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Décision

AC.2009.0199

CDAP - AC.2009.0199 - 2009-12-07 - Pierre PEUGET c/Municipalité de Vallorbe, JURIENS

7 décembre 2009Français12 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants

A.

Jean-François Juriens est propriétaire de la

parcelle no 199 du

cadastre de la commune de Vallorbe, sise à la rue du Signal et colloquée en

zone urbaine à forte densité selon le règlement du plan général d’affectation de

la commune de Vallorbe approuvé par le Conseil d’Etat le 5 juin 2000 (ci-après

RC). Ce bien-fonds se situe un peu à l’extérieur du centre de Vallorbe, en aval

de la voie de chemin de fer. D’une surface de 602 m2, il supporte un bâtiment (ECA 449a)

de 119 m2 au sol et

d’une surface brute de planchers de 357 m2 sur quatre niveaux. Il jouxte à l’ouest la parcelle no 163 propriété de la communauté

héréditaire Leroux Martignier et Stierli, à l’est la parcelle no 162 propriété de Pierre Peuget, au

nord l’avenue du Simplon (DP 68) et au sud les parcelles nos 164 propriétés de André-Georges

Leresche et 214 propriété de la commune de Vallorbe.

B.

Le 22 juin 2009, Jean-François Juriens a

sollicité le permis de construire un jardin d’hiver devant s’implanter sur un

balcon existant au premier étage de la façade sud du bâtiment ECA 449a. Le

projet concerne un ouvrage de 3.00 m de large avec une profondeur de 3.5 m (soit

une surface de 10.5 m2) et une hauteur de 2.70 m à 2.05 m au point le plus éloigné de la

façade. L’ouvrage doit s’implanter à 4.5 m de la limite de la propriété de

Pierre Peuget (parcelle no 162). Le projet n’implique aucune modification du bâtiment existant.

C.

Le projet a été mis à l’enquête publique du 8

juillet au 6 août 2009 et a suscité l’opposition de Pierre Peuget. Celui-ci a

invoqué le fait que la construction envisagée était inesthétique et qu’elle le

privait d’un droit de vue depuis le rez-de-chaussée et le premier étage de son

bâtiment, entraînant une perte de valeur de son bien-fonds.

D.

Par décision du 26 août 2009, après s’être

rendue sur place, la Municipalité de Vallorbe (ci-après : la municipalité)

a levé l’opposition formulée par Pierre Peuget et délivré le permis de

construire.

E.

Pierre Peuget s’est pourvu contre cette décision

auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal par

acte du 9 septembre 2009 et conclut implicitement à son annulation. Il allègue

que lors de la vision locale effectuée par la municipalité, celle-ci n’a pas

examiné la situation depuis sa propriété. Pour le surplus, il invoque les

motifs déjà cités dans son opposition.

La municipalité a déposé sa réponse

le 30 septembre 2009 en concluant au rejet du recours. Le constructeur a déposé

des observations le 5 octobre 2009. Le recourant a déposé des déterminations

complémentaires le 19 octobre 2009 et y a joint un jeu de photographies prises

depuis la fenêtre de son bâtiment. Le constructeur s’est encore exprimé le 3

novembre 2009.

La Cour a tenu audience à Vallorbe

le 17 novembre 2009 en présence du recourant, du constructeur et des

représentants de la municipalité. A cette occasion, elle a procédé à une vision

locale.

Considérants

1.

Le recourant soutient que le projet n’est pas

admissible sous l’angle de l’esthétique et de l’intégration. Il invoque à cet

égard les art. 37, 42 et 48 RC.

a) L'art. 37 RC prévoit que la

municipalité veille à préserver l’aspect général de la localité. A cet effet,

elle peut prendre toute mesure pour empêcher l’enlaidissement ou la

banalisation du territoire communal. Il est précisé à l’art. 39 RC que les

matériaux de construction doivent être adaptés au caractère du domaine bâti, ce

qui n’exclut pas la mise en œuvre de matériaux contemporains. S’agissant en

particulier de la zone à forte densité, l’art. 42 RC auquel renvoie l’art. 48,

dispose que les nouvelles constructions, transformations et réhabilitations

doivent respecter le caractère de cette partie de la localité. En particulier,

toute construction ou aménagement orienté sur la rue doit contribuer à la

valorisation de cet espace, notamment par la qualité architecturale de

l’intervention.

Il convient également de mentionner

la disposition cantonale déterminante en matière d'esthétique, à savoir l'art.

86.

de la loi du 4 décembre 1985 sur l’aménagement du territoire et les

constructions (LATC ; RSV 700.11), qui est ainsi libellée:

"La

municipalité veille à ce que les constructions, quelle que soit leur

destination, ainsi que les aménagements qui leur sont liés, présentent un

aspect architectural satisfaisant et s'intègrent à l'environnement.

Elle refuse le

permis pour les constructions ou les démolitions susceptibles de compromettre

l'aspect et le caractère d'un site, d'une localité, d'un quartier ou d'une rue,

ou de nuire à l'aspect d'un édifice de valeur historique, artistique ou

culturelle.

Les règlements

communaux doivent contenir des dispositions en vue d'éviter l'enlaidissement

des localités et de leurs abords.".

b) Selon la jurisprudence relative

à l’art. 86 LATC, il incombe au premier chef aux autorités communales de

veiller à l'aspect architectural des constructions; elles disposent à cet égard

d'un large pouvoir d'appréciation (ATF 115 Ia 114 consid. 3d p. 118-119, 363

consid. 3b p. 367; RDAF 2000 I p. 288). Le tribunal s’impose une certaine

retenue dans l'examen de la question de l’esthétique, en ce sens qu'il ne

substitue pas son propre pouvoir d'appréciation à celui de l'autorité

municipale, mais se borne à ne sanctionner que l'abus ou l'excès du pouvoir

d'appréciation, la solution dépendant étroitement des circonstances locales

(cf. notamment CDAP, arrêt AC.2006.0209 du 16 janvier

2008, et les arrêts cités). L’intégration d’une

construction ou d’une installation à l’environnement bâti doit être examinée

sur la base de critères objectifs, sans sacrifier à un goût ou à un sens

esthétique particulièrement aigu, de manière que le poids de la subjectivité,

inévitable dans toute appréciation, n'influe que dans les limites de principes

éprouvés et par référence à des notions communément admises (arrêt AC.2006.0097

du 13 mars 2007; RDAF 1976 p. 268). Certes, un projet peut

être interdit sur la base de l’art. 86 LATC, quand bien même il satisferait par

ailleurs à toutes les dispositions cantonales et communales en matière de

construction. Toutefois, lorsque la réglementation applicable prévoit que des

constructions d’un certain volume peuvent être édifiées, une interdiction de construire, basée sur l'art. 86 LATC, en raison

du contraste que formerait par son volume le bâtiment projeté avec les

constructions voisines, ne peut se justifier que par un intérêt public

prépondérant. Tel est le cas lorsqu'il s'agit de protéger un site ou un

ensemble de bâtiments présentant des qualités esthétiques remarquables qui font

défaut à l'immeuble projeté ou que mettrait en péril sa construction (ATF 101

Ia 213 consid. 6c p. 222-223; AC.2007.0291 du 21 avril 2008 consid. 3,

AC.2006.0098 du 29 décembre 2006 consid. 4b).

c) En l’occurrence, la vision

locale a permis de constater que le bâtiment du constructeur est compris dans

une alignée de bâtiments disparates, situés à l’extérieur du centre de

Vallorbe, qui ne présentent aucune unité ou caractère particulier. Ainsi,

l’immeuble du recourant est orienté sud ouest contrairement aux autres

immeubles orientés sud ; il comporte un toit à deux pans comme son voisin

à l’est alors que l’immeuble du constructeur est à toit plat ; à l’ouest

de ce dernier se trouve une maison de type rural avec balcons à l’ancienne en

bois ; au sud, sur la parcelle no 164, se trouve une maison comportant déjà un jardin d’hiver. On

note également que l’immeuble ECA 449a a obtenu la note 6 au recensement

architectural prévu par l’art. 30 du règlement d’application du 22 mars 1989 de

la loi du 10 décembre 1969 sur la protection de la nature, des monuments et des

sites (RLPNMS ; RSV 450.11.1). Cette note signifie qu’il s’agit d’un

bâtiment sans intérêt particulier.

Il résulte de ce qui précède que ni

le bâtiment concerné ni le site dans lequel il s’inscrit ne présentent de

qualités remarquables, qui pourraient justifier le refus du projet litigieux.

Certes, l’art. 42 RC constitue une clause d’esthétique spécifique, qui semble

aller au-delà des principes généraux résultant de l’art. 86 LATC. Cette

disposition n’apparaît toutefois pas applicable dans le cas d’espèce dès lors que

le jardin d’hiver projeté se situe en bordure d’un chemin d’accès privé,

à l’opposé du domaine public (soit l'avenue du Simplon). A cela s’ajoute que

l’art. 42 RC semble viser essentiellement la préservation des caractéristiques

des secteurs bâtis de la commune qui présentent un certain caractère, soit

essentiellement le centre ville de Vallorbe. Compte tenu de la qualité de ce

secteur, il apparaît en effet légitime d’être relativement strict en ce qui

concerne l’aspect des constructions orientées sur la rue. Pour les raisons

évoquées ci-dessus, la situation du secteur dans lequel s’implante le bâtiment

du constructeur ne justifie en revanche pas de mesures de protection

particulières.

d) Il résulte de ce qui précède que

l’autorité intimée n’a pas abusé ni excédé son pouvoir d’appréciation en

matière d’esthétique et d’intégration en autorisant la construction litigieuse.

2.

Le recourant soutient que la construction

litigieuse porte atteinte à la vue dont il dispose depuis sa maison.

a) Selon la jurisprudence, la vue

est une situation de fait dont la privation ou la restriction au moment de la

construction d’un bâtiment réglementaire sur un bien-fonds voisin constructible

ne peut être invoquée que si l’intérêt des voisins au maintien de la vue est

protégé par une norme spéciale du droit communal. En d’autres termes, le droit

à la vue n’est pas protégé en droit public, si ce n’est indirectement, au

travers des règles de police des constructions fixant, soit la distance à

respecter entre les bâtiments et la limite de propriété voisine, soit la

hauteur des bâtiments (arrêts AC.2006.0073 du 23 juin 2006 ; AC.2004.0194

du 28 juillet 2005 ; AC.2003.0245 du 30 avril 2004 ; AC.1997.0021 du

2.

avril 1998). En effet, si

l'existence d'un droit à la vue devait être reconnue, il serait difficile sinon

impossible de mener à bien des mesures d'urbanisation, tant il est vrai que la

réalisation de nouvelles constructions a souvent pour conséquence de porter

atteinte à la vue dont jouissent les voisins. Lorsqu'une vue résulte d'une

situation provisoire, soit du fait que les propriétaires des parcelles voisines

n'ont pas exploité tout ou partie du potentiel constructible prévu par la

réglementation communale, sa perte n’est protégée d’aucune manière par le droit

public. Tout propriétaire qui acquiert un bien-fonds dans une zone à bâtir doit

s’attendre à ce que les parcelles voisines puissent être construites selon les

mêmes possibilités réglementaires dont il bénéficie, même si ces possibilités

sont ultérieurement modifiées pour prévoir une densification (v. AC.2006.0165

du 15 février 2007 et les références citées). Ainsi, les voisins ne peuvent

réclamer le maintien de la vue dont ils jouissent que si leur intérêt à ce

maintien est protégé par une norme spéciale du droit

communal.

b) En l’espèce, le recourant

n’allègue pas la violation d’une disposition du règlement communal sur la police

des constructions qui serait susceptible de protéger son droit à la vue.

Partant, ce grief doit également être écarté.

3.

En relation avec le grief précédent, le

recourant estime que la construction litigieuse va entraîner une moins-value

importante de sa propriété.

Le droit public ne protège pas les

propriétaires contre les moins-values que peuvent entraîner pour leurs fonds la

construction sur les parcelles voisines de bâtiments ou d'installations

conformes à la réglementation (AC. 2008.0112 du 11 août 2009 consid. 6a ; AC.2008.0081

du 2 juin 2009 consid. 6). Ce grief doit par

conséquent également être écarté.

4.

Les considérants qui précèdent conduisent au

rejet du recours et à la confirmation de la décision entreprise. Les frais de

la cause seront mis à la charge du recourant qui succombe.

Dispositif

Par ces motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

I.

Le recours est rejeté.

II.

La décision de la Municipalité de Vallorbe du 26

août 2009 est confirmée.

III.

Un émolument de 1'500 (mille cinq cents) francs

est mis à la charge de Pierre Peuget.

IV.

Il n’est pas alloué de dépens.

dl/Lausanne, le 7 décembre 2009

Le président: La

greffière:

Le présent arrêt est communiqué aux

destinataires de l'avis d'envoi ci-joint.

Il peut faire l'objet, dans les trente

jours suivant sa notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en

matière de droit public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du

17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours

constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle,

indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé.

Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit.

Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire,

pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la

décision attaquée.