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Décision

PE.2012.0176

CDAP - PE.2012.0176 - 2012-10-18 - A._____ X._____/Service de la population (SPOP)

18 octobre 2012Français14 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants

A.

A.________ X.________, ressortissant marocain né

le 9 novembre 1983, a déposé le 1er août 2007 une demande de visa

d'entrée en Suisse afin d'obtenir un "bachelor en microtechniques"

auprès de la Haute Ecole d'Ingénierie et de Gestion du canton de Vaud

(HEIG-VD), à Yverdon-les-Bains. Il a indiqué que la durée des études projetées

était de trois ans à compter du 1er septembre 2009 et s'est engagé

irrévocablement à retourner au Maroc à l'issue de ses études en Suisse. Il a

également précisé qu'il était titulaire dans son pays d'origine d'un

baccalauréat en Sciences expérimentales, d'un DEUG et d'une licence en Sciences

de la Matière Physique et qu'il avait prodigué un certain nombre de cours de

mathématiques et de physique pendant les deux dernières années de sa formation

universitaire.

B.

L'intéressé est entré en Suisse le 4 octobre

2007, au bénéfice d'une autorisation habilitant les Représentations suisses à

délivrer un visa du 12 septembre 2007. Une autorisation de séjour formelle a

été établie en sa faveur le 28 novembre 2007; elle a été régulièrement

renouvelée, la dernière fois le 10 novembre 2010, avec échéance au 31 octobre

2011. Le 29 septembre 2008, A.________ X.________ a informé le SPOP d'un

changement d'orientation, la filière "microtechniques" ne s'étant pas

révélée compatible avec sa formation antérieure. Il s'était donc inscrit dans

la filière "génie électrique" qui, à ses dires, correspondait mieux à

son cursus universitaire et lui offrait de meilleures perspectives de travail

dans son pays d'origine. Le 23 août 2011, le responsable du Service académique

de la HEIG-VD a informé le SPOP du renvoi de A.________ X.________, pour cause

d'échec définitif, en date du 22 juillet 2011. Le 14 octobre 2011, l'intéressé

a requis la prolongation de son autorisation de séjour pour s'inscrire dans la

filière "géomatique" de la HEIG-VD, avec un cycle d'étude bachelor

d'une durée de trois ou quatre ans.

C.

Invité le 1er mars 2012 par le SPOP à

se déterminer sur l'intention de celui-ci de ne pas renouveler son autorisation

de séjour, A.________ X.________ a exposé le 12 mars 2012 que son échec dans

ses études était dû à une fragilisation émotionnelle consécutive à la mise en

détention de son frère, que sa situation s'était désormais stabilisée, qu'il

avait la ferme intention d'achever sa formation dans le domaine de la géomatique,

que cette filière lui permettrait d'assumer de multiples fonctions dans son

pays et qu'elle lui offrait beaucoup de débouchés.

Par décision du 19 avril 2012,

notifiée le 24 avril 2012, le SPOP a refusé de prolonger l'autorisation de

séjour de l'intéressé dans le canton de Vaud et a prononcé son renvoi de Suisse,

aux motifs qu'il n'avait pas obtenu de résultats probants depuis son entrée

dans notre pays, que la nécessité d'entreprendre un nouveau cursus n'était pas

démontrée à satisfaction, que le but du séjour devait être considéré comme

atteint et que la sortie de Suisse au terme de la formation n'était pas

assurée.

D.

A.________ X.________ a recouru contre cette

décision le 15 mai 2012 auprès de la cour de céans. Il a notamment fait valoir

que les difficultés d'ordre pénal rencontrées par son frère, qui était son

garant financier, l'avait fortement perturbé, qu'il avait retrouvé la sérénité propice

à l'achèvement de sa formation, qu'il était primordial pour son avenir

professionnel au Maroc qu'il obtienne le bachelor convoité, qu'il était motivé

et qu'il disposait des capacités pour atteindre son objectif.

Le SPOP a produit ses

déterminations au dossier le 20 juin 2012. Il y a repris, en les développant,

les motifs invoqués à l'appui de la décision entreprise et a conclu au rejet du

recours.

Dans son mémoire complémentaire du

19 juillet 2012, A.________ X.________ a encore relevé qu'il entendait achever

ses études en automne 2014, soit après sept ans de séjour en Suisse, que cette

durée était inférieure à celle de huit ans fixée par la pratique, que son intention

était toujours de retourner au Maroc et qu'aucun élément du dossier ne

permettait de le soupçonner de vouloir séjourner clandestinement en Suisse

après ses études.

Le tribunal a statué par voie de

circulation.

Considérants

1.

a) Aux termes de l'art. 92 al. 1 de la loi

vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (PLA; RSV 173.36),

le Tribunal cantonal, soit la Cour de droit administratif et public du Tribunal

cantonal, connaît des recours contre les décisions et décisions sur recours

rendues par les autorités administratives, lorsque la loi ne prévoit aucune

autre autorité pour en connaître. Cette autorité est ainsi notamment compétente

pour statuer sur les recours interjetés contre les décisions du SPOP rendues en

matière de police des étrangers.

b) Déposé en temps utile, selon les

formes prescrites par la loi, le recours est formellement recevable, de sorte

qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.

2.

Est litigieuse la question de savoir si c'est à

juste titre que le SPOP a refusé de prolonger l'autorisation de séjour

temporaire pour études dont le recourant a été titulaire du 28 novembre 2007 au

31.

octobre 2011.

3.

a) Les autorisations de séjour pour études sont

régies par l'art. 27 LEtr. Cette disposition a été modifiée par la loi fédérale

du 18 juin 2010 (RO 2010 5957; FF 2010 373 391), entrée en vigueur le 1er

janvier 2011. Elle est complétée par l'art. 23 OASA qui a également été modifié

dès le 1er janvier 2011.

Selon l'art. 27 al. 1 LEtr, un

étranger peut être admis en vue d'une formation ou d'un perfectionnement aux

conditions suivantes:

"a. la

direction de l'établissement confirme qu'il peut suivre la formation ou le

perfectionnement envisagés;

b. il dispose

d'un logement approprié;

c. il dispose des

moyens financiers nécessaires;

d. il a le niveau

de formation et les qualifications personnelles requis pour suivre la formation

ou le perfectionnement prévus."

L'art. 23 al. 2 et 3 OASA prévoit

pour sa part ce qui suit:

"2

Les qualifications personnelles (art. 27, al. 1, let. D, LEtr) sont suffisantes

notamment lorsqu'aucun séjour antérieur, aucune procédure de demande antérieure

ni aucun autre élément n'indique que la formation ou le perfectionnement

invoqués visent uniquement à éluder les prescriptions générales sur l'admission

et le séjour des étrangers.

3.

Une formation ou un perfectionnement est en principe admis pour une

durée maximale de huit ans. Des dérogations peuvent être accordées en vue d'une

formation ou d'un perfectionnement visant un but précis."

Les conditions spécifiées à l'art.

27.

LEtr étant cumulatives (PE 2010.0559 du 30 juin

2011, consid. 3b; PE 2010.0579 du 6 avril 2011, consid. 3c; C-2525/2009 du

19.

octobre 2009), une autorisation de séjour pour l'accomplissement d'une

formation ne saurait être délivrée que si l'étudiant étranger satisfait à

chacune d'elles. Par ailleurs, il convient de rappeler que, même dans

l'hypothèse où toutes les conditions prévues à l'art. 27 LEtr (disposition

rédigée en la forme potestative ou "Kann-Vorschrift") seraient

réunies, l'étranger n'a pas un droit à la délivrance (respectivement à la

prolongation) d'une autorisation de séjour, à moins qu'il puisse se prévaloir

d'une disposition particulière du droit fédéral ou d'un traité lui conférant un

tel droit (cf. ATF 133 I 185 consid. 2.3, 131 II 339 consid. 1 et la

jurisprudence citée; voir également ATF 2D_28/2009 du 12 mai 2009 et le Message

du Conseil fédéral précité, FF 2002 3485, ad ch. 1.2.3).

b) Les directives "I. Domaine

des étrangers" de l'Office des migrations (ci-après:

ODM) dans leur version au 30 septembre 2011 précisent ce qui suit (ch. 5.1):

"Vu le grand nombre

d'étrangers qui demandent d'être admis en Suisse en

vue d'une formation ou d'un perfectionnement, les conditions d'admission fixées

à l'art. 27 LEtr, de même que les exigences en matière de qualifications

personnelles et envers les écoles (art. 23 et 24 OASA) doivent être respectées

de manière rigoureuse. Il y a lieu de tout mettre en œuvre pour empêcher que

les séjours autorisés au motif d'une formation ou d'un perfectionnement ne soit

exploités de manière abusive afin d'éluder des conditions d'admission plus

sévères."

Et, au ch. 5.1.2:

"En plus des autres conditions

à remplir en vertu de l'art. 27 LEtr, l'étranger qui

souhaite se former ou se perfectionner en Suisse doit posséder le niveau de

formation et les qualifications personnelles requis pour suivre la formation ou

le perfectionnement prévus (art. 27, al. 1, let. d, LEtr). Il doit présenter un

plan d'étude personnel et préciser le but recherché (diplôme, maturité, master,

licence, doctorat, etc.). Sa demande est comparée au programme officiel de

l'établissement concerné. La direction de l'école doit confirmer qu'elle estime

que le requérant possède le niveau de formation requis et dispose de

connaissances linguistiques suffisantes pour suivre l'enseignement visé.

(…)

Est autorisé, en règle générale,

une formation ou un perfectionnement d'une durée

maximale de huit ans. Des exceptions ne sont possibles que dans les cas

suffisamment motivés et doivent être soumises à l'ODM pour approbation (art.

23, al. 3, OASA; cf. ch. 1.3.1.4 c). C'est par exemple le cas lorsqu'une

formation présente une structure logique (p. ex. internat, gymnase, études

menant à un diplôme, doctorat), qu'elle vise un but précis et n'est pas destinée

à éluder des conditions d'admission plus strictes. Sous réserve de

circonstances particulières, les personnes de plus de 30 ans ne peuvent en

principe se voir attribuer une autorisation de séjour pour se former ou se

perfectionner. Les exceptions doivent être suffisamment motivées (cf. décision

du TAF C-482/2006 du 27 février 2008).

(…)

Les offices cantonaux compétents en

matière de migration doivent vérifier que les

étrangers qui séjournent en Suisse en vue d'une formation ou d'un

perfectionnement passent leurs examens intermédiaires et finaux en temps

opportun. En cas de manquement à leurs obligations, le but de leur séjour est

réputé atteint et leur autorisation de séjour n'est pas prolongée. Un

changement d'orientation en cours de formation ou de perfectionnement ou une

formation supplémentaire ne peuvent être autorisés que dans des cas d'exception

suffisamment motivés."

Au sujet de ce dernier point

(changement d'orientation en cours de formation), la

jurisprudence du tribunal de céans est la suivante: si un premier changement

d'études peut être admis à certaines conditions, un deuxième changement du

cursus d'études ne saurait être autorisé, sauf cas exceptionnel (cf. parmi

d'autres, PE.2008.0145 du 31 octobre 2008; voir aussi Steve Favez, Les étudiants

dans la loi sur les étrangers, RDAF 2009 I, p. 209 s, spéc. p. 230-231); les

étudiants étrangers ne sauraient ainsi ignorer que leur présence sur le

territoire helvétique, directement liée à la formation envisagée, revêt un

caractère temporaire; ils doivent s'attendre à devoir quitter le pays, une fois

le but de leur séjour atteint ou devenu impossible à atteindre, par exemple à

la suite d'échecs aux examens (cf. arrêt du TAF C-6827/2007 du 22 avril 2009 et

réf. mentionnées).

4.

En l'espèce, le recourant est entré en

Suisse en automne 2007, avec la volonté affichée d'obtenir, dans un délai de trois ans, un

"bachelor en microtechniques". Dans la lettre de motivation qu'il a

rédigé le 31 juillet 2007, il indiquait que cette matière lui permettrait de

trouver au Maroc un emploi et un salaire motivant. Moins d'un an après le début

de ses études auprès de la HEIG-VD, le recourant a changé de filière pour

s'inscrire en "génie électrique". Il a justifié cette nouvelle orientation

par le fait qu'elle était mieux adaptée à sa formation antérieure et qu'elle

lui offrirait de meilleures perspectives professionnelles dans son pays

d'origine. Il a en outre fait part de sa ferme intention d'achever ses

nouvelles études dans les meilleurs délais. Ce premier changement d'orientation

a été accepté par le SPOP, qui a renouvelé son autorisation de séjour. Après un

échec définitif en "génie électrique", le recourant a porté son choix

sur la filière "géomatique", en relevant que celle-ci correspondait

mieux à ses aspirations et qu'elle lui procurerait plus facilement un emploi au

Maroc. Il a derechef assuré les autorités de son intention d'obtenir le

bachelor convoité dans les délais. Ce double changement d'orientation démontre

que le recourant n'a pas élaboré de plan général de formation sérieux et qu'il

ignore dans quel domaine il souhaite occuper un emploi au Maroc. Il a en effet

fait valoir, à chaque changement de filière, l'argument selon lequel son

dernier choix serait le plus profitable pour son avenir professionnel.

Le recourant séjourne en Suisse

depuis quatre ans et n'a pas obtenu le moindre

diplôme. Au vu de son parcours estudiantin en Suisse, on peut sérieusement

douter de ses capacités à entreprendre une nouvelle filière avec succès et dans

des délais normaux. Ce d'autant que la filière "géomatique" est,

selon la HEIG-VD, d'une durée de trois ou quatre ans pour les étudiants les

plus diligents. L'achèvement de cette formation ne pourrait très

vraisemblablement pas intervenir avant 2015, soit après un séjour de huit ans en

Suisse, qui est déjà, en soi, considérable pour un simple perfectionnement

sanctionné par un bachelor. A cela s'ajoute que le recourant aura bientôt 29

ans et que la nouvelle formation envisagée ne s'achèvera pas avant l'âge de 32

ans.

S'agissant des motifs invoqués par

le recourant pour expliquer son échec définitif, il

convient de relever que les démêlés pénaux attribués à son frère ne sont en

rien documentés, ni d'ailleurs exposés. Au demeurant, des difficultés

familiales ne sauraient expliquer et justifier le double changement

d'orientation intervenu.

Le deuxième changement

d'orientation du recourant ne pourrait être admis

qu'à titre exceptionnel. Or, le recourant ne fait valoir aucun motif de cet

ordre. Il convient donc de considérer, à l'instar de l'autorité intimée,

qu'après quatre ans d'étude en Suisse sans résultat probant, le but du séjour

du recourant doit être considéré comme, sinon atteint, du moins impossible à

atteindre.

5.

Vu ce qui précède, le recours doit être

rejeté et la décision du SPOP du 19 avril 2012 confirmée.

Succombant, le recourant doit

supporter les frais judiciaires.

Dispositif

Par ces motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

I.

Le recours est rejeté.

II.

La décision du SPOP du 19 avril 2012 est

confirmée.

III.

Un émolument judiciaire de 500 (cinq cents)

francs est mis à la charge du recourant.

Lausanne, le 18 octobre 2012

Le

président:

Le présent arrêt est communiqué aux

destinataires de l'avis d'envoi ci-joint, ainsi qu’à l’ODM.

Il peut faire l'objet, dans les trente

jours suivant sa notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en

matière de droit public s'exerce aux conditions des articles 82 s de la loi du

17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours

constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 s LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle,

indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé.

Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit.

Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire,

pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la

décision attaquée.