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Décision

PE.2011.0185

CDAP - PE.2011.0185 - 2012-04-19 - A. X.________/Service de la population (SPOP)

19 avril 2012Français13 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants

A.

A. X.________, née le 1er novembre

1980 à Cotonou au Bénin, est entrée en Suisse le 26 avril 2005 avec ses deux

enfants, C. Y.________ né le 18 avril 1997 et D. Y.________ née le 10 mai 2001.

Elle a déposé une demande d’asile qui a été rejetée le 28 juin 2007 par

l’Office fédéral des migrations. A. X.________ et ses enfants ont cependant été

mis au bénéfice d’une admission provisoire (permis F). Le 26 décembre 2005, A.

X.________ a donné naissance à un troisième enfant, B. X.________, qui a

également été mis au bénéfice d’un permis F.

A. X.________ est mariée selon la

coutume à E. Y.________, père de ses deux premiers enfants. Leur mariage n’est

pas reconnu en Suisse. De nationalité béninoise, E. Y.________ est entré en

Suisse le 15 mars 2003. Il est au bénéfice d’une admission provisoire depuis le

rejet de sa demande d’asile. E. Y.________ et A. X.________ vivent ensemble avec

les trois enfants, lesquels sont régulièrement scolarisés.

A. X.________ a achevée une

formation d’auxiliaire de santé et vie sociale en été 2009. Elle travaille

depuis le 25 août 2009 à F.________ en tant qu’aide-infirmière à 80%. Son salaire

mensuel net moyen s’élève à près de 3'600.- fr., treizième salaire et allocations

familiales par 770.- fr. comprises. Bien qu'en bonne santé, E. Y.________ n'a

pas d'emploi fixe. Il a effectué quelques missions temporaires. Il a ainsi

obtenu des salaires de 2'432 fr. 85 et 3'013 fr. 60 pour les mois de décembre

2011 et janvier 2012. La famille bénéficie de l’assistance financière de l'Etablissement

vaudois d'accueil des migrants (EVAM). Cette assistance a été totale du 1er

septembre 2005 au 31 juillet 2009, puis partielle du 1er août 2009

au 31 août 2010, mis à part le mois de janvier 2010, où la famille a été

entièrement autonome. Elle a notamment bénéficié d’une

somme de 10'537 fr. 90 pour les mois de février à août 2010. Selon attestation de

l'EVAM du 26 janvier 2012, la famille est à nouveau financièrement autonome. Elle a par ailleurs été affiliée à l’assurance-maladie par l’EVAM.

B.

Le 10 juin 2010, A. X.________, E. Y.________ et

les trois enfants ont requis du Service de la population (SPOP) la

transformation de leur permis F en permis B (permis de séjour). Cette demande a

été rejetée par décision du 12 avril 2011, reçue le 18 avril 2011, pour des

motifs d’intégration professionnelle et d’assistance publique.

Par lettres des 9 et 20 mai 2011, la

famille a requis du SPOP qu’il revienne sur sa décision du 12 avril 2011 en limitant

la procédure à A. X.________ et ses trois enfants, dans la mesure où le mariage

de celle-ci et de E. Y.________ n’était pas reconnu en Suisse.

C.

Sans réponse du SPOP, estimant que seule la

situation de E. Y.________ était problématique, A. X.________ a décidé de ne

déposer un recours que pour elle-même et ses enfants. Par acte du 31 mai 2011, elle

a ainsi conclu à ce que la décision du 12 avril 2011 soit réformée en ce sens

qu'une autorisation de séjour leur soit délivrée, à elle et à ses enfants B. X.________,

C. Y.________ et D. Y.________.

Dans ses déterminations du 1er

juillet 2011, le SPOP a conclu au rejet du recours.

La recourante a déposé des

observations le 16 septembre 2011. Le SPOP s’est déterminé sur cette écriture le

6 octobre 2011.

Le tribunal a statué par voie de

circulation.

Considérants

1.

La notification de la décision litigieuse est

intervenue pendant les féries prévues à l’art. 96 al. 1 let. a de la loi

vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD ;

RSV 173.36). Déposé dans le délai de 30 jours fixé par l’art. 95 LPA-VD, le

recours est intervenu en temps utile. Il respecte en outre les exigences

formelles énoncées à l’art. 79 LPA-VD, de sorte qu’il y a lieu d’entrer en

matière sur le fond.

2.

Le litige porte sur l’octroi d’une autorisation

de séjour (permis B) à des ressortissants étrangers résidant en Suisse au

bénéfice du régime de l’admission provisoire (permis F).

a) Selon l'art. 84 al. 5 de la loi

fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20), les demandes

d’autorisation de séjour déposées par un étranger admis provisoirement et

résidant en Suisse depuis plus de cinq ans sont examinées de manière

approfondie en fonction de son niveau d’intégration, de sa situation familiale

et de l’exigibilité d’un retour dans son pays de provenance.

Cette disposition ne constitue pas

un fondement autonome pour l’octroi de l’autorisation de séjour, mais s’analyse

comme un cas de dérogation aux conditions d’admission, selon l’art. 30 al. 1

let. b LEtr (ATF 2C_766/2009 du 26 mai 2010 c. 4 ; Peter Bolzli,

Migrationsrecht, Comm. 2e ed., Berne 2009, n° 10 ad art. 84 LEtr).

Les conditions auxquelles un cas individuel d'extrême gravité peut être reconnu

en faveur d'étrangers admis provisoirement en Suisse, fixées par l'art. 84 al.

5.

LEtr, ne diffèrent pas fondamentalement des critères retenus pour l'octroi

d'une dérogation aux conditions d'admission, au sens de l'art. 30 al. 1 let. b LEtr

qui reprend l’art. 13 let. f de l’ancienne ordonnance sur

le séjour et l’établissement des étrangers du 6 octobre 1986 (OLE). Tout en s'inscrivant dans le contexte plus général de cette

dernière disposition et de la jurisprudence y relative, elles intégreront

néanmoins naturellement la situation particulière inhérente au statut résultant

de l'admission provisoire (cf. arrêt de principe ATAF C-5769/2009 du 31 janvier

2011.

consid. 4).

L'art. 31 al. 1 de l'ordonnance du

24.

octobre 2007 relative à l'admission, au séjour et à l'exercice d'une activité

lucrative (OASA; 142.201) complète l'art. 30 al. 1 let. b LEtr, selon son titre

marginal. Cette disposition a repris la plupart des

critères développés par le Tribunal fédéral, puis par le Tribunal administratif

fédéral dès 2007, sous l’empire de l’art. 13 let. f OLE, lorsqu’il s’agissait

de définir les cas de rigueur permettant d’obtenir une autorisation de séjour

exemptée des mesures de limitation (ATF 2C_216/2009 du 20 août 2009 consid. 2.2):

1.

Une autorisation de séjour peut être octroyée dans les cas

individuels d’extrême gravité. Lors de l’appréciation, il convient de tenir

compte notamment:

a. de l’intégration du requérant;

b. du respect de l’ordre juridique suisse par le

requérant;

c. de la situation familiale, particulièrement de la

période de scolarisation et de la durée de la scolarité des enfants;

d. de la situation financière ainsi que de la

volonté de prendre part à la vie économique et d’acquérir une formation;

e. de la durée de la présence en Suisse;

f. de l’état de santé;

g. des

possibilités de réintégration dans l’Etat de provenance.

L’art. 31 al. 5 OASA précise que si

le requérant n’a pu, jusqu’à présent, exercer une activité lucrative en raison

de son âge, de son état de santé ou d’une interdiction de travailler en vertu

de l’art. 43 de la loi fédérale du 26 juin 1998 sur l’asile (LAsi ; RS

142.

), il convient d’en tenir compte lors de l’examen de sa situation

financière et de sa volonté de prendre part à la vie économique (art. 1 let. d).

b) Une autorisation de séjour ne

peut être octroyée si celle-ci doit de toute façon être révoquée au sens de l'art. 62 LEtr (arrêts PE.2011.0085 du 18 janvier 2012

consid. 1d; PE.2010.0190 du 28 octobre 2011 consid. 1d; PE.2011.0102 du 19

octobre 2011, consid. 3; PE.2011.0082 du 20 juillet 2011, consid. 1d).

L'art. 62 let. e LEtr prévoit que

l'autorité compétente peut révoquer une autorisation, à l'exception de

l'autorisation d'établissement, ou une autre décision fondée sur la LEtr, si

l'étranger lui-même ou une personne dont il a la charge dépend de l'aide

sociale. Ladite autorité décide de la révocation de

l'autorisation, en faisant un bon usage de son pouvoir d'appréciation; ce

faisant, elle procède à une pesée des intérêts en veillant à ce que la révocation

apparaisse comme une mesure proportionnée (arrêt PE.2010.0169

du 19 novembre 2010 consid. 2b, cc). Conformément à

l'art. 96 al. 1 LEtr, l’autorité doit tenir compte en particulier des intérêts

publics en jeu, de la situation personnelle de l'étranger, ainsi que de son

degré d'intégration (cf. ATF 2C_547/2009 du 2 novembre 2009 consid. 3;

2C_793/2008 du 27 mars 2009 consid. 2.1 et les références; voir aussi ATF

2C_74/2010 du 10 juin 2010 consid. 3 relatif à l'art. 63 al. 1 let. c LEtr;

arrêt PE.2010.0169 précité). Cela étant, le motif de révocation de l’art. 62

let. e LEtr est réalisé lorsqu’un étranger "émarge de manière

durable" à l’aide sociale, "sans qu’aucun élément n’indique

que cette situation devrait se modifier prochainement" (ATF

2C_547/2009 du 2 novembre 2009 consid. 3; voir aussi ATF 2C_44/2010 du 26 août

2010.

consid. 2.3.3).

A l'instar d'une décision de

révocation, le refus de transformer un permis F en permis B doit également respecter

le principe de proportionnalité (au sens non seulement de l'art. 96 LEtr, mais

encore de l'art. 84 al. 5 LEtr après cinq ans de résidence en Suisse), mais

avec une pesée d'intérêts différente, puisqu'un tel refus n'oblige pas

l'étranger à quitter la Suisse, de sorte que ses conséquences sont bien

moindres que celles d'une révocation de l'autorisation de séjour (cf. arrêts précités PE.2011.0085, consid. 2; PE.2010.0190, consid. 2; PE.2011.0102, consid. 3a; PE.2011.0082, consid. 2). En d'autres termes, pour une même constellation de faits, le

principe de la proportionnalité peut conduire à refuser la transformation d'une

autorisation F quand bien même il ne permettrait pas de révoquer une

autorisation de séjour déjà accordée (arrêt PE.2010.0169 précité, consid. 2c).

3.

En l'espèce, l’autorité intimée a refusé de délivrer

un permis de séjour à la recourante et ses enfants pour des motifs d'assistance

publique (art. 62 let. e LEtr).

a) Afin que sa situation financière apparaisse à son avantage, la recourante entend

la dissocier de celle de E. Y.________, au motif que leur

mariage n’a pas été reconnu en Suisse.

Selon la jurisprudence fédérale, lorsqu'une famille demande à être exemptée des mesures de limitation

au sens de l'art. 13 lettre f OLE, la situation de chacun de ses membres ne

doit pas être considérée isolément, mais en relation avec le contexte familial

global; en effet, le sort de la famille formera en général un tout; il serait

difficile d'admettre le cas d'extrême gravité, par exemple, uniquement pour les

parents ou pour les enfants (ATF 123 II 125, consid. 4a). Dans sa directive "III. Loi sur l'asile", au chiffre 6.3.5, l'ODM précise d'ailleurs que "les personnes majeures d’une famille inclues dans

la demande doivent remplir individuellement tous les critères prévus à

l’article 84 alinéa 5 LEtr. Si une personne majeure ne remplit pas tous ces

critères, la demande en faveur de toute la famille sera rejetée". A cet égard, la CDAP a estimé évident que, pour évaluer la

situation financière d'une recourante et de ses enfants, il fallait également tenir

compte de celle de son concubin dans la mesure où il vivait avec eux et que le

couple assumait ensemble les frais de la famille (arrêt PE.2010.0258 du 2

novembre 2010, consid. 3). Enfin, en matière d'aide sociale, les concubins sont

traités de la même manière que les couples mariés (cf. art. 31 al. 2 de la loi

du 2 décembre 2003 sur l'action sociale vaudoise - LASV, RSV 850.051; et art. 17

ss de son règlement d'application du 26 octobre 2005 - RLASV, RSV 850.051.1).

En l'espèce, si le mariage de la

recourante avec E. Y.________

n'est pas reconnu en Suisse, il n'en demeure pas moins qu'ils sont concubins, qu'ils

sont conjointement bénéficiaires de l'aide sociale et qu'ils ont par ailleurs déposé

ensemble leur demande de transformation de permis F en permis B. Il sera dès

lors tenu compte de la situation financière de l'ensemble de la famille, quand

bien même E. Y.________ n'a pas recouru contre la

décision attaquée.

b) La recourante et ses enfants ont

largement bénéficié de l'assistance financière de l'EVAM depuis leur arrivée en

Suisse en avril 2005. Leur situation financière s'est améliorée depuis que la

recourante a commencé à travailler en août 2009 en tant qu’aide-infirmière à

80%. Depuis lors, ils ont continué de percevoir une assistance financière

partielle. Ils ont cependant été indépendants financièrement au mois de janvier

2010.

et le sont à nouveau depuis le 26 janvier 2012, selon attestation de

l'EVAM. Ces périodes d'indépendance financière correspondent aux missions

temporaires que E. Y.________ effectue. Bien qu'en bonne santé et en Suisse

depuis 2003, ce dernier n'a effectué que quelques missions temporaires et n'a

pas trouvé d'emploi fixe. Aucun élément ne permet d'envisager une évolution

prochaine de cette situation. Ainsi, bien que la recourante travaille et que

ses enfants soient régulièrement scolarisés, la famille émarge toujours partiellement

à l'aide sociale et aucun changement durable n'est annoncé prochainement. La

demande de permis B de la recourante et ses enfants sera dès lors rejetée, sans

préjudice de leur droit de rester en Suisse au bénéfice de leur admission

provisoire (permis F).

4.

Il résulte de ce qui précède que le recours doit

être rejeté et la décision attaquée, confirmée. La recourante supportera les

frais judiciaires.

Dispositif

Par ces motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

I.

Le recours est rejeté.

II.

La décision du Service de la population du 12

avril 2011 est confirmée.

III.

Les frais judiciaires, arrêtés à 500 (cinq

cents) francs, sont mis à la charge de la recourante.

Lausanne, le 19 avril 2012

Le président: Le

greffier:

Le présent arrêt est communiqué aux

destinataires de l'avis d'envoi ci-joint, ainsi qu'à l'ODM.

Il peut faire l'objet, dans les trente

jours suivant sa notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en

matière de droit public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi fédérale

du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF ; RS 173.110), le recours

constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle,

indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé.

Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit.

Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire,

pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la

décision attaquée.