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Décision

GE.2020.0187

CDAP - GE.2020.0187 - 2021-09-17 - A.________ /Municipalité de Chavannes-près-Renens, Service de la population Secteur des naturalisations

17 septembre 2021Français28 min

I.

Source vd.ch

TRIBUNAL CANTONAL

COUR DE DROIT ADMINISTRATIF ET PUBLIC

Arrêt du 17 septembre 2021

Composition

M. Guillaume Vianin, président; M. Claude Bonnard et M. Fernand

Briguet, assesseurs; Mme Leticia Blanc, greffière.

Recourante

A.________ à

********

Autorité intimée

Municipalité de

Chavannes-près-Renens, représentée par Me Anne-Rebecca BULA, avocate, à Lausanne,

Autorité concernée

Service de la population Secteur des

naturalisations,

Centre de numérisation, à Lausanne

Objet

Divers

Recours A.________ c/ décision de la Municipalité de

Chavannes-près-Renens du 25 septembre 2020 lui refusant l'octroi de la bourgeoisie

Vu les faits suivants:

A.

A.________ (parfois également désignée sous l'identité B._______) est

une ressortissante colombienne née en 1975. La prénommée a obtenu, en 2003, un

Bachelor en droit auprès de l’Université de Cali (Colombie). Elle est arrivée

en Suisse, à Renens, le 4 juillet 2005, commune dans laquelle elle a séjourné

jusqu’au 31 juillet 2008, date de son départ pour la commune de

Chavannes-près-Renens. A.________ est au bénéfice d’un permis d’établissement. Elle

est mariée à C.________, ressortissant espagnol né en 1944, retraité, titulaire

d’une autorisation d’établissement UE/AELE, dont elle vit séparée depuis le 1er

juillet 2019. Une enfant est issue de cette union, D.________, née le ******** 2009

à ********, qui est scolarisée auprès de l’école privée Vivalys, à Ecublens.

Depuis son arrivée en Suisse, A.________ a régulièrement

suivi des cours de français, notamment auprès de l’Ecole Lemania.

Du 17 octobre 2007 au 28 février 2014, A.________ a œuvré

comme employée de maison auprès de la Haute Ecole Spécialisée de Suisse

occidentale (Hes SO). Suite à une réorganisation générale du service d’intendance

en termes d’horaires et de répartition des tâches, il a été mis fin à ses rapports

de travail.

De 2013 à 2015, A.________ a suivi le programme de

Maturité fédérale pour non-francophones, qui se déroule sur trois ans, dispensé

par l’Ecole de Préparation et Soutien Universitaire Sàrl, à Genève, en vue de l’obtention

du diplôme de Maturité fédérale. En septembre 2016, l’intéressée s’est vu décerner

le Baccalauréat général, en série littéraire, par le Ministère de l’éducation

nationale de la République française, Académie de Grenoble. De 2017 à 2019,

elle a suivi un cursus académique auprès de l’Université Jean Moulin, à Lyon, menant

à l’obtention d’une licence en droit, formation à laquelle elle a mis un terme –

selon ses explications – en raison de dettes fiscales.

Depuis le 1er janvier 2019, A.________ est

inscrite comme indépendante auprès de la Caisse cantonale vaudoise de

compensation AVS ; elle exploite l’institut de beauté

« Black

Spa », à Lausanne. Les pièces figurant au dossier n’ont toutefois pas permis

d’établir le revenu mensuel que la prénommée tire de cette activité lucrative. Parallèlement

à son activité d’indépendante, A.________ travaille pour le compte de la

société FGCH Sàrl, dans l'établissement de restauration rapide « Five Guys »,

à Lausanne, activité qui lui procure un salaire horaire brut compris entre 28

fr. et 30 fr., soit un revenu mensuel brut de l’ordre de 2'700 fr.

B.

A.________ a déposé le 18 juin 2018 une demande de naturalisation

ordinaire dans le Canton de Vaud.

Selon le rapport d'enquête du Secteur naturalisation

du Service de la population (SPOP) établi le 29 janvier 2019, puis complété le 11

juin 2019, A.________ n'a pas été sanctionnée pour des comportements contraires

à la sécurité et à l'ordre publics. La prénommée ne faisait pas l'objet de poursuites,

ni d'actes de défaut de biens, selon un extrait du 28 février 2019. Elle n’a

pas bénéficié de prestations de l’aide sociale au cours des trois années ayant

précédé le dépôt de la demande de naturalisation. Il a été relevé que l’intéressée

dispose de connaissances orales en français équivalant au niveau de référence

B1 et écrites correspondant au niveau de référence A2 du cadre européen commun

de référence pour les langues (CECR) du Conseil de l’Europe.

Lors de la session du 28 mai 2019 organisée par la commune

de Chavannes-près-Renens, A.________ a réussi, avec un total de 46 points sur

48, le test de connaissances élémentaires.

En date du 19 juin 2019, la Municipalité de

Chavannes-près-Renens a émis un préavis positif concernant la demande de naturalisation

déposée par A.________.

Par lettre du 9 juillet 2019, le SPOP a informé la

Municipalité de Chavannes-près-Renens que le rapport d’enquête n’était pas

complet. Il a requis la transmission des documents suivants :

- le plan de

recouvrement établi par l’administration cantonale des impôts (ACI) pour l’année

2015, ainsi que la preuve de tous les versements effectués jusqu’alors ;

- le plan de

recouvrement établi par l’ACI pour l’année 2018, ainsi que la preuve de tous

les versements effectués jusqu’alors.

La Municipalité de Chavannes-près-Renens a dès lors

demandé à A.________ de lui faire parvenir les documents requis par le SPOP.

Selon un relevé général des créances ouvertes et

impayées de l'ACI du 16 mai 2018, A.________ et son époux C.________ étaient

débiteurs des montants suivants:

Comptes ouverts

Année

Dernier événement

Solde du compte

Compte d'attente

0.00

Impôt sur le revenu et la fortune

2014

Plan de recouvrement

0.00

Impôt fédéral direct

2015

Plan de recouvrement

0.00

Impôt

sur le revenu et la fortune

2015

Plan de recouvrement

0.00

Impôt

fédéral direct

2016

Relevé de compte BVR+

1'081.00

Impôt

sur le revenu et la fortune

2016

Relevé de compte BVR+

16'186.10

Impôt

fédéral direct

2017

Relevé de compte BVR+

1'081.00

Impôt sur le revenu et la fortune

2017

Relevé de compte BVR+

15'247.05

Impôt sur le revenu et la fortune

2018

Acomptes

15'399.50

Total des impôts

48'994.65

Selon un relevé général des créances ouvertes et

impayées de l'ACI du 22 février 2019, A.________ et son époux C._______ étaient

débiteurs des montants suivants:

Comptes ouverts

Année

Dernier événement

Solde du compte

Compte d'attente

Impôt sur le revenu et la fortune

2015

Plan de recouvrement

0.00

782.65

Impôt fédéral direct

2016

Relevé de compte BVR+

1'081.00

Impôt sur le revenu et la fortune

2016

Relevé de compte BVR+

16'186.10

Impôt

fédéral direct

2017

Relevé de compte BVR+

1'081.00

Impôt

sur le revenu et la fortune

2017

Relevé de compte BVR+

15'247.05

Impôt

fédéral direct

2018

Relevé de compte BVR+

1'081.00

Impôt

sur le revenu et la fortune

2018

Relevé de compte BVR+

15'399.50

Prestation de prévoyance Art. 49 LI

2018

Plan de recouvrement

1'555.10

Impôt sur le revenu et la fortune

2019

Acomptes

15'553.50

Total des impôts

67'966.90

A.________, qui a tardé à fournir les documents

complémentaires relatifs à sa situation fiscale, n’a pas transmis les plans de

recouvrement en lien avec le relevé général du 22 février 2019.

Le 21 novembre 2019, la Municipalité de Chavannes-près-Renens

a émis un préavis négatif concernant la demande de naturalisation déposée par A.________.

En date du 7 avril 2020, le SPOP a informé la Municipalité

de Chavannes-près-Renens que les documents figurant au dossier étaient trop

anciens et qu’ils ne pouvaient pas être utilisés pour analyser la situation

actuelle de la candidate à la naturalisation.

Selon le plan de recouvrement établi le 16 juin 2020

par l’ACI, pour les années fiscales 2016-2017, les époux A.________ et C.________

étaient débiteurs d’un solde de 42'940 fr. 40 :

Mouvements pris en compte jusqu’au 16.06.2020

Montant

Solde

Comptes faisant l’objet du plan de recouvrement :

1. Impôt fédéral direct 2017 dû au 06.07.2020

2. Impôt fédéral direct 2016 dû au 06.07.2020

3. Impôt sur le revenu et la fortune 2016 dû au

06.07.2020

4. Impôt sur le revenu et la fortune 2017 dû au

06.07.2020

1'688.75

2'359.80

20'714.50

18'177.35

Total

des soldes au 16.06.2020

Date

et montant des versements convenus

1.

30.06.2020

2.

31.07.2020

3.

31.08.2020

4.

30.09.2020

5.

31.10.2020

6.

30.11.2020

7.

15.12.2020

600

600

600

600

600

600

39'340.40

42'940.40

Total des versements convenus

42'940.40

En date du 19 juin 2020, la Municipalité de Chavannes-près-Renens

a demandé à A.________ de lui transmettre un extrait de l’Office des poursuites,

son contrat de travail, ses trois dernières fiches de salaire ainsi qu’une attestation

de scolarité de sa fille D.________.

A.________ ne faisait pas l'objet de poursuites, ni

d'actes de défaut de biens, selon un extrait du 20 juillet 2020.

C.

Le 17 août 2020, la Municipalité de Chavannes-près-Renens a confirmé son

préavis positif du 19 juin 2019.

Dans son préavis du 15 septembre 2020, le SPOP a

fait savoir à la Municipalité de Chavannes-près-Renens qu’il convenait de

rendre une décision négative concernant la demande de naturalisation déposée

par A.________, au motif que cette dernière doit encore à l’ACI des impôts (relatifs

aux périodes fiscales 2016-2017) pour un montant de 42'940 fr. 40 échelonné en

sept versements.

D.

Par décision du 25 septembre 2020, la Municipalité de Chavannes-près-Renens

s’est ralliée au préavis du SPOP et a refusé à A.________ l'octroi de la

bourgeoisie communale, au motif que la prénommée ne respectait pas ses obligations

fiscales. Elle s'est référée au plan de recouvrement du 16 juin 2020.

E.

Le 23 octobre 2020, A.________ (ci-après : la recourante) a saisi la

Cour de droit administratif et public (CDAP) du Tribunal cantonal d’un recours

à l’encontre de cette décision, en concluant implicitement à sa réforme, en ce

sens que la bourgeoisie communale de Chavannes-près-Renens lui est octroyée.

Elle fait valoir en substance que l’imposition des années 2016 à 2018 a été « générée

uniquement par les revenus de son ex-mari » et relève que « Bien

que je ne sois imputable d’aucune faute, j’ai demandé un arrangement de

paiement (en fonction de mes possibilités) qui m’a été refusé ». La

recourante précise n’avoir exercé aucune activité lucrative durant les périodes

fiscales concernées.

La Municipalité de Chavannes-près-Renens (ci-après aussi:

l’autorité intimée) a répondu le 8 décembre 2020, en concluant au rejet du

recours.

Le SPOP s’est déterminé le 14 décembre 2020, en concluant

à la confirmation de la décision municipale.

La recourante, agissant sous la plume de son mandataire,

a répliqué le 27 janvier 2021. Elle justifie l’existence d’un arriéré d’impôt

par le fait que son mari lui aurait caché ses problèmes financiers et qu’il doit

dès lors être considéré comme intégralement responsable des arriérés d'impôts du

couple. La recourante a produit un relevé de l’ACI du 21 janvier 2021

concernant le plan de recouvrement établi :

Mouvements pris en compte jusqu’au 21.01.2021

Montant

Solde

Comptes faisant l’objet du plan de recouvrement :

1. Impôt sur le revenu et la fortune 2016 dû au

06.07.2020

2. Impôt sur le revenu et la fortune 2017 dû au

06.07.2020

3. Impôt sur le revenu et la fortune 2018 dû au 31.08.2020

17'867.80

18'280.65

3'461.70

Total

des soldes au 16.06.2020

Date

et montant des versements convenus

1.

28.02.2021

2.

31.03.2021

3.

30.04.2021

4.

31.05.2021

5.

30.06.2021

6.

31.07.2021

7.

31.08.2021

8.

30.09.2021

9.

15.10.2021

600

600

600

600

600

600

600

600

34'810.15

39'610.15

Total des versements convenus

39'610.15

La recourante invoque également exercer une activité

lucrative stable, être indépendante financièrement, ne pas avoir de poursuite

ni de casier judiciaire et parler couramment le français. Elle souligne être en

instance de divorce avec son époux.

Le 5 février 2021, la Municipalité de Chavannes-près-Renens

a déposé une duplique, en confirmant les conclusions prises au pied de sa

réponse du 8 décembre 2020.

Le SPOP a fait part de ses observations le 18

février 2021, en concluant toujours à la confirmation de la décision municipale

du 25 septembre 2020.

F.

Le Tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit:

1.

Rendue par une municipalité sans être susceptible de recours devant une

autre autorité, la décision attaquée peut faire l'objet d'un recours au Tribunal

cantonal (art. 92 al. 1 de la loi du 28 octobre 2008 sur la procédure

administrative [LPA-VD; BLV 173.36]). Déposé dans le délai légal, le recours

satisfait en outre aux autres conditions de forme prévues par la loi, si bien

qu'il convient d'entrer en matière sur le fond (cf. art. 79, 95 et 99 LPA-VD).

2.

Le litige porte sur le refus de l’autorité intimée d'octroyer la

bourgeoisie communale à la recourante. La demande de naturalisation

ayant été déposée le 18 juin 2018, soit postérieurement à l'entrée en vigueur,

le 1er janvier 2018, de la loi fédérale du 20 juin 2014 sur la

nationalité suisse (LN; RS 141.0) et de la loi du 19 décembre 2017 sur le droit

de cité vaudois (LDCV; BLV 141.11), le nouveau droit est applicable à la

présente cause.

3.

a) Lorsqu'elles sont saisies d'une demande de naturalisation, les

autorités communales compétentes jouissent d'un pouvoir d'appréciation étendu

pour évaluer si les conditions d'aptitude à la naturalisation sont remplies,

pouvoir que les autorités de recours doivent respecter. L'autorité de recours

doit néanmoins vérifier que l'application du droit et, en particulier, l'interprétation

de notions juridiques indéterminées, soit compatible avec l'ensemble des règles

du droit cantonal et fédéral. Bien que la décision comprenne aussi une

composante politique, la procédure de naturalisation n'est pas discrétionnaire

car elle porte sur le statut juridique d'un individu. Les dispositions procédurales

pertinentes doivent être respectées et la commune doit s'abstenir de tout

arbitraire, discrimination ou inégalité de traitement, et user de son pouvoir

d'appréciation de manière conforme à ses devoirs (ATF 140 I 99 consid. 3.1 p. 101 s.; ATF 138 I 305 consid. 1.4.2 p. 311; ATF 137 I 235 consid.

2.5.2 p. 240 s.).

b) La garantie de l'accès à un juge prévue par

l'art. 29a de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril

1999 (Cst.; RS 101) impose qu'en cours de procédure, une autorité judiciaire

examine librement les faits et applique le droit d'office. Le contrôle

judiciaire de l'application de la loi sur la nationalité ne peut ainsi se

limiter à un examen sous l'angle de l'arbitraire. Le respect de l'autonomie

communale ne permet pas à l'autorité judiciaire cantonale d'accepter une

application exempte d'arbitraire, sans plus, de la loi sur la nationalité,

lorsqu'il découle de cette loi ou d'autres dispositions qu'une autre solution

serait préférable (ATF 137 I 235 consid. 2.5.2 p. 240s.). En matière de

naturalisation, l'autorité judiciaire de recours doit ainsi respecter la marge

d'appréciation de l'autorité inférieure au regard de l'autonomie communale,

mais procéder néanmoins au contrôle complet des faits et du droit (cf. ATF 137 I 235 consid. 2.5 p. 239s.).

4.

L'autorité intimée a fondé son refus d'octroi de la bourgeoisie à la

recourante sur l'existence d'un arriéré d'impôts.

a) aa) En droit fédéral, l'art. 12 LN dispose

qu'une intégration réussie se manifeste en particulier par le respect de la

sécurité et de l'ordre publics (let. a) et le respect des valeurs de la

Constitution (let. b). Le Message du Conseil fédéral précise ce qui suit

concernant la sécurité et l'ordre publics (Message concernant la révision totale

de la loi fédérale sur l’acquisition et la perte de la nationalité suisse [Loi

sur la nationalité, LN] du 4 mars 2011, FF 2011, p. 2639, spéc. p. 2646

s.):

"Dorénavant, la notion d’intégration inclut le critère

«sécurité et ordre publics», par quoi l’on entend notamment le respect de l’ordre

juridique suisse et de l’ordre juridique étranger dans la mesure où des

dispositions étrangères s’appliquent par analogie dans le droit suisse. La

teneur et la signification de cette terminologie reprise du droit des étrangers

(cf. art. 80 de l’ordonnance du 24 octobre 2007 relative à l’admission, au

séjour et à l’exercice d’une activité lucrative, OASA; RS 142.201) seront précisées

dans la nouvelle ordonnance sur la nationalité. A propos de la définition, il

convient de se référer également aux commentaires du rapport explicatif

concernant la révision de l’art. 62 LEtr. Il en ressort, d’une part, que la «sécurité

publique» implique l’inviolabilité de l’ordre juridique objectif, des biens

juridiques des individus et des institutions de l’Etat, d’autre part, que

l’«ordre public» comprend l’ordre juridique objectif et l’ensemble des

représentations non écrites de l’ordre, dont le respect doit être considéré,

selon l’opinion sociale et éthique dominante, comme une condition inéluctable

d’une cohabitation humaine ordonnée.

L’ordre juridique est

violé par exemple lorsqu’un père ou une mère de famille organisent l’excision

de leur fille ou les fiançailles de leur enfant, ou lorsque les parents

contraignent leur enfant à se marier. Ces comportements sont punissables en

tant qu’actes préparatoires ou formes de participation à une lésion corporelle

et à une contrainte. Les représentations non écrites de l’ordre comprennent

notamment le respect des décisions des autorités et l’observation des obligations

de droit public ou des engagements privés (par ex., absence de poursuites ou de

dettes fiscales, paiement ponctuel des pensions alimentaires). Enfin, on peut

affirmer que la notion de «sécurité et ordre publics» inclut obligatoirement le

respect de l’ordre juridique suisse et qu’elle va même au-delà".

La nouvelle réglementation est précisée par

l'art. 4 de l'ordonnance du 17 juin 2016 sur la nationalité suisse

(ordonnance sur la nationalité, OLN; RS 141.01), qui prévoit notamment ce qui

suit (al. 1 let. b):

"L'intégration du requérant n'est pas considérée comme

réussie lorsqu'il ne respecte pas la sécurité et l'ordre publics parce qu'il

n'accomplit volontairement pas d'importantes obligations de droit public ou

privé."

Le législateur fédéral a attaché une importance

particulière au respect, par le requérant, de ses obligations financières

vis-à-vis des collectivités publiques. Cet élément revêt une importance accrue

dans le droit de la nationalité, dans la mesure où le paiement des contributions

publiques démontre une adhésion du candidat à la naturalisation

aux institutions étatiques suisses (arrêts TF 1C_599/2018 du 2 avril 2019

consid. 2.6; 1C_651/2015 du 15 février 2017 consid. 4.5.4; voir aussi l'arrêt

TF 1D_6/2016 du 5 janvier 2017 consid. 4, qui confirme que l'observation des

obligations de droit public est une condition indispensable à l'octroi de la naturalisation).

bb) Le manuel Nationalité du Secrétariat d’Etat aux migrations

(SEM), dans sa version valable dès le 1er janvier 2020, apporte les

précisions suivantes (chapitre 3: Naturalisation ordinaire/point 321/111/2

Réputation financière):

"L’examen de la réputation

financière est généralement laissé aux cantons qui disposent d’une grande marge

de manœuvre. Le SEM peut s’opposer à la délivrance de l’autorisation de

naturalisation lorsque des arriérés d’impôts, des poursuites ou des actes de

défaut de biens figurent sur l’extrait du registre des poursuites et portent

sur les cinq dernières années qui précèdent le dépôt de la demande.

La conformité à la législation

suisse se mesure notamment à la lumière d’une réputation financière exemplaire.

Cela inclut la satisfaction aux obligations fiscales à l’égard de la

collectivité, l’absence de poursuite et d’acte de défaut de biens.

La réputation financière ne doit

pas être considérée comme exemplaire:

- lorsque le requérant n’accomplit

pas d’importantes obligations de droit public (par exemple en cas d’arriéré

d’impôts, de primes d’assurance-maladie ou d’amendes);

- lorsque le requérant n’accomplit pas d’importantes obligations de

droit privé (par exemple en cas d’arriérés de loyers ou de non-paiement

d’obligations d’entretien, de dettes alimentaires fondées sur le droit de la

famille, ou d’accumulation de dettes).

Dans ces cas, la naturalisation ordinaire est refusée au

requérant."

S'agissant plus spécifiquement des impôts, le manuel

Nationalité prévoit ce qui suit (chapitre 3: Naturalisation ordinaire/point

321/111/21):

"Principe

La satisfaction à l’obligation

fiscale est une des obligations que le requérant doit exécuter à l’égard de la

collectivité et constitue un critère important pour l’octroi de la

naturalisation.

La naturalisation est impossible

en cas de retard dans le paiement des impôts. Le SEM peut s’opposer à la délivrance

de l’autorisation de naturalisation en cas de retard dans le paiement des

impôts durant les cinq dernières années précédant le dépôt de la demande de

naturalisation. Seuls les impôts définitifs doivent être pris en compte pour

juger si le requérant remplit son obligation fiscale en Suisse. Les impôts

provisoires ne sont pas pris en considération.

Le requérant n’est pas en mesure

d’invoquer, lors du dépôt de sa demande de naturalisation, des raisons personnelles

majeures pour justifier le non-respect de ses obligations fiscales. En effet,

ces raisons sont, en principe, déjà prises en compte par l’administration

fiscale afin de déterminer la charge fiscale du requérant.

Responsabilité solidaire des

époux en ménage commun en matière d’impôt sur le revenu

Les époux qui vivent en ménage

commun répondent solidairement du montant global de l’impôt. Toutefois

chaque époux répond du montant correspondant à sa part de l’impôt total lorsque

l’un deux est insolvable (art. 13 al. 1 LIFD). Les époux qui vivent en ménage commun

sont également solidairement responsables de la part de l’impôt total qui

frappe les revenus des enfants (art. 13 al. 1 LIFD).

Un époux est insolvable lorsqu’il

fait l’objet d’un acte de défaut de biens, lorsqu’une faillite est ouverte à

son encontre ou lorsque d’autres indices démontrent qu’il est empêché de respecter

ses engagements financiers d’une manière durable.

Opposition à une décision de

taxation fiscale

En cas d’opposition à une décision

définitive de taxation fiscale, le requérant doit tout de même honorer ses

obligations fiscales. Il a la possibilité de former une réclamation à

l’autorité fiscale.

Exclusion des accords de

paiements et report de paiement

Dans la mesure où le système

fiscal tient compte de la capacité contributive du requérant, le SEM n’accepte

pas que le requérant puisse se prévaloir d’un accord de paiement qu’il aurait

conclu avec les autorités fiscales. Cette exclusion est justifiée pour des

raisons d’égalité de traitement.

Le report de paiement n’est pas

pris en compte. Le requérant doit avoir payé entièrement son obligation

fiscale."

b) aa) S'agissant

du droit cantonal, l'art. 12 LDCV dispose que, pour être admis à déposer

une demande de naturalisation ordinaire dans le Canton de Vaud, le requérant

étranger doit, au moment du dépôt de la demande, remplir les conditions formelles

prévues par la législation fédérale (ch. 1), séjourner dans la commune

vaudoise dont il sollicite la bourgeoisie (ch. 2) et avoir séjourné deux années

complètes dans le canton, dont l'année précédant la demande (ch. 3).

Selon l'art. 16

LDCV, les conditions matérielles à l'octroi d'une naturalisation ordinaire sont

définies par le droit fédéral et par les autres dispositions cantonales. Dans

le cadre de l'instruction de la demande, la municipalité examine les conditions

matérielles suivantes: le respect des valeurs des Constitutions fédérale et

cantonale; l'encouragement et le soutien de l'intégration des membres de la

famille; la participation à la vie sociale et culturelle de la population suisse

et vaudoise; les contacts avec des Suisses; les connaissances élémentaires sur

les particularités géographiques, historiques, politiques et sociales de la

Suisse et du Canton de Vaud conformément à l'article 18; le respect de l'ordre

public (art. 31 LDCV).

bb) Selon la directive – fiche pratique du SPOP du 5

juillet 2019 intitulée "Naturalisation ordinaire: les impôts" (NAT-1806),

la vérification que le requérant soit à jour dans le paiement de ses impôts

s'effectue sur la base du relevé général obtenu par le requérant auprès de

l'ACI. L'autorité doit vérifier que le requérant soit à jour dans le paiement

des impôts des cinq dernières années précédant le dépôt de la demande de

naturalisation. Seule la taxation définitive doit être prise en compte pour juger

si le requérant remplit ses obligations fiscales en Suisse. La taxation provisoire

n'est pas prise en considération.

Sous les rubriques "Plan de recouvrement",

puis "Résultat de l'analyse", la directive en question prévoit ce qui

suit (reproduit tel quel):

"Lorsqu'un plan de recouvrement est mentionné dans le

relevé général, la Municipalité demande au requérant de se procurer un

exemplaire récent de celui-ci auprès de l'ACI, puis de lui le transmettre.

Sur la base de cet exemplaire, la Municipalité examine si le

plan de recouvrement a bel et bien été suivi jusqu'à ce jour et s'il arrivera à

échéance dans les six prochains mois au maximum. Cet examen peut aboutir à

trois résultats :

- Plan suivi et échéance dans les 6 prochains mois :

le requérant est considéré avoir respecté ses obligations fiscales

Plan non suivi : le requérant est considéré n'avoir

pas respecté ses obligations fiscales

Échéance dans plus de 6 mois: le requérant est

considéré n'avoir pas respecté ses obligations fiscales.

En fonction du résultat de l'analyse du relevé général, la

suite de la procédure peut différer :

- Respect des obligations fiscales : la Municipalité

rend, sur la base d'une analyse globale, un préavis municipal négatif (pour

d'autres motifs) ou positif (partie 2 du rapport d'enquête).

- Non-respect des obligations fiscales : la

Municipalité rend un préavis municipal négatif (partie 2 du rapport

d'enquête).

[…]".

5.

a) En l’espèce, l'autorité intimée a fondé sa décision de refus sur le

plan de recouvrement du 16 juin 2020, qui prévoyait le versement d'un montant total

de 42'940 fr. 40 (impôt cantonal et communal, ainsi que impôt fédéral direct

des périodes 2016 et 2017) sur une période de 6 mois (dernier versement le 15

décembre 2020). Ce plan prévoyait le versement de 6 mensualités de 600 fr. et du

versement du solde (39'340 fr. 40) le 15 décembre 2020.

Le plan de recouvrement du 16 juin 2020 faisait

suite à deux plans de recouvrement mentionnés dans le relevé général de l'ACI

du 22 février 2019: l'un, qui concernait l'impôt sur le revenu et la fortune de

la période 2015, portait sur un montant de 782 fr. 65; l'autre, concernant l'imposition

d'une prestation de prévoyance en 2018, portait sur un montant de 1'555 fr. 10.

La recourante n'a pas produit ces deux plans de recouvrement, bien qu'elle ait

été requise de le faire. Quoi qu'il en soit, ces deux plans de recouvrement

portaient sur des montants relativement modiques en comparaison avec les arriérés

ressortant de celui du 16 juin 2020.

S'agissant de ce dernier plan, l'autorité concernée fait

valoir qu'il n'est pas conforme à sa directive NAT-1806 dans la mesure où il

comprend plus de six mois d'échéance (réponse du 14 décembre 2020 p. 4). Or,

tel n'est pas le cas: que le point de départ soit la première échéance (30 juin

2020) ou même la date du plan (16 juin 2020), la dernière échéance, fixée au 15

décembre 2020, est antérieure à l'échéance du délai de six mois.

Il faut toutefois relever, avec l'autorité concernée,

que le plan de recouvrement en question prévoit six mensualités modiques (de

600 fr.) et une septième correspondant au solde de 39'340 fr. 40. Sans autres

explications (comme par exemple l'assurance d'une importante rentrée d'argent au

début décembre 2020), on voit mal comment un tel plan pouvait être respecté. D'ailleurs,

l'établissement du nouveau plan de recouvrement du 21 janvier 2021 montre que

le précédent n'a pas été respecté, puisqu'il porte en partie sur les arriérés

des mêmes périodes que celui du 16 juin 2020 (les impôts sur le revenu et la

fortune des périodes 2016 et 2017 sont concernés par les deux plans).

Dans ces conditions, l'autorité intimée pouvait conclure

au non-respect des obligations fiscales. Cela se justifiait d'autant plus sous

l'angle du Manuel nationalité, selon lequel la conclusion avec le fisc d'un accord

de paiement aux fins de reporter l'exécution des obligations fiscales exclut de

retenir que la "réputation financière" du requérant est exemplaire. Il

est vrai que le manuel Nationalité du SEM ne lie pas davantage les autorités cantonales

que les autorités fédérales (cf. ATF 146 I 83 consid. 4.5 p. 93).

b) La recourante

estime néanmoins ne pas être responsable du retard pris dans le paiement de ses

impôts. Elle fait valoir à cet effet qu’elle n’exerçait pas d’activité lucrative

durant les périodes fiscales litigieuses et que son mari, dont elle est

séparée et en instance de divorce, lui aurait caché ses problèmes financiers,

de sorte qu’il devrait être considéré comme seul responsable des dettes fiscales

du couple. Dans sa réplique, elle a exposé qu'elle avait appris l'existence des

problèmes financiers de son mari lorsque l'Office d'impôt du district de

Lausanne et de l'Ouest lausannois l'avait interpellée en vue du règlement des

arriérés d'impôts. Elle avait alors suspendu ses études de droit en cours et

avait commencé à travailler, d'une part, comme salariée dans l'établissement

"Five Guys" à Lausanne et, d'autre part, comme indépendante

exploitant le "Black Spa" à Lausanne.

aa) L'art. 13 de la loi fédérale du 14 décembre 1990

sur l'impôt fédéral direct (LIFD; RS 642.11) prévoit ce qui suit:

"1 Les époux

qui vivent en ménage commun répondent solidairement du montant global de

l’impôt. Toutefois, chaque époux répond du montant correspondant à sa part de

l’impôt total lorsque l’un d’eux est insolvable. Ils sont en outre

solidairement responsables de la part de l’impôt total qui frappe les revenus

des enfants.

2 Lorsque les

époux ne vivent pas en ménage commun, l’obligation de répondre solidairement du

montant global de l’impôt s’éteint pour tous les montants d’impôt encore

dus."

En droit cantonal, en revanche, la solidarité prévue

à l'art. 14 al. 1 de la loi du 4 juillet 2000 sur les impôts directs cantonaux

(LI; BLV 642.11) subsiste après la séparation des époux, pour la part des impôts

afférente à la vie commune. En outre, l'insolvabilité de l'un des époux est

sans effet sur la responsabilité solidaire (cf. arrêts FI.2017.0049 du 6 août

2018 [spéc. consid. 4a/cc], confirmé par TF 2C_766/2018 du 8 novembre 2018;

FI.2019.0097 du 31 juillet 2020 [spéc. consid. 5], confirmé par TF 2C_740/2020

du 16 juin 2021 consid. 9.2).

bb) En l'occurrence, la recourante fait valoir que

son mari lui a caché ses problèmes financiers, sans toutefois fournir ni offrir

de moyens de preuve à l'appui de ses allégations.

La recourante invoque également qu'elle n'a pas

exercé d'activité lucrative ni obtenu de revenu durant les années 2016 à 2018.

Elle n'aurait donc pas contribué à la substance fiscale imposable. Le législateur

vaudois a toutefois opté pour le régime de la solidarité, même si celui-ci peut

s'avérer rigoureux dans des cas tels que celui de la recourante, comme aussi

lorsque l'un des conjoints se comporte de manière peu scrupuleuse vis-à-vis de

l'autre (cf. TF 2C_740/2020 précité consid. 9.2 avec les renvois aux travaux préparatoires).

Voulu par le législateur, ce régime de solidarité entre époux a une portée non

seulement sur le plan fiscal, mais aussi lorsqu'il s'agit, comme en l'espèce, d'examiner

le respect par un époux de ses obligations fiscales aux fins de statuer sur sa

demande de naturalisation.

En outre, si elle n'a pas réalisé de revenu durant

les années 2016 à 2018, la recourante exploite depuis le 1er janvier

2019 l’institut de beauté «Black Spa», à Lausanne. En sus de cette activité indépendante,

elle travaille pour le compte de la société FGCH Sàrl qui exploite

l'établissement de restauration rapide «Five Guys», à Lausanne; elle est apparemment

rémunérée de 28 à 30 fr. de l'heure et réalise un revenu mensuel brut de l’ordre

de 2'700 fr. Ces ressources devraient lui permettre de contribuer, dans une certaine

mesure, au paiement des arriérés d'impôts pour les périodes fiscales où elle vivait

en ménage commun avec son mari. Dans sa réplique, la recourante fait valoir

que, sans fortune et avec un revenu limité, elle ne peut verser plus de 600 fr.

par mois. C'est là en effet le montant des mensualités arrêtées dans le plan de

recouvrement du 16 juin 2020 comme dans celui du 21 janvier 2021 (à l'exception

de la dernière mensualité, qui équivaut à chaque fois au solde des arriérés).

c) Au vu de ce qui précède, force est d'admettre qu'il

existe un arriéré d'impôts d'un montant relativement important (plus de 30'000

fr.), que la recourante doit se laisser opposer au vu du régime de solidarité

voulu par le législateur cantonal.

Dans ces conditions, l'autorité intimée n'a pas abusé

de son large pouvoir d'appréciation en considérant que la recourante n'avait

pas satisfait à ses obligations fiscales et en rejetant pour ce motif la

demande de naturalisation.

La recourante pourra déposer une nouvelle demande

lorsqu'elle sera en règle avec ses obligations fiscales.

6.

Au vu de ce qui précède, le recours doit être rejeté et la décision

attaquée confirmée.

Les frais de justice sont mis à la charge de la

recourante, qui succombe (cf. art. 49 al. 1, 91 et 99 LPA-VD). La Municipalité

de Chavannes-près-Renens, qui obtient gain de cause avec l'assistance d'un mandataire

professionnel, a droit à des dépens (cf. art. 55 al. 1, 91 et 99 LPA-VD).

Par ces motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

Faits

I.

Le recours est rejeté.

Considérants

II.

La décision de la Municipalité de Chavannes-près-Renens du 25 septembre

2020.

est confirmée.

III.

Un émolument judiciaire de 500 (cinq cents) francs est mis à la charge de

A.________.

IV.

A.________ versera à la Commune de Chavannes-près-Renens une indemnité

de 500 (cinq cents) francs à titre de dépens.

Lausanne, le 17 septembre 2021

Le

président: La greffière:

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de

l'avis d'envoi ci-joint.

Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa

notification, d'un recours au Tribunal fédéral (Tribunal fédéral suisse, 1000

Lausanne 14). Le recours en matière de droit public s'exerce aux conditions des

articles 82 ss de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110),

le recours constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss LTF. Le

mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle, indiquer les

conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé. Les motifs

doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit. Les pièces

invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire, pour autant

qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la décision attaquée.