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Décision

MPU.2019.0004

CDAP - MPU.2019.0004 - 2019-04-01 - A._____/Municipalité de Lausanne, B._____

1 avril 2019Français9 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants:

A.

En avril 2018, la Ville de Lausanne, par son Service du logement et des

gérances (ci-après: le SLG), a invité cinq entreprises, dont A.________ et B.________,

à présenter une offre pour des travaux d'installations sanitaires dans le cadre

de la rénovation d'un bâtiment sis à la rue de la Madeleine 1, propriété de

l'autorité. Etait joint à l'invitation le dossier d'appel d'offres, qui

précisait notamment les conditions de participation et les critères

d'adjudication.

B.

Dans le délai imparti au 22 mai 2018, les cinq entreprises invitées ont

déposé une offre. A.________ et B.________ ont offert des prix de

respectivement 179'859 fr. et 177'491 fr. 40.

Le SLG a procédé à l'évaluation des offres le 14

juin 2018. A.________ est arrivée en tête de l'analyse multicritères avec une

note finale de 4.84 contre 4.83 pour B.________.

Avant d'établir une proposition d'adjudication, le

SLG a demandé à A.________ de fournir diverses attestations complémentaires et

en particulier un extrait récent de l'office des poursuites compétent.

Selon l'extrait de l'Office des poursuites de Genève

produit, A.________ avait des actes des défaut de biens pour un montant total

de 1'161'107 francs. Une annotation manuscrite de l'entreprise précisait que le

montant dû avait été "ramené au 30.11.18 à CHF 636'628.-".

Devant ce constat, le SLG s'est adressé directement

à l'office des poursuites en question pour obtenir le détail des actes des

défauts de biens. Selon le décompte global du 4 décembre 2018 fourni, les actes

de défaut de biens délivrés s'élevaient en réalité à un montant total de

1'055'312 fr. 50. Ils portaient uniquement sur des dettes envers la

Confédération, en grande partie pour de la TVA impayée.

Parallèlement, B.________ (devenue dans l'intervalle

C.________) a été interpellée pour fournir également un extrait de l'office des

poursuites. Il ressort du document produit que l'entreprise a des poursuites

pour un montant de 1'572'621 francs. Ces poursuites, qui ont toutes été

frappées d'opposition, émanent de créanciers privés.

Par décision du 11 janvier 2019, la Municipalité de

Lausanne a exclu de la procédure l'offre de A.________ et adjugé simmultanément

le marché à B.________. Elle a motivé l'exclusion par les actes de défaut de

biens pour des dettes d'impôt dont l'entreprise fait l'objet.

C.

Le 16 janvier 2019 (date du cachet postal), A.________ a recouru contre

cette décision devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal

cantonal (CDAP). Si elle admettait avoir des dettes pour de la TVA impayée,

elle a expliqué que ces dettes remontaient aux année 1990 et qu'elle avait

négocié en septembre 2016 avec l'Administration fédérale des contributions

(AFC) un plan de paiement qu'elle respectait depuis lors scrupuleusement. Elle

estimait que, compte tenu de ces circonstances, une exclusion ne se justifiait

pas. Elle a produit une copie du plan de paiement et d'un courrier électronique

de l'AFC du 15 janvier 2019, dont il ressortait que le montant encore dû

s'élevait au 31 décembre 2018 à 611'808 fr. 05.

Le 23 janvier 2019, la recourante a complété son

argumentation.

Dans sa réponse du 6 février 2019, l'autorité

intimée a conclu au rejet du recours. L'entreprise adjudicataire ne s'est pas

déterminée sur le recours.

Bien qu'invitée à le faire, la recourante n'a pas

déposé de nouvelle écriture.

La cour a statué par voie de circulation.

Considérants

1.

Déposé dans les délais et formes prescrits (art. 10 de la loi vaudoise

du 24 juin 1996 sur les marchés publics [LMP-VD; BLV 726.01]), le recours est

recevable. En outre, en tant que soumissionnaire exclu, la recourante a

incontestablement la qualité pour recourir. Il y a donc lieu d'entrer en

matière.

2.

En matière de marchés publics, le pouvoir d'examen de la cour dépend de

la nature des griefs invoqués. L'adjudicateur dispose d'une grande liberté

d'appréciation, à tous les stades de la procédure, s’agissant notamment de l'évaluation

des offres (arrêts MPU.2018.0005 du 19 septembre 2018 consid. 4; MPU.2017.0001

du 9 mai 2017 consid. 2; MPU.2016.0006 du 20 juin 2016 consid. 3 et les

arrêts cités). Il est ainsi interdit à l'autorité judiciaire de substituer son

pouvoir d'appréciation à celui de l'adjudicateur, sous peine de statuer en

opportunité et de violer ainsi l'art. 98 LPA-VD, applicable par renvoi de

l'art. 10 al. 3 LMP-VD. Le tribunal n'intervient qu'en cas d'abus ou d'excès du

pouvoir de décision de l'adjudicateur, ce qui, en pratique, revient à exercer

un contrôle restreint à l'arbitraire (ATF 141 II 353 consid. 3 et les

nombreuses références citées; arrêts TF 2C_58/2018 du 29 juin 2018 consid.

5.1

et TF 2C_418/2014 du 20 août 2014 consid. 4.1). En revanche, il

contrôle librement l'application des règles destinées à assurer la régularité

de la procédure (ATF 141 II 353 consid. 3 et ATF 125 II 86 consid. 6;

arrêts MPU.2018.0005 du 19 septembre 2018 consid. 4; MPU.2017.0044 du 3 mai

2018.

consid. 3b; MPU.2017.0024 du 27 mars 2018 consid. 2 et les arrêts cités).

3.

a) Conformément à l'art. 32 du règlement d'application de la LMP-VD du 7 juillet 2004 (RLMP-VD; BLV 726.01.1), une offre peut être exclue notamment

lorsque le soumissionnaire n'a pas payé ses impôts ou ses cotisations sociales

(1er tiret, let. b).

Selon la jurisprudence, l'exclusion de la procédure doit

se faire dans le respect du principe de la proportionnalité; elle ne peut se

fonder sur des éléments mineurs ou du moins qui ne sont pas déterminants pour

la décision d'adjudication (TF 2C_418/2014 du 20 août 2014 consid. 4.2;

2D_34/2010 du 23 février 2011 consid. 2.3;2C_197/2010 du 30 avril 2010

consid. 6.1 et 6.3; ég. arrêts MPU.2018.0030 du 26 novembre 2018 consid. 3a et

MPU.2016.0002 du 18 avril 2016 consid. 2b et les arrêts cités).

En règle générale, le non-paiement des impôts et des

cotisations sociales ainsi que des indications erronées à ce sujet dans la

déclaration volontaire ne constituent pas des cas de peu gravité et conduisent

à l'exclusion de l'offre du soumissionnaire (TF 2D_49/2011 du 25 septembre

2012.

consid. 5.7; ég. décision incidente du Tribunal administratif fédéral du 5

avril 2018 dans la cause B-396/2018 consid. 4.4.3).

b) En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que

la recourante a des actes de défaut de biens pour un montant total de 1'055'312

fr. 50. Ces actes de défaut de biens portent sur des dettes envers la

Confédération, en grande partie pour de la TVA impayée.

Ces dettes remontent certes à plus de vingt ans et

font l'objet depuis septembre 2016 d'un plan de paiement que la recourante

semble respecter. Au 31 décembre 2018, l'arriéré s'élevait toutefois encore à

un montant de 611'808 fr. 05. Comme l'autorité intimée le relève, ce montant

est loin d'être "anecdotique". Ce sont en définitive des sommes

importantes qui ont été soustraites au fisc pendant plusieurs années. Peu

importe les motifs qui ont conduit à ces manquements. Sous l'angle du principe

de proportionnalité, on ne saurait dans ces conditions reprocher à l'autorité

intimée d'avoir retenu qu'il ne s'agissait pas d'un cas de peu de gravité et

d'avoir fait application de l'art. 32 RLMP-VD. Sauf à violer le principe de

l'égalité de traitement entre soumissionnaires en privilégiant une entreprise

présentant un important passif fiscal au détriment d'autres en règle avec leurs

obligations, elle n'avait au contraire pas d'autre choix.

On relèvera encore que, si l'adjudicataire a des

poursuites pour un montant supérieur à 1'500'000 fr., ces poursuites émanent

exclusivement de créanciers privés et ont toutes été frappées d'opposition. On

ne se trouve par conséquent pas dans l'hypothèse visée par l'art. 32, 1er

tiret, let. b RLMP-VD.

La décison d'exclusion litigieuse ne prête dès lors

pas le flanc à la critique.

4.

Mal fondé, le recours doit être rejeté et la décision attaquée

confirmée. La recourante, qui succombe, supportera les frais de justice (art.

49.

al. 1 LPA-VD). Il n'y a pas lieu d'allouer de dépens, l'autorité intimée

ayant agi par l'intermédiaire de son service juridique et l'adjudicataire

n'ayant pas procédé (art. 55 al. 1 LPA-VD et art. 11 al. 1 a contrario du

Tarif des frais judiciaires et des dépens en matière administrative du 28 avril

2015.

[TFJDA; BLV 173.36.5.1]).

Par ces

motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

I.

Le recours est rejeté.

II.

La décision de la Municipalité de Lausanne du 11 janvier 2019 est

confirmée.

III.

Les frais de justice, par 2'000 (deux mille) francs, sont mis à la

charge de A.________.

IV.

Il n'est pas alloué de dépens.

Lausanne, le 1er avril 2019

La

présidente: Le

greffier:

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de

l'avis d'envoi ci-joint.

Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa

notification, d'un recours au Tribunal fédéral (Tribunal fédéral suisse, 1000

Lausanne 14). Le recours en matière de droit public s'exerce aux conditions des

articles 82 ss de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS

173.

), le recours constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss

LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle,

indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé.

Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit.

Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire,

pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la

décision attaquée.