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Décision

PE.2004.0355

TA - PE.2004.0355 - 2006-12-28 - X. c/Service de la population (SPOP)

28 décembre 2006Français25 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants

A.

a) Thi Quyen BulyapholA. X.________ est

née le 28

février 1975 2******** à Hatay au Vietnam. Elle est

entrée en Suisse le 6 août 2000 en provenance du Vietnam et elle a déposé le 4

juillet 2001 auprès du Bureau des étrangers de Lausanne un rapport d’arrivée en

indiquant qu’elle entendait se marier avec son futur époux Ratikone BulyapholB.

X.________. Le mariage a été célébré le 5 mars 2002. Une autorisation

de séjour a été délivrée à l’intéressée le 19 mars 2002, dont la validité était

limitée au 5 mars 2003. Par la suite, Thi Quyen BulyapholA.

X.________ (NguyenY.________) a été

autorisée à exercer une activité lucrative en qualité d’employée d’office

auprès de l’EMS « La Paix du SoirC.________ »

au Mont-sur-Lausanne1********.

L’autorisation de séjour a été renouvelée le 9 avril 2003 avec une validité

limitée au 5 mars 2004.

b) Par la

suite, l’autorisation a été prolongée jusqu’au 31 août 2004, le Service de la

population rendant attentive l’intéressée que le renouvellement temporaire ne

préjugeait pas de la décision définitive et que la régularisation de son séjour

nécessitait des investigations complémentaires. La Police municipale du Mont-sur-Lausanne1********

a entendu Ratikone BulyapholB. X.________ le

24 février 2004. Invité à se déterminer sur les circonstances dans lesquelles

il avait rencontré son épouse, il a apporté les précisions suivantes :

« J’ai rencontré mon épouse lors d’une réunion avec des

amis, à Lucerne. C’est ces derniers qui m’ont présenté Thi QuyenA.

X.________. Une fois de retour, à Lausanne, mes amis m’ont demandé

comment je trouvais cette fille et si je voulais me marier avec. Je leur ai

répondu que je ne savais pas, car je ne l’avais pas beaucoup vue et que je

préférais déjà vivre un peu ensemble avant de m’engager, ceci malgré les

traditions de son pays. Ils m’ont dès lors proposé de retourner à Lucerne, le

week-end suivant. Je suis reparti avec mes amis, pour passer le week-end

là-bas. Durant ce séjour, j’ai pu revoir Thi QuyenA.

X.________, et lors de notre discussion, je lui au proposé de

venir vivre un peu avec moi à Lausanne, pour pouvoir mieux se connaître. Elle a

accepté de s’y rendre durant ses congés, mais chez la famille ChanchaleuneD.________,

voisine de mes parents. Car étant donné que nous n’étions pas marié elle ne

pouvait venir chez moi. Je l’ai vue comme ça, durant cinq week-ends environ.

Lors de ces derniers, j’ai pu la rencontrer de petits moments. Au vu de la

différence de langue et de la présence de mes parents ou de ses amis chez qui

elle vivait, il n’était pas facile de dialoguer.

Cependant, après avoir discuté avec mes parents, ces derniers

m’ont fait comprendre que c’était une fille bien et que je devais l’épouser

pour pouvoir vivre avec elle et que l’amour viendrait déjà- J’ai accepté et

entamé les formalités de mariage. »

Ratikone

BulyapholB. X.________ a précisé qu’il a

lui-même demandé en mariage son épouse pour pouvoir vivre avec elle. Invité à

se prononcer sur les motifs de la séparation, il a précisé que son épouse était

allée vivre chez ses beaux-parents quelques mois après le mariage et qu’une

séparation officielle avait été prononcée le 5 août 2003. Il avait lui-même

requis la séparation en raison des circonstances. Aucune procédure en divorce

n’avait été toutefois engagée. Il précise que le mariage n’avait pas été

célébré en vue d’obtenir une autorisation de séjour. Mais selon sa religion, le

mariage était la seule possibilité de pouvoir vivre avec elle.

c) La Police

municipale du Mont-sur-Lausanne1******** a

encore entendu Thi Quyen BulyapholA. X.________ le

8 mars 2004. Invitée à se déterminer sur les circonstances de la rencontre avec

son époux, elle a apporté les précisions suivantes :

« (…)

Nous nous sommes rencontrés lors d’une première soirée entre

amis à Genève. Par la suite, mon futur époux est venu me rendre visite à

Lucerne, accompagné d’un ami interprète, car nous ne parlions pas la même

langue. Par la suite, je me suis rendue au Mont1********,

chez les parents de mon futur mari. Notre fréquentation a duré pendant environ

5 mois.

(…) »

S’agissant

des motifs de la séparation, Thi Quyen BulyapholA. X.________ a encore apporté les indiqué ce qui

suitprécisions suivantes :

« (…)

Alors que je vivais chez RatikoneB.

X.________ depuis 4 mois, cela après que la promesse de mariage

ait été faite (car cette dernière fait acte de mariage dans notre coutume), une

fille, qui s’est avérée être la maîtresse de mon fiancé, est venue dans notre

appartement en disant que RatikoneB. X.________

était son mari. Lors de cette querelle, RatikoneB.

X.________ a dit qu’il était préférable que j’aille habiter chez

mes beaux-parents au Mont1********, étant

donné que cette fille était une voisine de RatikoneB.

X.________. J’y suis restée durant une année jusqu’à notre mariage

officiel et mon mari venait régulièrement me rendre visite. Par la suite, j’ai

continué à vivre chez mes beaux-parents et je descendais rendre visite à mon

mari, cependant je n’ai jamais redormi là-bas. Par la suite, les visites se

sont espacées, en moyenne, une visite par mois. Au mois de juillet 2002, mes

beaux-parents m’ont demandé de partir. Je me suis rendue chez les parents d’une

amie jusqu’au 1er septembre 2002, date à laquelle j’ai trouvé mon

appartement.

(…) »

Elle précise

en outre qu’elle ignore si des mesures judiciaires ont été prises concernant la

séparation. L’ensemble de son courrier arrivait chez son époux, elle apprenait

ainsi aujourd’hui que des mesures avaient été envisagées pour une séparation.

Elle indique ne pas être au courant d’une éventuelle procédure de divorce et . Elle indique

aussi qu’elle espérait plus davantage de son

mariage qui

n’était pas et qu’il ne s’agissait pas d’un mariage de

complaisance. Sa situation financière était saine et elle travaillait pour

l’EMS « La Paix du SoirC.________ »

au Mont-sur-Lausanne1********

en qualité d’aide de cuisine pour un salaire mensuel brut de 3'300 fr. Elle

déclare être surprise et choquée de connaître les démarches engagées par son

mari qui ne lui avait pas parlé d’une procédure de séparation. Elle espérait

toujours le retour de ce dernier auprès d’elle.

B.

Par décision du 18 mai 2004, le Service de la population a

révoqué l’autorisation de séjour de Thi Quyen BulyapholA. X.________ en

lui impartissant un délai de deux mois dès notification de la décision pour

quitter le territoire vaudois. Elle a contesté cette décision par un recours

déposé le 18 juin 2004 auprès du Tribunal administratif en concluant à l’octroi

de l’autorisation de séjour. L’effet suspensif a été accordé au recours le 28

juin 2004 et le Service de la population s’est déterminé sur le recours le 16

juillet 2004 en concluant à son rejet. Thi Quyen BulyapholA.

X.________ a déposé le 23 septembre 2004 un mémoire complémentaire

en demandant son audition par le tribunal ainsi que celle de témoins. Divers

documents ont en outre été produits, en particulier des lettres de soutien et

une attestation de son employeur.

C.

Le tribunal a tenu une audience le 17 juin 2005 en présence

des parties. Le compte rendu résumé de cette audience a la teneur

suivante :

« Il est constaté que la recourante a quelques

difficultés à s’exprimer en langue française ; un ami M. ChanchaleuneD.________

assiste donc à l’audience en qualité d’interprète. Elle précise qu’elle se

trouvait déjà en Suisse lorsqu’elle a rencontré son mari. Elle était venue

rendre visite à une tante à Lucerne et elle l’avait rencontré par

l’intermédiaire d’amis. Le but de son séjour en Suisse était touristique. Au Vietnam,

elle travaillait avec sa famille dans la culture du riz. Elle ne percevait pas

de salaire et elle habitait chez ses parents. Elle n’a pas fait d’études au

Vietnam, sa scolarité s’est arrêtée en 8ème année. Elle ne désire

pas retourner dans son pays d’origine car il n’y a pas de travail et son avenir

est ainsi compromis. En outre, elle est adaptée à la vie en Suisse, car elle

vit dans ce pays depuis de nombreuses années. A Lucerne, elle avait suivi un

cours de français, mais aujourd’hui elle n’en suit plus. Elle n’a pas les

moyens suffisants pour s’inscrire dans une école de langues. Son mari

travaillait à Genève lorsqu’ils se sont rencontrés ; ils ont discuté à

trois ou quatre reprises et ils ont décidé de se marier. Il était très content

d’épouser une vietnamienne. Ils se sont séparés, car l’ex-amie de son mari la

harcelait. Il était même arrivé à son mari de partir pendant plusieurs

semaines. En outre, c’est un adepte des jeux d’argent. A la demande de son

mari, elle est allée vivre chez ses beaux-parents pendant une année et ensuite,

sa belle-mère avait trouvé du travail pour elle. Elle n’avait pas déclaré à la

police la nature des conflits qui l’opposaient à son époux, car elle s’est

contentée de répondre aux questions. Elle n’a pas jugé utile de tout raconter

dans les moindres détails.

Est entendue Manuela HertigE.________,

témoin : elle travaille à l’EMS « La Paix du SoirC.________ » ;

elle a repris le département dans lequel travaille la recourante et elle

s’occupe de l’intendance de l’hôtellerie. La recourante est ponctuelle,

travailleuse, et Manuela HertigE.________ a du

plaisir de l’avoir dans son équipe. Les horaires de la recourante ne sont pas

faciles, car ils sont coupés : de 7h à 13h30, avec une petite pause pour

manger, et ensuite de 17h à 19h30. Il arrive qu’elle doive terminer plus tard

son travail. Personne ne veut de tels horaires coupés, car il n’est pas

possible d’être à la maison à midi. Manuela HertigE.________ a

demandé à la recourante si elle voulait aller travailler dans le secteur

hôtelier, mais elle a refusé, car elle est timide et elle ne se sent pas

suffisamment à l’aise pour affronter du monde. Sa place de travail est toujours

impeccable, ce qui n’est pas le cas des autres employés. Elle n’est jamais

malade. L’EMS se trouverait très ennuyé si elle devait partir, à cause des

difficultés à la remplacer. En effet, même des chômeurs ont refusé la place, en

raison des horaires, du genre de travail qui est pénible et ingrat et du fait

que l’activité s’exerce dans un local confiné. La recourante a de bonnes

relations avec ses collègues et lorsqu’elle croise les résidents, elle se montmontre

toujours aimable et souriante. Elle n’est pas connue de l’Office des

poursuites. Le travail de la recourante consiste à laver la vaisselle toute la

journée ; il s’agit d’une activité monotone et pourtant, elle l’exerce

avec une grande conscience professionnelle. Elle ne parle pas très bien le

français, il arrive quelquefois que les autres collègues fassent office de

traducteurs. Elle parle mieux qu’au début, elle a fait beaucoup de progrès et

d’efforts. Dans le département dont s’occupe Manuela HertigE.________,

le seul horaire qui est coupé est celui de la recourante. Il y a toutefois

également des horaires coupés dans le secteur hôtelier et le week-end. Pour le

surplus, la recourante ne lui a jamais parlé de son époux.

La recourante relève qu’elle verse une partie de son salaire

de temps en temps à sa famille restée au Vietnam.

Est entendue Yolanda EsmorisF.________,

témoin, qui est également une collègue de travail de la recourante. Elles

travaillent dans le même département, mais Yolanda EsmorisF.________

travaille côté salle à manger ; elles se croisent toutefois souvent. Cela

fera trois ans au mois de septembre 2005 qu’elles se connaissent. La recourante

travaillait avant que Yolanda EsmorisF.________ soit

engagée à « La Paix du SoirC.________ ».

La recourante travaille sans déranger personne, elle sait se tenir à sa place,

et tout le monde peut compter sur elle. Elle est très consciencieuse et lorsqu’elle

est remplacée, le travail se fait moins bien. Elle fait preuve de beaucoup de

courage, car elle travaille dans un petit local toute la journée. Yolanda

EsmorisF.________ ne voudrait pas faire la

même chose ; elle a déjà travaillé avec des horaires coupés, et c’est très

difficile, surtout avec une famille. Personne n’aimerait la remplacer. Yolanda

EsmorisF.________ est très satisfaite de

cette collaboration. Pour le surplus, la recourante ne lui a jamais parlé de

son époux ; elles ont peu d’occasions de discuter de leurs vies privées ou

de leurs problèmes familiaux.

Est entendue en qualité de témoin Changpheng SturzeneggerG.________,

collègue de travail de la recourante. Elle travaille dans la salle à manger. La

recourante fait correctement son travail, elle aide ses collègues, elle n’est

jamais énervée et elle essaie de résoudre les problèmes. Sa qualité de travail

est exemplaire ; elle est la meilleure de tous ses collègues. Changpheng

SturzeneggerG.________ aime travailler avec elle.

Elle n’aimerait pas prendre sa place, car l’endroit est sale, petit et en été

il fait très chaud. Si la recourante devait quitter l’EMS, elle manquerait

énormément. Personne ne voudrait la remplacer ; la recourante est la seule

qui accepte d’exercer cette activité sans se plaindre. Il arrive aux deux

jeunes femmes de se croiser lors de fêtes de famille, malgré le fait qu’elles

ne soient pas parentes, car la sœur de Changpheng SturzeneggerG.________

est mariée avec le fils de M. ChanchaleuneD.________, qui

est un ami de la recourante. S’agissant de l’époux de la recourante, Changpheng

SturzeneggerG.________ a un lien de parenté

éloigné avec lui, mais pour le surplus, elle ignore tout de leur mariage et de

leur séparation.

Est entendu en qualité de témoin Quoc Huy PhanH.________.

Lorsque la recourante est arrivée en Suisse en 2000, elle s’est rendue chez les

parents de Quoc Huy PhanH.________, à

Lucerne. La recourante et Quoc Huy PhanH.________ sont

cousins. La famille compte de nombreuses personnes, de sorte que beaucoup de

ses membres résident en Suisse. La recourante va souvent rendre visite aux

membres de sa famille. Elle a rencontré son époux à une fête, à Lucerne, où il

était venu avec ses parents. Son mari l’aimait mais il joue avec l’argent.

C’est également un « joueur de l’amour », il lui arrive d’avoir

plusieurs compagnes en même temps. Lorsqu’elle se marie, une femme asiatique ne

donne pas seulement son corps, mais aussi son coeur. C’est pourquoi la

recourante a beaucoup souffert de l’échec de son mariage. Son mari dépensait

l’argent qu’elle avait économisé et une ancienne amie de son mari la menaçait.

De son côté, elle croyait à la réussite de son mariage ; elle a été très

triste et déçue par cet échec. Elle va beaucoup mieux actuellement car elle est

forte et elle sait qu’il faut rester fort dans la vie. Elle a fait beaucoup de

progrès en français. A Lucerne, beaucoup de personnes l’aiment et c’est

réciproque. Pour la famille de Quoc Huy PhanH.________, la

recourante est comparable à une sœur. Elle est toujours prête à aider les

autres. Si elle devait retourner au Vietnam, ce serait très difficile pour

elle, car elle est séparée de son époux et elle rencontrerait des difficultés

pour se remarier ; c’est un problème de tradition. En effet, elle doit

rester vierge avant le mariage. En outre, tout le monde se demanderait pour

quelles raisons elle est revenue d’Europe. Elle serait déshonorée ; c’est

un phénomène culturel. Si elle quittait la Suisse, elle perdrait tout ce

qu’elle a acquis dans ce pays. Au Vietnam, beaucoup de membres de sa famille y

vivent, en plus de ses parents. La vie commune avec son mari n’avait duré que

deux à trois mois. Elle s’est montmontrée naïve

dans ce mariage ; son mari était certainement « plus intéressé par

son corps que par son cœur ». En plus, l’ancienne amie de son époux venait

sans cesse la harceler, de sorte que son mari avait dû lui dire d’aller vivre

chez ses beaux-parents.

Après une suspension d’audience, est entendue en qualité de

témoin Eva

ZahndI.________. La recourante habite chez

elle, au Mont-sur-Lausanne1******** ;

elle loue un studio au 2ème étage. Eva ZahndI.________

et son époux étant âgés, la recourante se révèle être d’une aide précieuse.

Sans elle, les époux ZahndI.________

devraient probablement aller vivre dans un EMS, car le mari souffre de la

maladie de Parkinson. La recourante l’aide souvent à se relever, quand il

tombe, ce qui arrive fréquemment. En outre, sa présence à la maison est

rassurante. Elle s’occupe de quantité de petites choses, mais au final, ces

petites choses se révèlent être très importantes pour la vie du couple ZahndI.________.

Elle habite depuis la fin de l’année 2003 environ chez ce couple, elle ne leur

verse pas de loyer, mais en contrepartie elle leur apporte son aide. Il lui

arrive de faire les courses, de faire du jardinage, tout se déroule sans aucun

problème. En plus, elle est réservée, timide et discrète ; les époux ZahndI.________

ne sont ainsi jamais dérangés, car elle ne fait pas de bruit. Eva ZahndI.________

lui donne des leçons de français de temps en temps, et la recourante fait

beaucoup d’efforts. Toutefois, elle a beaucoup de difficultés à apprendre cette

langue. Au début, 4 leçons étaient données par semaine. Les membres de la

famille ChanchaleuneD.________

qui habite au Mont-sur-Lausanne1******** sont

des amis de la recourante, et on peut dire qu’ils sont comparables à sa propre

famille. Sinon, la recourante est très proche de sa famille qui vit à Lucerne.

Elle a également d’excellents rapports avec la famille du couple ZahndI.________.

La décision de refus de délivrer une autorisation de séjour à la recourante a

eu des effets catastrophiques sur elle ; elle a maigri et elle se fait

beaucoup de soucis. Elle aimerait rester en Suisse et les époux ZahndI.________

aimeraient la garder ; ils la considèrent comme un membre de leur propre

famille et ils l’aiment. S’agissant de son intégration en Suisse, la recourante

n’a pas de vie associative, car elle est très timide. Elle pourrait prendre des

cours de français à la Migros, mais ses horaires de travail ne le lui

permettent pas.

Est entendu en qualité de témoin M.Sengthien

ChanchaleuneD.________.

Il connaît la recourante depuis longtemps ; il était d’ailleurs témoin à

son mariage. Sa famille l’a adoptée comme un de ses membres à part entière. Le

mari de la recourante est le cousin de M.Sengthien ChanchaleuneD.________.

S’agissant des circonstances de la rencontre entre la recourante et son futur

époux, celui-ci s’était montmontré intéressé

après qu’on lui ait présenté une photo. Les mariages se contractent souvent

dans de telles circonstances, mais un époux n’est jamais contraint à se marier.

Quelques mois après leur mariage, l’ex-compagne de son époux a menacé la

recourante ; elle en est même venue aux mains. La recourante se trouvait dans

une situation dangereuse, car son mari était absent toute la journée, puisqu’il

travaillait à Genève. Elle est donc allée vivre chez ses beaux-parents. Son

mari se montmontrait

de moins en moins souvent ; il y avait des rumeurs, mais personne ne

savait s’il revoyait son ex-compagne. Il s’est avéré par la suite qu’il avait

renoué une relation avec elle. A l’époque, il travaillait chez PiagetZ.________,

mais il avait perdu son travail par manque de conscience professionnelle. Il

demandait alors constamment à son épouse de lui donner de l’argent, car en

plus, il était joueur. Au début, elle lui en donnait, mais au bout d’un moment,

elle a arrêté. C’est à ce moment que les problèmes ont vraiment commencé entre

eux. Le divorce est très mal vu par les asiatiques, car il est très rare. Si

elle devait retourner au Vietnam, la recourante serait mal considérée à double

titre : d’une part, en raison de son divorce, et d’autre part, parce

qu’elle est revenue d’Europe. Il serait très difficile pour elle de se remarier.

Le père de M.Sengthien ChanchaleuneD.________

s’était montmontré

garant de la réputation de l’époux de la recourante, et il s’est ainsi senti

trompé. La recourante fait énormément d’efforts pour apprendre le français.

Certains membres de la communauté asiatique parlent moins bien qu’elle alors

qu’ils vivent en Suisse depuis 20 ans. La recourante parlait d’ailleurs avec

son mari également en français. Malgré leur séparation, et malgré le fait que

la recourante habitait chez ses beaux-parents, les relations du couple avaient

continué jusqu’à ce que le mari demande sans cesse de l’argent à son épouse. En

outre, il ne rentrait pas tous les week-ends. Il a trompé tout le monde. M.Sengthien

ChanchaleuneD.________

ignore si une reprise de la vie commune est envisageable ; il faudrait

pour cela que le mari change son comportement. Le couple n’a plus de contact.

La recourante a fait de grands efforts pour s’intégrer en Suisse, elle se joint

à la famille ChanchaleuneD.________ dans

la pratique du ski ou lors de pique-niques.

La parole est ensuite donnée aux représentants des

parties ».

Les parties ont disposé de la possibilité de se

déterminer sur le compte rendu résumé de l’audience.

Considérants

1.

a) La loi fédérale sur le séjour et l’établissement des

étrangers du 26 mars 1931 (RS 142.20, ci-après : LSEE ou la loi fédérale)

pose le principe selon lequel tout étranger a le droit de résider sur le

territoire suisse s’il est au bénéfice d’une autorisation de séjour ou

d’établissement, ou si, selon la loi fédérale, il n’a pas besoin d’une telle

autorisation (art. 1 a LSEE). L’autorisation de séjour est toujours limitée et

ne dépassera pas une année la première fois. Elle peut être conditionnelle ou

accordée à titre révocable (art. 5 al. 2 LSEE). L’autorisation d’établissement

a une durée indéterminée et elle est inconditionnelle (art. 6 al. 1 LSEE). Les autorisations

de séjour ou d’établissement ne sont valables que pour le canton qui les a

délivrées (art. 8 al. 1 LSEE). Selon l’art. 9 al. 2 LSEE, l’autorisation de

séjour peut être révoquée lorsque l’étranger l’a obtenue par surprise, en

faisant de fausses déclarations ou en dissimulant des faits essentiels (lit.

a), ou lorsque l’une des conditions qui y sont attachées n’est pas remplie ou

que la conduite de l’étranger donne lieu à des plaintes graves (lit. b) ou

lorsqu’elle n’a été accordée qu’à titre révocable (lit. c). Pour statuer sur

l’octroi d’une autorisation, les autorités doivent tenir compte des intérêts

moraux et économiques du pays ainsi que du degré de surpopulation étrangère

(art. 16 al. 1 LSEE). L’autorité statue librement dans le cadre des

prescriptions légales et des traités avec l’étranger (art. 4 LSEE).

b) Selon

l’art. 17 LSEE, l’autorité ne délivrera d’abord qu’une autorisation de séjour,

même s’il est prévu que l’étranger s’installera à demeure en Suisse. L’Office

fédéral des migrations fixera, dans chaque cas, la date à partir de laquelle

l’établissement pourra être accordé (al. 1). Si cette date a déjà été fixée ou

si l’étranger possède l’autorisation d’établissement, son conjoint a droit à

l’autorisation de séjour aussi longtemps que les époux vivent ensemble. Après

un séjour régulier et ininterrompu de cinq ans, le conjoint a lui aussi droit à

l’autorisation d’établissement. Les droits découlant de l’art. 17 al. 2 LSEE

n’existent ainsi que si l’un des conjoints est titulaire d’une autorisation

d’établissement. Toutefois, le texte de cette disposition exige la vie commune

des conjoints pour obtenir l’autorisation de séjour. Le droit à l’octroi d‘une autorisation

de séjour s’éteint si l’ayant droit a enfreint l’ordre public ou lorsque le

conjoint titulaire de l’autorisation d’établissement fait l’objet d’une

expulsion. Le droit à la délivrance d’une autorisation de séjour est également limité

s’il a pour conséquence une dépendance importante et durable du couple aux

prestations de l’aide sociale (ATF 125 II 633 et ss). Les droits de l’art. 17

al. 2 LSEE prennent également fin si le mariage s’est révélé de complaisance ou

s’il existe un abus de droit (ATF 121 II 5 et ss).

c) L’objectif

visé par le législateur concernant le droit à l’autorisation de séjour prévu

par l’art. 17 al. 2 LSEE est de permettre aux conjoints de vivre ensemble. En

cas de divorce ou de dissolution de la communauté conjugale, de nullité du

mariage ou de cessation de la vie commune, les conditions de séjour de

l’étranger admis en application de l’art. 17 al. 2 LSEE doivent être

réexaminées. Ainsi, le droit du conjoint étranger d’un établi prend fin si les

conjoints cessent la vie commune avant l’échéance de cinq ans de mariage. Les

droits découlant de l’art. 17 al. 2 LSEE n’existent plus et l’autorisation de

séjour peut être refusée, révoquée ou ne plus être renouvelée.

d) Toutefois,

dans certains cas, notamment pour éviter des situations d’extrême rigueur,

l’autorisation de séjour peut être renouvelée après le divorce ou après la

dissolution de la communauté conjugale. Les circonstances suivantes sont

déterminantes (chiffre 654 des directives LSEE de l’Office fédéral des

migrations): la durée du séjour, les liens personnels avec la Suisse (notamment

les conséquences d’un refus pour les enfants), la situation professionnelle, la

situation économique et sur le marché du travail, le comportement et le degré

d’intégration. Sont également à prendre en considération les circonstances qui

ont conduit à la dissolution du lien matrimonial ou à la cessation de la vie

commune. S’il est établi qu’on ne peut plus exiger du conjoint, admis dans le

cadre du regroupement familial, de maintenir la relation conjugale, notamment

parce qu’il a été maltraité, il est important d’en tenir compte pour éviter les

situations de rigueur.

e) En l’espèce, la réintégration familiale et

sociale de la recourante dans son pays d’origine est fortement compromise en raison

de l’échec de son mariage. Si elle devait retourner au Vietnam, elle serait mal

considérée à un double titre : d’une part, en raison de son divorce, et

d’autre part, parce qu’elle est revenue d’Europe. Il serait très difficile pour

elle de se remarier. Le Conseil fédéral, dans sa réponse du 26 novembre 2003 à

l’interpellation « Permis de séjour pour les immigrées divorcées ou

séparées » déposée par Anne-Catherine Ménétrey-Savary le 3 octobre 2003, a

d’ailleurs considéré que la poursuite du séjour en Suisse pouvait se révéler

indispensable en cas de difficultés à se réintégrer dans le pays d’origine à la

suite de l’échec d’un mariage. La recourante étant de surcroît jeune et n’ayant

pas encore d’enfants, elle se retrouverait dans une situation délicate, en

raison des obstacles qu’elle rencontrerait pour créer une cellule familiale.

Par ailleurs, les circonstances qui ont conduit à la dissolution de la

communauté conjugale doivent également être prises en considération. Or, il

ressort des faits que la recourante a cru en toute sincérité à la réussite de

son mariage, mais que son époux en a décidé autrement en adoptant à son égard

un comportement de rejet qui relève de la maltraitance psychique. Par sa venue

en Suisse et la foi en son mariage, la recourante a renoncé à sa vie au Vietnam

et elle s’est constitué un tissu d’amitiés et de relations en Suisse. A cela s’ajoute

la conduite irréprochable de la recourante en Suisse, son autonomie financière

et sa stabilité professionnelle, éléments qui doivent également être pris en

considération dans l’appréciation d’ensemble.

2.

Le tribunal considère en définitive que les conditions

posées par le chiffre 654 des directives LSEE sont remplies pour l'octroi d'une

autorisation de séjour. Le recours doit donc être admis et la décision attaquée

annulée. Les frais de justice sont laissés à la charge de l'Etat et la

recourante, qui obtient gain de cause avec l'aide d'un avocat, a droit aux

dépens qu'elle a requis.

Dispositif

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I.

Le recours est admis.

II.

La décision du Service de la population du 18 mai 2004

(SPOP VD 708'945) révoquant l’son autorisation

de séjour de Thi Quyen BulyapholA.

X.________ est annulée. Le dossier est retourné

auprès du Service de la population pour nouvelle décision dans le sens des

considérants.

III.

L'Etat de Vaud, par l'intermédiaire du budget du Service

de la population, est débiteur de la recourante d'une

indemnité de 750 (sept cent cinquante) francs.

à titre de dépens.

IV.

Les frais de justice, comprenant une indemnité forfaitaire

pour témoins de 300 (trois cents) francs,

sont laissés à la charge de l'Etat.

Lausanne, le 28 décembre 2006

Le président: La

greffière :

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de

l'avis d'envoi ci-joint ainsi qu’à l’ODM. .