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Décision

FI.2005.0013

TA - FI.2005.0013 - 2006-04-28 - BATTILANA/Commission communale de recours en matière d'impôts, Municipalité de Bex

28 avril 2006Français27 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants

A.

Par bordereau de taxation No 106'123 du 15 novembre 2001,

le Boursier communal de Bex a réclamé à Christiane Battilana la taxe "égouts-entretien"

pour 2001, calculée au taux de 1 ‰

de 1'027'870 francs. Ce dernier montant correspond à la valeur d’assurance

incendie (ECA) du bâtiment No 261 appartenant à la recourante.

La taxe s’élève à 1'105,95 francs dont 78,10 francs de

TVA.

B.

Par lettre du 17 décembre 2001, la recourante a fait

opposition à cette taxe en précisant ce qui suit :

"(…) je vous informe que je fais opposition à toute taxe

basée sur la valeur incendie, ceci conformément au recours auprès du Tribunal

Fédéral des habitants de la commune de St-Légier (…)

D’autre part, cette taxe me paraît complètement

disproportionnée, étant donné que j’occupe seule cette maison depuis mars 2000.

(…)

(...) je vous prie de revoir la calculation de vos taxes qui

doivent être conforme au principe du pollueur-payeur".

C.

Par bordereau de taxation No 108'807 du 21 décembre 2001

intitulé "EAU-EPURATION ", le Boursier communal de Bex a réclamé à

Christiane Battilana les montants suivants pour l'année 2001:

consommation 2001

61 m³ à

Fr. 0,80

48,80

Epuration 2001

61 m³ à

Fr. 1,25

76.25

location compteur

18,00

Taxe abonnement

Fr.

1'000'000 à

0.55 0/00

550,00

Fr.

27'870 à

0,30 0/00

8,35

Avec la TVA, le total s'élève à 722,20 francs.

D.

Cette taxe a également été contestée selon lettre du 7

janvier 2002 qui se réfère à celle du 17 décembre 2001.

E.

Par lettre 15 janvier 2002, la Municipalité de Bex a

confirmé la validité des bordereaux litigieux, ceux-ci étant fondés sur le

règlement communal sur les égouts et l’épuration des eaux usées de 1976,

modifié en octobre 1993 et juin 1998 dûment approuvé par les instances

cantonales (ci-après le règlement communal). Elle a toutefois indiqué à

Christiane Battilana que ces bordereaux pouvaient faire l’objet d’un recours

auprès de la Commission communale de recours en matière d’impôts (ci-après la

Commission communale) dans les 30 jours.

F.

Par lettre du 12 février 2002, Christiane Battilana a

recouru auprès de la Commission communale contre la taxe eau-épuration et

contre la taxe égouts-entretien, qu'elle déclare toutes deux arbitraires car

calculées sur la seule valeur d’assurance incendie de sa maison. Elle a conclu

à ce que ces taxes soient réadaptées conformément à la loi fédérale.

Par lettre du 13 janvier 2005, à

réception de la convocation devant la commission communale, la recourante a

fait savoir à celle-ci qu’elle renonçait à être entendue et a précisé que son

opposition englobait également la taxe des ordures ménagères déjà payée.

La commission communale,

constatant que cinq bordereaux restaient impayés soit deux bordereaux

égouts-entretien, deux bordereaux eau-épuration et un bordereau enlèvement des

ordures ménagères, s’est saisie de ces cinq objets et a rejeté le recours par

décision du 26 janvier 2005. Elle a considéré que les taxes contestées étaient

conformes d’une part, au règlement sur les égouts et l’épuration des eaux usées

et d’autre part, au règlement sur l’enlèvement des ordures ménagères et autres

déchets, règlements par ailleurs tout à fait légaux selon elle. Rappelant qu'elle

attendait un jugement du Tribunal administratif sur d'autres cas, elle expose

que les règlements communaux ne s'adaptent pas aux législations fédérales et

cantonales d'un coup de baguette magique.

G.

Par acte du 28 février 2005, Christiane Battilana a

contesté la décision précitée devant le Tribunal administratif. Compte tenu de

l'énumération contenue dans cet acte, des pièces qui y sont jointes, ainsi que

des indications fournies pas le recourante quant aux paiements effectués, cet

acte vise apparemment, après rectification de diverses erreurs de saisie de la

recourante (elle cite deux fois le bordereau 110'407 et omet le bordereau

110'408), les éléments suivants:

année

bord. no

date

objet

montant

(yc TVA)

2001

104427

21.09.01

enlèvement des ordures

ménagères

774.20

payé 25.10.2001

2002

(2mois)

110'407

28.2.02

enlèvement des ordures

ménagères

129,00

impayé

2001

108'807

21.12.01

EAU-EPURATION (consommation,

épuration, location compteur, taxe abonnement)

772,20

impayé

2002

110'404

28.02.02

EAU-EPURATION

(consommation, épuration, location compteur 2 mois, taxe abonnement 2 mois)

130,85

impayé

2001

106'123

15.11.01

Egouts-entretien

(taxe entretien égout)

1'105,95

impayé

2002

(2mois)

110'408

28.02.02

Egouts-entretien

(taxe entretien égout)

184,30

?

La recourante fait valoir que les taxes litigieuses,

fondées exclusivement sur la valeur d'assurance incendie et non sur la

consommation, ne sont pas conformes aux principes introduits par le nouvel art.

32a de la loi fédérale du 7 octobre 1983 sur la protection de l’environnement

en vigueur depuis le 1er novembre 1997 (principe du

pollueur-payeur). Elle invoque un arrêt du Tribunal fédéral du 24 mai 2000.

La municipalité de Bex, dans ses

déterminations du 8 avril 2005, a conclu implicitement au rejet du recours en

demandant au Tribunal d'appliquer les dispositions en vigueur.

La commission de recours a fait de

même par lettre du 11 avril 2005, précisant que le recours portant sur le

bordereau de taxation relatif aux ordures ménagères du 21 septembre 2001, déjà acquitté,

était inacceptable s’il devait conduire à une rétrocession de la taxe.

H.

Constatant qu’en l’état du dossier, seuls les bordereaux

No 106'123 (égouts-entretien 2001) et No 108807 (eau-épuration 2001) semblaient

avoir fait l’objet d’une contestation dans le délai légal, le tribunal a invité

la recourante à se déterminer sur ce point par lettre du 29 mars 2006 en

précisant que le recours concernant les autres bordereaux paraissait

irrecevable car tardif. Il a également prié la municipalité d’indiquer au

tribunal le fondement de la taxe d’abonnement figurant dans le bordereau de taxe

"eau-épuration".

Par lettre reçue le 4 avril 2006,

la recourante, recopiant l'énumération de sa lettre du 28 février 2005, a

déclaré confirmer son recours sans se déterminer sur la question de la

tardiveté. Pour sa part, la municipalité a versé au dossier le règlement communal

pour le service de distribution d’eau et son tarif.

Le Tribunal a transmis ces

écritures en précisant qu'il examinerait d'office la question de la compétence

de la Commission communale de recours en regard des règles de la loi sur la

distribution de l'eau du 30 novembre 1964, qui prévoient apparemment la

compétence d'un département cantonal.

Le Tribunal administratif a

délibéré par voie de circulation.

Considérants

1.

L'objet du recours est la décision rendue le 26 janvier

2005.

par la Commission communale de recours en matière d'impôts de Bex.

Celle-ci a été saisie par la recourante à la suite de la lettre que la

municipalité lui avait adressée pour lui "confirmer la validité des

bordereaux 106'123 et 108'807". On observera au passage qu'il n'y a pas de

procédure d'opposition auprès de la municipalité si bien que la municipalité

n'avait pas à se prononcer sur le bien-fondé de la contestation et qu'elle

aurait dû transmettre d'emblée à la commission communale les recours dirigés

contre les bordereaux de taxe, qui devaient indiquer la voie de recours à la

commission de recours (il semble que tel était le cas vu la mention "Droit

de recours voir au verso" figurant sur les bordereaux mais le verso n'est

pas reproduit dans les photocopies figurant au dossier).

2.

La commission communale, constatant que cinq bordereaux

restaient impayés (soit deux bordereaux égouts-entretien, deux bordereaux

eau-épuration et un bordereau enlèvement des ordures ménagères), s’est saisie

de ces cinq objets et a rejeté le recours par décision du 26 janvier 2005.

L'attention des parties a été attirée sur la

question de la recevabilité du recours à l'encontre de certains bordereaux non

contestés en temps utile et sur celle de la compétence pour connaître des

contestations en matière de distribution d'eau. Il y a lieu d'examiner ces

questions à titre préalable.

3.

A teneur de l’art. 46 de la loi sur les impôts communaux

(LIC), le délai pour recourir auprès de la commission communale est de 30 jours

dès la notification de la décision fiscale. On relèvera au passage que le délai

de 20 jours figurant à l'art. 13 du règlement communal sur l'enlèvement et

l'élimination des ordures ménagères n'est pas conforme au droit cantonal.

En l’espèce, seuls les bordereaux No 106'123

égouts-entretien 2001 du 15 novembre 2001 et No 108'807 eau-épuration 2001 du

21.

décembre 2001 ont été contestés en temps utiles, respectivement les 17

décembre 2001 et 7 janvier 2002. En revanche, les autres bordereaux n’ont fait

l’objet d’aucune contestation en temps utile. En particulier, les taxes des

ordures ménagères n’ont été contestées que par lettre du 13 janvier 2005

adressée à la commission communale de recours à la suite de sa convocation.

Interpellée à ce propos par le tribunal, la recourante n’a pas fourni d’explications.

Elle paraît considérer que toutes les taxes peuvent être contestées en tout

temps et elle a même envisagé, dans sa lettre du 13 janvier 2005 à la

commission de recours, de réclamer le remboursement de toutes les taxes

communales qu'elle a payées depuis son arrivée dans la commune.

Les décisions de taxation qui n'ont pas fait l'objet

d'un recours entrent en force, ce qui signifie qu'elle ne peuvent plus être

contestées. C'est ce principe général qu'exprime l’art. 40 de la loi sur les

impôts communaux qui prévoit que "les bordereaux établis par le

percepteur communal et tous autres prononcés relatifs aux impôts communaux ont

force exécutoire, au sens de l'article 80 de la loi fédérale sur la poursuite

pour dettes et la faillite, dès qu'ils ne sont plus susceptibles de

recours". C'est donc à tort que la commission communale de recours est

entrée en matière sur les bordereaux qui n'avaient pas fait l'objet d'une

contestation en temps utile. La lettre de la recourante du 7 janvier 2002 dans

laquelle celle-ci déclare qu'elle "s'oppose à toute taxation basée sur la

valeur incendie" n'est pas suffisante, faute de désigner d'autres

décisions identifiables que le bordereau auquel elle faisait suite, pour valoir

contestation d'autres décisions que ce bordereau-là. Il en va de même de celle

du 17 décembre 2001 qui contenait une déclaration analogue.

La décision de la commission communale de recours

doit être réformée en ces sens qu'est irrecevable le recours dont elle estimait

être saisie contre les décisions de taxations non contestées en temps utile.

C'est exclusivement en rapport avec les les

bordereaux No 106'123 égouts-entretien 2001 du 15 novembre 2001 et No 108'807

eau-épuration 2001 du 21 décembre 2001, seuls contestés en temps utile, que la

commission communale de recours aurait dû se prononcer sur les moyens soulevés

par la recourante. Le Tribunal doit examiner si la contestation réitérée devant

lui est fondée.

4.

Le bordereau 108'807 eau-épuration 2001 du 21 décembre

2001.

concerne les éléments suivants:

consommation 2001

61.

m³ à

Fr. 0,80

48,80

Epuration 2001

61.

m³ à

Fr. 1,25

76.25

location compteur

18,00

Taxe abonnement

Fr.

1'000'000 à

0.55

0/00

550,00

Fr.

27'870 à

0,30 0/00

8,35

a) Ce bordereau a été contesté en temps utile par

une lettre du 7 janvier 2002 dans laquelle la recourante déclare s'opposer à

toute taxation basée sur la valeur incendie.

La taxe d'épuration 2001 calculée en fonction du

nombre de m³ consommés selon l'art. 37 du règlement communal sur les égouts et

l'épuration des eaux usées (taxe annuelle d'exploitation), de même que la

location du compteur, échappent au grief formulé par la recourante et ne sont

donc pas contestées. Il en va de même de la facture de consommation d'eau. Le bordereau

108'807 eau-épuration 2001 du 21 décembre 2001 n'est donc pas litigieux sur

tous ces points.

En revanche, la taxe d'abonnement prélevée par le

bordereau 108'807 eau-épuration 2001 du 21 décembre 2001 cité ci-dessus, qui

est calculée sur la valeur d'assurance incendie de 1'027'870 francs, est bien

concernée par le grief soulevé par la recourante qui conteste l'utilisation de

la valeur d'assurance incendie. Le litige dont la commission de recours était

saisie portait donc sur la taxe d'abonnement. Néanmoins, cette autorité a passé

sous silence cette partie-là de la contestation. Il se trouve toutefois que

pour cette taxe d'abonnement se pose la question de la compétence de la

commission communale de recours dont le tribunal a annoncé aux parties qu'il

l'examinerait d'office.

b) La taxe d'abonnement, avec son tarif différencié

au-delà d'une valeur de 1'000'000 de francs, est prévue sous lettre A de

l'annexe au règlement communal pour le service de distribution d'eau de Bex,

approuvé par le Conseil d'Etat en dernier lieu le 30 avril 1993. Ce règlement se

réfère à la loi sur la distribution de l’eau du 30 novembre 1964 (LDE), qui

prévoit notamment ce qui suit:

Art. 18 - Contestations

a) En général

Lorsqu'une contestation surgit entre le propriétaire et le

fournisseur et que celui-ci est un particulier (art. 6), ou livre l'eau au-delà

de ses obligations légales (art. premier, al. 2), le litige est porté devant

les tribunaux civils ordinaires du lieu de situation de l'immeuble.

Dans les autres cas, le litige est tranché par le Département

de l'intérieur et de la santé publique.

Si la contestation relève à la fois des autorités judiciaires

et des autorités administratives, ces dernières statuent sur l'ensemble du

litige.

Art. 19 - b) Taxes

Dans la mesure où la contestation a pour objet l'une des

taxes communales prévues aux articles 7, alinéa 3, et 14, alinéa premier,

lettre a, la procédure applicable est celle qui est fixée par la loi sur les

impôts communaux .

Les taxes communales visées à l'art. 19 LDE concernent

respectivement l'utilisation du domaine public (art. 7 al. 3 LDE) et la taxe

unique de raccordement au réseau principal (art. 14 al. 1 lit. a LDE qui se

réfère expressément à l'art. 4 de la loi sur les impôts communaux). Aucune

n'est en cause ici (la taxe d'abonnement litigieuse est une contribution

annuelle) si bien que la procédure de recours prévue par la loi sur les impôts

communaux (art. 45 LIC) devant la commission communale de recours puis le

Tribunal administratif n'est pas applicable ici.

c) La Commission communale de Bex aurait donc dû, ayant

constaté que la taxe d'abonnement était contestée en rapport avec l'utilisation

de la valeur d'assurance incendie, décliner sa compétence pour examiner cette

taxe d'abonnement. Comme rien n'indique qu'on se trouve dans une des hypothèses

où l'art. 18 al. 1 LED prévoit la compétence des tribunaux civils, le dossier

doit être transmis au "Département de l'Intérieur", soit apparemment

aujourd'hui au Département de la sécurité et de l'environnement, Laboratoire

cantonal, pour qu'il se saisisse de la contestation relative à la taxe

d'abonnement d'eau. La décision attaquée doit être réformée dans ce sens.

5.

L'autre bordereau qui a été contesté en temps utile par la

recourante est le bordereau No 106'123 égouts-entretien 2001 du 15 novembre

2001.

On rappellera qu'en revanche, la recourante n'a pas contesté en temps

utile (ni même mentionné dans son recours au Tribunal administratif) le

bordereau 110'408 du 28 février 2002 fixant ladite taxe pour deux mois de

l'année 2002.

Le bordereau No 106'123 égouts-entretien 2001 du 15

novembre 2001 réclame à la recourante la taxe "égouts-entretien" pour

2001, calculée au taux de 1 ‰ de 1'027'870

francs, ce dernier montant correspondant à la valeur d’assurance incendie (ECA)

du bâtiment appartenant à la recourante. La taxe s’élève à 1'105,95 francs dont

78,10 francs de TVA.

Ce bordereau se réfère à l'art. 24 du règlement

communal mais il s'agit en réalité de l'art. 34 (le bordereau correspondant

pour 2002, no 110'408 du 28 février 2002, non contesté, le confirme) du règlement

communal sur les égouts et l'épuration des eaux usées de 1976. Bien que ce

règlement ne figure au dossier que dans sa version la plus récente, il résulte

d'une des pièces produites par la recourante que son art. 34 consacré à la "taxe

annuelle d'entretien" a connu au moins deux teneurs différentes.

L'une, approuvée par le Conseil d'Etat le 7 mai 1993, prévoyait ce qui suit:

"Art. 34 - Taxe

annuelle d'entretien

Pour tout immeuble déversant des eaux usées directement ou

indirectement dans un collecteur public, il est perçu du propriétaire une taxe

annuelle, calculée au taux de 1,0 ‰ de la

valeur d’assurance incendie de l’immeuble, rapportée à l’indice 100 de 1990."

L'autre, selon la version apparemment adoptée pas le

Conseil communal le 18 septembre 2002 et approuvée par le Conseil d'Etat le 11

novembre 2002, prévoit ce qui suit:

"Art. 34 - Taxe

annuelle d'entretien

Pour couvrir les frais d'entretien, il est perçu auprès des

propriétaires, pour tout immeuble déversant des eaux usées directement ou

indirectement dans un collecteur public, une taxe annuelle de base couvrant le

60% du coût d'entretien. Cette taxe est calculée au taux de base de 0.7 ‰ de la

valeur d'assurance incendie de l'immeuble rapportée à l'indice 100 de 1990.

Le solde, soit 40% du coût d'entretien, est couvert par une

taxe de Fr. 0.90 par mètre cube d'eau potable consommée selon le relevé du

compteur".

La taxe litigieuse étant celle de l'année 2001,

c'est le premier des deux textes cités ci-dessus qui est formellement

applicable. Il prévoit une taxe calculée uniquement sur la base de la valeur

d'assurance incendire. C'est ce que critique la recourante.

6.

Comme le Tribunal administratif l'a rappelé très récemment

(FI.1998.0059 du 18 avril 2006), l’utilisation de la valeur d’assurance

incendie pour la perception des taxes communales correspond à une pratique

ancienne. A la suite de vifs débats devant le Grand conseil, elle est consacrée

par l’art. 4a LIC en vigueur depuis le 1er juillet 1992, qui en

permet expressément l’utilisation même pour les taxes annuelles (voir pour plus

de détails sur l’évolution législative l’arrêt FI.1998.0074 du 30 juin 1999,

disponible, comme les autres arrêts cités plus loin, sur le site internet du

Tribunal administratif).

Il faut toutefois tenir compte de la jurisprudence

du Tribunal fédéral, que ce dernier a rappelée dans un arrêt récent (ATF

2P.285/2004 du 12 août 2005 dans la cause cantonale FI.2002.0070 concernant un

recours du chemin de fer LEB contre la taxe d’évacuation des eaux claires et usées

de la commune de Lausanne). Les considérants de cet arrêt peuvent être

transposés sans autre en l'espèce, raison pour laquelle il y a lieu de les

citer ci-dessous.

L'art. 60a LEaux dispose:

"1 Les cantons

veillent à ce que les coûts de construction, d'exploitation, d'entretien,

d'assainissement et de remplacement des installations d'évacuation et

d'épuration des eaux concourant à l'exécution de tâches publiques soient mis,

par l'intermédiaire d'émoluments ou d'autres taxes, à la charge de ceux qui

sont à l'origine de la production d'eaux usées. Le montant des taxes est fixé

en particulier en fonction:

a. du type et de la quantité d'eaux

usées produites;

b. des amortissements nécessaires

pour maintenir la valeur du capital de ces installations;

c. des intérêts;

d. des investissements planifiés

pour l'entretien, l'assainissement et le remplacement de ces installations,

pour leur adaptation à des exigences légales ou pour des améliorations

relatives à leur exploitation.

2.

Si l'instauration de

taxes couvrant les coûts et conformes au principe de causalité devait

compromettre l'élimination des eaux usées selon les principes de la protection

de l'environnement, d'autres modes de financement peuvent être introduits.

3.

Les détenteurs

d'installations d'évacuation et d'épuration des eaux constituent les provisions

nécessaires.

4.

Les bases de calcul

qui servent à fixer le montant des taxes sont accessibles au public."

Il ressort des art. 3a et 60a LEaux que la

Confédération a renoncé à introduire elle-même les émoluments nécessaires à

l'évacuation et à l'épuration des eaux; elle a chargé les cantons de le faire

dans les limites des conditions-cadres qu'elle a édictées. Si les cantons

disposent certes d'une grande souplesse dans l'élaboration d'émoluments

conformes au principe de causalité, ils doivent néanmoins prévoir "un

système combinant des taxes de bases et des taxes qui sont fonction de la

quantité d'eaux usées à évacuer" (FF 1996 IV 1213 p. 1219).

Dans le canton de Vaud, l'art. 66 de la loi du 17

septembre 1974 sur la protection des eaux contre la pollution dispose que:

"1 Les communes

peuvent percevoir, conformément à la loi sur les impôts communaux, un impôt

spécial et les taxes pour couvrir les frais d'aménagement et d'exploitation du

réseau des canalisations publiques et des installations d'épuration.

2.

Elles peuvent

également percevoir une taxe d'introduction et une redevance annuelle pour

l'évacuation des eaux claires dans le réseau des canalisations publiques. La

redevance annuelle est proportionnelle au débit théorique évacué dans les

canalisations."

L'art. 4 de la loi vaudoise du 5 décembre 1956 sur les

impôts communaux (ci-après: LIC) traite des taxes spéciales. Il prévoit que les

communes peuvent percevoir des taxes spéciales en contrepartie de prestations

ou avantages déterminés ou de dépenses particulières (art. 4 al. 1 LIC). Ces

taxes doivent faire l'objet de règlements soumis à l'approbation du Conseil

d'Etat vaudois (art. 4 al. 2 LIC). Elles ne peuvent être perçues que des

personnes bénéficiant des prestations ou avantages ou ayant provoqué les

dépenses dont elles constituent la contrepartie (art. 4 al. 3 LIC). Leur

montant doit être proportionné à ces prestations, avantages ou dépenses (art. 4

al. 4 LIC).

Quant à l'art. 4a LIC, relatif à la base de calcul, il

précise que lorsque que les communes utilisent la valeur d'assurance incendie

(valeur ECA) pour le calcul des taxes de raccordement et d'introduction aux

réseaux publics de distribution et d'évacuation d'eau, la valeur ECA

déterminante est celle de l'immeuble au moment du raccordement. (...)

Dans la pratique, le Tribunal fédéral a jusqu'ici

admis que la taxe unique de raccordement soit fondée sur la valeur d'assurance

incendie (ATF 109 I 326 consid. 6a p. 330; 106 Ia 241 consid. 4d p. 247ss; 93 I

106.

consid. 5b p. 114ss, jurisprudence confirmée après l'entrée en vigueur, le

1er novembre 1997, des art. 3a et 60a LEaux: voir arrêt récent 2P.281/2004 du 2

mars 2005, consid. 3, non publié). Il a en effet considéré que même si ce

critère impliquait un certain schématisme, il n'y avait pas lieu d'effectuer

des correctifs vers le bas pour un bâtiment industriel engendrant peu d'eaux

usées, mais dont les eaux de surface devaient également êtres récoltées, ni

vers le haut pour un hôtel qui produisait au contraire une quantité appréciable

d'eaux usées (ATF 109 Ia 325 consid. 6 p. 329ss). Le Tribunal a aussi admis que

si la taxe de raccordement pouvait être plus élevée pour les nouveaux bâtiments

que pour les anciens, elle n'avait pas à être réduite parce qu'un immeuble

avait une assurance incendie élevée, en raison de deux sous-sols de garage; on

pouvait en effet tenir compte du fait que les autos y amenaient de la neige et

de la glace en hiver, qui se mélangeaient aux résidus d'huile et d'essence et

finissaient dans les canalisations (ATF 106 Ia 242 consid. 4 p. 244ss). Il en

allait de même dans un parking souterrain, où l'eau et la boue sont souvent

mélangées avec l'essence et l'huile apportées en temps de pluie; en outre un

seul robinet pouvait servir à nettoyer le sol du garage, ce qui amenait des

quantités importantes d'eaux usées dans les canalisations (arrêt 2P.161/1992 du

31.

mai 1994, publié in RDAF 1995 p. 284ss, consid. 2c).

En revanche, le Tribunal fédéral a posé des exigences

différentes pour la taxe d'utilisation périodique. Il a ainsi considéré comme

arbitraire le critère de la valeur d'assurance incendie lorsqu'il s'agissait

d'une taxe annuelle hybride, destinée à couvrir non seulement le coût de

construction des canalisations, mais aussi leur entretien (ATF 125 I 1 consid.

2b p. 3ss). Il a ensuite confirmé cette jurisprudence après l'entrée en vigueur

des art. 3a et 60a LEaux qui imposaient d'autant plus de tenir compte de

l'utilisation effective de l'installation dans le calcul des taxes périodiques

d'évacuation des eaux, même si certains coûts paraissaient indépendants du

volume des eaux usées (ATF 128 I 46 consid. 5c p. 56). Dans le même sens, il a

considéré que si une taxe périodique de base et d'utilisation fondée sur la

seule valeur d'assurance incendie avait l'avantage d'être simple et pratique

dans son application, elle était toutefois arbitraire et contraire au principe

d'égalité de traitement, lorsqu'il s'agissait d'une villa familiale luxueuse,

d'une superficie largement supérieure à la moyenne (arrêt 2P.266/2003 du 5 mars

2004, publié in DEP 2004 p. 197ss, consid. 3.4; voir aussi, le rejet de la taxe

d'élimination des déchets de la commune de l'Abbaye fondée uniquement sur la

valeur d'assurance incendie: arrêt 2P.249/ 1999 du 24 mai 2000, consid. 4 c,

non publié; l'admission de la taxe d'épuration du Service intercommunal

d'épuration des eaux usées de Vevey-Montreux calculée sur la valeur d'assurance

incendie et sur les factures de fourniture d'eau: arrêt 2P.54/1998 du 9

novembre 1998, consid. 4c, non publié aux ATF 125 I 1ss). Le Tribunal fédéral a

maintenu sa jurisprudence malgré les critiques et les difficultés d'application

signalées par la doctrine (Adrian Hungerbühler, Grundsätze des

Kausalabgabenrechts, Eine Übersicht über die neuere Rechtsprechung und Doktrin,

in ZBl 104/2003, p. 524/525; Peter Karlen, Die Erhebung von Abwasserabgaben aus

rechtlicher Sicht, in DEP 13/1999 p. 555ss, spéc. p. 559; Marc-Olivier Buffat,

Les taxes liées à la propriété foncière, en particulier dans le canton de Vaud,

thèse Lausanne 1989, p. 183ss). Il a cependant admis de s'en écarter dans

quelques cas particuliers. Ainsi, avec le Tribunal administratif du canton des

Grisons, il a jugé qu'il n'était pas admissible d'exonérer complètement les

bâtiments ecclésiastiques de la taxe de raccordement de la commune de

Disentis/Mustér, fixée à 1,2 % de la valeur d'assurance incendie, même s'il se

justifiait de réduire leur contribution pour tenir compte de leur affectation

particulière (arrêt 2P.58/1999 du 15 juin 1999, consid. 2b, non publié). Il a

également estimé qu'une taxe de raccordement fondée sur la valeur fiscale de la

grande surface de terrain où se trouvait une scierie, violait le principe de

l'équivalence, compte tenu des faibles infrastructures sanitaires (arrêt

2P.425/1996 du 1er mai 1998, consid. 6, publié in ZBl 104/2003 p. 548ss).

Récemment, dans le cadre de l'examen de l'autonomie d'une commune du canton de

Soleure, il a aussi confirmé l'avis du Tribunal administratif selon lequel il

était arbitraire de se fonder sur la valeur d'assurance incendie d'une

fabrique, dont la plupart des locaux étaient désaffectés et n'étaient pas prêts

de retrouver une utilisation économique (arrêt 2P.45/2005 du 30 juin 2005

consid. 3). En revanche, une taxe communale de raccordement à l'égout qui se

fonde sur un pourcentage de la valeur d'assurance incendie et varie suivant que

les immeubles sont situés dans une région plus ou moins éloignée du centre a

été jugée admissible (arrêt 2P.130/2002 du 13 décembre 2002, consid. 4, non

publié).

Comme le Tribunal administratif a déjà eu l’occasion

de le relever au sujet de la taxe d'enlèvement des ordures, le Tribunal fédéral

avait anticipé par voie jurisprudentielle les exigences résultant des art. 32a

LPE et 60a LEaux fondées sur le principe général de la causalité (dit du

"pollueur-payeur") de l’art. 2 LPE. La perception d'une

taxe annuelle sur la base de la valeur d'assurance incendie est contraire au

droit fédéral en vertu d'une jurisprudence du Tribunal fédéral antérieure à

l'entrée en vigueur, au 1er novembre 1997, des art. 60 LEaux et 32a

LPE qui concrétisent le principe de causalité selon une formulation similaire (comme

le relève l'arrêt FI.1997.0067, le Tribunal fédéral a annulé pour le

même motif de telles taxes remontant au début des années 90). Il est donc vain

de rechercher ici si la commune de Bex pourrait prétendre encore, au bénéfice

d'un délai d'adaptation, appliquer son règlement (dans la teneur de 1993) pour

la taxe annuelle d'entretien de 2001 litigieuse en l'espèce: la taxe fondée sur

ce règlement est contraire au droit fédéral tel qu'il est interprété de longue

date par le Tribunal fédéral.

Comme dans les trois dernières causes

où était litigieuse la taxe d'enlèvement des ordures ménagères de Bex (FI.2004.0005,

FI.1998.0001 et FI.1997.0067, du 4 avril 2006), le Tribunal administratif juge

qu’il n’y a pas lieu, en mettant en doute la jurisprudence du Tribunal fédéral

quand à l'absence de délai d'adaptation, de faire courir à la commune de Bex le

risque d’un recours au Tribunal fédéral qui pourrait aboutir à la condamnation

de l'ancienne teneur de l'art. 34 du règlement communal du règlement communal

sur les égouts et l'épuration des eaux usées, déjà remplacé par une disposition

nouvelle probablement conforme au droit fédéral.

Il résulte de ce qui précède que le bordereau

No 106'123 égouts-entretien 2001 du 15 novembre 2001 aurait dû être annulé par

la commission communale de recours. Le dispositif de la décision de cette

autorité doit être réformé dans ce sens.

Comme le Tribunal administratif en a déjà jugé dans

les arrêts cités plus haut, l'annulation de la taxe litigieuse perçue sur la

base d'un règlement communal la calculant, à tort, d'après la valeur

d'assurance incendie, n'implique pas qu'aucune taxe n'est due. L'autorité doit

fixer à nouveau la taxe selon un critère transitoire (éventuellement le nouveau

règlement appliqué à titre rétroactif) conforme au droit fédéral. L'exigence de

base légale sera satisfaite pour autant que le nouveau montant soit inférieur

(FI.1999.0048 du 16 juillet 2002; FI.2000.0048 du 16 juillet 2002).

7.

La recourante, qui contestait dans son recours cinq voire six

bordereaux de taxe différents, n'obtient que très partiellement gain de cause

sur le bordereau No 106'123 égouts-entretien 2001 du 15 novembre 2001, dont la

taxe devra être recalculée. Elle est en revanche déboutée pour les autres

bordereaux, sous réserve de la taxe d'abonnement d'eau du bordereau 108'807

eau-épuration 2001 du 21 décembre 2001, pour laquelle le dossier sera transmis

au département compétent. Un émolument réduit sera donc mis à la charge de la

recourante.

Dispositif

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I.

Le recours est très partiellement admis.

II.

La décision de la Commission communale de recours en

matière d’impôt de la commune de Bex du 26 janvier 2005 est réformée en ce sens

que:

a) Le bordereau de taxation No 106'123 entretien-égouts du 15

novembre 2001 est annulé. Le dossier est renvoyé à la Municipalité pour

nouvelle décision dans le sens des considérants.

b) La

compétence de la commission communale de recours est déclinée pour ce qui

concerne le litige relatif à la taxe d'abonnement prélevée par le bordereau 108'807

eau-épuration 2001 du 21 décembre 2001; le dossier est transmis au Département

de la Sécurité et de l'environnement, Laboratoire cantonal.

c) Le

recours adressé à la Commission communale de recours est irrecevable pour le

surplus.

III.

Un émolument de 300 francs est mis à la charge de la

recourante.

Lausanne, le 28 avril 2006

Le président: La

greffière:

Le présent arrêt est

communiqué aux destinataires de l'avis d'envoi ci-joint