PE.2002.0312
TA - PE.2002.0312 - 2002-09-23 - c/SPOP
23 septembre 2002Français14 min
Source vd.ch
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N° affaire:
PE.2002.0312
Autorité:, Date décision:
TA, 23.09.2002
Juge:
IG
Greffier:
FR
Publication (revue juridique):
Ref. TF:
Nom des parties contenant:
c/SPOP
ÉTUDIANT
ÂGE
OLE-32
Résumé contenant:
Recours rejeté au motif que l'intéressée est trop âgée (29 ans) pour terminer en Suisse une formation de base entreprise dans son pays d'origine.
CANTON DE VAUD
TRIBUNAL ADMINISTRATIF
Arrêt
du 23 septembre 2002
sur le recours interjeté le 18 juin 2002 par X.________,
ressortissante péruvienne née le 28 septembre 1972, dont le conseil est
l'avocate Ninon Pulver, à Genève,
contre
la décision du Service de la population
(ci-après SPOP) du 17 mai 2002 refusant de lui délivrer une autorisation de
séjour pour études.
* * * * * * * * * * * * * * * *
Composition
de la section: Mme Isabelle
Guisan, présidente; Mme Dina Charif Feller et M. Rolf Wahl, assesseurs.
Greffière : Mme Florence Rouiller.
Faits
Vu les faits suivants :
A. X.________ (ci-après :
X.________) est entrée en Suisse le 13 octobre 2001 et s'est annoncée le même
jour au bureau des étrangers de la commune de Saint-Cergue. Elle a formellement
déposé sa demande d'autorisation de séjour pour études le 14 novembre 2001.
S'agissant de sa
formation, la recourante a effectué sa scolarité obligatoire de 1978 à 1989 à
Lima, au Pérou. Elle a ensuite fréquenté l'Institut de langues de l'Université
catholique jusqu'en 1992 et a obtenu, cette même année, un diplôme de
secrétariat bilingue à l'Institut Datapro, selon toute vraisemblance dans son
pays d'origine également, cette indication ne ressortant pas des pièces du
dossier. De 1996 à 1998, l'intéressée a suivi le programme de la faculté de
gestion administrative à l'Université San Martin De Porres au Pérou. Elle a
obtenu un diplôme délivré par l'Alliance française en 2001, dans un lieu
inconnu du tribunal de céans. En ce qui concerne son activité professionnelle,
la recourante a travaillé pendant ses études en qualité de vendeuse de 1990 à
1992, puis comme réceptionniste à l'hôtel El Colorado, de 1996 à 1998. Quant à
la période allant de 1998 à 2001, l'intéressée n'a fourni aucune information
relative à son éventuelle formation et/ou activité professionnelle. X.________
a épousé, à une date ne ressortant pas du dossier, un ressortissant espagnol et
possède dès lors un titre de séjour de la Communauté européenne valable
jusqu'au 22 mars 2004.
Dans sa lettre de
motivation du 21 février 2002, la recourante a exposé que le but de son séjour
en Suisse était d'effectuer des études en vue d'embrasser une carrière dans le
domaine de l'informatique de gestion. Elle a toutefois considéré qu'avant de
suivre des études de commerce, elle devait en premier lieu poursuivre et
approfondir ses connaissances de la langue française.
B. L'intéressée a été
immatriculée à l'Ecole de français moderne de l'Université de Lausanne dès le
15 octobre 2001, puis du 1er mars au 31 octobre 2002. Le 18 avril 2002, le
bureau des étrangers de la commune de Saint-Cergue a informé le SPOP que la
recourante possédait un passeport péruvien et qu'elle était arrivée en Suisse
sans visa, depuis l'Espagne.
C. Par décision du 17 mai
2002, notifiée le 30 mai 2002, le SPOP a refusé la demande d'autorisation de
séjour pour études d'X.________. En substance, l'autorité intimée a exposé que
la recourante était âgée de 29 ans, qu'elle avait déjà obtenu son diplôme de
l'Alliance française en 2001, qu'elle avait étudié à la Faculté de gestion
administrative de l'Université de San Martin de Porres et qu'elle avait déjà
exercé une activité professionnelle. Le SPOP a ainsi considéré que les études
envisagées ne constituaient pas un complément indispensable à la formation de
l'intéressée. Enfin, il a été reproché à la recourante d'avoir enfreint les
prescriptions de police des étrangers en entrant sur notre territoire sans être
au bénéfice du visa exigé pour les ressortissants du Pérou.
D. X.________ a recouru
contre cette décision le 19 juin 2002 en concluant à la délivrance de
l'autorisation requise. A l'appui de son pourvoi, elle a notamment exposé ce
qui suit :
"(...)
5. La recourante est
d'ores et déjà inscrite pour la rentrée 2002 auprès de l'Ecole des Hautes
Etudes Commerciales à Lausanne (pièce 4).
6. Contrairement à
ce qu'a cru pouvoir constater le Service de la population, les études
envisagées ne constituent pas un nouveau cursus d'études mais au contraire un
complément indispensable à la formation de l'intéressée (voir pièces 4-5). De
plus, comme l'indique l'attestation de l'Université, les deux années faites au
Pérou permettront à la recourante de faire sa licence plus rapidement
puisqu'elle pourra bénéficier d'équivalences. En effet, la durée des études est
normalement de 4 ans. Selon les équivalences, elle pourra obtenir une réduction
de 1 à 2 ans.
(...)
9. Il est inexact de
prétendre qu'elle aurait enfreint les prescriptions de police des étrangers en
arrivant en Suisse. En effet, comme elle l'a déjà indiqué à la Commune, la
recourante bénéficie d'une carte de séjour de la communauté européenne étant mariée
à un Espagnol. Elle séjournait à Madrid lors de l'examen d'admission à l'école
de français moderne de l'université de Lausanne et selon les renseignements
qu'elle avait obtenus de l'ambassade suisse de Madrid, aucun visa n'était
nécessaire.
(...)".
Un lot de pièces était
également joint au recours, dont une attestation établie par l'Ecole des Hautes
Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne le 10 juin 2002 reproduite
ci-dessous :
"Par la
présente, nous certifions que Madame X.________, née le 28 septembre 1972,
originaire du Pérou est inscrite à notre Ecole pour la rentrée 2002.
Au vu de ses 2
années d'études à l'Université San Martin de Porres-Pérou, elle [X.________] pourra
continuer le programme de licence en sciences économiques, mention
"Management" avec des équivalences."
La recourante a encore
requis son audition personnelle par le tribunal et s'est acquittée en temps
utile de l'avance des frais requise.
E. Par décision incidente
du 25 juin 2002, le juge instructeur du Tribunal administratif a accordé
l'effet suspensif au recours.
F. Le SPOP s'est déterminé
le 28 juin 2002 en concluant au rejet du recours. Il a rappelé que les
facilités accordées unilatéralement par le Conseil fédéral en faveur des
ressortissants d'Etats tiers résidant en Europe ne concernaient que des
personnes désirant venir en Suisse pour des séjours limités au tourisme, durant
trois mois au maximum.
G. L'intéressée a déposé un
mémoire complémentaire le 26 juillet 2002, alléguant notamment qu'il était faux
de prétendre que la formation universitaire envisagée pouvait être entreprise
dans un autre pays que la Suisse.
H. Par courrier du 31
juillet 2002, le juge instructeur a rejeté la réquisition d'audition sollicitée
par la recourante, estimant que le tribunal disposait des renseignements
nécessaires pour statuer sans procéder à une telle mesure d'instruction.
H. Le tribunal a délibéré
par voie de circulation.
I. Les arguments
respectifs des parties seront repris ci-dessous dans la mesure utile.
Considère en droit :
1. Aux termes de l'art. 4
al. 1 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure
administratives (ci-après : LJPA), le Tribunal administratif connaît en
dernière instance cantonale de tous les recours contre les décisions
administratives cantonales ou communales lorsque aucune autre autorité n'est
expressément désignée par la loi pour en connaître. Il est ainsi compétent pour
statuer sur les recours interjetés contre les décisions du SPOP en matière de
police des étrangers.
Considérants
2.
Selon l'art. 31 LJPA,
le recours s'exerce dans les 20 jours à compter de la communication de la
décision attaquée. En l'espèce, le recours, déposé en temps utile par la
destinataire de la décision attaquée à laquelle il faut reconnaître la qualité
pour agir en vertu de l'art. 37 LJPA, satisfait par ailleurs aux conditions
formelles énoncées à l'art. 31 LJPA de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière
sur le fond.
3.
En dehors des cas où
une disposition légale prévoit expressément le contrôle de l'opportunité d'une
décision, le Tribunal administratif n'exerce qu'un contrôle en légalité,
c'est-à-dire examine si la décision entreprise est contraire à une disposition
légale ou réglementaire expresse, ou relève d'un excès ou d'un abus du pouvoir
d'appréciation (art. 36 litt. a et c LJPA). La loi fédérale sur le séjour et
l'établissement des étrangers du 26 mars 1931 (ci-après LSEE) ne prévoyant
aucune disposition étendant le pouvoir de contrôle de l'autorité de recours à
l'inopportunité, ce grief ne saurait donc être examiné par le tribunal de céans
(cf. parmi d'autres arrêt TA PE 98/0135 du 30 septembre 1998, RDAF 1999 I 142,
c. 4).
Conformément à la
jurisprudence, il y a abus du pouvoir d'appréciation lorsqu'une autorité, usant
des compétences qui lui sont dévolues par la loi, se laisse guider par des
considérations non pertinentes ou étrangères au but des dispositions
applicables, ou statue en violation des principes généraux du droit
administratif que sont l'interdiction de l'arbitraire, l'égalité de traitement,
la bonne foi et la proportionnalité (cf. notamment ATF 116 V 307, c. 2; 110 V
360, c. 3b).
4.
Selon l'art. 1 LSEE,
tout étranger a le droit de résider sur le territoire suisse s'il est au
bénéfice d'une autorisation de séjour ou d'établissement. Selon l'art. 4 LSEE,
l'autorité statue librement, dans le cadre des prescriptions légales et des
traités avec l'étranger, sur l'octroi de l'autorisation de séjour. Elle tiendra
compte des intérêts moraux et économiques du pays, du degré de surpopulation
étrangère et de la situation du marché du travail (art. 16 al. 1 LSEE et 8 du
Règlement d'exécution de la LSEE du 1er mars 1949 (RSEE)). Ainsi, les
ressortissants étrangers ne bénéficient en principe d'aucun droit à l'obtention
d'une autorisation de séjour et de travail, sauf s'ils peuvent le déduire d'une
norme particulière du droit fédéral ou d'un traité international (cf. parmi
d'autres ATF 126 II 377, c. 2; 126 II 335, c. 1a; 124 II 361, c. 1a), ce qui
n'est manifestement pas le cas en l'espèce.
5.
En l'espèce, la
recourante demande au tribunal d'annuler la décision négative du SPOP du 17 mai
2002.
et de lui délivrer une autorisation de séjour pour études. Aux termes de
l'art. 32 de l'Ordonnance limitant le nombre des étrangers du 6 octobre 1986
(OLE), des autorisations de séjour peuvent être accordées à des étudiants qui
désirent faire des études lorsque :
"a. le
requérant vient seul en Suisse;
b. veut
fréquenter une université ou un autre institut d'enseignement supérieur;
c. le
programme des études est fixé;
d. la
direction de l'établissement atteste par écrit que le requérant est apte à
fréquenter l'école et qu'il dispose de connaissances linguistiques suffisantes
pour suivre l'enseignement;
e. le
requérant prouve qu'il dispose de moyens financiers nécessaires et
f. la
sortie de Suisse à la fin du séjour d'études paraît assurée."
Les conditions
énumérées ci-dessus sont cumulatives, mais il convient de rappeler qu'en vertu
de l'art. 4 LSEE, le fait de réunir la totalité des conditions posées à
l'article susmentionné ne justifie pas encore l'octroi d'une autorisation (ATF
106.
Ib 127).
6.
Le critère de l'âge ne
figure certes ni dans l'OLE ni dans les Directives d'application édictées par
l'Office fédéral des étrangers. Il s'agit néanmoins d'un critère déterminant
qui a été fixé par le tribunal de céans il y a un certain nombre d'années déjà
et qui n'a depuis lors jamais été abandonné. D'une manière générale, il tend à
privilégier les étudiants plus jeunes qui ont un intérêt plus immédiat à
obtenir une formation (cf. notamment arrêts TA PE 92/0694 du 25 août 1993 et PE
99/0044 du 19 avril 1999).
On relèvera toutefois
que ce critère est appliqué avec nuance et retenue lorsqu'il s'agit notamment
d'études postgrades (cf. arrêt TA PE 97/0475 du 2 mars 1998) ou d'un complément
de formation indispensable à un premier cycle. Dans ces hypothèses, l'étudiant
licencié désirant entreprendre un second cycle est en effet tout naturellement
plus âgé que celui qui entreprend des études de base et l'âge ne revêt par
conséquent pas la même importance. Il en va en revanche différemment lorsqu'il
s'agit pour l'étudiant en cause d'entreprendre un nouveau cycle d'études de
base qui ne constitue à l'évidence pas un complément indispensable à sa
formation préalable. Dans ce cas, les autorités cantonales (de première
instance et de recours) doivent se montrer strictes et accorder une priorité à
des étudiants jeunes qui, comme exposé ci-dessus, ont un intérêt plus immédiat
à obtenir une formation.
7.
En l'espèce, force est
de constater qu'X.________ était âgée de 29 ans révolus lors du dépôt de sa
demande en novembre 2001. Il s'agit d'un âge que l'on doit manifestement
considérer comme élevé pour entreprendre des études qui ne constituent à
l'évidence pas des études postgrades. La recourante souhaite en effet obtenir
une licence en sciences économiques et s'est inscrite au programme de licence,
mention "Management", à l'Université de Lausanne. Or, elle a déjà
entrepris une formation similaire au Pérou entre 1996 et 1998, comme le
confirme d'ailleurs l'attestation délivrée par la faculté des HEC de
l'Université de Lausanne admettant l'équivalence de certains cours suivis au
Pérou pour continuer dite formation. En réalité, il s'agit pour l'intéressée de
terminer la formation de base - ou premier cycle - entreprise dans son pays
d'origine et interrompue en 1998. Contrairement à ce qu'affirme la recourante
dans son mémoire complémentaire, même si la faculté des HEC lui a certes
reconnu certaines équivalences, cela ne signifie toutefois pas qu'elle sera de
facto dispensée d'une, voire deux années de cours. Aussi, la durée des études
envisagées - de l'ordre de cinq ans au total - se rapproche-t-elle davantage
d'une formation de base que d'un complément à celle-ci, comme le serait un
diplôme postgrade par exemple. Dans ces circonstances, on ne saurait qualifier
les études envisagées de complément indispensable à sa formation de base
puisqu'il s'agit en fait de terminer un premier cycle entamé au Pérou. Par
ailleurs, entre 1998 et 2001, soit pendant près de quatre ans, l'intéressée n'a
apparemment pas travaillé, ce qui lui aurait largement laissé le temps de
terminer ou compléter ses études dans son pays d'origine, voire dans un autre
pays. A tout le moins n'a-t-elle nullement exposé les raisons pour lesquelles
elle a attendu si longtemps avant d'envisager les études en cause. Enfin,
X.________ est mariée avec un ressortissant espagnol et a vécu à Madrid jusqu'à
son arrivée en Suisse en 2001. Quand bien même elle affirme que la formation
universitaire envisagée ne pourrait être suivie dans un autre pays que la
Suisse, elle n'a apporté aucune preuve de cette allégation. Il n'est ainsi pas
possible de considérer que l'achèvement de ses études ne puisse se faire
ailleurs, notamment en Espagne. Cela étant, c'est à juste titre que le SPOP a
refusé de délivrer l'autorisation requise.
9.
En conclusion, la
décision de l'autorité intimée du 17 mai 2002 est pleinement conforme à la loi
et ne relève par ailleurs ni d'un abus ni d'un excès du pouvoir d'appréciation.
Le recours ne peut en conséquence qu'être rejeté et la décision attaquée
maintenue. Un nouveau délai de départ sera imparti à l'intéressée pour quitter
le territoire vaudois (art. 12 al. 3 LSEE). Vu l'issue du pourvoi, les frais du
présent arrêt seront mis à la charge de la recourante déboutée, qui n'a, pour
les mêmes raisons, pas droit à des dépens (art. 55 al. 1 LJPA).
Dispositif
Par ces motifs
le Tribunal administratif
arrête:
I. Le recours est
rejeté.
II. La décision du
SPOP du 17 mai 2002 est maintenue.
III. Un délai de départ
échéant le 31 octobre 2002 est imparti à X.________,
ressortissante péruvienne née le 28 septembre 1972, pour quitter le territoire
vaudois.
IV. L'émolument et
les frais d'instruction, par 500 (cinq cents) francs, sont mis à la charge de
la recourante, cette somme étant compensée par l'avance de frais effectuée.
V. Il n'est pas alloué de
dépens.
Lausanne, le 23 septembre 2002
La présidente: La
greffière:
Le présent arrêt est notifié :
- à la recourante, par l'intermédiaire de
son conseil Me Ninon Pulver, à Genève, sous pli recommandé
- au SPOP.
Annexe pour le SPOP : son dossier en retour