Lexipedia

Décision

PE.2005.0298

TA - PE.2005.0298 - 2006-09-12 - X.___________, Z.__________/Service de la population (SPOP)

12 septembre 2006Français12 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants

A.

Les recourants, X.________________ et Z.________________,

nés respectivement le 1er juillet 1938 et le 23 mars 1942,

originaires du Kosovo, sont arrivés le 21 janvier 1994 en Suisse avant d'y

déposer une demande d'asile.

Cette demande ayant été refusée, les recourants ont

quitté définitivement notre pays le 21 mars 2001.

B.

Par l'intermédiaire de leur fils, Y.________________, les

recourants ont sollicité une autorisation de séjour, dans le courant de l'année

2004.

Par courrier du 1er décembre 2004 adressé

au Service de la population, Y.________________ a déclaré ce qui suit:

"Madame, Monsieur,

Suite à votre courrier

concernant la demande d'autorisation de séjour en faveur de mes parents X.________________

et Z.________________, déposée récemment auprès de votre service, par la

présente, je vous informe sur les motifs de la demande citée ci-dessus.

En effet, en 2003-2004 mes

parents ont obtenu un visa touristique leur permettant de séjourner en Suisse

durant trois mois.

A l'avenir nous

souhaiterions qu'ils puissent rester quatre, cinq voire six mois par année et

qu'ils soient dispensés des démarches administratives auprès de votre bureau de

liaison à Prishtina, exigées pour l'obtention du visa touristique.

Une assurance maladie et

accident sera contractée afin que leur séjour de déroule dans les meilleures

conditions.

Nous attirons votre

attention sur le fait que nous somme quatre frères et vivons tous en Suisse

(Begnins, Gland).

Vous remarquerez que les

paragraphes 3, 4 et 5 de la présente vous sont adressés en leurs noms

également".

A ce courrier était joint une attestation de prise

en charge signée par A.________________, Y.________________ et B.________________,

ainsi que des certificats de salaire concernant ces derniers et des documents

en albanais sans traduction.

Y.________________ a par ailleurs signé une déclaration

de garantie en faveur de ses parents.

Le 22 février 2005, Y.________________ s'est adressé

au Bureau des étrangers de la commune de Gland de la manière suivante:

"Madame,

Suite à notre entretien

téléphonique, comme convenu, je vous fais parvenir des explications concernant

la demande citée ci-dessus.

La requête mentionnée a été

formulée en se référant à l'article 34 (RENTIERS) de l'Ordonnance limitant le

nombre des étrangers, loi fédérale sur l'établissement des étrangers.

Or, d'après les

informations et les formulaires remplis qui vous sont parvenus par le courrier

précédent, vous pouvez constater que nos parents, X.________________ et Z.________________,

répondent pleinement aux conditions requises afin de pouvoir bénéficier d'un

permis de séjour pour rentiers.

Pour mémoire, nous vous

avons fait parvenir une déclaration signée, attestant l'entière prise en charge

de nos parents (...)".

C.

Par décision du 30 mai 2005 notifiée le 7 juin suivant, le

Service de la population a refusé de délivrer une autorisation de séjour en

faveur des recourants aux motifs suivants:

"Monsieur et Madame XZ.________________

ont déposé une demande d'autorisation de séjour afin de pouvoir vivre auprès de

leurs enfants en Suisse.

Selon l'article 34 de

l'Ordonnance limitant le nombre des étrangers du 6 octobre 1986 (OLE), une

autorisation de séjour peut être accordée à des rentiers de plus de 55 ans

ayant des attaches étroites avec la Suisse et disposant de moyens financiers

personnels suffisants leur permettant de subvenir seuls à leurs besoins.

Il apparaît à l'examen du

dossier que la condition de l'article 34 lettre e OLE (moyens financiers) n'est

pas réalisée.

Conformément à l'article 1

alinéa 1 de l'Ordonnance limitant le nombre des étrangers du 6 octobre 1986

(OLE) qui vise à assurer un rapport équilibré entre l'effectif de la population

suisse et celui de la population étrangère, des autorisations peuvent être

accordées pour des raisons importantes (article 36 OLE).

En l'espèce et au regard de

la jurisprudence, tel n'est pas le cas et bien que les motifs invoqués soient

dignes d'intérêt, notre service ne peut s'éloigner de la pratique constante en

matière d'octroi d'autorisation de séjour fondée sur cet article.

Au surplus, une autorisation

fondée sur l'article 36 OLE ne saurait permettre l'équivalent d'un regroupement

familial en faveur des ascendants. A cet égard, les conditions pour l'octroi

d'une autorisation de séjour au titre de regroupement familial, selon les

articles 17 alinéa 1 LSEE, 3 alinéa 1 et 1 bis OLE, 38 OLE, ainsi que l'article

3 de l'Annexe à l'Accord sur la libre circulation des personnes (ALCP) ne sont

pas remplies.

Par surabondance, les

intéressés, ne se trouvent pas eux-mêmes dans une situation d'extrême gravité.

Enfin, il est à relever

qu'ils sont entrés en Suisse avec un visa touristique et qu'ils sont tenus par

les termes de leur visa.

Décision prise en

application des articles 4 et 16 de la Loi fédérale sur le séjour et l'établissement

des étrangers sud 26 mars 1931, ainsi que des articles 34d et 36 de l'Ordonnance

limitant le nombre des étrangers du 6 octobre 1986".

Par acte du 26 juin 2006, Y.________________ a

recouru au nom de ses parents devant le Tribunal de céans et a conclu à

l'annulation de la décision entreprise, sous suite de frais judiciaires.

Les recourants se sont acquittés à temps de l'avance

de frais requise par le tribunal, par 500 francs.

Par décision du 7 juillet 2005, l'effet suspensif a

été accordé au recours, les recourants étant autorisés à poursuivre leur séjour

dans le canton de Vaud jusqu'à ce que la procédure de recours cantonale soit

terminée.

L'autorité intimée s'est déterminée le 11 août 2005

sur le recours, concluant à son rejet.

Bien qu'invités à se déterminer complémentairement,

les recourants n'ont pas procédé.

Le Tribunal a statué par voie de circulation.

Considérants

1.

Aux termes de l’art. 4 al. 1 de la Loi du 18 décembre 1989

sur la juridiction et la procédure administratives (ci-après : LJPA), le

Tribunal administratif connaît en dernière instance cantonale de tous les

recours contre les décisions administratives cantonales ou communales lorsque

aucune autre autorité n’est expressément désignée par la loi pour en connaître.

Il est ainsi compétent pour statuer sur les recours interjetés contre les

décisions du Service de la population.

Déposé dans le délai de 20 jours qui suit la

communication de la décision entreprise, le recours l'est en temps utile (art.

31.

LJPA). Il est ainsi recevable à la forme.

2.

En dehors des cas où une disposition légale prévoit

expressément le contrôle de l’opportunité d’une décision, le Tribunal

administratif n’exerce qu’un contrôle en légalité, c’est-à-dire examine si la

décision entreprise est contraire à une disposition légale ou réglementaire

expresse, ou relève d’un excès ou d’un abus du pouvoir d’appréciation (art. 36

litt. a et c LJPA). La loi sur le séjour et l’établissement des étrangers du 26

mars 1931 (LSEE) ne prévoyant aucune disposition étendant le pouvoir de

contrôle de l’autorité de recours à l’inopportunité, ce grief ne saurait donc

être examiné par le Tribunal de céans.

Il y a abus du pouvoir d’appréciation lorsqu’une

autorité, usant des compétences qui lui sont dévolues par la loi, se laisse

guider par des considérations non pertinentes ou étrangères au but des

dispositions applicables, ou encore lorsqu’elle statue en violation des

principes généraux du droit administratif que sont l’interdiction de

l’arbitraire, l’égalité de traitement, la bonne foi et la proportionnalité.

Dès lors, il n'y a pas lieu d'entrer en matière sur

les motifs liés à l'opportunité de la décision entreprise contenus dans les

moyens invoqués par le recourant.

3.

Contrairement à ce que soutiennent les recourants, il ne

peuvent pas être admis à séjourner durablement en Suisse sur la base de

l'article 34 OLE, consacré aux autorisations de séjour pour rentiers. En effet,

les conditions posées aux lettres a à e de cette disposition sont cumulatives

(voir par exemple arrêt TA PE.2002/511 du 21 octobre 2003 et les références

citées). Or, la lettre e de l'article 34 OLE soumet l'octroi d'une autorisation

de séjour pour rentiers au fait que le requérant dispose des moyens financiers

nécessaires.

La jurisprudence constante du Tribunal administratif

a toujours dégagé une interprétation restrictive de la lettre e de l'article 34

OLE en ce sens que les moyens financiers mentionnés par cette disposition

doivent être ceux du rentier étranger et non de son entourage ou d'un tiers.

Les promesses d'aide matérielle de tiers, en particulier des proches parents ou

enfants, ne sont donc pas déterminantes puisque l'on doit notamment pouvoir

attendre du rentier au sens de l'article 34 OLE qu'il puisse subvenir à tous

ses besoins dans l'hypothèse où il devrait vivre de manière indépendante, par

exemple dans un établissement médico-social (voir arrêt TA PE.2002/511 précité

et les références citées).

En l'occurrence, les recourants n'ont pas prouvé à

satisfaction de droit qu'ils disposaient eux-mêmes des ressources financières

leur permettant de vivre en Suisse d'une manière indépendante sans l'aide de

leur proche. Dès lors, les conditions de l'article 34 OLE ne sont pas

réalisées, comme l'a relevé à juste titre l'autorité intimée.

4.

Est également exclue la délivrance d'une autorisation de

séjour sans activité lucrative fondée sur l'article 36 OLE, disposition selon

laquelle les autorisations de séjour peuvent être accordées à d'autres

étrangers n'exerçant pas une activité lucrative lorsque des raisons importantes

l'exigent.

Le Tribunal de céans a déjà eu l'occasion de

préciser à plusieurs reprises que les principes qui avaient été dégagés par la

jurisprudence du Tribunal fédéral dans le cadre de l'examen de l'article 13

lettre f OLE (autorisations de séjour et de travail hors contingent dans un cas

personnel d'extrême gravité) étaient applicables par analogie à l'appréciation

des demandes d'autorisations de séjour fondées sur l'article 36 OLE (voir

notamment arrêt TA PE.2003/0111 et références citées; récemment PE.2006/272).

Il en résulte que l'article 36 doit être interprété restrictivement. Une

application trop large de cette disposition s'écarterait en effet des buts de

l'OLE. En outre, cette disposition, conformément à la jurisprudence du Tribunal

de céans, ne permet pas d'obtenir un regroupement familial en faveur des ascendants

si les conditions liées à une telle autorisation de séjour ne sont pas

réalisées. L'article 36 OLE n'a pas non plus pour but d'autoriser des personnes

ne remplissant pas les conditions de l'article 34 OLE à séjourner durablement

en Suisse.

5.

Majeurs et ne souffrant d'aucun handicap ou maladie grave

les empêchant de vivre d'une manière autonome dans leur pays, les recourants ne

peuvent en particulier pas se prévaloir de l'article 8 de la Convention de

sauvegarde des droits de l'homme et les libertés fondamentales (CEDH; RS0.101)

à l'égard des membres de leur famille ayant un droit de présence assuré en

Suisse, dans la mesure où ils ne se trouvent pas dans un rapport de dépendance

vis-à-vis d'eux.

6.

Les recourants invoquent enfin différentes erreurs de

plume de la décision entreprise, soutenant qu'il y a "violation

flagrante" de l'obligation de motiver la décision au sens de l'article 19

alinéa 2 LSEE.

Force est de constater que la décision est

parfaitement compréhensible, malgré les quelques erreurs de plume, que l'on ne

saurait reprocher à une autorité qui doit rendre plusieurs centaines de

décisions par année. Les recourants se sont vus notifier une décision motivée,

leur permettant de comprendre pour quelle raison l'autorisation de séjour

demandée a été refusée. Il n'y a d'ailleurs pas de violation du droit d'être

entendu. Cet argument confine au surplus à la témérité.

7.

En définitive, force est de constater que les recourants

peuvent demeurer dans leur pays d'origine: ils peuvent conserver des liens avec

leur famille résidant en Suisse dans le cadre de séjours touristiques autorisés

par la loi et ils peuvent bénéficier, si nécessaire, d'une aide financière que

leurs enfants peuvent leur envoyer. Leur situation ne diffère en rien de celle

d'autres étrangers dont certains des enfants ont émigrés et qui manifestent le

désir de passer la fin de leur vie auprès d'eux. Il n'en résulte toutefois

aucune situation de détresse personnelle avérée nécessitant absolument leur

présence en Suisse.

8.

Il ressort des consisérants qui précédent que le recours

doit être rejeté, aux frais de leur auteur et la décision entreprise confirmée.

Succombant, les recourants n'ont pas droit à des dépens.

D'après les déclarations d'Y.________________, ses

parents auraient quitté la Suisse à l'échéance de leur visa touristique. Il

appartient au SPOP de vérifier ces faits et, le cas échéant, de fixer un

nouveau délai de départ.

Dispositif

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I.

Le recours est rejeté.

II.

La décision rendue par le SPOP le 30 mai 2005 est

confirmée.

III.

Un émolument judiciaire de 500 (cinq cents) francs est mis

à la charge des recourants, somme compensée avec le dépôt de garantie déjà

effectué.

IV.

Il n'est pas alloué de dépens.

Lausanne, le 12 septembre 2006

Le président: Le

greffier:

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de

l'avis d'envoi ci-joint