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Décision

CCST.2021.0002

CCST - CCST.2021.0002 - 2021-08-30 - BARIFFI, JAILLET, Your Body - Your Capital Sàrl, ANGELOZ-LEE, BEMY FOOD Sàrl, MÜLLER/CONSEIL D'ETAT

30 août 2021Français18 min

I.

Source vd.ch

TRIBUNAL CANTONAL

COUR CONSTITUTIONNELLE

Arrêt du 30 août 2021

Composition

M. Pascal Langone, président; M.

François Kart; M. André Jomini; Mme Mélanie Pasche, juges, et Mme Aleksandra

Fonjallaz, juge suppléante; M. Christophe Baeriswyl, greffier.

Requérants

1.

David

BARIFFI,

à Yverdon-les-Bains,

2.

Sophie

Prune

JAILLET,

à Lausanne,

3.

Your

Body - Your Capital Sàrl,

à Lausanne,

4.

Suek

Mooi

ANGELOZ-LEE,

à Yverdon-les-Bains,

5.

BEMY

FOOD Sàrl,

à Cully,

6.

Antoine

MÜLLER,

à Grandvaux,

tous représentés par Me Gilles ROBERT-NICOUD,

avocat à Lausanne,

Autorité intimée

CONSEIL D'ETAT, à Lausanne.

Objet

Requête David BARIFFI et consorts c/ l'art. 5 al. 1 let. a

de l'arrêté du Conseil d'Etat du 21 janvier 2021 modifiant celui du 2

décembre 2020 sur les mesures économiques destinées à lutter contre les

effets du coronavirus (COVID-19) par un soutien aux entreprises, dans des cas

de rigueur, publié dans la FAO du 29 janvier 2021.

Vu les faits suivants:

A.

Le 2 décembre 2020, le Conseil d'Etat a adopté l'arrêté sur les mesures

économiques destinées à lutter contre les effets du coronavirus (COVID-19) par

un soutien aux entreprises, dans des cas de rigueur. Cet arrêté régit les

conditions dans lesquelles l'Etat peut octroyer un soutien financier – pouvant prendre

la forme de contributions non remboursables ou de cautionnements de crédits

bancaires – aux entreprises, dans des cas de rigueur en raison de la crise du

coronavirus (cf. art. 1). Les conditions d'éligibilité des bénéficiaires sont

fixées notamment à l'art. 5, dont la teneur était alors la suivante:

"Art. 5 – Date de création, siège et chiffre

d'affaires de référence

1 L'entreprise doit remplir les conditions

suivantes et en attester:

a. elle a été

inscrite au registre du commerce avant le 1er mars 2020 ou, en cas

de défaut de cette inscription, a été créée avant le 1er mars 2020;

b. elle a

réalisé en 2018 et en 2019 un chiffre d'affaire moyen d'au moins 100'000 francs

(ci-après: chiffre d'affaires de référence);

c. elle a son

siège et sa direction effective dans le canton de Vaud, y exerce une activité

commerciale et occupe la plus grande partie de ses salariés dans le canton de

Vaud.

2 Elle dispose d'un numéro d'identification

d'entreprise (IDE) actif.

3 Si l'entreprise a commencé son activité

commerciale le 1er janvier 2020 ou plus tard, ou si elle a été créée

en 2018 ou en 2019 et présente ainsi un exercice d'une durée supérieure à une

année civile, le chiffre d'affaires moyen visé à l'article 5, alinéa 1, lettre

b, est celui qui a été réalisé entre le 1er janvier 2018 et le 29

février 2020, calculé sur douze mois."

Cet arrêté a été publié dans la Feuille des avis officiels

du canton de Vaud (FAO) du 15 décembre 2020. Il n'a pas fait l'objet d'une

requête devant la Cour constitutionnelle.

B.

Le 20 janvier 2021, le Conseil d'Etat a adopté un nouvel arrêté, modifiant

celui du 2 décembre 2020. En particulier, l'art. 5 a fait l'objet des

amendements suivants:

"Art. 5 – Sans changement

1 Sans changement:

a. Sans

changement;

b. elle a

réalisé en 2018 et en 2019 un chiffre d'affaire moyen d'au moins 50'000 francs

(ci-après: chiffre d'affaires de référence);

c. elle a son

siège et sa direction effective dans le canton de Vaud ou y exerce ses

activités économiques auxquelles sont liées la plus grande partie de ses

salariés.

2 Sans changement.

3 Sans changement."

Ce nouvel arrêté a été publié dans la FAO du 29

janvier 2021.

C.

a) Le 17 février 2021, David Bariffi, Sophie Prune Jaillet, Your Body –

Your Capital Sàrl, Suek Mooi Angeloz-Lee, Bemy Food Sàrl et Antoine Müller ont

saisi conjointement la Cour constitutionnelle d'une requête contre l'arrêté du

20 janvier 2021. David Bariffi a repris le bail à loyer d’une crêperie à

Yverdon-les-Bains au 1er mars 2020 et a obtenu une licence de

café-restaurant à l’enseigne de "La Galette Gourmande" avec début de

validité le 1er avril 2020. Sophie Prune Jaillet a repris le

café-restaurant "Le Montelly" à Lausanne, y a entrepris des travaux

début 2020 et a obtenu une licence de café-restaurant avec début de validité au

25 mai 2020. Your Body-Your Capital Sàrl, société qui a pour but l’exploitation

d’une salle de sport, centre de fitness et de remise en forme créée le 24

février 2016, a conclu le 1er août 2020 un contrat de bail à loyer commercial

pour l’exploitation d’une salle de Crossfit à partir du 1er octobre

2020 à la rue du Grand Saint-Jean 5 à Lausanne. Suek Mooi Angeloz-Lee a repris

le bail d’un restaurant sis à Yverdon-les-Bains par contrat des 5 et 7 octobre

2020. Elle a obtenu une licence pour l’exploitation d’un café-restaurant à l’enseigne

"Kuali-Angeloz" avec validité dès le 1er novembre 2020.

Bemy Food Sàrl, société créée le 13 août 2020, a repris le bail du

café-restaurant "Le Bistrot" à Cully le 1er octobre 2020

et Antoine Müller a obtenu une licence d’exploitation à cette enseigne dès 1er

septembre 2020. Les requérants, qui exploitent ainsi des entreprises dans le domaine

de la restauration et du sport, concluent à l'annulation de l'art. 5 al. 1 let.

a de l'arrêté attaqué. Ils se plaignent que les entreprises inscrites au registre

du commerce après le 1er mars 2020 ou créées après cette date en cas

de défaut d'inscription sont exclues du dispositif d'indemnisation des

conséquences des mesures sanitaires, alors même qu'elles ont subi les mêmes restrictions

que leurs concurrents. Ils invoquent une violation des principes de l'égalité

de traitement et de l'interdiction de l'arbitraire.

Dans sa réponse du 18 mars 2021, le Conseil d'Etat a

conclu au rejet de la requête dans la mesure de sa recevabilité.

Les requérants ont déposé le 15 avril 2021 un

mémoire de réplique, dans lequel ils ont confirmé leurs conclusions.

b) Le 19 mai 2021, le Conseil d'Etat a adopté un

nouvel arrêté modifiant celui du 2 décembre 2020. En particulier, l'art. 5 a fait

l'objet des nouveaux amendements suivants:

"Art. 5 – Sans changement

1 Sans changement:

a. elle a été

inscrite au registre du commerce avant le 1er octobre 2020 ou, en

cas de défaut de cette inscription, a été créée avant le 1er octobre

2020;

b. elle a

réalisé en 2018 et en 2019 un chiffre d'affaire annuel moyen d'au moins 50'000

francs (ci-après: chiffre d'affaires de référence);

c. elle a son

siège dans le canton de Vaud au 1er octobre 2020;

d. elle

exerce son activité commerciale en Suisse et depuis la Suisse ou y emploie du

personnel auquel est lié la plus grande partie de ses charges salariales.

2 Elle dispose d'un numéro d'identification

d'entreprise (IDE) actif au moment du dépôt de la demande.

3 Par chiffre d'affaires annuel moyen au sens de

l'alinéa 1 lettre b, on entend:

a. Pour une

entreprise créée ou qui a commencé son activité commerciale entre le 31

décembre 2017 et le 31 août 2019, le plus élevé entre:

1. le chiffre

d'affaires moyen qui a été réalisé entre la création de l'entreprise ou le

début de l'activité commerciale et le 29 février 2020, calculé sur 12 mois;

2. le chiffre

d'affaires moyen qui a été réalisé entre la création de l'entreprise ou le

début de l'activité commerciale et le 31 décembre 2020, calculé sur 12 mois.

b. Pour une

entreprise créée ou qui a commencé son activité commerciale entre le 1er

septembre 2019 et le 29 février 2020, le plus élevé entre:

1. le chiffre

d'affaires réalisé lors du trimestre 2019 ou 2020 qui a généré le plus gros

chiffre d'affaires, extrapolé sur 12 mois; ou

2. le chiffre

d'affaires selon les calculés indiqués à la let. a.

c. Pour une

entreprise créée ou qui a commencé son activité commerciale entre le 1er

mars 2020 et le 30 septembre 2020:

1. le chiffre

d'affaires moyen qui a été réalisé entre la création de l'entreprise et le 31

décembre 2020, calculé sur 12 mois."

Le 14 juin 2021, David Bariffi, Sophie Prune

Jaillet, Your Body – Your Capital Sàrl, Suek Mooi Angeloz-Lee, Bemy Food Sàrl, Antoine

Müller, ainsi que cinq autres particuliers ou sociétés exploitant des

entreprises dans les domaines de la restauration et du sport, ont saisi la Cour

constitutionnelle d'une nouvelle requête. Parmi les modifications contestées figuraient

l'art. 5 al. 1 let. a et al. 3 de l'arrêté, prévoyant l'exclusion du dispositif

d'indemnisation des entreprises créées après le 1er octobre 2020. La

cause a été enregistrée sous la référence CCST.2021.0006.

c) Le Conseil d'Etat a déposé le 31 mai 2021 un

mémoire de duplique, dans lequel il persisté dans ses conclusions, tout en

précisant qu'à son sens les modifications du 19 mai 2021 rendaient la requête du

17 février 2021 sans objet.

Les requérants se sont encore déterminés le 17 juin

2021.

d) Le 7 juillet 2021, le Conseil d’Etat a adopté un

nouvel arrêté modifiant celui du 2 décembre 2020, entré en vigueur le même jour

et publié dans la FAO du 13 juillet 2021. En particulier, l'art. 5 a fait l'objet

des nouveaux amendements suivants:

"Art. 5 – Sans changement

1 Sans changement:

a. Sans

changement.

b. Sans

changement.

c. Sans

changement.

d. Sans

changement.

1bis L'entreprise fermée plus de 40 jours sur

décision d'autorité entre le 1er novembre 2020 et le 30 juin 2021

doit avoir été inscrite au registre du commerce du canton de Vaud, ou en cas de

défaut de cette inscription, doit avoir été créée avant le 31 mars 2021.

2 Sans changement.

3 Sans changement.:

a. Sans

changement.

1. Sans

changement.

2. Sans

changement.

b. Sans

changement.

1. Sans

changement.

2. Sans

changement.

c. Pour une

entreprise créée ou qui a commencé son activité commerciale entre le 1er

mars 2020 et le 30 septembre 2020, le plus élevé entre:

1. le chiffre

d'affaires moyen qui a été réalisé entre la création de l'entreprise et le 31

décembre 2020, calculé sur 12 mois, ou

2. le

chiffre d'affaires réalisé lors du trimestre 2019 ou 2020 qui a généré le plus gros

chiffre d'affaires, extrapolé sur 12 mois;

d. Pour une

entreprise fermée plus de 40 jours sur décision d'autorité au sens de l'article

4a, créée ou qui a commencé son activité commerciale entre le 1er

octobre 2020 et le 31 mars 2021:

1. le

chiffre d'affaires mensuel le plus élevé réalisé entre le début de l'activité

commerciale et le 30 juin 2021."

Considérant en droit:

1.

Le Conseil d'Etat conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la

requête, au motif que l'art. 5 al. 1 let. a de l'arrêté du 12 décembre 2020,

dont l'annulation est demandée, n'a pas été modifié par la révision du 20

janvier 2021. Selon lui, les requérants auraient dû contester l'arrêté initial,

s'ils voulaient remettre en cause la date limite de création au 1er

mars 2020 comme condition d'éligibilité aux aides prévues.

a) Selon la jurisprudence, en cas de révision

partielle d'un acte normatif, les dispositions demeurées inchangées ne peuvent

être remises en cause par le biais d'un recours normatif abstrait que dans la

mesure où leur maintien dans le texte modifié leur confère une autre teneur que

celle initiale ou une portée juridique différente, ou en tant que, interprétées

dans leur contexte général, elles apparaissent sous un nouveau jour (cf. ATF 142 I 99 consid. 1.4.;

135 I 28 consid.

3.1.1; 122 I 222 consid.

1b/aa et les références citées; ég. arrêt CCST.2018.0001/2 du 20 novembre 2018

consid. 3a).

b) En l'espèce, les requérants critiquent

l'exclusion des entreprises qui ont été créées après le 1er mars 2020

du cercle des bénéficiaires des aides pour cas de rigueur. Ils dénoncent en

particulier une violation du principe de l'égalité de traitement. Ils concluent

à cet égard à l'annulation de l'art. 5 al. 1 let. a de l'arrêté.

Cette disposition n'a toutefois pas été modifiée par

la révision du 20 janvier 2021. La condition de la date-limite de création au 1er

mars 2020 figurait en effet déjà dans l'arrêté initial. Sa portée est restée

par ailleurs identique. Cela étant, comme les requérants le relèvent dans leurs

écritures, depuis début décembre 2020, le régime d'indemnisation des cas de

rigueur a passablement évolué. Initialement, la loi fédérale du 25 septembre

2020 sur les bases légales des ordonnances du Conseil fédéral visant à

surmonter l'épidémie du COVID-19 (loi COVID-19; RS 818.102) prévoyait que

seules les entreprises qui avaient subi une perte du chiffre d'affaires de 40%

au moins pouvaient être considérées en situation de cas de rigueur (cf. art. 12

al. 1 in fine, dans sa teneur initiale [RO 2020 3835]). Cette exigence a

toutefois été assouplie par la suite. Faisant usage de la possibilité accordée par

l'art. 12 al. 5 de la loi COVID-19 introduit le 19 décembre 2020 (RO 2020 5821),

le Conseil fédéral a en effet dispensé, dans sa révision du 13 janvier 2021 de

l'ordonnance du 25 novembre 2020 concernant les mesures pour les cas de rigueur

destinées aux entreprises en lien avec l'épidémie de COVID-19 (ordonnance COVID-19

cas de rigueur; RS 951.262), les entreprises qui, en raison des mesures prises

par la Confédération ou les cantons pour endiguer l'épidémie de COVID-19, ont

dû cesser leur activité pour au moins 40 jours entre le 1er novembre

2020 et le 30 juin 2021, en particulier dans les secteurs de la restauration et

du sport, de prouver une baisse de chiffre d'affaires (cf. art. 5b introduit à

cette date [RO 2021 8]). Ces changements ont été concrétisés au niveau cantonal

par la révision du 20 janvier 2021, avec l'adoption d'un nouvel article 4a

intitulé "Dérogation en faveur des entreprises fermées par les

autorités".

Les requérants, qui exploitent tous des entreprises

dans les secteurs de la restauration et du sport et qui ont fait l'objet de mesures

de fermeture, entrent dans la catégorie des bénéficiaires potentiels visés par

l'élargissement du 20 janvier 2021. Comme ils étaient jusqu'alors manifestement

exclus du régime d'indemnisation des cas de rigueur, faute de pouvoir prouver une

baisse de chiffre d'affaires durant l'année 2020, il convient d'admettre qu'ils

n'avaient pas d'intérêt à entreprendre l'arrêté initial du 2 décembre 2020 ni à

contester en particulier la condition de la date limite de création au 1er

mars 2020 ici litigieuse. Compte tenu de ces circonstances particulières, il y

a lieu de considérer qu’on se trouve dans un des cas visés par la jurisprudence

où une disposition demeurée inchangée peut être remise en cause dans le cadre

d'une requête contre une révision partielle.

2.

Le Conseil d'Etat soutient en outre que la révision du 19 mai 2021 rend

la requête du 17 février 2021 sans objet, ce que les requérants contestent.

a) Aux termes de l'art. 9 al. 1 de la loi vaudoise

du 5 octobre 2004 sur la juridiction constitutionnelle (LJC; BLV 173.32), a

qualité pour agir contre une règle de droit cantonal, toute personne physique

ou morale qui a un intérêt digne de protection à ce que l’acte attaqué soit

annulé (art. 9 al. 1 LJC).

Selon la jurisprudence, toutes les personnes dont

les intérêts, qu’ils soient juridiques ou de fait, sont touchés par l’acte

attaqué, ou pourraient l’être, ont qualité pour agir (cf. arrêts CCST.2020.0006

du 4 mars 2021 consid. 1d/aa; CCST.2018.0001/2 du 20 novembre 2018 consid. 1d;

CCST.2015.0006 du 9 juin 2016 consid. 1c et les références citées). Une

atteinte virtuelle suffit, sans besoin d'être actuelle, pourvu que le requérant

puisse, avec un minimum de vraisemblance être touché par la norme qu’il

conteste (cf. arrêts précités CCST.2020.0006 consid. 1d/aa; CCST.2018.0001/2 consid.

1d, CCST.2015.0006 consid. 1c et les références citées), soit qu'il puisse se

voir un jour appliquer les dispositions contestées (cf. ATF 138 I 435 consid.

1.6, 136 I 17 consid. 2.1; ég. TF 1C_251/2014 du 27 janvier 2015 consid. 1.2

et 2C_1076/2012 du 27 mars 2014 consid. 2.2, non publié in ATF 140 I 176).

L'intérêt digne de

protection doit exister non seulement au moment du dépôt du recours, mais

encore au moment où l'arrêt est rendu (cf. ATF 137 I 296 consid. 4.2, 137 II 40

consid. 2.1). Le juge renonce exceptionnellement à l'exigence d'un intérêt

actuel au recours, lorsque la contestation à la base de la décision attaquée

peut se reproduire en tout temps dans des circonstances identiques ou analogues,

que sa nature ne permet pas de la trancher avant qu'elle ne perde son actualité

et que, en raison de sa portée de principe, il existe un intérêt public

suffisamment important à la solution de la question litigieuse (cf. ATF 142 I 135 consid. 1.3.1, 139 I 206 consid. 1.1, 137 I 23 consid. 1.3.1 pet les arrêts

cités; TF 2C_998/2019 du 7 juillet 2020 consid. 1.4, concernant une

autorisation d'ouverture prolongée des commerces requise pour une date passée;

cf. aussi arrêt CCST.2009.0004 du 29 mars 2010 consid. 1c, relevant que,

bien que l’arrêté querellé concernât les tarifs pour l’année 2009, cela ne devait

pas conduire à l’irrecevabilité du recours, puisque chaque année le Conseil

d’Etat prenait un arrêté du même type).

b) En l'espèce, l'art. 5 al. 1 let. a de l'arrêté,

dont les requérants requièrent l'annulation, a été modifié par la révision du

19 mai 2021 adoptée en cours de procédure. Cette révision tient compte des

modifications entrées en vigueur le 20 mars 2021 au niveau fédéral s'agissant

notamment de la date limite de création (cf. nouvelle teneur de l'art. 12 al. 1

de la loi COVID-19 [RO 2021 153, FF 2021 285]; ég. nouvelle teneur de l'art. 3

al. 1 let. a de l'ordonnance COVID-19 cas de rigueur entré en vigueur le 1er

avril 2021 [RO 2021 184]). Désormais, sont éligibles au régime d'indemnisation

des cas de rigueur les entreprises qui ont été inscrites avant le 1er

octobre 2020 ou, en cas de défaut de cette inscription, qui ont été créées

avant cette date (cf. nouvelle teneur de l'art. 5 al. 1 let. a de l'arrêté du 2

décembre 2020).

Ce changement de date a pour effet de rendre

éligibles aux aides pour cas de rigueur tous les requérants, à l'exception de Suek

Mooi Angeloz-Lee, qui a créé son entreprise courant octobre 2020. Ceux-là n'ont

donc plus d'intérêt digne de protection à obtenir l'annulation de l'art. 5 al.

1 let. a de l'arrêté. Il y a ainsi lieu de considérer pour ce motif que leur

requête est devenue sans objet.

Quant à Suek Mooi Angeloz-Lee, le nouvel art. 5 al.

1bis de l'arrêté introduit par la révision du 7 juillet 2021, qui prévoit une

date limite de création au 31 mars 2021 pour les entreprises fermées plus de

quarante jours entre le 1er novembre 2020 et le 30 juin 2021, la

rend également éligible au régime d'indemnisation des cas de rigueur. Elle n'a

donc plus d'intérêt digne de protection non plus à obtenir l'annulation de

l'art. 5 al. 1 let. a de l'arrêté. Pour elle aussi, la requête est devenue sans

objet.

Dans ces conditions, la requête dans son intégralité

doit être déclarée sans objet et la cause rayée du rôle.

3.

S'agissant de la question des frais et dépens, il y a lieu de prendre en

compte que le Conseil d'Etat est à l'origine des révisions des 19 mai et 7

juillet 2021 de l'arrêté et que les requérants ne pouvaient pas prévoir que ces

révisions interviendraient avant que la Cour constitutionnelle ne rende son

arrêt (cf. dans ce sens arrêt CCST.2020.0006 du 4 mars 2021 consid. 1f). Il

sera ainsi statué sans frais; il ne sera pas alloué de dépens, dès lors que les

moyens au fond seront examinés dans le cadre de la requête interjetée contre

l’arrêté du 19 mai 2021, enregistrée sous référence CCST.2021.0006.

Par ces motifs

la Cour constitutionnelle

arrête:

Faits

I.

La requête n'a plus d'objet.

Considérants

II.

La cause est rayée du rôle.

III.

L'arrêt est rendu sans frais, ni allocation de dépens.

Lausanne, le 30 août 2021

Le président: Le

greffier:

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de l'avis

d'envoi ci-joint.

Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa

notification, d'un recours au Tribunal fédéral (Tribunal fédéral suisse, 1000

Lausanne 14). Le recours en matière de droit public s'exerce aux conditions des

articles 82 ss de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110),

le recours constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire

de recours doit être rédigé dans une langue officielle, indiquer les

conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé. Les motifs

doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit. Les pièces

invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire, pour autant

qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la décision

attaquée.