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Décision

PE.2009.0500

CDAP - PE.2009.0500 - 2010-02-25 - X c/Service de la population (SPOP)

25 février 2010Français16 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants

A.

A.X.________, ressortissante algérienne née le

14 juin 1969, est entrée en Suisse le 1er septembre 2007, au

bénéfice d'un visa, en vue d'épouser B.X.________, ressortissant suisse né le

12 novembre 1951. Le mariage a eu lieu le 13 septembre 2007. A.X.________ a alors

été mise au bénéfice d'une autorisation de séjour au titre du regroupement

familial.

B.

Le 17 septembre 2008, le Président du Tribunal d'arrondissement

de l'2.******** a ratifié la convention de mesures protectrices de l'union

conjugale signée à l'audience du même jour par les époux X.________, aux termes

de laquelle ces derniers se sont autorisés à vivre séparés jusqu'au 31 mars

2009, la séparation étant effective depuis le 12 août 2008. La convention met à

la charge de B.X.________ une pension mensuelle de 300 fr. pour

l'entretien de son épouse. La vie commune n'a pas repris depuis la séparation.

C.

Le 12 août 2008, A.X.________ a demandé la

prolongation de son autorisation de séjour, qui venait à échéance le 12

septembre 2008. Par lettre du 5 décembre 2008, elle a été informée que son

permis serait renouvelé pour six mois, sans préjudice de la décision

définitive, qui nécessitait une instruction complémentaire. A la même date, le Service

de la population (SPOP) a diligenté une enquête sur la situation du couple.

D.

Interrogé par la Police d'3.********, B.X.________

a indiqué qu'il s'estimait victime d'un "mariage gris", son épouse

n'étant à ses yeux venue en Suisse que par profit. A la question de savoir si

une procédure de divorce était envisagée, il a répondu qu'aucune date n'avait

été arrêtée pour l'instant, son avocat préconisant d'attendre deux ans. Il a encore

déclaré qu'il espérait que son épouse quitte la Suisse, ajoutant : "si

elle pouvait partir pour le 31 décembre 2008, ça serait parfait". Enfin,

il soupçonne son épouse d'être mariée à un autre homme en Algérie.

A.X.________ a été entendue par la

Police 4.********, qui a établi son rapport le 7 mars 2009 sur la base des

déclarations de cette dernière et des renseignements pris à son sujet.

A.X.________ a déclaré n'avoir été victime d'aucune violence physique ou

psychique dans son couple. Elle a dit espérer pouvoir reprendre la vie commune

avec son époux afin de fonder une famille et avoir des enfants. Son

comportement n'a donné lieu à aucune plainte. Elle a été employée pendant trois

semaines au mois de janvier 2008 en qualité de conseillère auprès d'une maison

de cosmétiques. En avril 2008, elle a été engagée à plein temps comme

gouvernante dans une famille avant d'être licenciée en juillet 2008. En

septembre 2008, elle a travaillé comme employée de maison, à raison de 3 heures

par jour. Son employeur a mis fin à son contrat car A.X.________, en voyage en

Algérie depuis décembre 2008, n'a pas repris le travail comme convenu le 20

janvier 2009, ne regagnant la Suisse que le 23 février 2009. Cette absence

était due selon A.X.________ à la maladie de sa mère. A.X.________ a expliqué

avoir entrepris des démarches pour faire reconnaître en Suisse son diplôme de

technicien supérieur en matériaux de construction obtenu le 13 avril 1992 dans

son pays natal. N'ayant plus de travail depuis son retour en Suisse le 23

février 2009, A.X.________ s'est adressée aux services sociaux de 5.********,

afin d'obtenir une aide financière; elle a bénéficié du reste du revenu

d'insertion durant quelques mois. Le rapport de police relève encore qu'A.X.________

a des contacts réguliers en Suisse avec sa belle-famille du côté d'une sœur.

Ses parents et frères et sœurs (au nombre de sept) vivent tous en Algérie.

E.

Le 31 mars 2009, A.X.________ a requis la

prolongation de son titre de séjour. Le 28 avril 2009, le SPOP a fait savoir à

cette dernière qu'il considérait que son droit à une autorisation de séjour au

titre du regroupement familial avait pris fin, dès lors qu'elle vivait séparée

de son époux et que les conditions de la poursuite de son séjour après

dissolution de la famille n'étaient pas remplies, en conséquence de quoi il

avait l'intention de refuser sa demande et de lui impartir un délai pour

quitter la Suisse.

Par lettre du 27 mai 2009 de son

avocat, A.X.________ s'est déterminée, faisant valoir qu'une réconciliation

avec son époux restait possible et qu'elle allait tenter de convaincre ce

dernier d'entamer une thérapie. Elle s'est prévalue de ses nombreuses

recherches d'emploi, ayant débouché sur un emploi temporaire de trois mois, et

de ses démarches entreprises pour faire reconnaître son diplôme universitaire

algérien, ce qui lui permettrait de disposer d'un bel avantage sur le marché de

l'emploi. Enfin, A.X.________ a invoqué sa bonne intégration en Suisse. Elle

considère que depuis son départ pour la Suisse, elle n'a plus guère de liens avec

les personnes qu'elle connaissait dans son pays d'origine, où elle n'a pas de possibilité

de se loger et où elle éprouverait de sérieuses difficultés à retrouver un

emploi.

F.

Par décision du 6 juillet 2009, notifiée le 13

juillet 2009 à son avocat, le SPOP a refusé de renouveler l'autorisation de

séjour d'A.X.________ et lui a imparti un délai de départ.

G.

Par acte du 14 septembre 2009 de son conseil,

A.X.________ a recouru en temps utile compte tenu des féries auprès de la Cour

de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP) contre la décision

du SPOP, concluant, avec dépens, à sa réforme en ce sens que son autorisation

de séjour est renouvelée.

Le 14 octobre 2009, le SPOP s'est

déterminé en concluant au rejet du recours.

Par l'intermédiaire de son conseil,

la recourante a déposé le 5 janvier 2010 un mémoire complémentaire, confirmant

les conclusions de son recours. Elle a produit deux lettres de soutien émanant

de ses employeuses actuelles, qui louent ses mérites.

H.

Une demande de permis de travail a été déposée

le 12 septembre 2009 par C.Y.________, qui souhaite engager la recourante comme

aide de ménage et dame de compagnie à raison de 24 heures par semaine au tarif

horaire brut de 23 fr. La recourante se prévaut d'un autre engagement, en

qualité de concierge. Son contrat de mission pour 6.******** a été prolongé

pour une durée indéterminée le 17 août 2009.

I.

Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérants

1.

La présente cause est régie par la loi fédérale

du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20), entrée en vigueur le 1er

janvier 2008 (art. 126 al. 1er LEtr, a contrario).

2.

a) D'après l'art. 42 al. 1 LEtr, le conjoint

d'un ressortissant suisse (…) a droit à l'octroi d'une autorisation de séjour

et à la prolongation de sa durée de validité à condition de vivre en ménage

commun avec lui.

L'art. 49 LEtr prévoit cependant

une exception à cette exigence du ménage commun lorsque la communauté familiale

est maintenue et que des raisons majeures justifiant l'existence de domiciles

séparés peuvent être invoquées. Aux termes de l'art. 76 de l'ordonnance du 24

octobre 2007 relative à l'admission, au séjour et à l'exercice d'une activité

lucrative (OASA; RS 142.201), cette exception peut résulter de raisons majeures

dues, notamment, à des obligations professionnelles ou à une séparation

provisoire en raison de problèmes familiaux importants (voir également la

circulaire de l’Office fédéral des migrations (ODM) I Domaine des étrangers,

version 1er juillet 2009 ch. 6.1.5 et ch 6.9).

b) En l’espèce, les époux se sont

mariés le 13 septembre 2007 et se sont séparés le 12 août 2008, soit moins

d'une année plus tard. La vie commune n'a pas repris depuis cette date.

La recourante fait valoir dans son

recours que la séparation serait due à des problèmes d'ordre financier. Dans

son mémoire complémentaire, elle fait état des difficultés rencontrées avec la

fille de son époux. Elle évoque également des problèmes de couple, qu'elle se

dit bien décidée à résoudre. Elle entend convaincre son époux de l'utilité

d'une thérapie de couple et garde bon espoir de reprendre une vie de couple.

Elle a fait part à la police de ses intentions de fonder une famille. Or, B.X.________

ne l'entend manifestement pas de cette oreille. Il a exclu devant la police la

possibilité d'une reprise de la vie commune et déclaré que si une procédure de

divorce n'était pas encore entamée, c'était parce que son avocat lui

conseillait d'attendre deux ans. Dans ces circonstances, la séparation des

époux, qui est désormais plus longue que la vie commune, doit être considérée

comme définitive. Par ailleurs, les chances d'une

reprise de la vie commune ne doivent pas, selon la jurisprudence, se fonder sur

les seules déclarations de l'époux autorisé à séjourner en Suisse indépendamment

de sa situation matrimoniale. Il faut, en principe, que de telles déclarations

soient confortées par celles de l'autre époux ou par d'autres indices, comme

l'absence de cohabitation des conjoints pendant une période significative (cf. ATF 130 II 113 consid.

10.3

p. 136 et les arrêts cités), ce qui n'est pas le cas en l'espèce. Enfin,

peu importent les motifs de la désunion.

Vu ce qui précède, la recourante ne

peut ni se prévaloir d'un droit à une autorisation de séjour sur la base de

l'art. 42 al. 1 LEtr, ni de circonstances justifiant l'existence de domiciles

séparés au sens de l'art. 49 LEtr.

3.

a) Selon l'art. 50 al. 1 LEtr, après la

dissolution de la famille, le droit du conjoint à l'octroi d'une autorisation

de séjour et à la prolongation de sa durée de validité en vertu de l'art. 42

LEtr subsiste lorsque l'union conjugale a duré au moins trois ans et que

l'intégration est réussie (let. a) ou lorsque la poursuite du séjour en Suisse

s'impose pour des raisons personnelles majeures (let. b). L'union conjugale au

sens de l'art. 50 al.1 let. a LEtr suppose en effet l'existence d'une

communauté conjugale effectivement vécue (Directives ODM, Domaine des

étrangers, chapitre 6 Regroupement familial, ch. 6.15.1).

En l'espèce, l'union conjugale n'a

pas duré trois ans, puisque la recourante s'est mariée le 13 septembre 2007. En

outre, l'intégration dans notre pays ne peut pas être considérée comme étant

réussie. Arrivée en Suisse au mois de septembre 2007, soit voilà un peu plus de

deux ans, la recourante a occupé quelques emplois, elle a certes quelques

connaissances et semble-t-il de la famille du côté d'une sœur. Elle vit

désormais séparée de son époux depuis plus d'une année et demi et a ses parents

et frères et sœurs en Algérie. Le rapport de police relève qu'elle ne participe

pas à la vie sociale en Suisse. Dans ces circonstances, l'intégration dans

notre pays ne saurait être considérée comme réussie. La recourante ne peut donc

pas invoquer l'art. 50 al. 1 let. a LEtr.

b) La recourante invoque

l'existence de raisons personnelles majeures pour justifier la poursuite de son

séjour en Suisse. Des raisons personnelles majeures au sens de l'art. 50 al. 1

let. b LEtr sont notamment données lorsque le conjoint est victime de violence

conjugale et que la réintégration sociale dans le pays de provenance semble

fortement compromise (art. 50 al. 2 LEtr et 77 al. 2 OASA). D'après le message

du 8 mars 2002 concernant la loi sur les étrangers (FF 2002 3510/3511), il

s'agit de motifs personnels graves exigeant la poursuite du séjour en Suisse,

notamment lorsque le conjoint demeurant en Suisse est décédé ou lorsque la

réinsertion familiale et sociale dans le pays d'origine s'avérerait

particulièrement difficile en raison de l'échec du mariage. Il y a lieu toutefois

de prendre en considération les circonstances qui ont conduit à la dissolution

de l'union conjugale. En principe, "rien ne devrait s'opposer à un retour

lorsque le séjour en Suisse a été de courte durée, que la personne en cause n'a

pas établi de liens étroits avec la Suisse et que sa réintégration dans son

pays d'origine ne pose aucun problème particulier".

En l'espèce, la recourante n'a été

victime ni de violences physiques ni psychiques de la part de son conjoint,

avec lequel elle n'a finalement que très peu vécu. Par ailleurs, il n'est pas

démontré qu'un retour dans son pays d'origine causerait à la recourante des

difficultés de réintégration sociale. Qu'elle doive se rechercher un logement

ou qu'il soit en Algérie plus difficile de trouver un emploi qu'en Suisse ne

sont pas des éléments déterminants car les conditions économiques du pays

d'origine ne sont pas propres à la recourante et ne peuvent être pris en

considération pour fonder la poursuite du séjour en Suisse. La recourante a

vécu dans son pays d'origine la majeure partie de son existence. D'après l'une

des lettres de soutien produites, elle y avait même une très bonne situation,

un excellent poste de travail avec responsabilité dont le revenu lui permettait

de subvenir également aux besoins de ses parents. Elle n'a quitté son pays que

récemment, en 2007. Elle y a encore ses parents et ses frères et sœurs. Elle y

est retournée entre décembre 2008 et février 2009, pour aider sa mère malade. C'est

dire qu'elle a gardé des contacts étroits avec son pays d'origine. En

revanche, les liens qu'elle a établis avec la Suisse ne sont pas

particulièrement étroits. Elle y a sans doute des connaissances et de la

famille du côté d'une sœur mais elle vit désormais séparée de son mari et le

couple n'a pas eu d'enfant commun. La recourante se prévaut d'avoir tissé un

réseau social particulièrement dense au niveau local et effectuer de nombreuses

activités pour le compte d'associations sans toutefois en apporter la preuve. Le

séjour en Suisse est bref. Le fait que la recourante ait occupé différents

emplois pour parvenir à une certaine autonomie financière, ce que complète une

contribution d'entretien versée par son époux, nonobstant qu'elle ait bénéficié

durant quelques mois du revenu d'insertion et le fait qu'elle tente de faire

reconnaître un diplôme universitaire algérien dans le but d'améliorer sa

situation ne changent rien à l'appréciation de la situation. Dès lors, sur les

plans personnel, économique et social, il n'est pas déraisonnable d'exiger de la

recourante qu'elle retourne vivre dans son pays d'origine. Les conditions

posées par l'art. 50 al. 1 let. b LEtr ne sont pas non plus remplies.

4.

Pour le surplus, l'autorité intimée considère

dans ses déterminations que la recourante ne se trouve pas dans un cas

individuel d'extrême gravité au sens des art. 30 al. 1 let. b LEtr et 31 OASA. La

recourante ne le prétend du reste pas.

Malgré le sous-titre de l'art. 31

OASA, il n'est pas certain qe les raisons personnelles majeures de l'art. 50

LEtr se recoupent toujours avec les cas d'extrême gravité au sens des art. 30

al. 1 let. b LEtr et 31 OASA. Il est cependant probable qu'un étranger, s'il

n'a pas trois ans d'union conjugale et qu'il ne peut pas non plus invoquer des

raisons personnelles majeures ne remplit en tout cas pas les conditions pour la

reconnaissance d'un cas d'extrême gravité (pour une analyse, voir PE.2009.0340

du 5 novembre 2009, consid. 3).

A supposer qu'on doive néanmoins

examiner l'application des art. 30 al. 1 let. b LEtr et 31 OASA, on relèverait

que la recourante se trouve en Suisse depuis peu de temps. Le comportement de cette

dernière n'a pas donné lieu à des plaintes, ses employeuses actuelles vantent

ses mérites. La recourante n'a pas bénéficié de prestations sociales, sous

réserve, durant quelques mois, du revenu d'insertion. Elle vit séparée de son

époux. La séparation dure désormais depuis plus longtemps que la vie commune.

Aucun enfant commun n'est issu de cette union. A part des connaissances et un

peu de famille du côté d'une sœur, c'est en Algérie qu'elle a sa proche

parenté. Son intégration en Suisse n'est pas très poussée. En définitive, rien

ne s'oppose au retour de la recourante, encore jeune et en bonne santé, dans

son pays d'origine, qu'elle a quitté il y a moins de trois ans, où elle a passé

la quasi-totalité de son existence et où semble-t-il elle avait une bonne

situation. L'existence d'un cas individuel d'extrême gravité doit être en

conséquence niée.

5.

Les considérants qui précèdent conduisent au

rejet du recours. L'autorité intimée impartira à la recourante un nouveau délai

de départ. La recourante, qui succombe, supportera les frais du présent arrêt

(art. 49 al. 1 LPA). Au surplus, elle n'a pas droit à des dépens (art. 55 al. 1

LPA a contrario).

Dispositif

Par ces motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

I.

Le recours est rejeté.

II.

La décision du Service de la population du 6

juillet 2009 est confirmée.

III.

Le Service de la population impartira à la

recourante un nouveau délai de départ.

IV.

Les frais du présent arrêt, par 500 (cinq cents)

francs sont mis à la charge de A.X.________.

V.

Il n'est pas alloué de dépens.

Lausanne, le 25 février 2010

Le président: La

greffière:

Le présent arrêt est communiqué aux

destinataires de l'avis d'envoi ci-joint ainsi qu'à l'ODM.

Il peut faire l'objet, dans les trente

jours suivant sa notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en

matière de droit public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du

17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours

constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle,

indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé.

Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit.

Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire,

pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la

décision attaquée.