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Décision

PE.2004.0385

TA - PE.2004.0385 - 2004-12-30 - c/Service de la population (SPOP)

30 décembre 2004Français10 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants

A.

X.________, originaire du Cameroun, né

le 16 novembre 1979, est entré en Suisse le 19 août 2001. Il a obtenu une

autorisation de séjour (permis B) suite à son mariage le 26 avril 2002 avec une

ressortissante suisse. Cette dernière a quitté définitivement la Suisse le 30

août 2003 pour s'établir au Canada où vit sa parenté. Le couple est aujourd'hui

séparé judiciairement. Il ressort des lettres des 2 mars et 30 avril 2004 de la

Commune de Lausanne que X.________ ne connaît pas l'adresse de son épouse et

qu'il est sans nouvelle de cette dernière.

B.

X.________ travaille depuis le mois

d'avril 2003 en qualité de manœuvre au service de la société 1.********SA à 2.********

où il donne satisfaction (attestation de l'employeur du 24 juin 2004).

C.

Le 29 avril 2004, X.________ a

sollicité la prolongation de son autorisation de séjour; ce que le SPOP a

refusé par décision du 8 juin 2004, notifiée le 16 juin 2004. Par l'intermédiaire

de l'avocat Julien Fivaz à Genève, l'intéressé a recouru contre cette décision

le 6 juillet 2004. Selon lui, il ne serait séparé que momentanément de son

épouse. En outre, son employeur ne pourrait pas se séparer de lui sans

inconvénient. Il conclut, avec suite de frais et dépens, à l'annulation de la

décision querellée et au renouvellement de son autorisation de séjour. Le juge

instructeur de la cause a accordé l'effet suspensif au recours par décision

provisoire du 7 juillet 2004, confirmée par décision incidente du 13 juillet

2004. Le Service de la population a répondu le 20 juillet 2004, concluant au

rejet du recours. X.________ s'est déterminé le 31 août 2004, persistant dans

ses conclusions. Le tribunal, s'estimant suffisamment renseigné, a statué par

voie de circulation. Les arguments des parties seront repris ci-dessous dans la

mesure utile.

Considérants

1.

a) L'ordonnance fédérale du

6.

octobre 1986 limitant le nombre des étrangers (OLE), assure un rapport

équilibré entre l'effectif de la population suisse et celui de la population

étrangère résidante (art. 1 let. a OLE). Selon l'art. 7 al. 1er de la loi sur

le séjour et l'établissement des étrangers du 26 mars 1931 (LSEE), le conjoint

étranger d'un ressortissant suisse a droit à l'octroi de la prolongation de

l'autorisation de séjour. Après un séjour régulier et ininterrompu de cinq ans,

il a droit à l'autorisation d'établissement. Ce droit s'éteint lorsqu'il existe

un motif d'expulsion.

Aux termes de l'alinéa 2 de

cette disposition, ce droit n'existe pas lorsque le mariage a été contracté

dans le but d'éluder les dispositions sur le séjour et l'établissement des

étrangers et notamment celles sur la limitation du nombre des étrangers. La

directive 623.13 va dans ce sens : les droits conférés par l’art. 7 al. 1

LSEE s’éteignent si l’étranger invoque un mariage de façon abusive (ATF 127 II

49.

ss ; 123 II 49 ss ; 121 II 97 ss ; 119 Ib 417 ss ; 118

Ib 145 ss).

b) En droit des étrangers,

il y a abus de droit lorsque l'intéressé invoque un mariage n'existant plus que

formellement dans le seul but d'obtenir une autorisation de séjour (ATF 121 II

104; 123 II 49; 127 II 49 et 128 II 97 concernant la révocation de la

naturalisation). Selon la jurisprudence, il peut y avoir abus de droit même en

l'absence d'un mariage contracté dans le but d'éluder les dispositions sur le

séjour et l'établissement des étrangers. L'existence d'un éventuel abus de

droit doit être apprécié dans chaque cas particulier et avec retenue, seul

l'abus manifeste pouvant être pris en considération (ATF 121 II 104).

La preuve directe que les

époux se sont mariés non pas pour fonder une véritable communauté conjugale,

mais seulement dans le but d'éluder les dispositions de la législation sur le

séjour et l'établissement des étrangers ne peut être aisément apportée; les

autorités doivent donc se fonder sur des indices. De tels indices peuvent

notamment résulter du fait que l'étranger est menacé d'un renvoi de Suisse,

parce que son autorisation de séjour n'est pas prolongée ou que sa demande

d'asile a été rejetée. La grande différence d'âge entre les époux, et les

circonstances de leurs relations, de même que l'absence de vie commune ou le

fait que la vie commune a été de courte durée, constituent également des

indices que les époux n'ont pas la volonté de créer une véritable union

conjugale. Toutefois, celle-ci ne saurait être déduite du seul fait que les

époux ont vécu ensemble pendant un certain temps et ont entretenu des relations

intimes, car un tel comportement peut aussi avoir été adopté dans l'unique but

de tromper les autorités (ATF 121 II 3, consid. 2b; 119 Ib

420, consid. 4b; voir aussi ATF 98 II 7, consid. 2c; et

Peter Kottusch, Scheinehen aus fremdenpolizeilicher Sicht, ZBL 84/1983

p. 432 ss).

Il convient de

préciser, pour être complet, qu'en cas d'abus de droit, le respect par le

conjoint étranger des dispositions du droit civil ne joue aucun rôle, selon le

droit des étrangers, s'il s'oppose à la demande de divorce déposée par le

conjoint suisse avant le délai de quatre ans (Art. 114 du Code civil) prévu par

le droit civil (ATF 128 II 145, ATF non publié du 3 avril 2002 dans la cause X;

2A.509/2001; en matière d'abus de droit selon le nouveau droit du divorce, cf.

ATF non publié 5C.242/2001 du 11 décembre 2001). Le fait que le juge du divorce

considère le maintien juridique du mariage comme admissible durant quatre ans,

au sens de l'art. 115 du Code civil, n'exclut pas que le recours à un mariage

n'existant plus que formellement peut constituer un abus de droit selon le

droit des étrangers.

c) En l'espèce, le

recourant et son épouse se sont séparés moins d'une année et demie après la

célébration de leur mariage. Après une année de séparation, il n'est pas

démontré qu'une reprise de leurs relations serait envisagée, l'épouse ayant

quitté la Suisse au mois d'août 2003 (v. directives fédérales 623.14, par

analogie) et le recourant ignorant même l'adresse de son épouse dont il n'a pas

de nouvelles. Le recourant n'est dont pas crédible lorsqu'il allègue que la

séparation du couple n'est que temporaire.

Des éléments au dossier, il

ressort que le mariage des époux n'existe actuellement plus que formellement et

qu'il doit être considéré comme vidé de sa substance. Aussi, le recourant se

prévaut-il abusivement de l'art. 7 al. 1 LSEE pour obtenir le renouvellement de

son autorisation de séjour, respectivement la transformation de son

autorisation de séjour en autorisation d'établissement. Force est donc de

constater qu'il existe des indices suffisants pour démontrer que le mariage n'a

été contracté que dans le but d'éluder les dispositions sur le séjour et

l'établissement des étrangers. Il était donc constitutif d'un abus de droit.

2.

a) Cela étant, en présence

d’un abus de droit à invoquer l’art. 7 al. 1 LSEE, il faut examiner, comme en

cas de divorce, si au regard des critères posés par les directives et

commentaires de l’IMES (état janvier 2004, ch. 654, anciennement chiffre 644),

les circonstances peuvent plaider en faveur du renouvellement des conditions de

séjour de l’intéressé (cf. dans ce sens : PE 2002/0541 du 7 avril 2003). Dans

certains cas, notamment pour éviter des situations d'extrême rigueur,

l'autorisation de séjour peut être renouvelée après le divorce (conjoint d'un

citoyen suisse, ch. 652) ou la dissolution de la communauté conjugale (conjoint

étranger d'un étranger, ch. 653). D’après ces directives, les critères

déterminants sont à cet égard, la durée du séjour, les liens personnels avec la

Suisse, la situation professionnelle, la situation économique et sur le marché

de l’emploi, le comportement de l’étranger, ainsi que son degré d’intégration. Sont

également à prendre en considération les circonstances qui ont conduit à la

dissolution du lien matrimonial ou à la cessation de la vie commune. S'il est

établi que l'on ne peut plus exiger du conjoint, admis dans le cadre du

regroupement familial, le maintien de la relation conjugales, notamment parce

qu'il a été maltraité, il importe d'en tenir compte dans la prise de décision

et d'éviter des situations de rigueur (v. ég.: FF 2002 3512 et 3552). Les

autorités statuent librement dans le cadre des prescriptions légales et des traités

conclus avec l'étranger (art. 4 LSEE).

b) En l’espèce, le

recourant, qui occupe un poste de manœuvre, n'est pas au bénéfice de

qualifications professionnelles très élevées et aucun élément ne permet de

soutenir qu'il serait particulièrement intégré professionnellement. Le départ

du recourant n'entraînerait pas un inconvénient tel pour son employeur actuel

qu'il se justifie de prendre cet argument en considération dans la présente affaire.

En outre, le recourant allègue, mais sans le démontrer, que la séparation du

couple est imputable à son épouse; mais si cela était avéré, une autorisation

de séjour ne saurait être accordée à l'époux étranger pour ce seul motif.

L'ensemble des circonstances

du dossier ne milite pas en faveur du renouvellement de l'autorisation de

séjour du recourant. Ce dernier n'est pas dans une situation d'extrême rigueur

qui justifierait le renouvellement de dite autorisation au regard de la

directive fédérale no 654, de sorte que la décision de l'autorité intimée doit

être confirmé.

3.

Les considérations qui

précèdent conduisent au rejet du recours, aux frais de son auteur qui n'a pas droit

à l'allocation de dépens (art. 38 et 55 LJPA). Un nouveau délai doit être

imparti à l'intéressé pour quitter le territoire vaudois (art. 12 al. 3 LSEE).

Dispositif

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I.

Le recours est rejeté.

II.

La décision du Service de la

population du 8 juin 2004 est confirmée.

III.

Un délai au 31 janvier 2005 est

imparti à X.________ pour quitter le territoire vaudois.

IV. L'émolument de

recours, arrêté à 500 (cinq cents) francs, somme compensée par le dépôt de

garantie versé, est mis à la charge de X.________.

V. Il n'est pas alloué

de dépens.

ip/Lausanne, le 30 décembre 2004

Le président: Le

greffier:

Le présent arrêt est communiqué aux

destinataires de l'avis d'envoi ci-joint

+ un exemplaire pour l'IMES.

Le présent arrêt peut faire l'objet, dans

les trente jours dès sa notification, d'un recours de droit administratif au

Tribunal fédéral. Le recours s'exerce conformément aux art. 103 ss de la loi

fédérale d'organisation judiciaire (RS 173.110)