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Décision

CR.2008.0262

CDAP - CR.2008.0262 - 2009-07-17 - X. c/Service des automobiles et de la navigation

17 juillet 2009Français15 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants

A.

X.________ est titulaire du permis de conduire pour

les véhicules des catégories A, A1, B, B1, BE, D1, D1E, F, G et M depuis 1966.

Il figure dans le fichier des mesures administratives pour conduite en état

d'ébriété ayant entraîné un retrait du permis de conduire pour une durée de

trois mois, mesure exécutée du 6 février au 5 mai 2006.

B.

Le 29 avril 2008 à 10h40, X.________ a effectué, à

l'avenue Haldiman à Yverdon-les-Bains, une manœuvre de demi-tour au volant de

sa voiture de livraison, se déplaçant d'abord à droite de la chaussée, sur la

bande cyclable, avant d'obliquer à gauche et d'entrer en collision avec la

voiture qui le suivait.

En raison de ces faits, il a été

dénoncé à la Préfecture du Jura-Nord vaudois pour violation des art. 34 al. 3

et 36 al. 4 de la loi fédérale du 19 décembre 1958 sur la circulation routière

(LCR ; RS 741.01) et des art. 13 al. 5 et 56 al. 1 de l’ordonnance du 13

novembre 1962 sur les règles de la circulation routière (OCR ; RS 741.11).

Selon le rapport d’accident établi le

28 mai 2008 par la police d’Yverdon-les-Bains, aucune faute n’était à reprocher

à la conductrice qui suivait, si ce n’est, comme

M. X.________, d’avoir déplacé son véhicule sans l’avoir marqué sur la chaussée.

C.

Par prononcé du 2 septembre 2008, rendu sur demande

de réexamen, X.________ a été condamné pour infraction simple aux règles de la circulation

routière (art. 36 al. 1 LCR, art. 13 al. 1 et 5 OCR et art. 90 ch. 1 LCR) à une

amende de 130 fr. Il a en revanche été libéré de la prévention d’infraction aux

art. 34 al. 3 et 4 LCR et à l’art. 56 al. 1 OCR. Le prononcé précise qu’il y a

doute sur le fait que M. X.________ ait mis ou pas en marche ses indicateurs de

direction. Il n'a pas recouru contre cette condamnation.

D.

Le 10 septembre 2008, le Service des automobiles et

de la navigation (SAN) a averti X.________ qu'en raison de ce qui était arrivé

le 29 avril 2008 il envisageait de prononcer une mesure de retrait du permis de

conduire et lui a imparti un délai pour lui communiquer ses observations

écrites.

Dans ses déterminations du 18

septembre 2008, X.________ a conclu à ce qu'il soit renoncé au prononcé d'une

mesure de retrait de son permis de conduire.

Par décision du 30 septembre 2008, le

SAN a retiré le permis de conduire de X.________ pour une durée d'un mois, au

plus tard dès le 29 mars 2009, en qualifiant l'infraction commise de légère et

en tenant compte du fait que l'intéressé avait commis une infraction qualifiée

de grave, sanctionnée par un retrait de permis de trois mois en 2006.

E.

Le 21 octobre 2008, X.________ a recouru contre

cette décision devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal

cantonal (CDAP). Il relève tout d'abord que la seule faute de circulation qui

lui est finalement reprochée, selon le prononcé préfectoral du 2 septembre

2008, "est ne de pas s'être

positionné de manière correcte sur la chaussée en ne se plaçant pas

suffisamment à gauche sur sa voie de circulation avant d'entamer son demi-tour."

Un comportement ayant entravé d'une manière

générale la circulation n’aurait pas été retenu à son encontre. Sa manœuvre ne serait

ainsi pas en relation de causalité adéquate avec l'accident et constituerait

une faute bénigne qui justifierait de renoncer à toute mesure. Il se prévaut de

plus du besoin professionnel de son véhicule et du fait que l'on peut reprocher

à l'autre conductrice un manque de prudence avant d'entreprendre sa manœuvre de

dépassement. Il conclut ainsi, sous suite de dépens, à l'admission du recours,

à l'annulation de la décision rendue le 30 septembre 2008 par le SAN, aucune

mesure de retrait de permis n'étant prononcée à son égard, et à ce que les

frais soient laissés à la charge de l'Etat.

Par décision incidente du 11 novembre

2008, l’effet suspensif a été accordé au recours.

Dans sa réponse du 23 décembre 2008,

le SAN conclut au rejet du recours et au maintien de la décision contestée.

Au terme d'un second échange

d'écritures et du courrier du recourant du 11 février 2009, les parties ont

confirmé leurs conclusions.

Le tribunal a statué par voie de

circulation.

Considérants

1.

L’art. 16a LCR a la teneur suivante:

1.

Commet une

infraction légère la personne qui:

a. en violant les

règles de la circulation, met légèrement en danger la sécurité d’autrui et à

laquelle seule une faute bénigne peut être imputée;

b. […]

2.

Après une

infraction légère, le permis d’élève conducteur ou le permis de conduire est

retiré pour un mois au moins au conducteur qui a fait l’objet d’un retrait de

permis ou d’une autre mesure administrative au cours des deux années

précédentes.

3.

L’auteur d’une

infraction légère fait l’objet d’un avertissement si, au cours des deux années

précédentes, le permis de conduire ne lui a pas été retiré et qu’aucune autre

mesure administrative n’a été prononcée.

4.

En cas

d’infraction particulièrement légère, il est renoncé à toute mesure

administrative.

En l'espèce, la question qui se pose

est celle de savoir si, comme le fait valoir le recourant, l'infraction commise

est particulièrement légère, de telle sorte qu'il ne devrait se voir infliger

aucune mesure administrative au sens de l'art. 16a al. 4 LCR ou si

l'infraction est légère et implique un retrait de permis d'un mois au sens de

l'art. 16a al. 2 LCR.

2.

a) L'autorité

administrative, statuant sur un retrait de permis, ne peut pas s'écarter, sauf

exceptions, des faits retenus dans une décision pénale entrée en force. En

particulier, elle doit s'en tenir aux faits retenus dans le jugement qui a été

prononcé dans le cadre d'une procédure pénale ordinaire comportant des débats

publics avec audition des parties et de témoins à charge et à décharge, à moins

qu'il n'y ait de clairs indices que cet état de fait comporte des

inexactitudes. Dans ce dernier cas, l'autorité administrative doit, si

nécessaire, procéder à l'administration des preuves de manière indépendante

(ATF 119 Ib 158 consid. 3 c/aa p.163 s.). Lorsque l'appréciation juridique

dépend de faits que le juge pénal connaît mieux que l'autorité administrative

(ce qui peut être le cas lorsqu'il a personnellement entendu le prévenu),

celle-ci, en appliquant le droit, sera également liée par la qualification

juridique des faits du jugement pénal (ATF 119 Ib 158 consid. 3 c/bb p. 164).

Ces principes valent également, à certaines conditions, lorsque la décision

pénale a été rendue dans une procédure sommaire (ordonnance de condamnation) ou

lorsque la décision pénale se fonde uniquement sur le rapport de police et que

les témoins n'ont pas été formellement interrogés, mais entendus par des agents

de police en l'absence de l'accusé (CR.2008.0282 du 3 avril 2009

consid. 2a p. 4 s.).

b) Sur le plan pénal, le préfet a

condamné le recourant à une amende de 130 fr. pour violation des

art. 36 al. 1 LCR et 13 al. 1 et 5 OCR. Très sommairement

motivé, ce prononcé retient à tort que le recourant a été dénoncé pour

violation de l’art. 36 al. 1 LCR et de l’art. 13 al. 1 OCR. Ces dispositions ne

sont pas mentionnées dans le rapport de dénonciation. Pour le surplus, le prononcé

précise, sous forme de nota bene : "N'a pas vu arriver la voiture Y.________

avant de faire sa manœuvre. Libéré de la dénonciation aux art. 34/3 et

36/4 LCR et 56/1 OCR. Il y a doute sur le fait que M. X.________ ait mis

ou pas en marche ses indicateurs de direction (déclarations contradictoires des

parties). Sont finalement retenues des contraventions aux art. 36/1 LCR,

13/1 & 5 OCR".

L’art. 34 al. 3 LCR dispose:

"3 Le

conducteur qui veut modifier sa direction de marche, par exemple pour obliquer,

dépasser, se mettre en ordre de présélection ou passer d’une voie à l’autre est

tenu d’avoir égard aux usagers de la route qui viennent en sens inverse ainsi

qu’aux véhicules qui le suivent."

Les al.1 et 5 de l’art. 36 LCR ont la

teneur suivante:

"1 Le

conducteur qui veut obliquer à droite serrera le bord droit de la chaussée,

celui qui veut obliquer à gauche se tiendra près de l'axe de la chaussée.

(…)

5.

Le conducteur qui veut engager son véhicule dans la circulation, faire

demi-tour ou marche arrière ne doit pas entraver les autres usagers de la

route, ces derniers bénéficient de la priorité. "

Quant aux al. 1 et 5 de l’art. 13

OCR, ils ont la teneur suivante:

"1

Les conducteurs se mettront à temps en ordre de présélection. Ils doivent le

faire chaque fois qu'ils obliquent, même ailleurs qu'aux intersections et, dans

la mesure du possible, sur les routes étroites.

(…)

5.

Si, avant d'obliquer, le conducteur est obligé de se déplacer vers le

côté opposé à cause des dimensions du véhicule ou de la configuration des

lieux, il doit prendre des précautions particulières et, au besoin,

s'arrêter."

La motivation sommaire du prononcé

préfectoral ne permet pas de comprendre pourquoi l’application de la règle

spécifique au demi-tour (art. 36 al. 4 LCR) a été écartée au profit de la règle

concernant la présélection (art. 36 al. 1 LCR). Rien n’indique que le préfet

ait retenu un autre état de fait qui celui qui résulte des déclarations que le recourant

a faites à la police et qu’il confirme dans la présente procédure, à savoir

qu’il n’entendait pas simplement obliquer à gauche, mais bien faire demi-tour

sur la rue Haldimand, et que c’est afin d’avoir plus de place pour effectuer

cette manœuvre qu’il s’est d’abord déplacé à droite sur la bande cyclable,

avant de tourner à gauche sans prendre garde au véhicule qui le suivait. Aucune

faute de circulation n’a été retenue à l’encontre de la conductrice de ce

véhicule. Il est par conséquent insoutenable de prétendre, comme le fait le

recourant, que sa manœuvre n’est pas en relation de causalité adéquate avec

l’accident. Son comportement constituait bien, comme l’a vu la police

municipale, une violation caractérisée de l’art. 36 al. 4 LCR, et c’est à tort

que le préfet l’a libéré sur ce point.

3.

A l’instar du préfet, le SAN a qualifié la faute du

recourant de légère. Reste à examiner si, comme le prétend le recourant, on se

trouve en présence d’une faute particulièrement légère, qui justifierait

de renoncer à toute mesure administrative, conformément à l’art. 16a al. 4 LCR.

Les déclarations contradictoires des

conducteurs impliqués dans l’accident n’ont pas permis de savoir si le

recourant avait ou non manifesté son intention au moyen des indicateurs de direction.

Quoi qu’il en soit, le conducteur qui signale son intention aux autres usagers

de la route n’est pas dispensé pour autant d’observer les précautions

nécessaires (art. 39 al. 2 LCR). Dans l’intérêt de la sécurité du trafic, on

n’admettra pas à la légère que le véhicule qui oblique à gauche puisse se fier

à l’interdiction de dépasser par la gauche faite au véhicule qui suit; par sa

manœuvre, il perturbe le flot du trafic et crée ainsi une situation plus

dangereuse, notamment pour les véhicules qui suivent (ATF 125 IV 83, traduit in

JdT 1999 I 854). Même s’il n’est pas interdit, le demi-tour est une manœuvre

dangereuse qui requiert une prudence particulière. L’art. 17 al. 4 OCR

recommande de l’éviter et l’interdit même aux endroits dépourvus de visibilité

lorsque le trafic est intense. Le recourant a manifestement failli à son devoir

de prudence. Selon sa propre description des faits, il se trouvait "à mi-chaussée l’avant en direction du

lac," soit en travers de l’avenue Haldimand

lorsqu’il a ressenti un choc à l’arrière gauche de son véhicule et qu’il a

constaté que la voiture qui le suivait venait de percuter la sienne. Selon le

rapport de police, le flanc et l’aile arrière gauche, ainsi que la jante de la

roue arrière gauche, ont été endommagés par l’avant droit du véhicule qui

suivait, ce qui confirme que le recourant a obliqué de manière assez soudaine

devant ledit véhicule. Dans la mesure où rien ne permet de penser que le

véhicule qui suivait a surgit inopinément et à une vitesse excessive (sa conductrice

affirme qu’elle roulait à 40 km/h, à cinq ou six mètres derrière le véhicule du

recourant), on doit admettre que celui-ci n’a pas voué au trafic une attention

suffisante en ne s’apercevant pas qu’un véhicule le suivait et en n’adaptant

pas sa conduite en conséquence. Il s’est dès lors rendu coupable d’une

négligence certaine, qui a concrètement mis en danger la sécurité routière.

La situation est ici sensiblement

différente de l’affaire jugée par le Tribunal administratif le 6 mars 2003

(CR.2002.0142), où la conductrice qui entendait faire demi-tour avait manifesté

son intention d’obliquer à gauche, roulait à faible allure, d’une manière qui

rendait reconnaissable une situation potentiellement dangereuse et où une faute

de circulation avait été retenue à l’égard des deux conductrices impliquées.

C’est donc à juste titre que le SAN

n’a pas fait application de l’art 16a al. 4 LCR dans le cas du recourant.

4.

a) S’agissant du type de mesure à prononcer, dès

lors que le recourant a fait l'objet d'un retrait de permis au cours des deux

années précédentes pour avoir commis une infraction grave, un avertissement est

exclu (art. 16a al. 3 LCR).

b) Le retrait prononcé l'a par

ailleurs été pour une durée d’un mois, ce qui correspond au minimum légal prévu

par le législateur dans un tel cas (art. 16a al. 2 LCR). Le recourant

fait cependant valoir qu'il a professionnellement besoin de son véhicule.

Selon la jurisprudence du Tribunal

fédéral, la règle de l'art. 16 al. 3 LCR, qui rend désormais

incompressibles les durées minimales de retrait des permis de conduire, a été

introduite dans la loi par souci d'uniformité. Le législateur a ainsi entendu

exclure expressément la possibilité ouverte par la jurisprudence sous l'ancien

droit, de réduire la durée minimale du retrait en présence de circonstances

particulières, notamment en faveur de conducteurs professionnels (Message du

Conseil fédéral concernant la modification de la LCR du 31 mars 1999, FF 1999 II

4131; ATF 132 II 234 consid. 2.3 p. 236 s.).

Il n'est dès lors pas nécessaire en

l'espèce d'examiner la pertinence du besoin professionnel invoqué par le

recourant, puisqu'il n'est de toute façon pas possible de réduire la durée de

la mesure prononcée à son égard.

5.

La date limite fixée par la décision attaquée

pour l’exécution du retrait de permis étant aujourd’hui échue, il appartiendra

au Service des automobiles de fixer une nouvelle date d’exécution.

6.

Les considérants qui précèdent conduisent au rejet

du recours aux frais de son auteur (art. 49 al. 1 de la loi cantonale

du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative; LPA-VD - RSV 173.36), qui

n'a pas droit à des dépens (art. 55 al. 1 a contrario LPA-VD).

Dispositif

Par ces motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

I.

Le recours est rejeté.

II.

La décision du Service des automobiles et de la

navigation du 30 septembre 2008 retirant à X.________ son permis de conduire

pour une durée d’un mois, est confirmée.

III.

Le Service des automobiles fixera à X.________ un

nouveau délai pour l’exécution de cette mesure.

IV.

Un émolument de 600 (six cents) francs est mis à la

charge de X.________.

V.

Il n'est pas alloué de dépens.

Lausanne, le 17 juillet 2009

Le président: La

greffière:

Le présent arrêt est communiqué aux

destinataires de l'avis d'envoi ci-joint.

Il peut faire l'objet, dans les trente

jours suivant sa notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en

matière de droit public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du

17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours constitutionnel

subsidiaire à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire

de recours doit être rédigé dans une langue officielle, indiquer les

conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé. Les motifs

doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit. Les pièces

invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire, pour autant

qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la décision

attaquée.