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Décision

PE.2005.0366

TA - PE.2005.0366 - 2006-03-21 - X /Service de la population (SPOP)

21 mars 2006Français8 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants

A.

Requérant d’asile débouté, X.________, né le 2.********,

ressortissant de Serbie et Monténégro, séjourne et travaille en Suisse sans

autorisation depuis février 2000. Le prénommé occupe un emploi auprès de

l’Administration communale de 1.********.

B.

Par décision du 1er juillet 2005, le Service de

la population du canton de Vaud (SPOP) a refusé de délivrer à X.________ une

autorisation de séjour sous quelque forme que ce soit et lui a imparti un délai

pour quitter le territoire cantonal. Il a par conséquent refusé de transmettre

à l’autorité fédérale compétente le dossier de l’intéressé en vue d’une

éventuelle exemption des mesures de limitation pour cas personnel d’extrême

gravité au sens de l’article 13 lettre f de l’Ordonnance du 6 octobre 1986

limitant le nombre des étrangers (OLE; RS 823.21).

C.

Le 27 juillet 2005, X.________, agissant par

l’intermédiaire de son employeur, a interjeté recours auprès du Tribunal

administratif à l’encontre de la décision du 1er juillet 2005, dont

il demande implicitement l’annulation.

D.

Par décision du 29 août 2005, le juge instructeur a

accordé l’effet suspensif au recours en ce sens que le recourant a été autorisé

à séjourner et à travailler dans le canton de Vaud jusqu’à droit connu sur le

sort du présent recours.

E.

A été produite par le recourant une lettre du 8 juillet

2002 du Conseil d’Etat vaudois adressée au Préfet du canton à propos de la

problématique du travail illicite. A cette lettre étaient jointes des

déclarations écrites de Madame Jacqueline Maurer-Mayor, conseillère d’Etat du

canton de Vaud.

F.

Dans ses déterminations du 18 octobre 2005, le SPOP a

conclu au rejet du recours.

Considérants

1.

En l'occurrence, le recourant ne peut se prévaloir

d'aucune disposition du droit interne ou d'un traité international lui

accordant le droit à la délivrance d'une autorisation de séjour. Statuant

librement dans le cadre de l'art. 4 de la loi fédérale du 26 mars 1931 sur le

séjour et l'établissement des étrangers (LSEE; RS 142.20), le SPOP a refusé

d'octroyer à l'intéressé une autorisation de séjour, fût-elle hors contingent,

et prononcé son renvoi du territoire cantonal. Il a dès lors refusé de

transmettre le dossier du recourant à l'Office fédéral des migrations en vue

d'une éventuelle exemption de l'intéressé des mesures de limitation au sens de

l'art. 13 lettre f OLE, au motif notamment que le recourant avait commis des

infractions aux prescriptions de police des étrangers (séjour et travail

clandestins). Ce faisant, le SPOP n'a commis ni un abus ni un excès de son

(très large) pouvoir d'appréciation. En effet, les conditions d'application de

l'art. 13 lettre f OLE n'apparaissaient d'emblée pas réunies, au vu de la jurisprudence

restrictive du Tribunal fédéral dans ce domaine.

2.

Le simple fait que l'étranger ait séjourné en Suisse

pendant une longue période, qu'il s'y soit bien intégré professionnellement et

socialement et que son comportement n'ait pas fait l'objet de plaintes ne

suffit pas, à lui seul, à constituer un cas d'extrême gravité; encore faut-il

que sa relation avec la Suisse soit si étroite que l'on ne puisse exiger de lui

qu'il retourne vivre dans son pays d'origine (ATF 128 II 200 consid. 4 et les

arrêts cités). A cela s'ajoute que les séjours illégaux en Suisse ne sont en

principe pas pris en compte dans l'examen du cas de rigueur (ATF 130 II 39

consid. 3 p. 42), l'art. 13 lettre f OLE n'étant pas destiné au premier chef à

régulariser la situation des étrangers vivant clandestinement en Suisse

(ibidem, consid. 5.2. p. 45). Ainsi, s'il n'est malgré tout pas absolument

exclu d'exempter des mesures de limitation un étranger séjournant et

travaillant illégalement en Suisse, il faut cependant que celui-ci se trouve

dans un état de détresse en raison d'autres circonstances particulières (par

exemple: état de santé) pour que l'art. 13 lettre f OLE puisse entrer en ligne

de compte. En l'espèce, il résulte du dossier que le recourant, en bonne santé,

est bien intégré sur le plan socioprofessionnel. Son ascension professionnelle

ne saurait toutefois être qualifiée de remarquable. Quoi qu'il en soit, le

recourant ne peut se prévaloir de circonstances personnelles à ce point

exceptionnelles que le retour dans son pays d'origine - où vivent sa femme et

ses enfants - constituerait un véritable déracinement, d'autant moins qu'il n'y

a pas lieu de tenir compte de la longue durée de son séjour illégal en Suisse.

3.

C'est en vain que le recourant invoque la Circulaire du 21

décembre 2001 (dite "circulaire Metzler"), modifiée le 8 octobre 2004

et édictée par les autorités administratives fédérales compétentes, relative à

leur pratique concernant le séjour des étrangers dans les cas personnels

d'extrême gravité.

Tout d'abord, il y a lieu de relever que les

directives et circulaires de l'administration, si elles visent à assurer

l'application uniforme de certaines dispositions légales, n'ont pas force de

loi et ne lient ni les administrés ni les tribunaux. Elles ne peuvent prévoir autre

chose que ce qui découle de la législation ou de la jurisprudence (cf. ATF 131

V 42 consid. 2.3; ATF 128 I 171 consid. 4.3; ATF 121 II 478 consid. 2b; P.

Moor, Droit administratif, vol. I, 2ème éd., Berne 1994, p. 264 ss).

Force est de constater que la circulaire en question, qui s'adresse en priorité

aux autorités de police des étrangers, se borne à rappeler les conditions

d'application de l'art. 13 lettre f OLE et à citer pour l'essentiel la

jurisprudence y relative développée jusqu'alors par Tribunal fédéral. Selon la

circulaire Metzler (chiffre 2.1), les séjours en Suisse, même illégaux, d'une

durée supérieure à quatre ans, exigent des autorités cantonales un examen

approfondi de la demande d'une autorisation de séjour. Toutefois, l'arrêt

publié aux ATF 130 II 39 ss concernant la portée de la durée du séjour illégal

en Suisse (qui n'a pas été pris en compte dans la circulaire Metzler)

relativise fortement cette limite de quatre ans. Celle-ci n'est donc plus un

critère décisif en cas de séjour illégal.

Le recourant ne peut rien déduire non plus de la lettre du Conseil

d'Etat adressée le 8 juillet 2003 aux préfets du canton. Ce courrier contient

des directives internes à l'attention des préfets.

4.

En résumé, s'il ne faut pas exagérer l'importance des infractions

inhérentes à la condition de travailleur clandestin, à savoir entrée, séjour et

travail en Suisse sans autorisation (ATF 130 II 39 consid. 5.2), le SPOP

n'avait toutefois pas l'obligation de transmettre à l'Office fédéral des

migrations le dossier du recourant, vu l'absence de circonstances

particulières. Le recourant ne se trouve manifestement pas dans un état de

détresse justifiant de l'exempter des mesures de limitation du nombre des

étrangers, même si l'on faisait abstraction de l'illégalité de son séjour en

Suisse. La décision attaquée doit donc être confirmée.

5.

Vu ce qui précède, le recours doit être rejeté, sous suite

de frais à la charge du recourant, qui n'a pas droit à l'allocation de dépens.

Dispositif

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I.

Le recours est rejeté et

la décision rendue par le SPOP le 1er juillet 2005 est confirmée.

II.

Un délai au 30 avril 2006 est imparti à X.________,

ressortissant de Serbie et du Monténégro, né le 2.********, pour quitter le

territoire vaudois.

III.

Un émolument judiciaire de 500 francs est mis à la charge

du recourant, cette somme étant compensée avec le dépôt de garantie versé.

IV.

Il n'est pas alloué de dépens.

dl/Lausanne, le 21 mars 2006

Le

président:

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de

l'avis d'envoi ci-joint et à l'ODM.