Lexipedia

Décision

PE.2005.0453

TA - PE.2005.0453 - 2007-01-11 - X c/Service de la population (SPOP)

11 janvier 2007Français11 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants

A.

X.________, ressortissante colombienne, née le ********, a

complété le 3 décembre 2004 un rapport d’arrivée dans le canton de Vaud, en

indiquant une adresse à l’avenue ********, ********. Le 4 décembre 2004, elle a

sollicité l’octroi d’une autorisation de séjour au sens de l’art. 13 litt. f de

l’Ordonnance du Conseil fédéral du 6 octobre 1986 limitant le nombre des étrangers

(OLE). Elle a exposé qu’elle était entrée en Suisse le 11 septembre 1998,

qu’elle avait exercé différentes activités lucratives dans le canton de

Neuchâtel, que ******** SA, à ********, avait déposé une demande d’autorisation

de séjour et de travail pour l’engager en tant qu’ouvrière, qu’elle avait

toujours subvenu à ses besoins par son travail, qu’elle avait trois enfants

dont deux vivaient à ********l, qu’elle n’avait plus de famille proche en

Colombie où elle n’avait plus d’attaches, qu’elle était bien intégrée en Suisse

et qu’elle aspirait à pouvoir continuer à vivre auprès des siens.

Le 17 mai 2005, X.________, alors domiciliée au

chemin ********, ********, a précisé que sa fille Y.________, domiciliée à ********,

était titulaire d’un permis C, que son fils Z.________, au bénéfice d’un permis

B, résidait également à ******** avec sa fille, que son fils A.________ vivait

en Espagne avec sa fille, qu’elle entretenait des liens étroits avec tous ses

enfants et petits-enfants et que ses enfants Z.________ et Y.________ assuraient

sa prise en charge financière.

B.

Par décision du 17 juin 2005, notifiée le 25 août 2005, le

SPOP a refusé de délivrer à X.________ toute autorisation de séjour, sous

quelle que forme que ce soit, en raison des infractions aux prescriptions de

police des étrangers dont elle s’était rendue coupable et en l’absence d’une

situation de détresse personnelle pouvant constituer un cas de rigueur au sens

de l’art. 13 f OLE.

Dans son recours du 29 août 2005 dirigé contre la

décision précitée du SPOP, X.________ a notamment fait valoir qu’elle

séjournait de manière ininterrompue en Suisse depuis le 11 septembre 1998,

qu’il lui serait impossible de vivre éloignée de sa famille résidant en Suisse,

que ses activités lucratives avaient été déclarées jusqu’à l’été 2001, qu’elle

travaillait depuis lors dans les domaines de la pédicure, de la manucure ou de

la coiffure, qu’elle avait fait l’objet de menaces en Colombie en raison de ses

convictions politiques et qu’elle n’imaginait pas pouvoir retourner dans son

pays d’origine. Elle a produit le 27 septembre 2005 différentes attestations

valant témoignages d’amis et de connaissances, principalement domiciliés dans

le canton de Neuchâtel.

L’effet suspensif au recours a été accordé à titre

préprovisoire par avis du

1er septembre 2005.

C.

Le SPOP a produit ses déterminations au dossier le 16

février 2006. Il y a repris, en les développant, les motifs invoqués à l’appui

de la décision litigieuse et a conclu au rejet du recours.

La recourante n’a pas déposé d’observations à la

suite des déterminations de l’autorité intimée. Le courrier du tribunal du 3

mai 2006 l’informant du refus d’appointer une audience et de la possibilité de

produire au dossier d’autres attestations valant témoignages n’a pas pu être

notifié à la recourante à l’adresse qu’elle avait communiquée au tribunal. Les

démarches effectuées auprès du SPOP et du Bureau des étrangers de ******** pour

tenter d’obtenir la nouvelle adresse de la recourante n’ayant pas abouti, le

tribunal a dû s’adresser à ses enfants à ******* pour obtenir des nouvelles de

leur mère. Le 17 juillet 2006, la recourante a indiqué au tribunal qu’elle

était sans domicile fixe et qu’elle faisait élection de domicile à l’adresse de

sa fille Y.________.

Par courrier du 21 août 2006, la recourante a

rappelé qu’elle se sentait bien intégrée en Suisse et qu’elle souhaitait

pouvoir y vivre auprès de ses enfants et petits-enfants. Elle a précisé le 18

septembre 2006 qu’elle séjournait actuellement à ******* où elle effectuait des

travaux de ménage lui procurant un gain mensuel variant entre 2'000 fr. et

2'500 fr.

En date du 30 novembre 2006, Jean-Philippe TERRIER,

représentant de la recourante à teneur d’une procuration du 18 octobre 2006, a

produit, à la demande du tribunal, un courrier de l’Office fédéral des

migrations (ODM) du 21 novembre 2006 selon lequel la recourante avait fait

l’objet, le 1er septembre 2005, d’une mesure d’interdiction d’entrer

en Suisse avec échéance le 31 août 2007, décision qui lui avait été

formellement notifiée le 2 novembre 2005.

Le Tribunal administratif a statué par voie de

circulation.

Considérants

1.

a) Aux termes de l’art. 4 al. 1 de la Loi du 18 décembre

1989.

sur la juridiction et la procédure administratives (ci-après : LJPA),

le Tribunal administratif connaît en dernière instance cantonale de tous les

recours contre les décisions administratives cantonales ou communales lorsque

aucune autre autorité n’est expressément désignée par la loi pour en connaître.

Il est ainsi compétent pour statuer sur les recours interjetés contre les

décisions du Service de la population.

Déposé en temps utile, selon les formes prescrites

par la loi, le recours est formellement recevable, de sorte qu’il y a lieu

d’entrer en matière sur le fond.

b) En dehors des cas où une disposition légale

prévoit expressément le contrôle de l’opportunité d’une décision, le Tribunal

administratif n’exerce qu’un contrôle en légalité, c’est-à-dire examine si la

décision entreprise est contraire à une disposition légale ou réglementaire

expresse, ou relève d’un excès ou d’un abus du pouvoir d’appréciation (art. 36

litt. a et c LJPA). La loi sur le séjour et l’établissement des étrangers du 26

mars 1931 (LSEE) ne prévoyant aucune disposition étendant le pouvoir de

contrôle de l’autorité de recours à l’inopportunité, ce grief ne saurait donc

être examiné par le Tribunal de céans.

Il y a abus du pouvoir d’appréciation lorsqu’une

autorité, usant des compétences qui lui sont dévolues par la loi, se laisse

guider par des considérations non pertinentes ou étrangères au but des

dispositions applicables, ou encore lorsqu’elle statue en violation des

principes généraux du droit administratif que sont l’interdiction de

l’arbitraire, l’égalité de traitement, la bonne foi et la proportionnalité.

2.

Selon l’art. 1a LSEE, tout étranger a le droit de résider

sur le territoire suisse s’il est au bénéfice d’une autorisation de séjour ou

d’établissement ou si, selon la présente loi, il n’a pas besoin d’une telle

autorisation. Selon l’art. 4 LSEE, l’autorité statue librement, dans le cadre

des prescriptions légales et des traités avec l’étranger, sur l’octroi de

l’autorisation de séjour. Pour les autorisations, les autorités doivent tenir

compte des intérêts moraux et économiques du pays, ainsi que du degré de

surpopulation étrangère (art. 16 LSEE). Ainsi, les ressortissants étrangers ne

bénéficient d’aucun droit à l’obtention d’une autorisation de séjour, voire

d’établissement, sous réserve des dispositions contraires résultant des traités

internationaux et de la loi.

3.

La recourante sollicite des autorités cantonales vaudoises

qu’elles préavisent favorablement l’octroi, par l’ODM, d’une autorisation de

séjour fondée sur l’art. 13 f OLE. Indépendamment de son examen sur le fond,

cette requête se heurte à deux objections de principe.

a) Le 1er septembre 2005, l’ODM a prononcé à l’encontre de la

recourante une mesure d’interdiction d’entrer en Suisse valable jusqu’au 31

août 2007 pour infractions graves aux prescriptions de police des étrangers

(séjour et travail sans autorisation), qui lui a été notifié le 2 novembre 2005

par le poste de gardes-frontière de Chiasso (auprès duquel elle a indiqué une

adresse en Italie). Faute de recours, cette décision est entrée en force, de

sorte que la recourante ne saurait bénéficier d’un titre de séjour en Suisse, à

moins qu’elle puisse faire valoir un droit à une autorisation de séjour. Or, à

l’évidence, la recourante, qui vit dans la clandestinité, ne dispose pas d’un

tel droit. Les autorités cantonales vaudoises de police des étrangers ne

sauraient dès lors préaviser favorablement, auprès de l’ODM, l’octroi d’une

autorisation de séjour en faveur d’une ressortissante étrangère frappée d’une

interdiction d’entrer en Suisse par ce même Office. Ce premier moyen fait déjà

obstacle à la requête présentée par le recourante.

b) Selon le principe de territorialité des autorisations de séjour,

consacré à l’art. 8 LSEE, un canton n’est tenu de statuer sur une demande

d’autorisation de séjour que si le requérant y a le centre de ses intérêts. Or,

dans le cas particulier, la recourante n’a jamais eu de domicile fixe dans le

canton de Vaud. Elle l’a d’ailleurs expressément admis dans son courrier du 17

juillet 2006. A la suite des difficultés rencontrées par le tribunal de céans

pour joindre la recourante dans le canton de Vaud, celle-ci a élu domicile

auprès de sa fille, à ********. Même si la recourante indique exercer une

activité lucrative dans le canton de Vaud (au demeurant non déclarée et

incontrôlable), cette circonstance ne suffit pas à créer dans ce canton le

centre de ses intérêts. Ce d’autant plus que l’argumentation principale de la

recourante pour pouvoir résider dans notre pays consiste à invoquer les

relations étroites qu’elle entretient avec ses enfants et petits-enfants en

Suisse, tous domiciliés dans le canton de Neuchâtel. La recourante fait valoir

qu’elle ne peut pas envisager de s’éloigner de sa proche famille. Or, celle-ci

réside dans le canton de Neuchâtel, où la recourante a d’ailleurs vécu depuis

son arrivée en Suisse pendant plusieurs années et où elle a exercé différentes

activités lucratives. Dans ces conditions, on voit mal pourquoi il incomberait

au canton de Vaud d’adresser un préavis positif à l’ODM en vue d’une

application éventuelle de l’art. 13 f OLE en faveur d’une ressortissante qui

n’est pas domiciliée dans ce canton et dont tous les proches parents résident

dans le canton de Neuchâtel. Au demeurant, ce sont les enfants de la recourante

domiciliés à ******** qui ont pris l’engagement de subvenir aux besoins de leur

mère en cas de nécessité.

En application de l’art. 8 LSEE, une éventuelle

régularisation des conditions de séjour de la recourante ne peut intervenir que

par le biais des autorités de police des étrangers neuchâteloises, après que la

recourante aura quitté la Suisse et aura attendu l’échéance au 31 août 2007 de

l’interdiction d’entrer en Suisse dont elle est frappée. Le cas échéant, la

recourante pourrait alors obtenir un assentiment des autorités vaudoises pour

l’exercice d’une activité formellement déclarée dans le canton de Vaud.

4.

Vu ce qui précède, le recours doit être rejeté et la

décision entreprise maintenue.

Succombant, la recourante doit supporter les frais

judiciaires.

Il appartiendra au SPOP de lui impartir un délai

pour quitter le territoire vaudois, dans l’hypothèse où elle y séjournerait.

Dispositif

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I.

Le recours est rejeté.

II.

La décision du SPOP du 17 juin 2005 est confirmée.

III.

L’émolument de recours, arrêté à 500 (cinq cents) francs,

est mis à la charge de la recourante.

av/Lausanne, le 11 janvier 2007

Le

président:

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de

l'avis d'envoi ci-joint

Le présent arrêt peut faire l'objet, dans les trente

jours suivant sa notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en

matière de droit public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du

17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours

constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss LTF.