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Décision

FI.1994.0138

TA - FI.1994.0138 - 2000-04-07 - Commune de Lutry c/ CCRMI de Lutry

7 avril 2000Français23 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants:

A. Par décision du 8

novembre 1994, la Commission communale de recours de Lutry a admis le recours

déposé par Giacomo Migliarini contre le bordereau de taxe

"non-pompier" du 23 septembre 1994 d'un montant de 164,80 francs pour

l'année 1994. La décision de la commission a notamment la teneur suivante:

"Plusieurs tâches sont dévolues au Corps

des sapeurs-pompiers de Lutry. Outre le fait que celui-ci peut être appelé pour

effectuer des mesures de simple police, il y a lieu de relever que certaines

personnes sont en outre affectées à des tâches administratives et que même lors

d'interventions sur le terrain, il n'est pas nécessairement requis un effort

physique important de chacun. Il apparaît dès lors que les femmes pourraient

être intégrées au Corps des sapeurs-pompiers de Lutry, quitte à ce que

certaines fonctions requérant un exercice physique particulier ne soient

dévolues qu'aux hommes à l'intérieur de ce corps. Une différence de traitement

sur le plan législatif n'est ainsi pas justifiée.

L'art. 4 al. 2 de la Constitution

fédérale est entré en vigueur le 14 juin 1981. Le Tribunal fédéral a certes

admis qu'il fallait laisser aux législateurs cantonaux une période

d'adaptation. Toutefois, cet arrêt date du 10 octobre 1986 et si le Tribunal

fédéral relevait qu'une période transitoire d'au moins cinq années pourrait

être admise, il ajoutait toutefois qu'il convenait de remédier à la

non-conformité constitutionnelle des législations cantonales sans retard. Or,

en l'occurrence, cela fera bientôt 11 ans que la législation tant cantonale que

communale n'a pas été modifiée dans le canton de Vaud. Certes, un projet de

modification a été soumis pour consultation aux communes. Ce projet est

cependant récent et n'a pas encore été soumis au Grand Conseil. Un tel retard

ne paraît pas admissible au vu de la jurisprudence fédérale et la Commission

communale de recours estime que dès 1990 en tout cas, le principe de l'égalité

de traitement devait figurer dans les textes législatifs tant cantonaux que communaux.

Le recourant obtient gain de

cause et le recours doit être admis.

B. Contre cette décision,

la Commune de Lutry, représentée par sa municipalité, a déposé un recours le 17

novembre 1994 auprès du Tribunal administratif. Elle a complété son recours par

un mémoire du 22 novembre 1994, qui conclut à l'annulation de la décision de la

Commission communale de recours, ainsi qu'au rejet du recours de Giacomo

Migliarini contre la taxe non-pompier.

Considérants

L'avance de frais a

été effectuée.

C. En date du 2 décembre

1994, la Commission communale de recours en matière d'impôts de Lutry a déposé

un mémoire concluant au rejet du recours de la Municipalité de Lutry.

L'Etablissement

cantonal d'assurance s'est déterminé sur le recours le 3 mars 1995 et a pris

les mêmes conclusions que la municipalité.

D. Le 21 juillet 1995, le

juge instructeur a communiqué aux parties les arrêts FI 94/068 du 27 mars 1995

et FI 95/011 du 10 mai 1995 en exposant qu'il résultait apparemment du premier

que le recours était bien fondé mais du second que la municipalité n'avait pas

qualité pour recourir. Il a invité les parties à se déterminer.

On précisera ici que

le premier arrêt cité a rejeté le recours d'un contribuable de Belmont contre

la taxe communale d'exemption due pour 1993. Il a considéré en bref qu'il

fallait s'en tenir au délai de deux ans, expirant le 1er avril 1996, que la

nouvelle loi du 17 novembre 1993 sur le Service de défense contre l'incendie et

de secours (LSDIS), entrée en vigueur le 1er avril 1994, impartissait désormais

aux communes pour adapter leur règlement au nouveau droit.

Le second arrêt cité

concerne la qualité pour recourir: après avoir rappelé la jurisprudence de la

commission de recours (arrêt du 5 octobre 1989, Commune d'Yverdon-les-Bains,

RDAF 1989 p. 449) qui renversait la jurisprudence précédente en admettant la

qualité pour recourir de la commune, puis examiné les dispositions légales qui

créent une telle qualité, le tribunal a considéré qu'aucune disposition légale

réservée par l'art. 37 al. 2 LJPA ne conférait qualité pour recourir à la

municipalité et qu'en application de l'art. 37 al. 1 LJPA dans sa teneur entrée

en vigueur le 1er juillet 1991, la municipalité ne justifiait pas d'un intérêt

protégé par la loi applicable (arrêt FI 95/0011 du 10 mai 1995, Municipalité de

Corcelles-sur-Chavornay, RDAF 1995 p. 392).

La municipalité, le

Service de l'Intérieur et la commission communale de recours se sont

déterminés, respectivement les 22, 24 et 31 août 1995.

E. Le 12 mars 1998, le juge

instructeur, constatant que la question de la qualité pour recourir se posait

dans les dossiers FI 94/103 (Bex), FI 94/138 (Lutry), FI 97/127 (Rougemont), FI

97/147 (Cully) et FI 99/068 (Ormont-Dessous), a informé les parties qu'elle

devait désormais être à nouveau examinée au vu du nouveau texte de l'art. 37

LJPA, dans lequel le critère de l'intérêt digne de protection a remplacé celui

de l'intérêt juridiquement protégé. Il leur a communiqué les observations du

Service de l'Intérieur du 30 septembre 1997 dans la cause FI 97/127 (Rougemont

c/ Grohe et Ador), et leur a imparti un délai de détermination.

La commune intimée

s'est déterminée le 26 mars 1998 en se référant à un avis de droit recueilli en

1996.

par l'Union des communes vaudoises.

F. Ayant communiqué aux

parties l'arrêt FI 97/127 rendu le 31 mars 2000 concernant la commune de

Dispositif

Rougemont, le tribunal a délibéré et décidé de rendre le présent arrêt.

1. Le tribunal se réfère

en l'espèce à l'arrêt FI 97/127 du 31 mars 2000, dont sont tirés les considérants

1 à 6 du présent arrêt.

La question de la

recevabilité d'un recours d'une commune, représentée par sa municipalité,

contre une décision de sa commission de recours en matière fiscale n'a pas

encore été examinée au regard de l'art. 37 de la loi vaudoise du 18 décembre

1989 sur la juridiction et la procédure administratives, révisée par la novelle

du 26 février 1996 (entrée en vigueur le 1er mai 1996). Aussi faut-il que le

tribunal de céans se prononce préjudiciellement sur ce point.

La question ainsi

formulée appelle cependant deux remarques préalables:

a) Dans la règle, la

qualité pour agir appartient aux collectivités publiques en tant que telles, et

non à leurs organes ou aux différentes autorités qui la composent: les

autorités elles-mêmes n'ont pas la personnalité juridique et, si elles

agissent, c'est en qualité de représentantes de la collectivité (Moor, Droit

administratif, vol. II, p. 422). Il faut réserver les domaines où une

législation spéciale confère à des autorités qualité pour recourir, laquelle

implique la capacité d'agir en justice: c'est en réalité une "compétence"

donnée pour agir au nom de la collectivité dont elle relève (Moor, op. cit.,

vol. II, p. 34 et 425). Or, comme on le rappellera ci-dessous (consid. 2), la

municipalité en l'espèce ne dispose d'aucune compétence. De même, il faut

réserver l'hypothèse où un "organe" au sens large serait doté

de la personnalité juridique. En l'espèce, c'est la qualité pour recourir de la

commune qui est en cause, en tant que collectivité publique, pour qui agit

l'exécutif communal.

b) La procédure de

recours instituée par la loi du 5 décembre 1956 sur les impôts communaux (LIC)

prévoit à son art. 47a que la décision de la Commission communale de recours

peut faire l'objet d'un recours au Tribunal administratif dans les trente jours

dès sa notification (al. 1), les dispositions de la loi sur les impôts directs

cantonaux relatives au droit de recours s'appliquant par analogie (al. 2).

La loi du 26 novembre

1956 sur les impôts directs cantonaux (LI) règle la procédure de recours devant

le Tribunal administratif à son art. 104, mais sans indiquer qui a qualité pour

agir. S'agissant de la réclamation, en revanche, l'art. 100 LI réserve cette

voie aux seuls contribuables (ainsi qu'à toute personne qui conteste être

contribuable). Ainsi, le renvoi de l'art. 47a al. 2 LIC aux dispositions de

procédure de la LI consacrerait la qualité pour agir du seul contribuable,

excluant par là-même celle de toute autorité communale quelle qu'elle soit.

Cette exclusion fondée

sur le renvoi de l'art. 47a LIC soulève la question plus générale des rapports

entre l'art. 37 LJPA et les lois spéciales comportant des dispositions

particulières sur la qualité pour agir. Ce point a déjà retenu l'attention du

Tribunal administratif, appelé à statuer sur la recevabilité du recours formé

par le locataire d'un immeuble voisin contre une décision municipale autorisant

l'abattage d'un cèdre protégé au sens de l'art. 10 de la loi du 10 décembre

1969 sur la protection de la nature, des monuments et des sites (LPNMS) et de

l'art. 15 de son règlement d'application (RPNMS) du 22 mars 1989 (AC 97/0010 du

2 avril 1997, publié in RDAF 1997 I 234). On rappelle ici qu'à teneur de l'art.

90 LPNMS, la voie du recours est réservée aux "propriétaires

touchés", c'est-à-dire au détenteur du bien-fonds frappé par la mesure

de protection. Il a toutefois été admis que les conditions de recevabilité

posées par l'art. 37 al. 1 LJPA révisé devaient avoir le pas sur celles de

l'art. 90 LPNMS (tout au moins sur la solution plus restrictive contraire qui

découlerait d'une interprétation littérale de cette dernière disposition):

aussi, dans le cas d'espèce, le locataire recourant devait-il avoir qualité

pour agir, pour autant qu'il puisse se prévaloir d'un intérêt digne de

protection. Appliquée à la présente cause, cette jurisprudence fonderait le

tribunal à considérer que l'art. 37 LJPA a une portée générale qui prévaut sur

la règle spéciale plus ancienne de l'art. 47a LIC. Ce point peut néanmoins

demeurer ouvert, le recours aux dispositions de la LJPA ne devant pas conduire

à une solution différente.

2. a) Dans sa teneur

révisée par la novelle du 26 février 1996, l'art. 37 al. 1 LJPA définit la

qualité pour recourir devant le Tribunal administratif en ces termes : "Le

droit de recours appartient à toute personne physique ou morale qui est

atteinte par la décision attaquée et a un intérêt digne de protection à ce

qu'elle soit annulée ou modifiée". Dans son ancienne teneur,

cette même disposition prévoyait : "Le droit de recours appartient à

toute personne physique ou morale qui justifie d'un intérêt protégé par la loi

applicable". La disposition actuelle correspond désormais à l'art. 103

al. 1 lit. a de la loi fédérale d'organisation judiciaire (OJ) qui règle dans

les mêmes termes la qualité pour saisir le Tribunal fédéral d'un recours de

droit administratif. La novelle du 26 février 1996 n'a en revanche pas modifié

l'art. 37 al. 2 LJPA qui réserve les dispositions des lois spéciales légitimant

d'autres personnes ou autorités à recourir (lit. a) et le droit fédéral (lit.

b).

b) Le dernier arrêt

rendu en la matière par le Tribunal de céans (FI 95/11 du 10 mai 1995, publié

in RDAF 1995, p. 392), se fonde sur l'art. 37 al. 1 LJPA dans son ancienne

teneur. Renversant la jurisprudence antérieure (RDAF 1989, p. 449), le tribunal

a alors jugé qu'une commune ne pouvait se prévaloir dans ce cas ni d'un intérêt

juridiquement protégé au sens de l'alinéa 1, ni d'une loi spéciale l'habilitant

expressément à recourir au sens de l'alinéa 2.

L'art. 37 al. 2 LJPA

n'ayant pas été modifié par la novelle du 26 février 1996, la jurisprudence de

1995 (RDAF 1995, p. 392) demeure applicable, en tant qu'elle concerne la

réserve en faveur des lois spéciales. Sur ce point, l'arrêt se réfère aux art.

14 al. 6 LI (recours contre les décisions de l'Administration cantonale des

impôts fixant le for fiscal) et 44 LIC (recours auprès de l'Administration

cantonale des impôts sur la répartition entre communes des bases d'imposition

directe - art. 17 LIC - ou en matière de droit de mutation - art. 28 LIC), pour

conclure :

"Force est de constater que le droit

positif ne contient pas de règles légales, même dûment interprétées, fondant la

qualité pour agir de la municipalité, conformément à l'art. 37 al. 2 lit. a

LJPA, contre les décisions de sa commission communale de recours en matière

d'impôts".

Cette conclusion

demeure valable à ce jour, puisque le droit cantonal n'a pas introduit depuis

1995 de nouvelles règles de compétence. On observera, comme l'a déjà relevé

l'arrêt cité (RDAF 1995, p. 394), que ce régime ne va pas de soi, puisque

d'autres cantons connaissent une disposition légale conférant expressément la

qualité pour agir aux municipalités (v. les références citées in RDAF 1995, p.

394).

3. L'art. 37 al. 2 LJPA

n'étant pas applicable, il s'agit d'examiner si la commune (représentée par sa

municipalité) peut se prévaloir d'un intérêt digne de protection au sens de

l'alinéa premier de cette disposition - ou, ce qui revient au même, au sens de

l'art. 103 al. 1 lit. a OJ.

a) Appliquant le

critère de l'intérêt digne de protection de l'art. 103 al. 1 lit. a OJ, la

jurisprudence du Tribunal fédéral reconnaît la qualité pour former un recours

de droit administratif à la collectivité publique, lorsqu'elle "est

touchée par la décision attaquée, directement et de la même manière qu'un

particulier, dans sa situation matérielle ou juridique" (ATF 123 II

374, 123 II 427 s., qui cite ATF 122 II 33 consid. lb p. 36, 118 Ib 614 consid.

lb p. 616, 112 Ib 128 consid. 2 p. 130, 110 Ib 197 consid. 1, 108 Ib 167

consid. 2a p. 169, 99 Ib 211 consid. 4 p. 213/214); dans ce cas, la

collectivité est "destinataire" d'une décision qui porte sur

sa propre situation, par exemple de propriétaire d'immeuble, de bénéficiaire

d'une subvention ou de débitrice d'un émolument (Pierre Moor, Droit

administratif, vol. II, p. 423). Ce n'est cependant pas cette qualité pour

recourir fondée sur la "Privatbetroffenheit" de la doctrine

alémanique qui est en cause ici: la commune n'intervient pas comme

propriétaire, ni en une autre qualité analogue.

b) La jurisprudence du

Tribunal fédéral relative à l'art. 103 OJ reconnaît également la qualité pour

recourir à la collectivité qui, "agissant dans le cadre de la puissance

publique, est touchée dans son autonomie et dispose d'un intérêt digne de

protection à l'annulation ou à la modification de la décision attaquée"

(v. le rappel de la jurisprudence dans l'ATF 123 II 371, dont on trouve la

substance résumée en français dans l'ATF 123 II 425).

On dit alors de la

collectivité qu'elle dispose d'un "intérêt juridique qualifié". Le

Tribunal fédéral cite à ce propos l'exemple de la commune de Zurich, créancière

de l'émolument prévu par l'art. 48 de la loi fédérale sur la protection de

l'environnement (LPE) du 7 octobre 1983 (ATF 119 I b 389, cons. 2e). De même,

le Tribunal fédéral a reconnu à la commune de Zurich un intérêt digne de

protection à voir élucider la question de sa compétence pour autoriser la

transformation de la gare CFF (ATF 117 Ib 111, consid. Ib). Toutefois, dans la

présente espèce, la commune ne peut invoquer la violation d'un quelconque droit

à l'autonomie, notamment parce que le canton empiéterait sur sa sphère de

compétence propre (v. références citées in ATF 123 II 425, cons. 3b, p. 428 et

spécialement Blaise Knapp, Précis de droit administratif, 4ème édition, 1991,

nos 2'646 ss, 2'650 ss, 2'655). Il ne s'agit pas davantage d'un conflit de

compétences entre canton et commune.

4. a) L'arrêt déjà cité

(ATF 123 II 425, consid. 3) précise encore à propos des conditions de

recevabilité d'un recours émanant d'une collectivité publique ce qui suit:

"Doctrine et jurisprudence

s'accordent pour admettre que l'intérêt financier général de l'Etat ne suffit

pas, à lui seul, pour lui conférer la qualité pour recourir. Il est par

ailleurs reconnu que l'intérêt à une application correcte et uniforme du droit

fédéral n'est pas non plus suffisant (ATF 122 II 382 consid. 2c et les arrêts

cités), car cet intérêt est inhérent à l'exercice de toute compétence étatique

(Moor, Droit administratif, Berne 1991, vol. II, p. 423); il ne suffit donc pas

que la collectivité agisse dans un domaine où elle dispose de certaines

compétences d'application.

Lorsque le droit de recours n'est

pas prévu par le droit fédéral, la qualité pour recourir, sur la base des

critères précités, ne doit pas être admise à la légère; toute autre

interprétation viderait de son sens l'art. 103 lettre c OJ (pour un résumé de

la jurisprudence relative à la qualité pour recourir de la collectivité, voir

ATF 123 II 371 consid. 2 p. 373). Une approche restrictive se justifie en

particulier lorsque le recours est formé par une collectivité à laquelle

appartient l'autorité qui a statué, puisqu'on ne saurait admettre a priori que

l'administration s'en prenne à ses propres décisions (cf. Gygi,

Bundesverwaltungsrechtspflege, Berne 1983, p. 169-170 et les références

citées). La doctrine réserve le cas de décisions sur recours désavouant

l'autorité administrative de première instance; elle souligne cependant que le

seul intérêt de l'autorité désavouée à voir confirmée sa propre interprétation

du droit ne suffit pas (Gygi, op. cit.; voir également Gadola, Die

Behördenbeschwerde in der Verwaltungsrechtspflege des Bundes - ein

"abstraktes" Beschwerderecht?, in AJP 12/93 p. 1458-1471, 1468 et les

auteurs cités à la note 127)".

Dans cet arrêt, le

Tribunal fédéral a dénié la qualité pour agir de l'Etat de Vaud contre un

jugement du tribunal de ce canton qui l'a condamné à verser à une victime d'une

infraction des indemnités en vertu de la loi fédérale d'aide aux victimes

(LAVI). Selon le Tribunal fédéral, "en tant que débiteur d'une somme attribuée à la victime à titre

de réparation morale par l'autorité de recours judiciaire choisie par lui en

application de l'art. 17 LAVI, le canton de Vaud ne saurait faire valoir, au

titre de l'art. 103 lettre a OJ, un intérêt digne de protection à l'annulation

ou à la modification de la décision attaquée. La charge économique que la

décision judiciaire implique pour lui n'est que le corrélat financier -

inhérent à l'accomplissement de toute tâche publique - de l'obligation légale

de protéger les victimes d'infraction; le canton ne défend dès lors rien

d'autre qu'un intérêt financier général (cf. ATF 99 Ib 211 cons. 4) et sa propre

interprétation ou application du droit fédéral, motifs insuffisants à eux seuls

pour fonder sa qualité pour agir dans le contexte spécifique de la LAVI".

b) Au regard de l'art.

37 al. 1 LJPA (dans son ancienne, comme dans sa nouvelle teneur), un intérêt

purement financier ne saurait suffire à fonder la vocation à agir d'une

autorité. Comme le relève Pierre Moor (op. cit., vol. II, p. 421, déjà cité in

RDAF 1995, p. 396), "en dehors des hypothèses où les rapports juridiques

qu'elles entretiennent avec les tiers sont régis par le droit privé, les

autorités agissent en vertu de leurs compétences, non pas d'un droit subjectif

quelconque". Lorsqu'une base légale confère qualité pour agir à une

autorité, on dit que celle-ci recourt dans l'intérêt à une application correcte

de la loi, dans l'intérêt d'une juste concrétisation du droit objectif. A

défaut de disposition légale, cet intérêt ne fonde pas la qualité pour

recourir: l'argumentation développée à ce sujet par le Tribunal fédéral (ATF

123 II 425, cons. 3c, p. 428, cité plus haut) vaut en droit cantonal, puisque

la novelle de 1996 vise précisément à harmoniser sur ce point les conditions du

droit fédéral et du droit vaudois.

Enfin, l'arrêt cité

(ATF 123 II 425, cons. 3c in fine, p. 428 s.) relève que cette approche

restrictive se justifie en particulier lorsque le recours est formé par une

collectivité à laquelle appartient l'autorité qui a statué. Peu importe à cet

égard que la Commission communale de recours en matière fiscale soit un organe

indépendant, statuant selon sa libre appréciation en fait et en droit. La

municipalité et sa commission relèvent de la même entité administrative, ce qui

exclut en principe - à défaut de dispositions légales contraires - que la

première puisse recourir contre les décisions de la seconde. Ce principe

s'exprime souvent sous la forme de la maxime selon laquelle le droit public

ignore les conflits juridictionnels intraorganiques (Moor, op. cit., vol. II,

p. 422; v. en outre Gygi et Gadola, cités in ATF 123 II 425, consid. 3c, p. 428

s., et Fritz Gygi, Zur Beschwerdebefugnis des Gemeinwesens in der

Bundesverwaltungsrechtspflege, in RDS 97 1979 I, p. 457). Le raisonnement

exposé par le Tribunal fédéral sur les rapports entre l'organe exécutif vaudois

et le Tribunal cantonal s'applique ici à la municipalité qui défend un intérêt

financier général, ainsi que sa propre interprétation du droit communal.

5. A l'appui de ses

conclusions, la recourante invoque la jurisprudence du Tribunal fédéral (ATF 98

Ib 278 s.) qui a reconnu à l'administration cantonale (neuchâteloise) de

l'impôt pour la défense nationale (devenu l'impôt fédéral direct) la qualité

pour recourir contre une décision de la commission de recours de ce même

canton. Cet arrêt s'appuie sur une jurisprudence rendue sous l'empire de l'art.

103 al. 1 OJ dans sa teneur antérieure à la révision de 1968, qui conférait le

droit de recours "à celui qui est intéressé, comme partie, à la décision

attaquée", ce qui a conduit le Tribunal fédéral et la doctrine à admettre

la légitimation de l'administration cantonale, en constatant que celle-ci était

précisément partie à la procédure devant la commission. En dépit de la nouvelle

teneur de l'art. 103 OJ, le Tribunal fédéral a considéré que rien ne permettait

de supposer que le législateur ait voulu modifier la situation antérieure. En

outre, expose la suite du considérant, dès lors que le 30% du montant des

impôts, des amendes et des intérêts perçus par le canton lui reste acquis, ce

dernier a un intérêt digne de protection au recours. Enfin, l'art. 107 al. 1 de

l'arrêté du Conseil fédéral concernant la perception d'un impôt pour la défense

nationale (AIN) du 9 décembre 1940, qui accorde à l'administration cantonale le

droit de recours devant la commission cantonale, pourrait s'appliquer par

analogie à la procédure devant le Tribunal fédéral. Ainsi, sur la base de

l'art. 103 al. 1 lit. a OJ révisé, conclut l'arrêt (ATF 98 Ib 279), "on

doit donc reconnaître la qualité pour recourir à l'administration cantonale de

l'impôt pour la défense nationale, non pas à vrai dire en tant qu'autorité,

mais en tant que représentant légal du canton".

Cette jurisprudence a

été rappelée à plusieurs reprises, pour confirmer la qualité pour recourir de

l'administration cantonale de l'impôt fédéral direct (ATF du 2 avril 1996 dans

la cause 2A. 232 et 233/1995; ATF 110 Ib 197, qui répète que le canton est

directement touché dans ses intérêts fiscaux; ce dernier arrêt dénie en

revanche la qualité pour recourir à une administration cantonale de la taxe

militaire, puisqu'il s'agit d'une taxe que les cantons doivent verser à la

Confédération, après déduction d'une commission destinée à couvrir les frais de

perception). Moor (op. cit., vol. II, p. 423) critique cette jurisprudence en

relevant qu'elle n'est pas très convaincante. Quoi qu'il en soit, la question

de recevabilité est résolue depuis l'entrée en vigueur de la LIFD du 14

décembre 1990, dont l'art. 146 prévoit expressément que l'administration

cantonale de l'impôt fédéral direct a qualité pour former un recours de droit

administratif au Tribunal fédéral. On ne saurait dès lors invoquer la

jurisprudence rendue à propos de la qualité pour agir de l'administration

cantonale pour l'appliquer à la municipalité recourante. Il faut bien, au

contraire, admettre que cette jurisprudence est dépassée; elle s'écarte

clairement des critères retenus ailleurs (rappelés plus haut, au consid. 3)

pour définir la qualité pour recourir d'une collectivité publique. En

particulier, l'argument selon lequel l'administration interviendrait en matière

d'impôt fédéral direct non pas en tant qu'autorité, mais en tant que

représentant légal du canton (argument déjà très contestable lorsqu'il visait

l'administration cantonale des impôts) ne peut s'appliquer à une municipalité

qui entend recourir contre la décision d'un autre organe de la même

collectivité publique.

6. Ainsi, en prélevant des

taxes prévues par les règlements communaux, la municipalité agit dans

l'exercice des compétences que lui attribue la loi au sens large. En recourant contre

les décisions de la commission communale de recours en matière fiscale, la

municipalité intervient dans le seul but d'une correcte application de la loi,

en défendant l'intérêt financier général (qui doit être préservé dans la même

mesure par la commission de recours). Il convient donc d'admettre que la

municipalité n'a pas qualité pour recourir contre une décision de la commission

de recours en matière fiscale de la même commune.

7. Au vu de ce qui

précède, le recours doit être déclaré irrecevable.

On observera pour

terminer que le recours de la commune est antérieur au revirement de

jurisprudence de l'arrêt FI 95/011 du 10 mai 1995 (RDAF 1995 p. 392), maintenu

depuis lors. La nouvelle jurisprudence qui en résulte doit s'appliquer

immédiatement aux affaires pendantes au moment où elle est adoptée. En effet,

un avertissement préalable, exigé pour la sauvegarde de la bonne foi, n'est

nécessaire que dans les cas où, informé à temps, le justiciable aurait pu agir

de telle sorte que sa démarche fût recevable. Ainsi en va-t-il en cas

modification de la computation d'un délai, mais pas lorsque c'est la qualité

pour recourir qui est en cause (arrêt du Tribunal fédéral du 26 mars 1996,

1P.570/1995, confirmant l'arrêt AC 95/088 du 7 septembre 1995 GPE c/ Lausanne;

voir AC 95/073 du 28 juin 1996, RDAF 1996 p. 485, spéc. p. 493). On tiendra

compte en revanche du changement de jurisprudence - quand bien même les parties

ont été interpellées sur ce point - dans la décision sur les frais.

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I. Le recours est

irrecevable.

II. L'arrêt est

rendu sans frais.

Lausanne, le 7 avril 2000

Le président: La

greffière:

Le présent arrêt est communiqué aux

destinataires de l'avis d'envoi ci-joint.