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Décision

AC.2017.0019

CDAP - AC.2017.0019 - 2017-02-06 - A.________ /Municipalité de Bonvillars, Service du développement territorial

6 février 2017Français7 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants

A.

Le 25 avril 2016, A.________, exploitant agricole et propriétaire de la

parcelle n° 157 de la Commune de Bonvillars classée en zone agricole selon le

Plan général d'affectation communal, a déposé une demande de permis de construire

une halle à poulets avec aires de sortie. Mis à l'enquête publique du 25 mai au

23 juin 2016, ce projet a suscité une vingtaine d'oppositions motivées.

B.

Le 2 août 2016, la Centrale des autorisations CAMAC a adressé à la

Municipalité de Bonvillars sa synthèse (n°160757) comportant tous les préavis

favorables et toutes les autorisations spéciales requises des services cantonaux

consultés et, en particulier, l'autorisation spéciale délivrée par le Service

du développement territorial, Hors zone à bâtir, d'où il ressort notamment que

le choix du site d'implantation de la construction était admissible selon la

législation fédérale et cantonale sur l'aménagement du territoire.

C.

Par décision du 20 décembre 2016, la Municipalité de Bonvillars a refusé

de délivrer le permis de construire requis en se référant aux oppositions au

projet, au motif que le constructeur n'avait pas étudié une "implantation

alternative" à la construction projeté.

D.

Le 17 janvier 2017, A.________ a formé recours auprès du Tribunal cantonal,

Cour de droit administratif et public (CDAP) contre la décision municipale du

20 décembre 2016, dont il demande l'annulation.

E.

Le dossier de la cause a été produit.

Considérants

1.

a) Les parties ont le droit d'être entendues (art. 29 al.

2.

de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999

[Cst.; RS 101], art. 17 al. 2 de la Constitution du canton de Vaud du 14 avril

2003.

[Cst-VD; RSV 101.01], art. 33 ss de la loi vaudoise du 28 octobre

2008.

sur la procédure administrative [LPA-VD; RSV 173.36]). Le

droit d'être entendu implique notamment pour l'autorité l'obligation de motiver

sa décision (art. 42 let. c LPA-VD) afin que l'intéressé puisse la comprendre

et l'attaquer utilement s'il y a lieu et que l'autorité de recours puisse exercer

son contrôle. Il suffit que l'autorité mentionne, au moins brièvement,

les motifs qui l'ont guidée et sur lesquels elle a fondé sa décision, de

manière à ce que l'intéressé puisse se rendre compte de la portée de celle-ci

et l'attaquer en connaissance de cause. L'autorité n'a pas l'obligation

d'exposer et de discuter tous les faits, moyens de preuve et griefs invoqués

par les parties, mais peut au contraire se limiter à l'examen des questions

décisives pour l'issue du litige. Dès lors que l'on peut discerner les motifs

qui ont guidé la décision de l'autorité, le droit à une décision

motivée est respecté même si la motivation présentée est erronée. La

motivation peut d'ailleurs être implicite et résulter des différents

considérants de la décision (ATF 141 V 557 consid. 3.2.1 p. 564; ATF

138.

IV 81 consid. 2.2; ATF 134 I 83 consid. 4.1; ATF 129 IV 179 consid. 2.2 et

les arrêts cités; pour un considérant approfondi, voir AC.2016.0034 du 1er

avril 2016 consid. 1a et les références citées).

La violation du droit d'être entendu commise en

première instance peut être guérie si le justiciable a la faculté de se

déterminer dans la procédure de recours, pour autant que l'autorité de recours

dispose d'un plein pouvoir d'examen, en fait et en droit, respectivement du

même pouvoir d’examen que l’autorité intimée (cf. ATF 135 I 279 consid. 2.6.1

p. 285; 133 I 201 consid. 2.2 p. 204 s.; 126 I 68 consid. 2 p.

76.

s.; cf. art. 98 LPA-VD. La jurisprudence a toutefois précisé que la

guérison était exclue lorsqu’il s’agissait d’une violation particulièrement

grave des droits de la partie et qu’elle devait en tout état de cause demeurer

l’exception (ATF 126 I 68 consid. 2 p. 71 s.; 124 V 180 consid.

4a p. 183 et les arrêts cités; cf. également, parmi d’autres, arrêts

GE.2012.0126 du 20 décembre 2012; GE.2004.0184 du 25 avril 2005). Il ne

faudrait pas que, trop laxiste, la jurisprudence relative à la guérison de la

violation du droit d'être entendu constitue pour l'autorité administrative un

oreiller de paresse auquel celle-ci s'habituerait, le vice qu'elle commet étant

réparé dans l'instance de recours (Pierre Moor/Etienne Poltier, Droit

administratif, vol. II, 3ème éd., Berne 2011, ch. 2.2.7.4 p. 324;

arrêts AC.2014.0293 du 3 novembre 2014 consid. 1; GE.2012.0124 du 15 novembre

2012; AC.2011.0170 du 31 août 2011).

La jurisprudence a également considéré qu'il

n'appartient pas au tribunal de reconstituer, comme s'il était l'instance

précédente, l'état de fait ou la motivation qu'aurait dû comporter la décision

attaquée (arrêts AC.2014.0293 du 3 novembre 2014 consid. 1a; AC.2013.0243 et

les nombreuses références citées). A noter du reste que l'art. 115 al. 1 de la

loi cantonale du 4 décembre 1985 sur l'aménagement du territoire et les

constructions (LATC, RSV 700.11) prévoit expressément que le refus du permis,

avec référence aux dispositions légales et réglementaires invoquées, est

communiqué au requérant sous pli recommandé

b) En l'espèce, la décision attaquée est dépourvue

de motivation suffisante. Elle ne comporte aucune référence à des dispositions

légales ou réglementaires, en violation notamment de l'art. 42 let. c LPA-VD et

de l'art. 115 al. 1 LATC. Le refus du permis de construire est motivé par le

nombre élevé d'oppositions et par le fait que le constructeur n'a pas étudié

une implantation alternative de sa halle à poulets, alors même que l'autorité

cantonale compétente pour les constructions hors des zones à bâtir avait

considéré l'implantation choisie par le constructeur comme admissible et avait

donc délivré l'autorisation spéciale y relative.

Compte tenu de sa gravité, ce vice ne peut être

réparé par le tribunal. Il convient donc de renvoyer l'affaire à l'autorité

intimée pour qu'elle rende, à très bref délai, une nouvelle décision dûment

motivée.

Le recours s'avère dès lors manifestement bien

fondé. Il y a lieu de statuer immédiatement sur la base du dossier de la cause

et sans échange d'écritures, selon la procédure de l'art. 82 LPA-VD.

2.

Vu ce qui précède, le recours doit être admis et la

décision attaquée annulée. Le recourant, assisté par un avocat, a droit

à des dépens, à la charge de la Commune de Bonvillars (art. 55 LPA-VD). Il se

justifie de statuer sans frais.

Par

ces motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

I.

Le recours est admis.

II.

La décision du 20 décembre 2016 de la Municipalité de Bonvillars est

annulée.

III.

Il n'est pas prélevé d'émolument judiciaire.

IV.

La Commune de Bonvillars est débitrice du recourant d'une indemnité de

1'500 (mille cinq cents) francs à titre de dépens.

Lausanne, le 6 février 2017

Le

président:

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de

l'avis d'envoi ci-joint.

Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa

notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en matière de droit

public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du 17 juin 2005 sur

le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours constitutionnel subsidiaire

à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans

une langue officielle, indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de

preuve, et être signé. Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte

attaqué viole le droit. Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent

être jointes au mémoire, pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il

en va de même de la décision attaquée.