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Décision

AC.2015.0264

CDAP - AC.2015.0264 - 2016-12-05 - A._____ et B._____ /Direction générale de l'environnement DGE-DIREN, Municipalité de Jorat-Mézières

5 décembre 2016Français12 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants

A.

A.________ et B.________ sont propriétaires de la parcelle n° 572 de la

Commune de Mézières (actuellement parcelle n° 4572 de la Commune fusionnée de

Jorat-Mézières), sis au Chemin ********. Cette parcelle supporte un bâtiment

d'habitation, de 141 m2, qui constitue le domicile des prénommés.

B.

Souhaitant aménager un jacuzzi extérieur dans leur jardin, A.________ et

B.________ ont déposé, le 9 mai 2015, une demande de permis de construire pour

construction de minime importance, auprès de la Municipalité de Mézières

(ci-après la "Municipalité"). Cette demande comporte la signature des

voisins pour accord. Elle était accompagnée d'un descriptif de l'installation

sollicitée, ainsi qu'une annonce, du 29 mai 2015, adressée au Département du

territoire et de l'environnement (DTE), pour une installation solaire ne

nécessitant pas d'autorisation de construire. Selon le formulaire EN-VD-11

(justificatif énergétique, piscines et jacuzzis extérieurs chauffés) joint à la

demande, A.________ et B.________ ont indiqué que le jacuzzi serait chauffé

exclusivement par de l'énergie solaire photovoltaïque sur le toit de leur

maison.

Le 1er juin 2015, ils ont réitéré leur

demande en déposant une nouvelle demande de permis de construire.

C.

Le 11 août 2015, la Centrale des autorisations CAMAC a délivré sa

synthèse n° 155503 (ci-après la "synthèse CAMAC"). Dans ce cadre, la

Direction de l'énergie (DTE/DGE/DIREN; ci-après "DGE") a refusé de

délivrer l'autorisation spéciale requise au motif que les exigences de l'art.

56 du règlement du 4 octobre 2006 d'application de la loi vaudoise du 16 mai

2006 sur l'énergie (RLVLEne; RSV 730.01.1), n'étaient pas respectées.

D.

Se référant au refus précité de la DGE, la Municipalité a refusé de délivrer

le permis de construire sollicité, le 25 août 2015.

E.

Le 16 septembre 2015, A.________ et B.________ ont recouru contre ces

décisions devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal

(CDAP). Ils contestent l'appréciation de la DGE s'agissant du respect de l'art.

56 RLVLEne dès lors que la production d'énergie électrique propre estimée est

de 8'321 kWh/an, alors que le modèle de jacuzzi envisagé étant particulièrement

bien isolé, sa consommation est estimée à 2'700 kWh/an. La production

électrique propre représente ainsi 308% de la consommation estimée du jacuzzi.

Ils concluent à la délivrance du permis de construire.

La Municipalité s'est déterminée sur le recours, le

12 octobre 2015. Elle se réfère à la synthèse CAMAC, étant liée par le refus de

l'autorité cantonale.

La DGE s'est également déterminée sur le recours, le

17 novembre 2015, et conclut à son rejet. Elle a complété sa réponse, le 1er

décembre 2015 en précisant que quand bien même les recourants seraient en

mesure de couvrir et même dépasser le besoin d'énergie électrique du jacuzzi

litigieux, en temps réel l'énergie proviendrait également du réseau électrique,

notamment la nuit ou en période hivernale, lorsque les conditions

d'ensoleillement ne sont pas optimales, voire inexistantes. Elle considère que

l'emploi exclusif des énergies renouvelables implique la simultanéité de la

consommation avec la production. Quant à la possibilité de concevoir un système

de production d'énergie solaire de façon autonome, la DGE estime qu'une telle

solution serait acceptable au regard de l'art. 56 RLVLEne, mais qu'il appartient

aux recourants de fournir les informations techniques permettant de vérifier si

tel est le cas en l'espèce.

Le 14 décembre 2015, les recourants ont pris

position sur les écritures précitées. Ils indiquent que si des systèmes

entièrement autonomes sont possibles, ils exigent l'installation d'une batterie

électrique de stockage. Ils allèguent que ces systèmes sont très encombrants,

ont une durée de vie limitée, une fiabilité insuffisante et nécessitent

beaucoup d'énergie dite grise pour leur production. Une telle solution est

économiquement insupportable et écologiquement très insatisfaisante. Ils

estiment que le stockage via le réseau électrique est conforme à l'art. 56 RLVLEne.

Ils se réfèrent aux entreprises de distribution électrique qui vendent de

l'énergie qualifiée de renouvelable via le réseau électrique, ce qui permet

selon eux de retenir que l'énergie renouvelable est bien acheminée par le

réseau électrique.

Le 13 janvier 2016, la DGE a répondu et indiqué

notamment que l'achat d'énergie verte ne peut être pris en compte pour le

respect des exigences légales puisqu'il est impossible de vérifier que le

courant délivré provient exclusivement de source renouvelable.

Les recourants se sont encore spontanément

déterminés, le 24 janvier 2016.

Le Tribunal a statué par voie de circulation.

Les arguments des parties seront repris ci-après

dans la mesure utile.

Considérants

1.

a) En vertu de l'art. 22 al. 1 de la loi fédérale du 22 juin 1979 sur

l’aménagement du territoire (LAT; RS 700), aucune construction ou installation

ne peut être créée ou transformée sans autorisation de l’autorité compétente.

L'art. 103 al. 1 de la loi vaudoise du 4 décembre 1985 sur l'aménagement du

territoire et les constructions (LATC; RSV 700.11) dispose qu'aucun travail de

construction ou de démolition en surface ou en sous-sol, modifiant de façon

sensible la configuration, l'apparence ou l'affectation d'un terrain ou d'un

bâtiment, ne peut être exécuté avant d'avoir été autorisé.

Conformément à l'art. 104 LATC, avant de délivrer le

permis, la municipalité s'assure que le projet est conforme aux dispositions

légales et réglementaires (al. 1). Elle vérifie si les autorisations cantonales

et fédérales préalables nécessaires ont été délivrées (al. 2) et transmet aux

autorités cantonales intéressées, dans les cas prévus à l'art. 120 LATC et dans

tous ceux où l'approbation cantonale est requise, la demande d'autorisation,

avant l'ouverture de l'enquête publique (cf. art. 113 al. 1 LATC). L'art. 120

al. 1 let. d LATC soumet notamment à autorisation cantonale spéciale les

constructions, les ouvrages, les installations et les équipements soumis à

autorisation ou qui doivent être approuvés selon des dispositions légales ou

réglementaires fédérales ou cantonales. D'après l'art. 123 al. 3, 1ère

phrase, LATC, les décisions cantonales comportant les délais et les voies de

recours sont communiquées à la municipalité, qui les notifie selon les articles

114.

à 116.

L’hypothèse du refus de permis de

construire est régie par l’art. 115 LATC, qui prévoit que le refus du permis,

avec référence aux dispositions légales et réglementaires invoquées, est

communiqué au requérant sous pli recommandé. L'art. 75 du règlement du 19

septembre 1986 d'application de la LATC (RLATC; RSV 700.11.1) précise que le

permis ne peut être délivré par la municipalité avant l'octroi de

l'autorisation spéciale cantonale (al. 1). Le permis indique les autorisations

spéciales délivrées par l'Etat et reprend les conditions particulières posées

par celles-ci pour l'exécution de l'ouvrage (al. 2).

Lorsqu'une autorisation spéciale est refusée par

l'autorité cantonale, la municipalité ne dispose d'aucune marge d'appréciation

et ne peut pas accorder le permis de construire. En pareil cas, un éventuel

permis de construire communal serait nul et de nul effet (cf. ATF 111 Ib 213

consid. 5; AC.2015.0238 du 25 juillet 2016; AC.2015.0204 du 17 mars 2016

consid. 1a et les références).

b) Vu ce qui précède, dès lors que l'autorité

cantonale compétente en matière d'énergie a refusé son autorisation spéciale

dans le cas présent, c'est à juste titre que la Municipalité a refusé de

délivrer le permis de construire requis. Reste à déterminer si le refus de la

DGE est fondé.

2.

a) Selon l'art. 9 de la loi fédérale du 26 juin 1998 sur l'énergie

(LEne; RS 730.0), les cantons créent dans leur législation des conditions

générales favorisant une utilisation économe et rationnelle de l'énergie ainsi

que le recours aux énergies renouvelables (al. 1). Les cantons édictent des

dispositions sur l'utilisation économe et rationnelle de l'énergie dans les

bâtiments existants et à construire et soutiennent l'application de normes de

consommation. Ils tiennent compte de l'état de la technique et évitent de créer

des entraves techniques au commerce non justifiées (al. 2).

Aux termes de l'art. 28 de la loi vaudoise du 16 mai

2006.

sur l'énergie (LVLEne; RSV 730.01), les mesures de planification et de

construction permettant de réduire la consommation d'énergie et de favoriser

l'apport de sources d'énergies renouvelables dans les bâtiments sont

déterminées par le règlement d'exécution (al. 1). Celui-ci fixe les

dispositions applicables aux piscines et aux jacuzzis extérieurs chauffés

(réduction des pertes d'énergie et apport d'une source d'énergie renouvelable)

notamment (al. 2 let. j). L'art. 6 LVLEne prévoit pour sa part, sous la note

marginale "proportionnalité", que des mesures ne peuvent être

imposées que si elles sont techniquement réalisables et exploitables, dans des

limites économiquement supportables.

En application de l'art. 28 LVLEne, les art. 54ss

RLVLEne régissent les piscines et jacuzzis chauffés. Conformément à l'art. 54

RLVLEne, les piscines et jacuzzis extérieurs chauffés sont soumis à

autorisation au sens de l'art. 120 LATC. Ces installations doivent être conçues

de manière à minimiser l'utilisation d'énergies électrique et thermique ainsi

que la consommation d'eau potable et de produits chimiques (art. 55 RLVLEne).

L'art. 56 RLVLEne prévoit ce qui suit, s'agissant des piscines et jacuzzis

extérieurs:

"1 La construction et l'assainissement de piscines et

jacuzzis extérieurs chauffés ainsi que les modifications importantes de leurs

installations ne sont admis que si des énergies renouvelables ou des rejets de

chaleur inutilisables autrement sont exclusivement employés.

2.

..

3.

Sont soumises aux exigences de l'alinéa 1, toutes les

installations qui demeurent à l'extérieur durant l'entier de la saison

estivale.

4.

Le chauffage au moyen d'une pompe à chaleur est admis, à la

condition que le bassin soit équipé d'une couverture contre les déperditions

thermiques."

b) Les recourants estiment que la condition de

l'art. 56 al. 1 précité, de l'usage exclusif d'énergies renouvelables pour

chauffer leur jacuzzi, serait réalisée. Ils indiquent que leur installation

photovoltaïque produira un peu plus de 8'000 kWh/an pour une consommation

d'environ 2'700 kWh/an pour le jacuzzi. L'autorité cantonale intimée retient en

revanche que même si les recourants étaient en mesure de produire l'entier de

l'énergie consommée par le jacuzzi voire davantage, en temps réel l'énergie

proviendra également du réseau électrique notamment la nuit ou en période

hivernale lorsque les conditions d'ensoleillement ne sont pas optimales, voire

inexistantes. L'emploi exclusif des énergies renouvelables au sens de l'art. 56

RLVLEne implique la simultanéité de la consommation avec la production, ce qui n'est

pas le cas de l'installation des recourants. Cette autorité précise encore que

le seul fait que le réseau électrique soit aussi alimenté par de l'énergie

renouvelable n'est pas déterminant puisqu'il est impossible de vérifier que le

courant délivré provient exclusivement de source renouvelable.

c) Dans un arrêt du 25 juillet 2016 (AC.2015.0238),

le Tribunal de céans a jugé qu'une rampe extérieure de garage destinée à être

chauffée par de l'énergie solaire n'était pas conforme aux exigences de l'art.

51.

al. 1 RLVLEne qui exige également une exploitation exclusive des

énergies renouvelables pour de telles installations. Dans la mesure où la

production d'énergie solaire en hiver n'était pas suffisante, il fallait

recourir au réseau électrique pour pallier cette déficience. Dans ces

conditions, le système de chauffage litigieux n'exploitait pas exclusivement

des énergies renouvelables, comme l'exige l'art. 51 al. 1 RLVLEne. Peu importe

à cet égard que les panneaux photovoltaïques produiraient sur l'année plus

d'énergie que celle utilisée par la rampe de garage, le surplus d'énergie généré

en été ne pouvant de toute façon pas être stocké à satisfaction pour être

consommé en hiver (AC.2015.0238 précité consid. 4.a.cc).

Au vu de la jurisprudence précitée, le Tribunal ne

voit pas de raisons de s'écarter de l'appréciation de l'autorité cantonale

intimée dans le cas présent. Dans la mesure où la simultanéité de la production

d'énergie solaire destinée à chauffer le jacuzzi litigieux ne peut être

assurée, la condition de l'art. 56 al. 1 RLVLEne n'est pas réalisée, peu

importe la production excédentaire d'énergie produite par l'installation

photovoltaïque sur l'année.

3.

Il résulte des considérants qui précèdent que le recours doit être

rejeté et les décisions contestées confirmées. Succombant, les recourants

supporteront l'émolument de justice (art. 49 de la loi du 28 octobre 2008 sur

la procédure administrative: LPA-VD; RSV 173.36). Il n'y a pas lieu à

l'allocation de dépens (art. 55 et 56 al. 3 LPA-VD).

Par

ces motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

I.

Le recours est rejeté.

II.

La décision de la Municipalité de Jorat-Mézières, du 25 août 2015 est

confirmée.

III.

La décision de la Direction générale de l'environnement, du 15 août

2015, est confirmée.

IV.

Un émolument de 1'500 (mille cinq cents) francs est mis à la charge de

A.________ et B.________, débiteurs solidaires.

V.

Il n'est pas alloué de dépens.

Lausanne, le 5 décembre 2016

La

présidente:

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de

l'avis d'envoi ci-joint, ainsi qu'à l'Office fédéral de l'énergie (OFEN).

Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa

notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en matière de droit

public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du 17 juin 2005 sur

le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours constitutionnel subsidiaire

à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans

une langue officielle, indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de

preuve, et être signé. Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte

attaqué viole le droit. Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent

être jointes au mémoire, pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il

en va de même de la décision attaquée.