une portée comparable à la clause générale

d'esthétique de l'art. 86 al. 1 LATC, disposition qui attribue à la

municipalité la tâche de veiller à ce que les constructions ainsi que les

aménagements qui leur sont liés présentent un aspect architectural satisfaisant

et s'intègrent à l'environnement (al. 1).

cc) La jurisprudence

de l'ancienne Commission de recours en matière de construction a posé des

principes d'interprétation des règles communales sur les couleurs extérieures :

lorsqu'une disposition communale exige que les teintes des bâtiments nouveaux

ou transformés s'harmonisent avec celles des constructions existantes, cette

règle ne doit pas être interprétée de façon à limiter à l'excès la liberté

laissée au propriétaire ou au constructeur dans le choix d'une couleur de

façade. En présence d'une telle disposition, la liberté des constructeurs, même

limitée, reste importante. Ceux-ci sont libres de proposer des teintes que l'on

suppose répondre à leurs goûts, l'autorité devant éliminer parmi celles-ci, les

couleurs qui lui semblent devoir être écartées (RDAF 1985, p. 329; RDAF

1977, p. 333; RDAF 1973 p. 354-355). Aussi, la règle communale qui permet à la

municipalité d'interdire les peintures de nature à nuire au bon aspect d'un

lieu n'habilite pas l'autorité municipale à imposer une tonalité précise, car

la finalité d'une telle norme consiste uniquement à prévenir toute dysharmonie

et contraste choquant (RDAF 1973, p. 354; RDAF 1976, p. 53). Ainsi, le fait

qu'une couleur soit insolite ne suffit pas à la bannir si elle n'est ni

criarde, ni outrageusement agressive. Elle peut en revanche être prohibée si

elle ne s'harmonise pas avec celle des constructions environnantes, sur le fond

desquelles elle trancherait nettement (RDAF 1976, p. 53; RDAF 1973, p. 354,).

En résumé, il n'appartient pas à la municipalité d'imposer ses propres

conceptions et références, même si elle bénéficie d'un large pourvoir

d'appréciation dans ce domaine; son intervention se limite à proscrire les teintes

outrancières ou sans référence aucune avec l'aspect des constructions

avoisinantes (RDAF 1985, p. 329; RDAF 1977 p. 333). Ainsi, le tribunal arrive à

la conclusion que l'art. 53 du règlement communal constitue une base légale

suffisante pour permettre à la municipalité d'interdire une couleur qui

trancherait nettement avec celle des constructions environnantes.

c) Une restriction à

la garantie de la propriété, pour être compatible avec la garantie

constitutionnelle, doit encore être justifiée par un intérêt public

prépondérant. La notion d'intérêt public est particulièrement large en matière

de garantie de la propriété; elle n'est limitée que dans la mesure où le but

visé est de nature purement fiscale ou contraire à d'autres normes

constitutionnelles (v. ATF 111 Ia 93 consid. 2b p. 98). Les dispositions

cantonales et communales relatives à l'esthétique des constructions répondent

en principe à un intérêt public important, concrétisé par l'art. 3 al. 2 let. b

de la loi fédérale sur l'aménagement du territoire du 22 juin 1979 (LAT)

tendant à ce que les constructions prises isolément ou dans leur ensemble ainsi

que les installations s'intègrent dans le paysage. Un intérêt public est

d'ailleurs reconnu par la jurisprudence non seulement pour la protection d'un

paysage d'une qualité exceptionnelle mais également pour des aspects du paysage

auxquels on pouvait n'attribuer qu'une importance relative et qui peuvent

néanmoins justifier aujourd'hui, ou même imposer, une intervention de

l'autorité destinée à préserver ces sites construits et paysages. Un tel

intérêt répond aux tendances actuelles en matière de protection des paysages et

des monuments, conçue non seulement comme protection d'objets isolés de grande

valeur mais aussi comme protection d'ensemble (ATF 101 Ia 213 consid. 6a p.

221). Le tribunal doit donc admettre qu'il existe un intérêt public permettant

à la municipalité d'exercer un contrôle sur le choix des couleurs des

revêtements extérieurs des bâtiments et installations, dans la mesure où ce

contrôle s'exerce dans les limites fixées par les buts d'intégration à

l'environnement recherchés par la disposition réglementaire.

aa) Il convient encre

de déterminer si, en l'espèce, l'interdiction de la couleur gris anthracite

pour les matériaux de toiture répond à un intérêt public prépondérant. Le

tribunal relève sur ce point que le gris anthracite n'est pas une couleur

insolite pour les matériaux de toiture. Une telle couleur trouve une référence

historique dans l'utilisation de l'ardoise pour les toitures des anciennes

constructions. Il est vrai que certains types d'ardoise peuvent présenter une

teinte grise plus claire que l'anthracite, voire même bleutée; mais il s'agit

de matériaux qui donnent un aspect plutôt gris foncé à la toiture sans que l'on

puisse considérer, de manière générale, que l'utilisation de telles teintes est

de nature à nuire au voisinage. Aussi; l'inspection locale n'a pas permis de

constater l'existence d'un contraste choquant entre la villa du recourant et

les constructions voisines. Sans doute, la couleur gris anthracite présente une

surface foncée qui se démarque nettement de la toiture de la construction

voisine (parcelle 722), d'un rouge assez soutenu; mais la toiture de la villa

sise en contrebas présente une teinte comparable à celle de la villa du

recourant, s'agissant vraisemblablement d'une tuile de couleur brune ayant

foncé avec les effets du temps et de la pollution. Mais le soin de veiller à

l'aspect architectural des constructions appartient en premier lieu aux

autorités locales, qui disposent d'un large pouvoir d'appréciation, auquel le

tribunal ne saurait se substituer (ATF 115 Ia 362 consid. 3b p. 367). Il n'est

toutefois pas nécessaire de trancher définitivement la question de savoir si la

municipalité est restée dans les limites de son pouvoir d'appréciation en

interdisant la couleur gris anthracite dans le cas particulier, puisqu'un autre

intérêt (sécurité du droit) s'oppose au maintien de la décision communale.

bb) La décision

municipale délivrant l'autorisation de construire couvrait tous les éléments de

la demande de permis et notamment le choix des matériaux de couverture ainsi

que la couleur indiquée pour les tuiles, à savoir le gris anthracite. La

décision communale du 18 novembre 2003 refusant l'échantillon de couleur gris

anthracite a donc la portée matérielle d'une révocation d'un des éléments

couverts par la décision délivrant le permis de construire. Pour déterminer si

une autorité est en droit de révoquer une décision entrée en force, l'autorité

doit comparer d'une part l'intérêt public invoqué par l'autorité à l'intérêt de

la sécurité des relations juridiques visant à protéger l'administré dans la

confiance qu'il a placé dans le maintien de la décision en cause (André Grisel, traité de droit

administratif, vol. 1 p. 431); ce qui revient à comparer en l'espèce l'intérêt

de l'autorité communale visant à appliquer le moratoire décidé au sujet de la

couleur anthracite à l'intér¿ de l'administré au maintient de la décision sur

le permis de construire (sécurité du droit). Lorsque la loi ne règle pas la

question de la révocation d'une décision, le principe de la sécurité du droit

doit l'emporter lorsque la décision en cause a créé un droit subjectif au

profit de l'administré, ou lorsque l'administré a déjà fait usage d'une

autorisation qui lui a été délivrée ou encore lorsque la décision est

intervenue aux termes d'une procédure au cours de laquelle les divers intérêts

en présence ont fait l'objet d'un examen approfondi. Cette règle n'est

cependant pas absolue et la révocation peut intervenir même dans une des trois

hypothèses précitées lorsqu'elle est commandée par un intérêt public

particulièrement important, ou encore en cas de survenance de faits nouveaux ou

de nouvelles découvertes scientifiques comme en cas de changement de

législation ou lorsqu'il existe des motifs de révision au sens des art. 136 et

137.

OJ ou de l'art. 66 LPA. Dans certains cas, la révocation ne pourra

intervenir contre une juste indemnité. Au contraire, les exigences de la

sécurité du droit peuvent être prioritaires lorsque aucune de ces trois

hypothèses n'est réalisée (ATF 119 Ia 305 consid. 4c p. 310; 115 Ib 152 consid.

3a p. 155; 109 Ib 246 consid. 4b p. 252; 107 Ib 35 consid. 4a p. 36 ss; 105 I

315.

consid. 2a p. 316).

cc) En l'espèce, la loi

vaudoise sur l'aménagement du territoire et les constructions ne réglemente pas

la révocation des décisions sur permis de construire; il convient donc de se

référer aux critères fixés par la jurisprudence fédérale précitée. A cet égard,

la décision de la municipalité du 21 août 2003 délivrant le permis de

construire au recourant couvre tous les éléments de la demande qui ont été mis

à l'enquête publique, en particulier, l'indication du choix des matériaux et de

la couleur de la toiture. Cette décision a été prise au terme d'une procédure

qui a permis un examen de tous les intérêts en présence par une enquête

publique de sorte que le recourant pouvait de bonne foi se fier à ce que la

décision lui délivrant l'autorisation de construire s'étendait au choix de la

couleur de la toiture gris anthracite. Il est vrai que la procédure prévue par

l'art. 53 du règlement communal pour la présentation d'un échantillon de

couleur à la municipalité permet à cette dernière de statuer sur les couleurs

qui n'auraient pas été mentionnées dans la demande de permis de construire ou

de se prononcer sur les nuances, l'intensité ou la tonalité définitive de la

couleur de base mentionnée dans la demande (RDAF 1992 p. 221). Mais la décision

communale du 18 novembre 2003 comporte un refus de principe de l'utilisation de

la couleur gris anthracite, pourtant admise lors de la décision délivrant le

permis de construire. La procédure de présentation de l'échantillon de couleur

ne permet pas à l'autorité communale à révoquer les éléments couverts par la

décision d'octroi du permis de construire sans que la commune fasse valoir des

motifs impérieux ou des faits nouveaux importants justifiant la révocation. Or,

la seule volonté de l'autorité communale visant à instaurer un moratoire sur la

couleur gris anthracite ne suffit pas; le moratoire était déjà connu au moment

où le permis de construire a été délivré et c'est à ce stade que la commune

aurait dû intervenir pour s'opposer à l'utilisation de la couleur gris

anthracite. Ainsi, l'intérêt de la sécurité des relations juridiques doit

primer sur l'intérêt de la commune visant à rendre effectif le moratoire décidé

sur l'utilisation de la couleur gris anthracite. L'intérêt de la sécurité et du

droit doit donc l'emporter sur l'intérêt public invoqué par la collectivité

pour interdire la couleur gris anthracite en toiture.

2.

Il résulte des

considérants qui précèdent que le recours doit être admis et la décision

attaquée annulée. Au vu de ce résultat, il convient de mettre les frais de

justice, arrêtés à 1'500 fr., à la charge de la commune. Le recourant, qui

obtient gain de cause à l'aide d'un homme de lois, a droit aux dépens qu'il a

requis, arrêtés à 1'500 fr. (art. 55 al. 1 LJPA).

Dispositif

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I. Le recours est

admis.

II. La décision de

la Municipalité de Jouxtens-Mézery du 18 novembre 2003 est annulée.

III. Un émolument

de justice de 1'500 (mille cinq cents) francs est mis à la charge de la Commune

de Jouxtens-Mézery.

IV. La Commune de

Jouxtens-Mézery est débitrice du recourant Cédric Mayor d'une somme de 1'500

(mille cinq cents) francs à titre de dépens.

np/Lausanne, le 23 avril 2004.

Le

président:

Le présent arrêt est communiqué aux

destinataires de l'avis d'envoi ci-joint