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Décision

AC.2010.0037

CDAP - AC.2010.0037 - 2011-09-28 - CHIFFELLE, CHOLLET c/Municipalité de Renens, UKSHINI

28 septembre 2011Français25 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants

A.

a) L'Etat de Vaud était propriétaire de la parcelle n° 1498 du cadastre

de la Commune de Renens. D'une superficie de 1'972 m2, le terrain

comporte un bâtiment d'habitation avec garage, d'une surface de 176 m2

au sol. Le terrain est longé à l'est par l'avenue de Florissant, et au nord-est

par le chemin de Broye. Sa limite ouest le sépare de la parcelle n° 1273 sur

laquelle deux villas contiguës ont été édifiées portant les nos 14 et 16 du

chemin de Broye (ECA 2441 et 2442). Le bien-fonds a fait l'objet d'une

propriété par étages dont l'une des parcelles (1904) est propriété de

Marie-Claude Chollet et l'autre (1905) de Claude Tinguely.

b) L'Etat de Vaud a vendu le 26 août 2005 la

parcelle n° 1498 à Flamur Ukshini. Le dossier ne comporte aucune indication

quant aux motifs de la vente et à la procédure suivie par le service de l'Etat

de Vaud, responsable de la gestion des biens immobiliers du canton.

B.

a) Flamur Ukshini a étudié un projet de nouvelle construction sur la

parcelle n° 1498 à édifier en contiguïté avec le bâtiment existant depuis

sa façade pignon nord. Le projet comprend un parking souterrain de 13 places;

depuis le rez-de-chaussée, le projet se divise en trois corps de bâtiments

distincts avec un appartement de 2 pièces dans le corps central, et deux

logements de 3.5 pièces dans les deux autres corps de bâtiment situés de chaque

côté du corps central. Au niveau du 1er étage, le projet prévoit

trois logements en duplex donnant accès à un niveau habitable situé sous la

toiture, soit un logement de 3,5 pièces dans le corps central et deux logements

de 5,5 pièces dans les deux autres corps de bâtiments. Le projet prévoit

l'aménagement de terrasses au niveau du 1er étage et à l'étage des

combles. La hauteur au faîte est fixée à 9 m et la pente de toiture est de 30 %

sur le pan est, avec une pente variable sur le pan ouest.

b) Le projet fait l'objet d'une demande préalable

d'implantation qui a été mise à l'enquête publique du 19 décembre 2009 au 18

janvier 2010. Christian Chiffelle et Marie-Claude Chollet ont formé une

opposition en date du 6 janvier 2010. Lors de sa séance du 29 janvier 2010, la

Municipalité de Renens (ci-après: la municipalité) a décidé de lever l'opposition

et de délivrer l'autorisation préalable d'implantation à Flamur Ukshini. La

décision municipale a été notifiée aux opposants le 4 février 2010.

C.

a) Marie-Claude Chollet et Christian Chiffelle ont recouru contre cette décision

à la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal le 13 janvier

2010. Ils estiment que le projet serait surdimensionné et que les habitations seraient

trop proches Marie-Claude Chollet précise qu'elle avait déjà subi au cours de

ces dernières années les inconvénients liés à l'ouverture de chantiers à

proximité directe de sa parcelle.

b) La municipalité s'est déterminée sur le recours

le 25 mars 2010; le projet, qui devait encore faire l'objet d'une mise à l'enquête

publique, permettait de constituer un front de rue intéressant le long de

l'avenue de Florissant et formerait une entité architecturale de qualité avec

le bâtiment existant.

c) Le tribunal a tenu une audience sur place le 8

février 2011 en présence des parties. Le compte-rendu de l'audience comporte

les précisions suivantes :

"L'audience est introduite

dans une salle du Centre technique communal. Le président aborde la question de

la conformité de la construction projetée avec l'art. 46 du règlement du plan

d'extension et de la police des constructions, notamment en ce qui concerne les

conditions figurant aux lettres d et e. Les représentants de la municipalité

estiment que le bâtiment existant et la construction projetée formeraient un

tout. Pour le constructeur, le projet comporte trois unités d’habitation ou

trois bâtiments au sens de la lettre e de l’art. 46, qui forment un tout avec

le bâtiment existant.

Mme Chollet expose que la

construction projetée la dérangerait tant en raison des nuisances liées au

chantier que de son importance. Elle aurait subi les inconvénients de plusieurs

chantiers ces dernières années et aurait beaucoup souffert du bruit. Cette

situation l'aurait rendue malade et empêcherait ses filles d'étudier. De plus,

elle n'aurait pas pu utiliser sa terrasse au cours des deux derniers étés.

L'audience est suspendue à 14h 45

et reprise à 14h 55 sur la parcelle n° 1'498 pour procéder à une inspection

locale.

Le tribunal constate la présence

d'un arrêt de bus et d’un trottoir, construits sur la parcelle du constructeur,

le long de l'avenue de Florissant. Le constructeur explique que la parcelle lui

a été vendue par l'Etat de Vaud avec l’arrêt de bus, qu'elle ne serait pas

grevée d'une servitude, mais qu’il ne compterait pas le supprimer.

Le constructeur montre au

tribunal, sur sa parcelle, les angles nord du bâtiment projeté. Sa hauteur

serait inférieure de deux mètres à la hauteur du bâtiment existant et son

emplacement se trouverait le plus en retrait possible par rapport à la parcelle

voisine n° 1'273 de la recourante que l’on aperçoit depuis le terrain du

constructeur.

La recourante indique qu'il n'y

aurait pas de pièces habitables qui donnent sur la façade nord de sa villa,

mais que les chambres donnent sur la façade est. Elle-même travaillerait dans

la pièce orientée au sud; elle se plaint du fait que la construction projetée

diminuerait l'ensoleillement le matin.

La recourante expose avoir acheté

sa villa en 1993 ou 1994. Le constructeur, pour sa part, indique avoir acheté

la parcelle n° 1'498 en 2005.

Le tribunal emprunte le chemin de

Broye pour se rendre sur la parcelle n° 1'273 et contourne la villa des

recourants par le jardin pour arriver sur la partie sud du jardin. Il constate

qu'une haie d'une hauteur vraisemblablement supérieure à trois mètres sépare

les parcelles nos 1'498 et 1'273, haie qui aura pour effet que la

nouvelle construction ne sera probablement pas visible depuis le jardin situé

au sud de la villa".

d) L'inspection locale a ainsi

permis de constater que le trottoir avec l’arrêt de bus n'avaient pas été

reportés sur le plan de situation. Interrogé sur les conditions de vente du terrain

en ce qui concerne un éventuel maintien de l’arrêt de bus, le Service Immeuble,

Patrimoine et Logistique a répondu ce qui suit le 21 février 2011 :

"L'Etat de Vaud a signé, le

15 novembre 2004, une convention à bien-plaire avec la Commune de Renens pour

l'usage de 65 m2 de terrain destiné à l'abri de bus.

Aucune servitude n'a été inscrite

au Registre Foncier de par le caractère provisoire de l'abri.

Selon dite convention, la prise de

possession en vue de construction a débuté en octobre 2004, soit 1 mois plus

tôt.

L'acte de vente du 13 avril 2005

spécifie, à son art. 2, que l'acheteur déclare bien connaître la parcelle et de

ce fait l'existence de cet abri bus.

Cette convention, assimilée à un

bail, a été transmise avec les baux des bâtiments à l'acquéreur, ce dernier

déclarant en avoir suffisante connaissance à l'art. 3 al. 2".

Par ailleurs, les Transports publics de la région

lausannoise ont également été interpellés sur la question de savoir s'ils

souhaitaient maintenir le trottoir avec l'abri bus sur la parcelle n° 1498. Ils

ont précisé qu'ils étaient en faveur du maintien de l'arrêt de bus car la ligne

18 qui dessert cet arrêt avait été mise en service en décembre 2004 et avait

rencontré "un franc succès". L'arrêt en question (arrêt Broye) était

bien fréquenté par plus de 100'000 mouvements par année (montées et descentes

totales pour les deux sens). De plus, la position actuelle de l'arrêt est

idéale par rapport à la desserte des quartiers situés plus au sud (chemin de la

Broye, allée de la Vorsiaz).

La municipalité s'est également déterminée à la

demande du tribunal sur le maintien de l'arrêt de bus par une lettre du 15 mars

2011. Elle souhaite maintenir l’arrêt Broye à son emplacement actuel et elle

précise que l’inscription d’une servitude sera demandée lors de l’octroi du

permis de construire.

Considérants

1.

La Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal examine

d’office et avec un plein pouvoir d’examen la recevabilité des recours qui lui

sont soumis (arrêt AC.2009.0250 du 28 février 2011 et les arrêts cités).

a) L’art. 37 de l’ancienne loi sur la juridiction et

la procédure administratives du 18 décembre 1989 (ci-après : LJPA), qui

limitait le droit de recours à celui qui a un intérêt protégé par la loi

applicable, a été modifié en 1996 pour introduire la notion d’intérêt digne de

protection et faire correspondre la définition de la qualité pour recourir en

droit cantonal avec celle du recours de droit administratif au Tribunal fédéral

dans un souci de simplification. La règle cantonale, a été formulée de manière

identique à celle de la règle fédérale dans ce but (BGC février-mars 1996 p.

4489). C’est pourquoi le Tribunal administratif a interprété la notion

d'intérêt digne de protection en se référant à la jurisprudence fédérale

relative à l'ancien art. 103 let. a OJ (arrêt TA AC.1995.0050 du 8 août

1996).

Selon la jurisprudence fédérale traditionnelle,

l'intérêt digne de protection peut être de fait ou de droit. Il permet au

recourant de faire valoir ses droits lorsqu'il est menacé dans ses intérêts de

nature matérielle, économique, idéale ou autre, par la décision contestée. Le recourant

peut en outre invoquer la violation de dispositions de droit public qui n'ont

pas pour but de protéger ses intérêts; mais lorsque la décision contestée

favorise un tiers, la règle établie pour éviter l'action populaire veut que le

recourant soit touché dans une mesure et avec une intensité plus grandes que

quiconque, de façon spéciale et directe. Il doit être dans un rapport spécial,

digne d'intérêt et particulièrement étroit avec l'objet du litige (ATF 136 V 7 consid. 2.1 p. 9;

135.

II 145 consid. 6.1 p. 150; 133 II 400 consid. 2.2 p. 404, 131 II 361 consid. 1.2

p. 365; ATF 125 II 10 consid. 3a p. 15; ATF 121 II 39 consid. 2c/aa p. 43; ATF 120 Ib 48 consid. 2a p. 51;

ATF 119 Ib 179 consid. 1c p. 183-184; 104 Ib 245 consid. 5 à 7 p. 248

ss).

Ces conditions sont en principe

réalisées quand le recours est formé par le propriétaire d'un immeuble

directement voisin de la construction ou de l'installation litigieuse. Il peut

en aller de même, selon la jurisprudence, en l'absence de voisinage direct mais

quand une distance relativement faible sépare l'immeuble du recourant de la

construction projetée (ATF 121 II 171 consid.

2b p. 174 où il est fait référence à des distances de 45 m, 70 m ou 120 m). La

distance n'est toutefois pas l'unique critère pour déterminer si le voisin a un

intérêt digne de protection. S'il est certain ou très vraisemblable que

l'installation litigieuse sera à l'origine d'immissions - bruit, poussières,

vibrations, lumière, fumée - atteignant spécialement les voisins, même situés à

une certaine distance, ces derniers peuvent avoir qualité pour recourir (cf. ATF 125 II 10 consid. 3a p. 15; ATF 124 II 293 consid. 3a

p. 303, ATF 120 Ib 379 consid. 4c p. 387 et les arrêts

cités, voir aussi arrêt 1A.179/1996 du 8 avril 1997 in RDAF 1997 I p. 242).

b) L’art. 89 al. 1 de la loi sur le

Tribunal fédéral du 17 juin 2005 (LTF; RS 173.110), qui a remplacé l’art. 103

let. a OJ, définit la qualité pour recourir de manière plus restrictive.

Le recourant doit avoir pris part à la procédure devant

l’autorité précédente (let. a), il doit être "particulièrement"

atteint par la décision attaquée (let. b) et avoir un intérêt digne de

protection à l’annulation ou à la modification de celle-ci (let. c). Sur la base de cette nouvelle disposition, et en interprétant la notion

d’intérêt digne de protection, le Tribunal fédéral a estimé que le recourant ne

pouvait demander l’examen d’un projet de construction qu’au regard des normes

produisant un effet, juridique ou de fait, sur sa propre situation. Ce qui

était le cas notamment des dispositions relatives à la hauteur des

constructions et à l’utilisation des possibilités de bâtir, de nature à influer

sur la situation du voisin, mais pas des prescriptions régissant l’aménagement

intérieur des locaux projetés (ATF 133 II 249 consid. 1.3.2 et 1.3.3 p.

253/254). Cette nouvelle jurisprudence a fait l’objet de critiques car elle

introduit un examen de la qualité pour recourir grief par grief (Peter

Hänni/Bernhard Waldmann,

Besonderheiten der Beschwerde in öffentlich-rechtlichen

Angelegenheiten nach dem neuen Bundes-gerichtsgesetz im Bereich des Planungs-

und Baurechts, in BR/DC 2007 p. 159 ss; Benoît Bovay, Unification ou

harmonisation du droit de l'aménagement du territoire et des constructions, in

ZSR/RDS 2008 II, p. 66 s.; Etienne Poltier, note ad ATF 133 II 249 in RDAF

2008.

I p. 490 ss).

c) En adoptant la nouvelle loi sur la procédure administrative

vaudoise le 28 octobre 2008, le Grand Conseil a fait la démarche inverse

de celle de 1996. Il s’est expressément écarté de la définition de la qualité

pour recourir donnée par l’art. 89 al. 1 LTF. Selon l’art. 75 de la loi

vaudoise sur la procédure administrative du 28 octobre 2008 (LPA-VD; RSV

173.

), a qualité pour former recours : toute personne physique ou morale

ayant pris part à la procédure devant l'autorité précédente ou ayant été privée

de la possibilité de le faire, qui est atteinte par la décision attaquée et qui

dispose d'un intérêt digne de protection à ce qu'elle soit annulée ou modifiée

(let. a) et toute autre personne ou autorité qu'une loi autorise à recourir

(let. b). Le législateur n’a donc pas repris l’exigence d’une atteinte spéciale

ou particulière, équivalente à l’art. 89 al. 1 let. b LTF. Cette différence

rédactionnelle, qui résulte d’un amendement de la majorité de la commission

proposant de supprimer l’adverbe "particulièrement", avait notamment

pour but d’éviter un examen de la qualité pour recourir grief par grief :

"Le risque est que l’on n’examine plus, dès le départ de la

procédure, si la personne a qualité pour agir ou pas, mais que, dans le cours

de la procédure, pour chacun des motifs invoqués par l’administré, l’on examine

si oui ou non il a qualité pour agir. Une telle manière de procéder risque de

complexifier la procédure et de prendre beaucoup plus de temps pour des

questions procédurales au lieu de traiter le fond du litige." (BCG séance

du 30 septembre 2008, p. 33)".

En s’écartant du texte de l’art. 89 al. 1 LTF, le

législateur cantonal a estimé que la jurisprudence cantonale pouvait donc se

distancier d’une interprétation plus restrictive de la notion d’intérêt digne

de protection, laquelle peut répondre aux besoins de la plus haute instance

fédérale, mais qui n’apparaît pas adaptée à une juridiction cantonale chargée

de revoir librement les faits et d’appliquer le droit d’office sans être lié

par les conclusions des parties (art. 28, 41 et 89 LPA-VD).

La question de savoir si la qualité

pour recourir devait ou non être examinée selon la nouvelle jurisprudence

restrictive du Tribunal fédéral n’a pas encore été tranchée dans le cadre

d'une procédure de coordination au sens de l’art. 34 du règlement organique du

Tribunal cantonal (ROTC; RSV 173.31.1) et elle reste donc ouverte en l’état de

la jurisprudence (voir notamment les arrêts AC.2010.0022 du 15 avril 2011

consid. 1d, AC.2010.0199 du 29 mars 2011 consid. 1d; AC.2009.0255 du 30 mars

2011.

consid. 1d; AC.2009.0250 du 28 février 2011 consid. 1d; AC.2009.0052 du 29

mars 2010 consid. 2d, AC.2009.0094 du 19 mai 2010 consid. 1, AC 2009.0159 du 26

mars 2010 consid. 1; voir aussi l’arrêt AC.2009.0256 du 9 juillet 2010 consid.

1).

d) Il est vrai que le Tribunal fédéral a jugé

récemment, en examinant l'art. 75 let. a LPA-VD, que le fait de déclarer

irrecevable un grief concernant une règle communale sur les gabarits de toiture

(art. 28, 41 et 89 LPA-VD) n’était pas arbitraire (ATF 1C_320/2010 du 9 février

2011.

consid. 2.4). Mais cet arrêt ne signifie pas que l'examen de la recevabilité

grief par grief est la seule interprétation correcte de l'art. 75 let. a

LPA-VD: il a été rendu sous l'angle de l'arbitraire et n'exclut pas qu'une

autre solution serait concevable, voire préférable. En outre, dans un arrêt

antérieur, il a été constaté que les cantons demeurent libres de concevoir la

qualité pour recourir devant leurs autorités de manière plus large que celle

pour recourir devant le Tribunal fédéral (ATF 135 II 145 consid. 5 p. 149).

L'ATF 1C_320/2010 précité ne remplace donc pas la

procédure de coordination de l’art. 34 ROTC, qui reste nécessaire pour

circonscrire, dans ses principes, la qualité pour recourir devant la Cour de

droit administratif et public, notamment pour admettre, ou non, l'examen de la

recevabilité grief par grief (AC.2010.0199 du 29 mars 2011

consid. 1d).

e) En l'espèce, la recourante Marie-Claude Chollet

est copropriétaire de la parcelle voisine n° 1273 du projet de construction. Le

lot de propriété par étages qui lui est attribué (bâtiment ECA 2442) se trouve

à proximité de la limite de la parcelle n° 1498 du constructeur. Elle est

directement touchée par la réalisation du projet contesté indépendamment des

griefs qu'elle pourrait soulever contre ce projet, car il prévoit une rampe

d'accès au parking souterrain en limite nord de son terrain avec les

inconvénients lié au trafic de ce parking de 13 places. En outre, les trois

corps de bâtiment sont prévus avec des jardins privatifs, des balcons et des terrasses

en toiture donnant directement sur le jardin situé au nord de sa parcelle. Elle

a en conséquence un intérêt digne de protection à contester la décision

attaquée.

2.

Les recourants estiment que la construction projetée est surdimensionnée

et trop proche de son bien-fonds. Chargé d’appliquer le droit d’office sans

être limité par les conclusions des parties (art. 28, 41 et 89 LPA-VD), le

tribunal doit examiner si les prescriptions communales qui régissent

l’implantation et les dimensions des constructions sont respectées par le

projet contesté.

a) L'art. 46 du règlement sur le plan d'extension de la

commune de Renens approuvé par le Conseil d'Etat le 4 juillet 1947 (RPE)

réglemente la construction de villas contiguës dans les termes suivants :

"Art. 46.- La

Municipalité peut autoriser, dans certains cas et en dérogation à l'article 38,

premier alinéa, la construction de plusieurs bâtiments accolés les uns aux

autres, implantés sur une ou plusieurs propriétés, aux conditions suivantes :

a) la demande doit

être justifiée par des considérations d'ordre architectural, d'intégration au

site naturel et construit, et de qualité pariculière de l'habitat;

b) l'ensemble des

bâtiments est considéré comme une seule construction pour l'application des

dispositions du présent règlement. Toutefois :

- la surface au sol n'excèdera

pas 1/5 de la surface de la parcelle;

- le coefficient d'utilisation du

sol (défini par la directive ORL 514.420, édition 1966) est limité à 45 %;

- la surface habitable brute est

mesurée à 2,40 m. des planchers finis;

- la hauteur du faîte mesurée

comme défini à l'article 43 est de 9,00 m. au maximum;

- la longueur totale d'un

ensemble de bâtiments ne dépassera pas 45 m;

c) les bâtiments ne comporteront

pas plus de deux logements superposés;

d) tous les bâtiments composant

l'ensemble doivent être édifiés simultanément. Leurs proportions, leur

architecture et les tonalités de façades doivent être accordés;

e) indépendamment de la présence

de murs de séparation entre unités d'habitation, sont considérés comme

bâtiments au sens du premier paragraphe dudit article les constructions qui,

tant par leur forme architecturale que par leur distribution intérieure, se

présentent comme des unités propres, alors même que certains locaux de service

sont aménagés en commun".

b) Il n'est pas contesté que le projet litigieux

constitue un nouveau bâtiment accolé au bâtiment existant sur la même parcelle

et qu’il doive donc respecter les dispositions de l'art. 46 RPE sur les villas

contiguës pour déroger aux règles de l'ordre non contigu prévu par l'art. 38

RPE, qui impose le respect de distances entre bâtiments situés sur la même

propriété (voir art. 40 RPE). Le bâtiment projeté ne peut être construits en

contiguïté avec le bâtiment existant que s’il répond aux exigences de l'art. 46

RPE. Or, pour autoriser la construction d’un bâtiment accolé, l'art. 46 let. d

RPE exige que les bâtiments composant l'ensemble soient édifiés simultanément.

De plus, leur proportion, leur architecture et la tonalité des façades doivent

être accordées. Cette condition montre que le législateur communal a voulu que

la construction de bâtiments accolés fasse l'objet d'une étude architecturale

d'ensemble qui permette une certaine harmonie dans les proportions, leur

architecture ainsi que les tonalités des façades. L'art. 47 RPE prévoit des mesures

de contrainte pour le cas où le constructeur, ayant obtenu le permis pour un

ensemble, ne le réalise que partiellement et "laisse ainsi un mur mitoyen

aveugle".

Ces règles interdisent clairement, pour un motif

d'esthétique et peut-être aussi pour éviter que l'on n'élude certaines

dispositions applicables aux villas accueillies en ordre non contigu dans la

même zone, que l'on crée durablement des murs en attente. On ne voit pas dans

quel intérêt, public ou privé, elles interdiraient aussi de raccorder des

bâtiments nouveaux à un autre qui existe déjà et se prête, par ses

caractéristiques particulières, à amorcer un ensemble. Le libellé de l'art. 46

let. d RPE n'est donc pas déterminant dans le contexte de la présente affaire;

alors même que tous les bâtiments de l'ensemble final n'auront pas été réalisés

simultanément, l'art. 46 let. d RPE ne fait pas obstacle au permis litigieux.

Cette exigence tendant à ce que les bâtiments soient construits simultanément

est en effet mentionnée comme un moyen pour obtenir cette unité ou cette

harmonie entre les différents bâtiments accolés.

c) Selon l'art. 46 let. a RPE, la dérogation à

l'ordre non contigu doit se justifier par des considérations d'ordre architectural,

d'intégration au site construit et de qualité particulière de l'habitat; l'art.

46.

let. d ajoute que les proportions et architectures des bâtiments contigus

doivent être accordées. Dans ce contexte réglementaire spécifique, le

constructeur ne saurait obtenir un permis d'implantation sans avoir présenté

des plans suffisamment détaillés pour que le public et les autorités aient pu

se prononcer de façon sûre sur les qualités architecturales et esthétiques de

l'ensemble à réaliser. En l'occurrence, le plan des coupes montre que le profil

des toitures du bâtiment existant et du bâtiment projeté ne présentent aucune

harmonie architecturale. Les pentes sont différentes, le traitement de la

toiture est différent et il n'apparaît pas que le raccordement du nouveau à

l'ancien, qui est assurément un problème architectural délicat, soit résolu de

façon satisfaisante. L'absence d'une vue d'ensemble du bâtiment existant avec

le bâtiment projeté ne permet en tout cas pas de constater que les exigences de

l'art. 46 let. a et d RPE soient satisfaites. Pour ce motif, le permis

litigieux doit être annulé.

3.

Il convient encore d’examiner si les emprises du trottoir et de l'arrêt

du bus peuvent être comptées dans le calcul du coefficient d'occupation du sol

(COS).

a) Le droit cantonal ne précise pas quelles sont les

surfaces qui doivent être prises en compte pour déterminer la surface bâtie

d'un projet de construction ni les critères pour calculer la surface de la

parcelle à prendre en considération pour le calcul du coefficient d’occupation

du sol (arrêt AC.2004.0100 du 27 décembre 2004 consid. 1b).

b) Les règles sur les distances aux limites et sur

la densité des bâtiments organisent la relation spatiale existant entre le

bâtiment et le terrain. Elles exercent ainsi un effet direct sur l'implantation

du bâtiment dans la zone considérée compte tenu de la forme de la parcelle. La

conjonction de ces règles suppose donc que la parcelle présente une forme telle

que les normes fixées puissent s'appliquer sans aboutir à un résultat étranger

aux buts pour lesquels elles ont été édictées. Dans ce sens, ces prescriptions

ont aussi une influence indirecte sur le périmètre des biens-fonds qui ne peut

être modifié lorsque les dispositions en cause risquent d'être violées. L'art.

83.

LATC interdit d'ailleurs tout fractionnement ou toute modification de limite

d'une parcelle ayant pour effet de rendre une construction non réglementaire;

il est vrai que cette disposition prévoit la possibilité de demander une

dérogation à ce principe en déposant au registre foncier une réquisition de

mention signée de la municipalité et ayant pour effet de corriger l'atteinte

portée aux règles de la zone. Mais le fractionnement ne doit pas entraîner une

division insolite des biens-fonds et il ne doit pas avoir pour effet de

corriger de manière artificielle les atteintes aux règles de la zone apportées

par un fractionnement ou une modification de limite (RDAF 1990, p. 79). Aussi,

parmi les différents objectifs recherchés par les coefficients qui fixent le

rapport entre la surface bâtie de la construction et son environnement direct,

il faut mentionner l'aménagement des prolongements extérieurs des logements et

des espaces communs tels que les places de jeux; le coefficient ou l'indice

d'occupation du sol doit ainsi garantir des dégagements suffisants par rapport

à l'importance de la construction et de son emprise au sol (ATF non publié

rendu le 10 décembre 1986 en la cause F contre M).

c) Selon la jurisprudence, la surface constructible

déterminante pour le calcul comprend toutes l'étendue de la parcelle qui est

classée en zone à bâtir; on déduit cependant les surfaces désaffectées par une

servitude de passage public, à moins que le règlement applicable ne prévoie

spécialement que ces surfaces entrent aussi dans le calcul (arrêt AC.1998.0043

du 30 septembre 1998, consid. 9a; voir aussi arrêt AF.1999.0017 du 2 juin 2000,

consid. 1d, où la jurisprudence a été critiquée en vue d'une approche plus

favorable à la construction, mais pas sérieusement discutée et moins encore

renversée). En l'occurrence, le COS est limité à 1/5 par l'art. 46 let. b RPE.

Il faut prendre en considération les règles générales sur le calcul du COS dans

la zone de villas, soit notamment l'art. 29quater al. 1 RPE auquel renvoie

l'art. 45 RPE. Il y est textuellement prévu que "la surface de la parcelle

entrant en considération est la surface cadastrale; il n'est pas tenu compte

des servitudes ou alignements grevant la parcelle". Au regard de ce texte

réglementaire, il n'est donc pas nécessaire d'élucider plus précisément le

statut actuel ou futur de l'arrêt du bus et de l'abri. A supposer que la

commune de Renens obtienne selon ses voeux la constitution d'une servitude

publique, l'assiette de cette servitude n'influencera pas le calcul du COS. La

convention actuelle, qui n'équivaut pas à une servitude parce qu'elle n'en

offre pas la pérennité ni la sécurité juridique, ne l'influence pas non plus.

Sur le calcul du coefficient d’utilisation du sol

(CUS), l'art. 46 let. b RPE limite le CUS à 45 % et fait référence à la "directive

ORL 514.420, édition 1966". Selon le ch. 3.4 de la norme, les surfaces de

la parcelle destinées aux piétons, même cédées à la collectivité publique,

entrent dans le calcul, sauf les "trottoirs à prévoir pour motifs de

police". A première vue, l'arrêt du bus n'influence pas non plus le calcul

du CUS; en tant qu'une incertitude subsiste au sujet du trottoir, elle ne

pourra certainement pas entraîner une modification sensible des dimensions

prévues et elle n'empêcherait probablement pas l'octroi du permis d'implantation

si l’art. 46 RPE était respecté.

4.

Il résulte des considérants qui précèdent que le recours doit être admis

et la décision attaquée annulée. En ce qui concerne la répartition des frais et

dépens, la jurisprudence du tribunal a posé le principe selon lequel lorsque la

procédure met en présence outre le recourant et l'autorité intimée, une ou

plusieurs autres parties dont les intérêts sont opposés à ceux du recourant,

c'est en principe à la partie adverse, à l'exclusion de la collectivité publique

dont la décision est annulée ou modifiée, de supporter les frais et dépens

(RDAF 1994 p. 324). Dès lors que les recourants Marie-Claude Chollet et

Christian Chiffelle obtiennent gain de cause, il y a lieu de mettre à la charge

du constructeur l'émolument de justice arrêté à 1'500 fr. Le constructeur n’a

en outre pas droit à l’allocation de dépens.

Dispositif

Par ces motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

I.

Le recours est admis.

II.

La décision de la Municipalité de Renens du 4 février 2010 est annulée.

III.

Un émolument de justice de 1'500 (mille cinq cents) francs est mis à la

charge du constructeur Flamur Ukshini.

IV.

Il n’est pas alloué de dépens

Lausanne, le 28 septembre 2011

Le président: La

greffière:

Le présent arrêt est

communiqué aux destinataires de l'avis d'envoi ci-joint.

Il peut faire l'objet, dans

les trente jours suivant sa notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le

recours en matière de droit public s'exerce aux conditions des articles 82 ss

de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le

recours constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss LTF. Le

mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle, indiquer les

conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé. Les motifs

doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit. Les pièces

invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire, pour autant

qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la décision

attaquée.