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Décision

PE.2001.0468

TA - PE.2001.0468 - 2002-06-14 - c/SPOP

14 juin 2002Français13 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants :

A. Les intéressés ont

demandé l'asile en Suisse le 19 juin 1995. Leur demande a été rejetée le 17

janvier 1996 par l'Office fédéral des réfugiés (ODR) qui leur a refusé la

qualité de réfugiés et prononcé leur renvoi. L'exécution de celui-ci n'étant

pas exigible, ils ont été mis au bénéfice d'une admission provisoire, selon la

décision du Conseil fédéral du 21 avril 1993.

L'admission provisoire

a été levée et un délai de départ au 30 avril 1998 leur a été imparti. La

famille X.________ a cependant déposé une demande de réexamen à l'encontre de

la décision de rejet d'asile et de renvoi de l'ODR du 17 janvier 1996 qui l'a

partiellement admise le 21 octobre 1998 en ce sens que l'admission provisoire

leur a été accordée.

B. Le 24 juillet 2001, en

vue de statuer sur la demande de transformation de l'admission provisoire de la

famille X.________ en une autorisation de séjour à l'année, le SPOP, division

asile, a requis un rapport de renseignements à la police d'Yverdon-les-Bains,

laquelle dans son rapport du 27 août 2001 fait état des éléments suivants :

"(...)

Adaptation

de cette famille à nos us et coutumes :

La

famille X.________ est arrivée en Suisse au début du mois de juin 1995. Les

trois enfants se sont bien adaptés à nos us et coutumes. Seule Madame

X.________, qui ne parle pas le français et le comprend difficilement, semble

avoir de la peine à assimiler notre langue.

Comportement

à leur domicile :

La

famille X.________ occupe un appartement de 3 pièces à Yverdon-les-Bains/VD,

rue des Moulins 133. Le loyer mensuel se monte à Frs 840.- charges comprises.

Une

enquête discrète auprès des habitants de l'immeuble et de la concierge a révélé

qu'ils n'ont jamais eu à se plaindre du comportement des personnes concernées.

Comportement

de Mademoiselle A.________ auprès de son employeur :

L'intéressée

effectue des missions temporaires pour la société 1.********, à

Yverdon-les-Bains/VD. Elle travaille actuellement, à la demande, au sein de

l'entreprise 2.******** S.A., sise à Orbe/VD, depuis le 2 mai 2001. Selon la

responsable de son placement, Mademoiselle Laurence ANSELMO, elle est appréciée

par son employeur et n'a jamais eu de remarque négative à son sujet.

Situation

financière :

La

famille X.________ reçoit, mensuellement, environ Frs 1600.- de la part de la

FAREAS, montant qui dépend du taux d'activité et des revenus de Mlle

A.________. Le loyer et les assurances sont également pris en charge par cette

institution.

La

famille X.________ est inconnue à l'Office des poursuites et faillites

d'Yverdon - Orbe et n'est pas sous le coup d'acte de défaut de biens après

saisie.

Dossier

de la police municipale d'Yverdon-les-Bains/VD.

La

moralité, le genre de vie et le comportement de la famille X.________ n'ont pas

donné lieu à des plaintes. Elle est inconnue de nos services.

Comportement

et évolution des enfants dans leur scolarité :

Monsieur

B.________ a terminé sa scolarité obligatoire, début juillet 2001. Il désirait

commencer un apprentissage de boulanger, dès le mois d'août 2001, mais n'ayant

pas trouvé de place pour sa formation, il recherche actuellement un emploi dans

n'importe quel secteur. De plus, il a déposé, dans la commune

d'Yverdon-les-Bains/VD, une demande de naturalisation Suisse, au début du mois

de juin 2001.

La

jeune C.________ vient de commencer la quatrième année scolaire au pavillon

Roger-de-Guimps, à Yverdon-les-Bains/VD. Selon son institutrice, Madame

D.________, elle est parfaitement intégrée dans la classe et participe

volontiers aux différentes activités; sa compréhension et son parlé de la

langue française sont bons, par contre elle éprouve des difficultés avec

l'écriture.

(...)".

Le SPOP, division

asile, a aussi interpellé la Fondation Vaudoise pour l'accueil des requérants

d'asile (FAREAS) qui a communiqué les informations suivantes :

"(...)

La

FAREAS assiste Mme X.________ et ses trois enfants depuis son arrivée en

Suisse, c'est à dire le 18.06.1995. L'assistance est complète, à savoir

l'hébergement, l'accès au soin et un budget mensuel pour l'entretien de la

famille.

Le

budget mensuel, versé par la FAREAS s'élève à 1131.00 (pour un mois à 30

jours).

L'assistance

payée comporte un loyer de 690.-, avec 84.- pour l'électricité, 6.- de forfait

ECA et 5.- (RC/mois).

Les

primes d'assurance maladie pour trois personnes s'élèvent à un montant de

298.30. Le total de l'assistance payée est : 1083.30.

A

ma connaissance, Madame X.________ et ses enfants n'ont commis aucune délit ni

escroquerie à l'assistance.

Madame

X.________ souffre par ailleurs de nombreuses affections somatiques et

psychologiques nécessitant des prises en charge longues, toujours en cours, ce

qui peut expliquer pourquoi cette femme seule avec ses enfants n'aurait pas

travaillé depuis son arrivée en Suisse en 1995, pour devenir indépendante de

l'assistance FAREAS.

Tout

en espérant que les informations fournies répondent de façon suffisamment

explicites à vos questions, je me mets néanmoins à votre entière disposition

pour de plus amples renseignements, et vous adresse, Monsieur, mes salutations

distinguées.

(...)".

C. Par décision du 31

octobre 2001, le SPOP, division asile, a refusé d'octroyer un permis de séjour

annuel à la famille X.________ :

"(...)

L'examen

du dossier révèle que depuis son arrivée en Suisse, la famille a été totalement

assistée par la FAREAS, Madame X.________ n'exerce pas d'activité lucrative et

elle bénéficie actuellement d'une aide de la FAREAS qui s'élève à un montant de

Frs 2'166.60. Cette aide comprend les dépenses courantes, le loyer et

l'assurance collective Supra.

Nous

constatons qu'elle n'a pas montré avoir cherché activement un emploi afin de

mieux pouvoir s'intégrer au niveau professionnel et aux us et coutumes de notre

pays. Cette situation est certes due à ses problèmes psychologiques. Cependant,

force est d'admettre qu'elle ne peut assumer seule ses propres besoins

d'existence et ceux de sa famille.

Dans

ces circonstances, des motifs d'assistance publique s'opposent à l'octroi d'une

quelconque autorisation de séjour à l'endroit de vos mandants (art. 10 al. 1

let. d LSEE). Ladite autorisation doit par conséquent leur être refusée, étant

entendu qu'ils peuvent continuer à résider en Suisse en étant au bénéfice d'une

admission provisoire (permis F).

La

présente décision est prise en application des art. 4, 10 al. 1 let. d, et 16

LSEE, 13 let. f OLE ainsi que de la circulaire 717.0 du 1er octobre

1999 de l'Office fédéral des étrangers.

Par

ailleurs, nous précisons que les enfants pourront éventuellement faire une

demande individuelle de transformation de leur permis F en permis B quand ils

seront majeurs et entièrement indépendants financièrement.

(...)".

D. Recourant auprès du

Tribunal administratif, X.________ et ses enfants concluent à l'annulation de

la décision entreprise et à ce que l'autorité intimée soit enjointe de proposer

à l'autorité fédérale l'octroi d'une autorisation de séjour en leur faveur à la

forme de l'art. 13 litt. f OLE. Les recourants ont été dispensés du paiement de

l'avance de frais. Leur requête d'assistance judiciaire a été en revanche écartée.

A l'appui de leur

pourvoi, les recourants ont produit un rapport médical du 17 juillet 2001

établi par Appartenance, signé par la Dresse Lucia Gonzo et Philippe Conne

psychologue, lesquels concluent à l'incapacité actuelle de X.________ à

s'insérer professionnellement en Suisse vu son état de santé (pièce à la teneur

de laquelle on se réfère pour le surplus). Les recourants ont également produit

une attestation d'Adecco ressource humaines SA du 10 mai 2001 attestant que

A.________ travaille régulièrement pour leur société depuis le 2 mai 2001 en

qualité d'ouvrière. A en outre été versée au dossier une lettre signée de

plusieurs personnes confirmant l'intégration de la famille X.________. Les

recourants ont enfin produit une proposition de contrat d'apprentissage en

faveur de B.________ auprès de la société 3.******** SA à

Valeyres-sous-Montagny.

L'autorité intimée

conclut au rejet du recours dans ses déterminations du 12 décembre 2001. Les

recourants ont encore déposé des observations complémentaires le 16 janvier

2002, accompagnées d'une proposition de contrat de travail en faveur de

A.________ pour la période du 24 décembre 2001 au 31 mars 2002 en qualité de

stagiaire aide-infirmière rémunérée 2'072.55 francs nets pour 42h30 heures de

travail par semaine.

Le tribunal a ensuite

statué sans organiser de débats.

et considère en droit :

1. L'art. 13 litt. f OLE

prévoit que les étrangers qui obtiennent une autorisation de séjour dans un cas

personnel d'extrême gravité ou en raison de considérations de politique

générale ne sont pas comptés dans les nombres maximums. L'art. 52 litt. a OLE

indique que l'application de la disposition précitée est du ressort exclusif de

l'Office fédéral des étrangers (OFE). Ainsi, les circonstances qui doivent être

examinées lors de l'application de l'art. 13 litt. f OLE, comme la durée du

séjour en Suisse, l'intégration de l'étranger dans notre pays ou encore les

facteurs rendant un départ de Suisse particulièrement difficile sont de la

compétence exclusive de l'OFE et échappent à la cognition du tribunal de céans

et ce, quand bien même le SPOP se livre généralement à un examen préalable des

conditions d'application de cette disposition. Il est dès lors exclu de rendre

une décision sur la base de l'art. 13 litt. f OLE dans le cadre de la présente

procédure (ATF 119 Ib 33 consid. 3, JT 1995 I 226).

Comme le Tribunal

administratif l'a relevé dans sa jurisprudence constante (voir par exemple

arrêts TA PE 01/0409 du 26 février 2002 et PE 01/0405 du 28 décembre 2001 et

les références citées), pour qu'un dossier soit transmis à l'OFE, il faut en

premier lieu que les autorités cantonales compétentes acceptent d'accorder une

autorisation de séjour à l'étranger. Ce n'est qu'à cette condition que ce

dernier pourra, le cas échéant, être soustrait au nombre maximum

d'autorisations délivrées aux étrangers exerçant une activité lucrative. Si les

autorités cantonales envisagent en revanche de refuser l'autorisation pour

d'autres motifs, soit des motifs de police des étrangers (existence d'infractions

aux prescriptions de police des étrangers, motifs d'expulsion, d'assistance

publique, etc.), elles n'ont aucune obligation de procéder à une telle

transmission (ATF 119 Ib 91).

b) Dans le cas

présent, l'autorité intimée a refusé de délivrer une autorisation de séjour

annuelle, sous quelque forme que ce soit, et en conséquence de transmettre le

dossier des recourants à l'OFE du fait qu'ils étaient totalement pris en charge

par la FAREAS depuis qu'ils se trouvaient en Suisse. Le SPOP fonde ainsi sa

décision sur l'art. 10 al. 1 litt. d LSEE, selon lequel un étranger peut être

expulsé de Suisse ou d'un canton si lui-même, ou une personne au besoin de

laquelle il est tenu de pourvoir, tombe d'une manière continue et dans une

large mesure à la charge de l'assistance publique. Le Tribunal fédéral a

précisé que pour apprécier si une personne se trouve d'une manière continue et

dans une large mesure à la charge de l'assistance publique, il fallait tenir

compte des prestations déjà versées à ce titre comme aussi de l'évolution

probable de la situation financière dans le futur (ATF 122 II 1; JT 1998 I 91).

Considérants

2.

A l'appui de leurs

conclusions, les recourants insistent sur le fait que X.________ est veuve avec

trois enfants à charge. Ils se prévalent du fait que traumatisée par la guerre

et par la disparition de son mari, celle-ci est sans formation professionnelle.

Ils soulignent la durée actuelle de leur séjour en Suisse, en remarquant que

cette période a été consacrée à la scolarisation des enfants. Les recourants

relèvent les élément d'intégration résultant du dossier (proposition

d'apprentissage pour B.________, stage pour A.________, lettre de soutien,

etc).

De son côté,

l'autorité intimée ne conteste pas l'intégration des enfants en Suisse. Elle

estime que des motifs avérés d'assistance justifie néanmoins sa décision, en

indiquant que la situation pourrait être revue lorsque X.________ aurait

démontré la pérennité d'un emploi fixe et durable.

3.

En l'occurrence, et

contrairement à ce qu'allèguent les parties, en particulier l'autorité intimée

dans sa réponse au recours, la recourante X.________ n'a pas commencé à

travailler depuis le 21 novembre 2001 auprès d'1.******** SA puisque cette

prise d'emploi concernait sa fille A.________.

Aussi, il faut retenir

que depuis son arrivée en Suisse au mois de juin 1995, X.________ n'a jamais

travaillé. Si l'intervention des services sociaux était sans doute inévitable

dans un premier temps, on ne peut pas admettre sans réserve une absence

complète d'autonomie financière sur la durée. Dans le cas de la recourante, il

est vrai que celle-ci a subi le traumatisme de la guerre dont elle garde des

séquelles. Cette situation ne saurait expliquer le fait qu'une fois installée

en Suisse et rassurée sur son sort et celui de sa famille, elle n'ait pas

essayé d'approcher le monde du travail du pays qui l'a accueillie alors qu'elle

était âgée de 33 ans seulement au moment de son arrivée. Aujourd'hui, elle

n'est âgée que de 40 ans et l'on ne voit pas véritablement en quoi la délivrance

purement formelle d'une autorisation de séjour pourrait la motiver à changer

d'optique. La transformation du statut de la personne admise provisoirement en

une autorisation de séjour annuel est l'aboutissement (et non le commencement)

du parcours effectué par l'étranger au niveau de son assimilation, y compris

sur le plan professionnel. Dans le cas de la recourante X.________, celle-ci

n'a même pas débuté la première étape du chemin consistant à chercher du

travail et à entreprendre une activité, élément participant généralement au

développement personnel. Le défaut de détention d'un permis annuel ne constitue

pas une explication à cette inactivité puisque les personnes au bénéfice de

l'admission provisoire ont la possibilité d'exercer une activité lucrative et

que les employeurs ont la faculté de les engager (v. art. 14 al. 3 lit. c

LSEE).

Dans ces conditions,

le refus incriminé, qui dissocie la situation des enfants dès le moment où ils

seront majeurs et autonomes financièrement, ne procède pas d'un abus du pouvoir

d'appréciation du SPOP.

4.

Les considérants qui

précèdent conduisent au rejet du recours. L'émolument judiciaire sera laissé à

la charge de l'Etat pour tenir compte de la situation financière des recourants

(art. 55 LJPA).

Dispositif

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I. Le recours est

rejeté.

II. La décision du

SPOP, division asile, du 31 octobre 2001 est confirmée.

III. L'émolument

et les frais d'instruction sont laissés à la charge de l'Etat.

ip/Lausanne, le 14 juin 2002

Le président: La

greffière:

Le présent arrêt est notifié :

- aux recourants, par l'intermédiaire du

SAJE, sous pli recommandé;

- au SPOP, division asile;

- au SPOP.

Annexe pour le SPOP, division asile : son

dossier en retour.