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Décision

GE.2010.0228

CDAP - GE.2010.0228 - 2011-04-01 - X.________ Sàrl/Direction générale de l'enseignement postobligatoire, Commission d'apprentissage du district de l'Ouest lausannois

1 avril 2011Français23 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants

A.

Le X.________ Sàrl (ci-après: le Centre X.________),

sis à la Rue ********, à 1********, dont Y.________ est l’unique

associé-gérant, a obtenu une première fois le droit de former des apprenti-e-s

dans la profession de mécanicienne/mécanicien en motocycles en avril 1997.

B.

Le 16 avril 2003, le Département de la formation

et de la jeunesse (ci-après: le département), Service de la formation

professionnelle, lui a retiré l’autorisation de former des apprenti-e-s, au

motif qu’il ne donnait plus « toute garantie d’instruire les apprentis

selon les règles de l’art avec la compréhension nécessaire ». Il se

référait notamment aux éléments suivants:

a.

un prononcé de la Commission d’apprentissage du

district de Lausanne du 7 mars 2001 (confirmé par le département), concluant au

bien-fondé de la rupture du contrat d’apprentissage pour justes motifs par son

apprenti, en raison de manque d’encadrement de l’apprenti, de grossièretés de

langage et d’utilisation des apprentis comme étant une source d’économie pour

l’entreprise;

b.

le fait qu’il ait fallu lui répéter à de

nombreuses reprises qu’il ne pouvait prendre qu’un seul apprenti;

c.

un rapport de la Commission d’apprentissage du

12 décembre 2002 relevant notamment une attitude soupçonneuse et déplacée

vis-à-vis des jeunes en formation et l’engagement d’apprentis comme

main-d’œuvre à bon marché, ainsi que des tensions avec le commissaire

professionnel.

Dans sa décision, le département

relevait aussi que le Centre X.________ avait déclaré à deux reprises qu’il ne prendrait plus d’apprenti,

au vu de la mauvaise entente avec le commissaire professionnel.

C.

Au cours de l’été 2004,

le Centre X.________ a reçu à nouveau l’autorisation de former des apprentis. Par courrier du 6 décembre 2004, la Direction générale

de l’enseignement postobligatoire (DGEP) lui signalait que les cours

interentreprises organisés par les associations professionnelles étaient

obligatoires pour tous les apprentis et qu’ils étaient à sa charge.

D.

Au cours de l’année 2006, le Centre X.________ n’a pas envoyé son apprenti à

l’ensemble des cours interentreprises organisés par l’Union romande

professionnels 2 roues (URP2R).

E.

Le 5 mars 2010, le Centre X.________ a informé

l’organisateur des cours interentreprises (URP2R) qu’il ne lui serait pas

possible de libérer son apprenti pour la période des cours, qui était la plus

chargée de l’année pour les commerces 2 roues.

Le 11 mars 2010, l’URP2R a écrit au Centre X.________ que la

présence de son apprenti aux cours était obligatoire. Dans le cas contraire, il

compromettait gravement les chances de réussite de son apprenti et s’exposait

aux sanctions prévues par la loi.

Le 19 mars

2010, la DGEP a rappelé au Centre X.________

qu’il était tenu de laisser son apprenti suivre les cours interentreprises. A

défaut, elle serait dans l’obligation d’ouvrir à son encontre une procédure de

retrait de l’autorisation de former des apprenti-e-s.

Le 22 mars 2010, le Centre X.________

a sollicité un entretien de la DGEP afin de mettre au clair divers points

concernant les cours interentreprises. Celle-ci lui a répondu qu’une entrevue

était superflue, les points de vue étant clairs. Elle lui précisait que s’il ne

permettait pas à son apprenti de participer aux cours interentreprises, un

retrait du droit de former des apprenti-e-s avec effet immédiat serait prononcé

à son encontre.

Le 24 mars 2010, la DGEP a confirmé

à l’apprenti du Centre X.________ qu’il avait l’obligation de fréquenter les

cours interentreprises organisés du 6 au 23 avril 2010 et que son formateur

avait l’obligation de le libérer.

Le 6 avril 2010, l’apprenti du

Centre X.________ ne s’est pas présenté aux cours interentreprises. Sur demande

de la DGEP, l’URP2R a informé cette dernière de ce qu’elle admettait que

l’apprenti concerné suive les cours du 12 au 23 avril, puis du 3 au 7 mai (en

rattrapage de la semaine manquée du 6 au 9 avril).

Le 12 avril 2010, l’apprenti du

Centre X.________ ne s’est pas présenté aux cours organisés.

Le 16 avril 2010, la DGEP a informé

le Centre X.________ qu’elle se voyait dans l’obligation d’ouvrir à son

encontre une procédure de retrait de l’autorisation de former des apprenti-e-s

mécanicienne/mécanicien en motocycles. Afin de respecter son droit d’être

entendu, elle lui remettait le dossier et l’invitait à se déterminer dans un

délai échéant le 28 avril 2010.

Le Centre X.________ s’est

déterminé par courriel du 20 avril 2010, portant pour l’essentiel sur la

mauvaise harmonisation entre les dates de cours et les pics de travail

saisonniers.

F.

Par décision du 22 avril 2010, la DGEP a retiré

au Centre X.________ le droit de former des apprenti-e-s avec effet immédiat,

en application de l’art. 11 al. 1 de l’ordonnance d’exécution de la loi

fédérale sur la formation professionnelle, du 19 novembre 2003 (OFPr;

RS 412.101), selon lequel « l’autorité cantonale refuse de

délivrer une autorisation de former ou une fois délivrée, la retire si la

formation à la pratique professionnelle est insuffisante, si les formateurs ne

remplissent pas ou plus les exigences légales ou s’ils contreviennent à leurs obligations ».

La DGEP estimait que le Centre X.________ avait contrevenu à ses obligations

légales et mis en péril la formation de son apprenti en ne l’autorisant pas à

suivre les cours interentreprises.

G.

Par acte du 20 mai 2010, le Centre X.________ a

saisi la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (ci-après:

la CDAP) d'un recours dirigé contre la décision de la DGEP concluant à

l’admission du recours et à l’organisation d’une réunion entre les parties afin

de trouver des solutions constructives. Il explique avoir cherché des solutions

pour que son apprenti ne doive pas fréquenter les cours interentreprises

organisés à une mauvaise période de l’année et déplore que seules des réponses

négatives lui aient été données. Il soutient qu’il est inadmissible que les

dates des cours soient fixées sans consulter les parties formatrices. Au

surplus, la formation de son apprenti était largement satisfaisante au vu des

résultats de celui-ci.

H.

Le 26 mai 2010, la juge instructrice en charge

du dossier a accusé réception du recours, en impartissant un délai au Centre X.________

pour verser une avance de frais et en impartissant un délai à l'autorité

intimée pour déposer sa réponse au recours. Elle a précisé que le recours avait

effet suspensif (en vertu des art. 80 al. 1 et 99 de la loi du 28 octobre 2008

sur la procédure administrative [LPA-VD; RSV.173.36])

et a invité l’autorité intimée à se déterminer sur l’effet suspensif, si elle

entendait demander la levée de cette mesure. Elle demandait également aux

parties de renseigner le tribunal sur le sort de l’apprenti du recourant. Le

recours a été enregistré sous référence GE.2010.0083.

Le Centre X.________ a versé

l’avance de frais requise et a demandé en date du 1er juin 2010 à

pouvoir continuer la formation de son apprenti, avec lequel il gardait de très

bons contacts.

La DGEP a répondu en date du 25

juin 2010, en reprenant l’historique des relations entre le Centre X.________

et les autorités compétentes en matière d’apprentissage. Elle a requis que l’effet

suspensif ne soit pas accordé, respectivement soit retiré au recours. Elle

conclut au rejet du recours et reprend pour l’essentiel les motifs déjà

présents dans la décision attaquée.

Par décision du 29 juin 2010, la

juge instructrice a retiré l’effet suspensif au recours interjeté contre la

décision du 26 avril 2010, compte tenu du fait que l’apprenti avait résilié son

contrat d’apprentissage en avril 2010 et qu’il avait été engagé par une autre

entreprise en qualité d’apprenti pour la période du 1er mai 2010 au

30 juin 2012, ce qui assurait la poursuite de sa formation. La juge

instructrice a aussi pris en considération le fait que, vu le comportement du Centre

X.________, l’intérêt public à l’entrée en vigueur immédiate de la décision

attaquée jusqu’à droit connu sur le recours au fond l’emportait sur l'intérêt

privé du Centre X.________ à pouvoir engager un apprenti pendant la procédure

de recours. Elle s’est référée à cet égard à la loi vaudoise sur la formation professionnelle du 9 juillet 2009 (LVLFPr; RSV 413.01) qui déroge à la règle générale des art. 80 al. 1 et 99 LPA-VD, dès

lors qu’elle dispose à son art. 104 al. 2 que sauf décision contraire du

Tribunal cantonal, le recours n’a pas d’effet suspensif.

Le Centre X.________ a remis des

observations complémentaires le 14 juillet 2010. Il présente son propre

éclairage de l’historique des relations qu’il a entretenues avec les autorités

compétentes en matière d’apprentissage et conteste sur certains points la

version de l’autorité intimée. Il se réfère à des évènements passés expliquant,

de son point de vue, les différends qu'il a rencontrés avec les commissaires

professionnels, qui seraient prévenus à son égard. Sur le plan des cours, il se

plaint des dates de cours et aussi du fait que la convocation ne soit arrivée

que 20 jours à l’avance, ce qui ne lui permettait pas de s’organiser. Il

conteste par ailleurs avoir mis en péril la formation de son apprenti, qui

disposerait déjà de toutes les connaissances nécessaires. Il conteste également

l’avoir empêché d’aller suivre les cours interentreprises. L’apprenti aurait

librement choisi de ne pas s’y rendre.

Par courrier du 9 août 2010, la

DGEP a maintenu ses conclusions.

I.

Le 13 septembre 2010, l’instruction de la cause

a été reprise par un nouveau juge instructeur.

Le 21 septembre 2010, le juge instructeur a invité la DGEP à indiquer si la commission

d'apprentissage avait été consultée dans la présente affaire, en produisant cas

échéant son préavis. La DGEP a répondu en date du 4 octobre 2010 que les commissions

d’apprentissage avaient été remplacées au 1er août 2009 par les

autorités de conciliation en matière d’apprentissage, qui n’avaient pas à être

consultées en cas de retrait de l’autorisation de former.

J.

Dans un arrêt du 15 octobre 2010 (affaire GE.2010.0083),

la CDAP a relevé que au moment où la décision avait été rendue, à savoir le 22

avril 2010, deux dispositions imposant un préavis préalablement au retrait de

l’autorisation de former étaient en vigueur parallèlement, d’une part l’art. 32

du règlement d'application du 19 septembre 1990 (RLVLFPr 1990; RSV 413.01.1;

en vigueur jusqu’au 31 juillet 2010) attribuant cette compétence à la commission

d'apprentissage, d’autre part l’art. 91 al. 3 let. b LVLFPr, attribuant

cette compétence à la commission de formation professionnelle. Dès lors que l’autorité intimée n’avait recueilli

aucun préavis avant de rendre sa décision, il convenait d’admettre le recours

pour vice de procédure, sans préjuger de la question sur le fond, et par

conséquent d’annuler la décision du 22 avril 2010.

K.

Le 8 novembre 2010, la Commission d’apprentissage

de l’Ouest lausannois a préavisé favorablement au retrait de l’autorisation de

former des apprentis au Centre X.________, considérant que celui-ci ne

respectait pas et ne remplissait pas les conditions pour le maintien d’une

autorisation de former. A cette occasion, Y.________, responsable du Centre X.________,

a été entendu, de même que son ancien apprenti, qui a précisé qu’il

n’avait pas reçu de son patron l’autorisation de se rendre aux cours

interentreprises en raison d’une surcharge de travail dans l’entreprise.

L’apprenti a déclaré avoir dans un premier temps adhéré à cette décision, puis

s’être ravisé. Cet évènement l’aurait amené à rompre son contrat

d’apprentissage et à poursuivre sa formation auprès d’un autre employeur.

L.

Le 16 novembre 2010, la DGEP a invité

l’intéressé à se déterminer sur le procès-verbal de la séance de la commission

d’apprentissage. Celui-ci a produit ses déterminations le

19 novembre 2010.

M.

Le 3 décembre 2010, la DGEP a retiré au Centre X.________

le droit de former des apprenti-e-s avec effet immédiat, en application de

l’art. 11 al. 1 OFPr, pour les motifs déjà évoqués dans sa décision du 22 avril

2010

N.

Par acte du 20 décembre 2010, le Centre X.________

(ci-après: le recourant) a saisi la CDAP d'une déclaration de recours dirigé

contre la décision de la DGEP (ci-après aussi: l’autorité intimée).

O.

Invité à préciser sa motivation, le recourant a

répondu en date du 10 janvier 2011 qu’il avait transmis la totalité des

documents nécessaires lors de son premier recours.

P.

L’autorité intimée s’est déterminée le 7 février

2011, en renvoyant à sa réponse du 25 juin 2010.

Considérants

1.

Selon l’art. 101 LVLFPr, les décisions prises en application de ladite loi, à l'exception des

décisions du chef du département, peuvent faire l'objet d'un recours auprès de

celui-ci dans les 10 jours dès leur notification. En l’occurrence, la décision

a été prise par la DGEP, mais sur délégation du département (cf. arrêt

GE.2007.0082 du 21 décembre 2007, analysant en détail cette délégation de

compétence et sa légalité, relatif à l’ancienne loi vaudoise sur la formation

professionnelle du 19 septembre 1990, mais également applicable en l’espèce, le

contenu des dispositions étant semblable). La décision attaquée doit donc être

assimilée à une décision du chef du département et est à ce titre directement

attaquable devant la Cour de céans.

2.

a) Sur le fond du litige, la matière est régie

par la loi fédérale sur la formation professionnelle du 13 décembre 2002

(LFPr; RS 412.10), ainsi que par l’ordonnance d’exécution de cette loi, à

savoir l’OFPr. La formation professionnelle initiale vise à transmettre et à

faire acquérir les compétences, les connaissances et le savoir-faire indispensables

à l'exercice d'une activité dans une profession, un champ professionnel ou un

champ d'activité (art. 15 al. 1 LFPr). Elle permet notamment à la

personne en formation d'acquérir (al. 2): les qualifications spécifiques

qui lui permettront d'exercer une activité professionnelle avec compétence et

en toute sécurité (let. a); la culture générale de base qui lui permettra

d'accéder au monde du travail et d'y rester ainsi que s'intégrer dans la

société (let. b); les connaissances et les compétences économiques, écologiques,

sociales et culturelles qui lui permettront de contribuer au développement

durable (let. c); l'aptitude et la disponibilité à apprendre tout au long

de sa vie, d'exercer son sens critique et de prendre des décisions

(let. d).

Les prestataires

de la formation à la pratique professionnelle font en sorte que les personnes

en formation acquièrent un maximum de compétences, qu'ils évaluent

périodiquement (art. 20 al. 1 LFPr). Ils doivent avoir obtenu

l’autorisation du canton pour former des apprentis (art. 20 al. 2

LFPr). Les cantons veillent à assurer la surveillance de la formation

professionnelle initiale (art. 24 al. 1 LFPr). Font partie de la

surveillance notamment l'encadrement, l'accompagnement des parties aux contrats

d'apprentissage, la qualité de la formation à la pratique professionnelle

(art. 24 al. 2 et 3 LFPr). L'autorité cantonale refuse de délivrer

une autorisation de former ou une fois délivrée, la retire si la formation à la

pratique professionnelle est insuffisante, si les formateurs ne remplissent pas

ou plus les exigences légales ou s’ils contreviennent à leurs obligations

(art. 11 al. 1 OFPr).

b) Dans le Canton

de Vaud, la formation professionnelle est régie par la loi

vaudoise sur la formation professionnelle du 9 juin 2009 (LVLFPr; RSV 413.01) et, dès le 1er août 2010, par le règlement d'application

du 30 juin 2010 de la loi du 9 juin 2009 sur la formation professionnelle

(RLVLFPr; RSV 413.01.1). Selon l'art. 16 al. 1 LVLFPr, l’autorisation de

former est octroyée à l’entreprise ou au réseau qui en fait la requête auprès

du département si: a. le formateur désigné remplit les conditions de la

législation fédérale; b. les conditions de formation sont adéquates, en

particulier, elles respectent la législation sur le travail; c. l'ordonnance

fédérale sur la formation professionnelle concernée est respectée. En

particulier, l’activité professionnelle de l’entreprise ou du réseau couvre

tous les domaines de la formation.

c) Selon l’art. 36

LVLFPr, sous réserve d’une dispense, les apprentis ont l’obligation de suivre

tous les cours prévus au plan d’études ainsi que les cours interentreprises.

Sur le plan du droit privé, l’art. 345a al. 2 CO prévoit que

l’employeur « laisse à la personne en formation, sans réduction de

salaire, le temps nécessaire pour suivre les cours de l’école professionnelle

et les cours interentreprises, et pour passer l’examen de fin d’apprentissage ».

Concernant plus

précisément les cours interentreprises, l’art. 23 LFPr prévoit ce qui

suit:

« 1 Les cours interentreprises et les autres lieux comparables

visent à transmettre et à faire acquérir un savoir-faire de base. Ils

complètent la pratique professionnelle et la formation scolaire lorsque la

future activité professionnelle l’exige.

2.

Les cantons veillent, avec le concours des organisations du monde du

travail, à ce que l’offre de cours interentreprises et d’autres lieux de

formation comparables soit suffisante.

3.

La fréquentation des cours interentreprises est obligatoire. Les

cantons peuvent, à la demande d’un prestataire de la formation à la pratique

professionnelle, déroger à cette obligation si les personnes en formation

suivent un enseignement équivalent dans le centre de formation d’une entreprise

ou dans une école de métiers.

4.

Tout organisateur de cours interentreprises ou d’offres comparables

peut exiger des entreprises formatrices ou des établissements de formation une

contribution adéquate aux frais. Pour éviter les distorsions de la concurrence,

les organisations du monde du travail qui proposent de tels cours peuvent

exiger une contribution plus élevée des entreprises qui ne leur sont pas

affiliées.

5.

Le Conseil fédéral fixe les conditions et le montant de ces

contributions ».

3.

Il y a lieu d'examiner si l'autorité intimée, en

retirant l’autorisation de former en application de l’art. 11 al. 1 OFPr,

a appliqué correctement le droit, ce qui implique de vérifier si cette décision

respecte le principe de la proportionnalité.

Selon le principe de la

proportionnalité, une mesure restrictive doit être apte à produire les

résultats escomptés (règle de l’aptitude), et ceux-ci ne doivent pas pouvoir

être atteints par une mesure moins incisive (règle de la nécessité); le

principe de la proportionnalité proscrit enfin toute restriction allant au-delà

du but visé : il exige un rapport raisonnable entre ce but et les intérêts

publics ou privés compromis (principe de la proportionnalité au sens étroit,

impliquant une pesée des intérêts en présence – ATF 135 I 169 consid. 5.6, 176

consid. 8.1; 134 I 214 consid. 5.7, 221 consid. 3.3, et les arrêts cités).

Sur le plan

temporel, on précise que les faits survenus avant la décision du 16 avril 2003

retirant au recourant l’autorisation de former des apprentis ont déjà été

sanctionnés par ladite décision qui est entrée en force sans avoir été

contestée. Le tribunal n’entrera dès lors pas en matière sur les versions

divergentes données par les parties quant à ces divers événements antérieurs à

2003.

Il y a lieu en

l’espèce de qualifier le refus par le recourant d’envoyer son apprenti suivre

les cours interentreprises organisés durant le mois d’avril 2010. Dans ses

observations complémentaires du 14 juillet 2010, le recourant conteste avoir

empêché son apprenti d’aller suivre les cours interentreprises. Cette version

est contredite par les déclarations de son apprenti devant la Commission

d’apprentissage selon lesquelles son employeur ne lui aurait pas donné

l’autorisation de participer aux cours du 6 avril au 23 avril 2010. S’il est

effectivement possible, voire probable que le recourant n’a pas empêché

physiquement son apprenti de se rendre auxdits cours, les pièces figurant au

dossier montrent, de sa part, une opposition farouche à leur fréquentation par

son apprenti. Le recourant a, à tout le moins, exercé une pression

psychologique sur son apprenti afin que ce dernier renonce à se rendre aux

cours interentreprises organisés en avril 2010. Or, comme le relève à juste

titre la décision attaquée, il lui appartenait en tant que formateur d’inciter

son apprenti à suivre ces cours, dans l’hypothèse où celui-ci aurait été peu

motivé à le faire.

La fréquentation des

cours interentreprises est imposée tant par la loi fédérale que par la loi

vaudoise sur la formation professionnelle. Ces règles ne prévoient pas de

dispense au motif que les résultats de l’apprenti seraient excellents et qu’il

maîtriserait les matières enseignées dans le cadre des cours interentreprises

sans avoir suivi lesdits cours. Ces règles ne prévoient pas non plus de

dispense au motif que les cours seraient fixés à une date qui ne conviendrait

pas à l’employeur. Certes, il peut paraître étonnant que les cours soient fixés

durant les périodes les plus chargées de l’année. Il n’en demeure pas moins que

la fréquentation des cours interentreprises est une obligation légale et que le

formateur qui engage un apprenti est tenu de respecter les dispositions légales

applicables à l’apprentissage. De plus, comme cela a été relevé à juste titre

par l’autorité intimée, l’apprentissage n’a pas pour but de fournir aux

employeurs une main-d’œuvre bon marché et de leur éviter d’engager du

personnel. Un apprenti ne peut pas être considéré comme une force de travail

ordinaire et les formateurs doivent organiser leur entreprise en tenant compte

du fait que les apprentis sont appelés à suivre divers cours tout au long de

leur formation.

Il ressort du

dossier que le recourant a été à de nombreuses reprises averti de ses

obligations et de la sanction à laquelle il s’exposait en cas de violation de

ces obligations. Par courrier du 6 décembre 2004 déjà, la DGEP lui signalait

que les cours interentreprises organisés par les associations professionnelles

étaient obligatoires pour tous les apprentis. Malgré cela, au cours de l’année

2006, le recourant n’a pas envoyé son apprenti à

l’ensemble des cours interentreprises. Ensuite, le 11 mars

2010, l’URP2R a rappelé au recourant que la présence de

son apprenti aux cours était obligatoire, faute de quoi il s’exposait aux

sanctions prévues par la loi. Le 19 mars 2010, la DGEP

répétait au recourant qu’il était tenu de laisser son apprenti suivre les cours

interentreprises et qu’à défaut, elle serait dans l’obligation d’ouvrir à son

encontre une procédure de retrait de l’autorisation de former des apprenti-e-s.

Le 22 mars 2010, la DGEP a à nouveau précisé au recourant que s’il ne

permettait pas à son apprenti de prendre part au cours, un retrait du droit de

former des apprentis avec effet immédiat serait prononcé à son encontre.

La gravité de la

violation en cause et le fait que le recourant a été à de nombreuses reprises

averti de ses obligations et de la sanction à laquelle il s’exposait en cas de

violation de ces obligations doit conduire à une mesure à l'encontre du

recourant. L'intérêt public à une formation professionnelle de qualité le

commande. Même si la seule faute consistant à s’opposer à l’organisation d’un

cours interentreprises au motif que les dates seraient mal choisies et à

inciter son apprenti à ne pas s’y rendre peut apparaître relativement bénigne

en comparaison avec d’autres fautes susceptibles d’entraîner un retrait du

droit de former des apprentis, il convient de tenir compte du fait que le

recourant a déjà été sanctionné par le passé et qu’il persiste depuis plusieurs

années dans une attitude oppositionnelle en ce qui concerne les cours interentreprises.

Il s’obstine à contrevenir à ses obligations, ce qui justifie selon l’art. 11 al. 1 OFPr le retrait de l’autorisation de former.

Le tribunal parvient ainsi à la conclusion que, compte

tenu de la nature des faits qui peuvent être reprochés au recourant, la

décision attaquée ne viole pas le principe de la proportionnalité.

On relèvera encore

que le retrait de l’autorisation a été prononcé pour une durée non déterminée. Y.________

est ainsi libre de solliciter une nouvelle autorisation de former dès le moment

où les conditions pour obtenir une autorisation de former seront à nouveau

remplies (ce qui implique, entre autre, qu’il soit disposé à respecter les

obligations posées aux maîtres d’apprentissage, notamment en ce qui concerne la

participation de leurs apprentis aux cours

interentreprises). Il lui appartiendra alors de déposer une demande auprès de

l’autorité compétente qui devra statuer sur sa demande par une décision

formelle, susceptible de recours auprès de la cour de céans.

4.

Les considérants qui précèdent conduisent au rejet

du recours. La décision attaquée sera confirmée. Le

sort du recours commande que les frais soient mis à la charge du recourant

(art. 52 al. 1 et 49 al. 1 de la loi du 28 octobre 2008 sur la procédure

administrative – LPA-VD, RSV 173.36).

Dispositif

Par ces motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

I.

Le recours est rejeté.

II.

La décision rendue le 3 décembre 2010 par la

DGEP est confirmée.

III.

Les frais de justice, par 1’000 (mille) francs,

sont mis à la charge du recourant.

Lausanne, le 1er avril 2011

Le président: La

greffière:

Le présent arrêt est communiqué aux

destinataires de l'avis d'envoi ci-joint.

Il peut faire l'objet, dans les trente

jours suivant sa notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en

matière de droit public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du

17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours

constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle,

indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé.

Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit.

Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire,

pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la

décision attaquée.