Lexipedia

Décision

CR.2002.0198

TA - CR.2002.0198 - 2002-11-01 - c/ SA

1 novembre 2002Français9 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants:

A. X.________, née le 4

mars 1925, est titulaire d'un permis de conduire depuis 1974. Il ressort du

fichier des mesures administratives qu'elle a fait l'objet d'un avertissement,

le 4 mars 1997, pour avoir conduit sans ses lunettes le 17 février 1997, à

Renens.

B. Le mercredi 10 juillet

2002, vers 07h55, X.________, qui venait de Sévery et se rendait à

Bussigny-près-Lausanne, circulait à une vitesse de 40 km/h environ. Parvenue au

lieu-dit "Le Moulin-du-Choc" sur le territoire de la Commune

d'Aclens, à la hauteur du magasin "Le Déballage", elle a freiné avant

d'aborder un virage à droite: c'est alors que sa voiture a glissé sur la

chaussée mouillée, dévié de sa trajectoire vers la gauche, empiété sur la

partie de la route réservée aux usagers arrivant en sens inverse, avant de

heurter un poids lourd arrivant normalement en face. Sous l'effet du choc, la

voiture a fait un quart de tour et a été projetée en contrebas d'un talus. Dans

sa déposition, l'intéressée a déclaré qu'elle avait freiné, mais qu'elle ne

pouvait pas préciser si elle avait freiné brusquement. Le rapport de police

précise que la chaussée était mouillée, le temps couvert et la visibilité

étendue.

Par lettre du 17

juillet 2002, l'intéressée a expliqué au Service des automobiles que la route

devait être glissante suite à un violent orage et que des panneaux signalait ce

danger à l'endroit de l'accident.

C. Par décision du 9 août

2002, le Service des automobiles, considérant que le contenu du rapport de

Considérants

police faisait naître des doutes quant à sa capacité de conduire en toute

sécurité, a ordonné le retrait du permis de conduire de X.________, à titre préventif.

D. Contre cette décision,

X.________ a déposé un recours en date du 17 août 2002. Elle se réfère à la

lettre envoyée au Service des automobiles le 13 août 2002 aux termes de

laquelle elle déclare vouloir recourir contre sa décision. Elle soutient

qu'elle possède toutes ses facultés. Elle explique que ce n'est pas sa faute si

son véhicule s'est déporté de l'autre côté de la route lorsqu'elle a freiné.

Considérant la décision comme arbitraire, elle conclut implicitement à son

annulation.

Par lettre du 2

septembre 2002, la recourante a encore une fois expliqué le déroulement de

l'accident en précisant qu'elle ignorait la cause de la perte de maîtrise

(chaussée glissante ou problèmes de freins).

La recourante a été

mise au bénéfice de l'effet suspensif et a effectué une avance de frais de 600

francs. Elle a par ailleurs transmis au tribunal une copie d'une lettre

adressée au Préfet du district de Morges le 23 septembre 2002 demandant

implicitement le réexamen de son prononcé du 12 septembre 2002 lui infligeant

une amende de 220 francs pour violation simple des règles de la circulation.

L'autorité intimée

s'est déterminée sur le recours le 10 octobre 2002 et soutient que les

circonstances de l'accident et l'âge de l'usager font naître des doutes quant à

sa capacité de conduire et que seule une course de contrôle pourra élucider.

Elle relève également que la recourante ne se souvient plus de la manoeuvre

exacte qu'elle a effectué. L'autorité intimée conclut au rejet du recours et au

maintien de sa décision.

Par lettre du 12

octobre 2002, la recourante a contesté l'affirmation de l'autorité intimée

selon laquelle elle ne se souviendrait plus de la manoeuvre effectuée, faisant

valoir qu'elle n'a pas freiné trop fort et qu'elle n'a pas commis de fausse

manoeuvre.

Comme annoncé, le

Dispositif

tribunal a délibéré par voie de circulation et décidé de rendre le présent

arrêt.

1. En vertu des art. 14

al. 2 lit. c, 16 al. 1 LCR, le permis de conduire doit être retiré aux

conducteurs qui s'adonnent à la boisson ou à d'autres formes de toxicomanie

pouvant diminuer leur aptitude à conduire. A teneur de l'art. 17 al. 1 bis

première phrase LCR, le permis de conduire doit être retiré pour une durée

indéterminée si le conducteur n'est pas apte à conduire un véhicule automobile,

soit pour cause d'alcoolisme ou d'autres formes de toxicomanie, soit pour des

raisons d'ordre caractériel, soit pour d'autres motifs. L'art. 23 al. 1 in fine

LCR prévoit qu'en règle générale, l'autorité entendra l'intéressé avant de lui

retirer son permis de conduire ou de le soumettre à une interdiction de

circuler. Toutefois, aux termes de l'art. 35 al. 3 OAC, le permis de conduire

peut être retiré immédiatement, à titre préventif, jusqu'à ce que les motifs

d'exclusion aient été élucidés. Malgré le silence de l'art. 35 al. 3 OAC sur ce

point, le retrait préventif ne peut être ordonné que si l'urgence du retrait

justifie que l'on prive le conducteur de la possibilité d'être entendu et de

faire juger son cas sur la base d'un dossier complet. L'instruction doit se

poursuivre ensuite sans désemparer. Ce qui caractérise les motifs du retrait

préventif, c'est à la fois l'importance des craintes que suscite le conducteur

et l'urgence qu'il y a de l'écarter immédiatement de la circulation. Compte

tenu de la gravité de l'atteinte que peut causer un retrait immédiat du permis

à titre préventif, l'autorité doit mettre en balance l'intérêt général à

préserver la sécurité routière et l'intérêt particulier du conducteur (arrêt CR

96/0072 du 1er avril 1996 et les références citées; arrêt CR 97/113 du 26 juin

1997).

Selon la jurisprudence

du Tribunal fédéral, un retrait du permis à titre préventif peut être ordonné

jusqu'à ce que les motifs d'exclusion aient été élucidés, dès qu'il existe des

éléments objectifs qui font apparaître le conducteur comme une source particulière

de danger pour les autres usagers de la route et suscitent de sérieux doutes

quant à son aptitude à conduire (ATF 125 II 492; ATF 122 II 359).

2. En l'espèce, la

recourante, âgée de 77 ans, a perdu la maîtrise de sa voiture dans un virage

sur route mouillée. L'autorité intimée a estimé que ces circonstances et

notamment le fait que, selon le rapport de police, la recourante a déclaré

avoir freiné, mais sans pouvoir préciser si c'était un freinage brusque,

faisaient naître des doutes sur sa capacité de conduire avec sûreté. On lui

reproche d'avoir perdu la maîtrise de son véhicule, accident que l'on met

inévitablement en relation avec son âge. Toutefois, le rapport de police n'indique

pas que la recourante ait semblé désorientée ou désemparée lors de son

audition; au contraire, le rapport mentionne que l'état physique des deux

protagonistes de l'accident était en ordre. De plus, on relèvera que la police

a renoncé à saisir immédiatement le permis de conduire de la recourante, ce qui

indique qu'elle ne paraissait pas d'emblée inapte à la conduite. Par ailleurs,

on ne saurait déduire de la seule imprécision des déclarations de la recourante

à propos de la manoeuvre effectuée (elle a toujours déclaré avoir freiné, mais

dans le rapport de police, elle n'a pas pu préciser si c'était un freinage

brusque ou non) un indice manifeste d'une inaptitude à la conduite. Il est

d'ailleurs fréquent, après un accident, que le conducteur, sous le choc, ne se

rappelle pas de tous les détails de la manoeuvre qu'il a effectuée. Dans ces

conditions, il n'apparaît de loin pas certain que la perte de maîtrise de la

recourante soit due à son âge, de sorte qu'il n'y a pas d'urgence à l'écarter

immédiatement de la circulation. D'ailleurs, on peut affirmer, sans grand

risque de se tromper, que l'autorité intimée n'aurait pas envisagé de prononcer

un retrait préventif si la recourante avait eu quelques années de moins.

Le tribunal de céans

considère dès lors que les circonstances de l'accident et les éléments au

dossier ne permettent pas de conclure que la recourante représente une source

particulière de danger pour les autres usagers de la route. Par conséquent, en

l'absence de sérieux doutes quant à sa capacité de conduire, une mesure de

sécurité aussi incisive qu'un retrait du permis à titre préventif, assortie

d'une obligation de subir une course de contrôle, ne se justifie pas. La

décision attaquée doit donc être annulée et le recours admis sans frais pour la

recourante.

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I. Le recours est

admis.

II. La décision du

Département de la sécurité et de l'environnement, Service des automobiles du 9

août 2002 est annulée.

III. Le présent

arrêt est rendu sans frais.

Lausanne, le 1er novembre 2002

Le président: La

greffière:

Le présent arrêt est communiqué aux

destinataires de l'avis d'envoi ci-joint.

Le présent arrêt peut faire l'objet, dans

les dix jours dès sa notification, d'un recours de droit administratif

au Tribunal fédéral. Le recours s'exerce conformément aux articles 24 al. 2 et

6 LCR (RS 741.01) et 103 ss de la loi fédérale d'organisation judiciaire (RS

173.110).