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Décision

GE.2007.0002

TA - GE.2007.0002 - 2007-05-25 - CAFE-RESTAURANT X._______/Service de l'emploi

25 mai 2007Français15 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants

A.

A l'occasion d'un contrôle qui a eu lieu les 20 et 30

octobre 2006 auprès du café-restaurant X._______, exploité par A.Y._______ et B.Z._______,

à 1._______, la déléguée de la Commission de lutte contre le travail illicite

dans le secteur de l'hôtellerie-restauration a constaté que cet établissement public

employait deux personnes étrangères, dépourvues d’une autorisation de séjour

et/ou de travail valable. Il a été constaté au surplus que toutes les exigences

fixées par la législation fédérale sur la protection des travailleurs et la

convention collective nationale de travail concernée n’étaient pas respectées.

Les contrôles ont fait l'objet le 15 décembre 2006 d'un rapport de constat

circonstancié comptant treize pages.

B.

Le 19 décembre 2006, le Service de l'emploi a rendu une

décision de facturation des frais de contrôle. Il a mis à la charge du

café-restaurant X._______ en sa qualité d'employeur les frais occasionnés par

le contrôle et son suivi administratif pour un montant total de fr. 562.50

(représentant 7,5 heures de travail au tarif de 75 fr. de l'heure). Il a motivé

sa décision par le fait que des infractions aux dispositions du droit des

étrangers avaient été constatées. Il a été précisé que la facturation des frais

de contrôle était indépendante des mesures administratives et/ou pénales qui

pourraient être prises à l'encontre de l'employeur en fonction des infractions

constatées.

Le 29 décembre 2006 le café-restaurant X._______,

agissant par B.Z._______, a interjeté recours auprès du Tribunal administratif

à l'encontre de la décision du Service de l'emploi du 19 décembre 2006, dont il

demande implicitement l'annulation.

Dans ses déterminations du 30 janvier 2007, le

Service de l'emploi a conclu au rejet du recours.

Le 7 février 2007, l’établissement recourant a

confirmé ses conclusions.

C.

En raison de ces infractions au droit des étrangers, le

Service de l’emploi a, le 6 février 2007, notifié au café-restaurant X._______

une décision de sommation sur la base de l'art. 55 al. 2 de l'Ordonnance

limitant le nombre des étrangers (OLE), en attirant son attention sur les

conséquences qu'entraînerait une quelconque récidive, à savoir une non-entrée

en matière pour une durée variant de deux à six mois sur toute nouvelle demande

de main-d'œuvre étrangère qu'il serait appelé à formuler. Il a été rappelé le

paiement des cotisations aux assurances sociales ne dispensait pas l'employeur

de requérir et d'obtenir les autorisations nécessaires en faveur de ses

collaborateurs étrangers. Cette décision n’a pas été contestée par le

recourant.

Considérants

1.

La loi cantonale du 5 juillet 2005 sur l'emploi (LEmp; RSV

822.

), entrée en vigueur le 1er janvier 2006, a notamment pour but

de lutter contre le travail illicite (art. 1er al. 2 let. f et 72

LEmp). D’après l’art. 73 LEmp, est considérée comme illicite toute activité

salariée ou indépendante exercée en violation des prescriptions légales (al.

1) ; par travail illicite, il faut entendre non seulement l'emploi de

travailleurs étrangers en violation des dispositions du droit des étrangers ou

d’une convention collective (al. 2 let. a et d), mais aussi l'emploi de

travailleurs non déclarés aux assurances sociales obligatoires (al. 2 let. b)

ou aux autorités fiscales notamment (al. 2 let. f et g). Les personnes chargées

des contrôles peuvent en particulier pénétrer à tout moment dans une entreprise

ou dans tout autre lieu de travail, exiger tous les renseignements nécessaires

et notamment contrôler les permis de séjour et de travail (art. 75 LEmp). Les

personnes chargées des contrôles consignent les constatations relatives au

travail illicite dans un rapport (art. 77 LEmp). En ce qui concerne plus

particulièrement le recouvrement des frais de contrôle, l’art. 79 al. 1er

LEmp prévoit qu’en cas de constatation de travail illicite, le Service de

l’emploi peut, par voie de décision, mettre les frais occasionnés, y compris

les honoraires d’experts extérieurs, à la charge des employeurs, travailleurs

et entreprises contrôlées. Le Règlement d’application de la LEmp adopté le 7

décembre 2005 par le Conseil d’Etat (RLEmp), précise à son art. 44 que le

recouvrement des frais de contrôle est exigé en cas d’infraction aux

dispositions du droit des étrangers, des assurances sociales et de l’imposition

à la source, ainsi qu’en cas de récidive à tout type de travail illicite (al. 1er) ;

le montant des frais occasionnés est calculé en fonction du temps consacré au

contrôle et à son suivi, au tarif de 75 fr. par heure (al. 2).

2.

a) En l'espèce, l’établissement recourant admet que, lors

du contrôle effectué en octobre 2006, il employait deux travailleurs étrangers

non titulaires d’une autorisation de travail valable ; il souligne

toutefois qu’il n’a pas intentionnellement commis des infractions aux dispositions

du droit des étrangers ; par manque d’expérience, il ignorait qu’il devait

entreprendre des démarches en vue de solliciter et d’obtenir une autorisation

de travail pour ses employés extracommunautaires. Il en veut pour preuve qu’il

a respecté les dispositions du droit des assurances sociales obligatoires et de

l’imposition à la source. Peu importe que le recourant n’ait pas violé avec

conscience et volonté les dispositions du droit des étrangers. La législation

en la matière ne fait pas dépendre le recouvrement des frais de contrôle du

caractère intentionnel ou non des infractions commises. Lorsque le travail

illicite est avéré, le montant des frais de contrôle ne varie ni en fonction du

caractère intentionnel ou non des infractions commises, ni en fonction du type

ou du nombre d’infractions aux prescriptions légales constatées, mais doit être

calculé en fonction du temps qui a été effectivement consacré au contrôle et à

son suivi administratif (cf. arrêt TA GE.2006.0166 du 28 mars 2007, consid.4).

Dès l’instant où il y a eu constatation de travail illicite (ce qui n’est pas

contesté en l’espèce), le recouvrement des frais de contrôle peut être exigé.

b) Le recourant doit donc, en principe, s'acquitter

des frais de contrôle pour les infractions aux dispositions du droit des

étrangers qu’il a commises. Le litige porte donc uniquement sur la quotité du

montant réclamé au titre de frais de contrôle. Le produit de cette contribution

est destiné à couvrir les dépenses occasionnées par les contrôles effectués par

le Service de l’emploi visant à lutter contre le travail illicite.

3.

a) L’art. 72 LEmp prévoit que le Conseil d’Etat instaure

des mesures visant à lutter contre le travail illicite dans le but d’améliorer

la prévention, de renforcer les mécanismes de contrôles et de sanctions (al. 1er),

le Service de l’emploi mettant en œuvre ces mesures (al. 2). L’art. 79 al. 1er

LEmp prescrit seulement qu’en cas de constatation de travail illicite, le

Service de l’emploi peut, par voie de décision, mettre les frais occasionnés, y

compris les honoraires d’experts extérieurs, à la charge des employeurs,

travailleurs et entreprises contrôlées. La délégation législative accordée au

Conseil d’Etat pour fixer la quotité des frais de contrôle occasionnés est très

générale. En principe, une telle délégation ne peut être considérée comme

suffisante que si les principes de la couverture des frais et de l’équivalence

sont respectés (ATF 126 I 180 consid. 2a/bb p. 183 et les arrêts cités).

b) A l’inverse de l’impôt qui est une contribution

versée par un particulier à une collectivité publique pour participer aux

dépenses résultant des tâches générales dévolues à cette dernière en vue de

réaliser le bien commun et donc due indépendamment de toute contre-prestation

étatique spécifique (ATF 124 I 292 ; 122 I 309), les taxes causales sont

versées en contrepartie d’une prestation spéciale ou d’un avantage particulier

appréciable économiquement accordé par l’Etat à un citoyen déterminé. Elles se

distinguent donc des impôts en ce sens qu’elles reposent sur un lien

particulier entre le contribuable et l’Etat, caractérisé par la prestation ou

l’avantage étatique offert (ATF 121 II 138). En l’occurrence, on peut admettre

que l’on est bien en présence d’une taxe causale dans la mesure où l’Etat, en

prenant des mesures pour lutter contre le travail illicite, accorde une

prestation ou un avantage spécifique aux employeurs (tel le recourant) ;

ces mesures visent en effet à lutter contre les distorsions de concurrence

entre personnes appartenant à la même branche économique, car l’employeur qui

ne respecte pas toutes les prescriptions légales dispose d’un avantage indu par

rapport à ses concurrents. Selon la législation dans le domaine, la facturation

des frais de contrôle constitue aussi une sanction pour la violation de

prescriptions légales. En ce sens, elle s’apparente aussi aux amendes, puisque

tous les employeurs ne s’acquittent pas des frais de contrôle mais uniquement

ceux qui ont enfreint les prescriptions légales en la matière. Cela ne change rien

à la nature juridique des frais de contrôle qui peuvent être qualifiés de taxes

causales.

c) Le principe de la couverture des frais s’applique

en effet aux contributions causales dépendantes des coûts, lorsqu'elles ne

reposent pas sur une base légale au sens formel (suffisamment déterminée) ou

lorsque le législateur a expressément indiqué ou indirectement laissé entendre

que la contribution à prélever doit dépendre des coûts (ATF 126 I 180 consid.

3a/aa p. 188 ; 121 I 230 consid. 3e p. 236). Ce principe implique que le

produit total des émoluments ne dépasse pas, ou seulement dans une mesure

minime, l'ensemble des coûts engendrés par la branche, ou subdivision,

concernée de l'administration, y compris, dans une mesure appropriée, les

provisions, les amortissements et les réserves (ATF 126 I 180 consid. 3a/aa p.

188).

Le principe de l'équivalence, expression du principe

de la proportionnalité en matière de contributions publiques, suppose que le

montant de chaque émolument soit en rapport avec la valeur objective de la

prestation fournie et reste dans des limites raisonnables (ATF 126 I 180 consid

3a/bb p. 188 et les arrêts cités). La valeur de la prestation se mesure soit à

son utilité pour le justiciable, soit à son coût par rapport à l'ensemble des

dépenses de l'activité administrative en cause (ATF 120 Ia 171 consid. 2a et

les références). Pour respecter le principe de l'équivalence, il faut que

l’émolument soit raisonnablement proportionné à la prestation de

l'administration, ce qui n'exclut cependant pas une certaine schématisation.

S'il n'est pas nécessaire que l’émolument corresponde exactement au coût de

prestation visée, il doit toutefois être établi selon des critères objectifs et

s'abstenir de créer des différences qui ne seraient pas justifiées par des

motifs pertinents (ATF 128 I 46 consid. 4a p. 5 ; ATF 120 Ia 171 consid.

2a p. 174 ; ATF 106 Ia 241 consid. 3b p. 244 et 249 consid. 3a p. 253; Adrian Hungerbühler, Grundsätze des

Kausalabgabenrechts: eine Übersicht über die neuere Rechtsprechung und Doktrin,

ZBl 104/2003, 505, p. 522 ss).

d) Le législateur cantonal prescrit seulement qu’en

cas de constatation de travail illicite, le Service de l’emploi peut, par voie

de décision, prélever les frais occasionnés par les contrôles. Dans la

mesure où le Service de l’emploi n’est autorisé à ne réclamer que les frais de

contrôle effectifs, on peut se demander si une telle contribution doit

être soumise au principe de la couverture des frais. Point n’est besoin de trancher

définitivement cette question, du moment que le recourant ne se plaint de toute

façon pas d’une violation du principe de la couverture des frais.

4.

En l’occurrence, il convient d’examiner si le temps

consacré au contrôle paraît ou non excessif, partant si le montant de la

facture des frais de contrôle y relative s’élevant à 562 fr. 50 (7h30 x 75 fr.)

est ou non disproportionné.

Dans la décision attaquée, le Service de l’emploi,

qui a estimé à 7h30 le temps total consacré au contrôle, n’a pas détaillé le

nombre d’heures passées par la déléguée lors des contrôles sur place intervenus

les 20 et 30 octobre 2006 (visite de l’établissement, interrogatoires,

vérification de divers documents etc.), ni spécifié combien de temps a pris

l’analyse de la situation et l’étude juridique du cas. L’autorité intimée

n’indique pas non plus le temps passé à la rédaction du rapport ainsi qu’à son

suivi administratif. Il est vrai que la déléguée à la lutte contre le travail

illicite dans le secteur de l’hôtellerie-restauration a rédigé un rapport de

treize pages, qui se présente sous la forme d’un formulaire préimprimé à

remplir. Sur ce rapport figurent des annotations manuscrites (dont certaines

abréviations sont incompréhensibles) indiquant apparemment que la déléguée a

passé environ une heure pour l’établissement du rapport et plus de 6 heures

pour le reste (contrôles, déplacement, suivi administratif). On ignore si ces

indications manuscrites figuraient également sur l'exemplaire du rapport de

contrôle qui a été remis au recourant et si celui-ci a eu l'occasion de prendre

position sur ces éléments. Dans ce contexte, il y a lieu de rappeler que le

droit d'être entendu découlant de l'art. 29 al. 2 Cst. comprend le droit pour

l'intéressé de s'exprimer sur tous les éléments pertinents avant qu'une

décision ne soit prise touchant sa situation juridique. Le droit d'être entendu

implique également pour l'autorité l'obligation de motiver sa décision de

manière suffisante; tel est le cas lorsque l'autorité mentionne, au moins

brièvement, les motifs qui l'ont guidée et sur lesquels elle a fondé sa

décision, de manière à ce que l'intéressé puisse se rendre compte de la portée

de celle-ci et l'attaquer en connaissance de cause (ATF 130 II 530 consid. 4.3

p. 540, 473 consid. 4.1 p. 477; 129 I 232 consid. 3.2 et les arrêts cités).

En l'espèce, la décision attaquée doit être annulée

pour violation du droit d'être entendu. On pouvait s'attendre du Service de

l'emploi qu'il indique clairement dans la décision attaquée tous les éléments

justificatifs utiles, même si le temps consacré au contrôle, estimé à 7h 30, n'apparaît

a priori pas comme excessif. S’agissant du montant du tarif horaire fixé à 75

fr. par l’art. 44 al. 2 RLEmp, le Tribunal administratif a déjà eu l’occasion

de juger qu’il constitue en soi un montant raisonnable, eu égard aux

qualifications et connaissances juridiques nécessaires aux inspecteurs appelés

à procéder à un tel contrôle (TA GE.2006.0166 précité, consid. 5c).

Compte tenu de l’ensemble des circonstances, il

n’est pas possible - faute de décompte précis des heures, le cas échéant,

accompagné d'explications - de déterminer si le montant de 562 fr. 50 exigé au

titre de frais de contrôle dans le cadre de la lutte contre le travail illicite

apparaît ici comme objectivement et raisonnablement proportionné à la prestation

fournie par le Service de l’emploi, soit si cet émolument administratif

correspond au coût effectif du contrôle réalisé.

5.

Vu ce qui précède, le recours doit être admis et la

décision attaquée annulée. Les frais de justice sont laissés à la charge de l’Etat

de Vaud. Il n'est pas alloué de dépens au recourant, qui n'est pas assisté d'un

mandataire professionnel.

Dispositif

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I.

Le recours est admis.

II.

La décision rendue le 19 décembre 2006 par le Service de

l'emploi est annulée.

III.

Il n’est pas prélevé d’émolument judiciaire, ni alloué de

dépens.

san/Lausanne, le 25 mai 2007

Le

président:

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de

l'avis d'envoi ci-joint

Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa

notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en matière de droit

public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du 17 juin 2005 sur

le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours constitutionnel subsidiaire

à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans

une langue officielle, indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de

preuve, et être signé. Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte

attaqué viole le droit. Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent

être jointes au mémoire, pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il

en va de même de la décision attaquée.