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Décision

PE.2013.0169

CDAP - PE.2013.0169 - 2014-07-10 - X._____, Y._____/Service de la population (SPOP)

10 juillet 2014Français14 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants

A.

Y.________, ressortissante serbe née Z.________ le ******** 1973, a

épousé à 2********, en Serbie, le 30 mars 2000, A.________, ressortissant de

Bosnie-Herzégovine né le ******** 1973. Une première demande de regroupement

familial a été rejetée le 16 août 2000 par le Service de la population (SPOP),

dès lors que l’époux ne disposait que d’une autorisation de séjour strictement

temporaire en Suisse. Un fils, X.________, né le ******** 2001 en Serbie, est

issu de cette union. Il a vécu en Serbie depuis sa naissance.

Y.________ a à nouveau demandé l’octroi d’une

autorisation de séjour en avril 2007, date de son arrivée en Suisse, notamment

en raison de la situation personnelle de son époux, qui avait connu un grave

accident de la route. Ce dernier étant au bénéfice d’un titre de séjour, Y.________

s’est vue octroyer un même titre le 14 novembre 2008. Cette autorisation a été

prolongée le 10 mars 2009, puis le 18 mars 2011.

Y.________ a demandé que son fils X.________ puisse

rejoindre ses parents en Suisse au titre du regroupement familial.

B.

Le 10 février 2012, à l’occasion d’une demande de renouvellement de son

autorisation de séjour, Y.________ a informé le SPOP de l’existence d’une

procédure de divorce entre elle et son époux. Entendue le 14 juin 2012 sur les

circonstances de sa séparation, elle a notamment déclaré que la séparation

était intervenue à la sortie de prison de son mari, en 2009. Elle a précisé

qu’une de ses sœurs vivait en Suisse, alors que le reste de sa famille vivait

en Serbie, dont son fils auprès de sa propre mère. Interrogée sur d’éventuelles

violences conjugales, elle a précisé qu’elle avait fait l’objet de telles violences

à une reprise, lors de son arrivée en Suisse, mais qu’il n’y avait eu aucune

suite. Elle a ajouté que son époux exerçait sur elle du chantage et qu’elle

avait peur de lui lorsqu’il était sous l’effet de l’alcool.

Le 13 juin 2012, Y.________ faisait l’objet d’actes

de défaut de biens pour un montant total de 8'283 fr. 70.

C.

Par jugement partiel exécutoire depuis le 7 septembre 2012, le Tribunal

de première instance de 3********, en Serbie, a prononcé la dissolution du

mariage liant A.________ et Y.________.

D.

Le 29 octobre 2012, le SPOP a informé Y.________ de son intention de

révoquer son autorisation de séjour et de refuser l’octroi de l’autorisation

d’entrée, respectivement de séjour en faveur de son fils X.________.

Dans ses déterminations du 14 décembre 2012,

l'intéressée, par l’intermédiaire de son conseil, a en particulier invoqué le

fait qu'elle avait été victime de violence conjugale. Elle a également fait

valoir sa bonne intégration professionnelle.

E.

Par décision du 12 avril 2013, le SPOP a refusé le renouvellement de l'autorisation

de séjour de Y.________, subsidiairement l’octroi anticipé d’une autorisation

d’établissement et prononcé son renvoi de Suisse. Il a également refusé

l’autorisation d’entrée et de séjour en faveur de X.________.

F.

Par acte du 13 mai 2013, Y.________ a interjeté recours auprès de la

Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP) contre la

décision précitée, concluant avec dépens à l'annulation de la décision

entreprise et au renouvellement de son autorisation de séjour, subsidiairement

à l’octroi anticipé d’une autorisation d’établissement, ainsi qu’à l’octroi

d’une autorisation d’entrée et de séjour en faveur de X.________.

Le 3 juin 2013, le SPOP a conclu au rejet du

recours.

La recourante a maintenu ses conclusions dans un

mémoire du 24 juin 2013.

La recourante a notamment produit une autorisation

de visite attestant du fait qu’elle avait rendu visite à son époux incarcéré en

prison préventive en août 2009, ainsi que des déclarations écrites de tiers affirmants

qu’ils avaient fêté l’anniversaire de A.________ en août 2010 au domicile des

époux.

G.

Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérants

1.

Selon l'art. 42 al. 1 de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les

étrangers (LEtr; RS 142.20), le conjoint d'un ressortissant suisse a droit à

l'octroi d'une autorisation de séjour et à la prolongation de sa durée de

validité à condition de vivre en ménage commun avec lui. Il peut être renoncé à

cette dernière condition lorsque la communauté familiale est maintenue et que

des raisons majeures justifient l'existence de domiciles séparés (art. 49

LEtr).

En l'espèce, la recourante ne conteste pas ne plus

faire ménage commun aujourd’hui avec son ancien mari. Le divorce des époux a

été prononcé en 2012. Il en résulte que les conditions posées par les

art. 42 al. 1 et 49 LEtr à la prolongation de l'autorisation de séjour de

la recourante ne sont plus remplies.

2.

Après la dissolution de la famille, l'art. 50 al. 1 let. a LEtr prévoit

que le droit du conjoint à l'octroi d'une autorisation de séjour et à la

prolongation de sa durée de validité en vertu de l'art. 42 LEtr subsiste

lorsque l'union conjugale a duré au moins trois ans et que l'intégration est

réussie. La durée de l'union conjugale d'au moins trois ans, requise par l'art.

50.

al. 1 let. a LEtr, se calcule depuis la date du mariage, à condition que la

cohabitation ait lieu en Suisse, jusqu'à ce que les époux cessent d'habiter

sous le même toit (ATF 136 II 133 consid.

3.2

i.f. et 3.3 p. 117 ss).

La recourante et son époux se sont mariés le 30 mars

2000.

en Serbie et l'intéressée est entrée en Suisse en avril 2007. La recourant

a elle-même admis que la séparation était intervenue en 2009, après la sortie

de prison de son époux. Le 14 décembre 2012, dans ses déterminations adressées

au SPOP, elle n’est pas revenue sur ses déclarations mais a uniquement fait

valoir sa bonne intégration ainsi que les difficultés posées par son retour

dans son pays d’origine. Ce n’est que dans son mémoire de recours

complémentaire du 24 juin 2013 que la recourante a allégué avoir fait ménage

commun avec son ex-époux jusqu’en septembre 2010, produisant à l’appui de cette

affirmation des déclarations écrites faisant notamment état d’une fête d’anniversaire

ayant pris place au domicile sis à 1********. Or, il convient d’admettre que de

telles affirmations, tardives et fondées sur des éléments de preuve ténus,

n’emporte pas la conviction. Il convient dès lors d’admettre que la vie commune

a bel et bien pris fin au plus tard en automne 2009, l’union conjugale n’ayant

dès lors pas duré trois ans.

3.

a) Après dissolution de la famille, le droit du conjoint à l'octroi

d'une autorisation de séjour et à la prolongation de sa durée de validité en

vertu de l'art. 42 LEtr subsiste également lorsque la poursuite du séjour en

Suisse s'impose pour des raisons personnelles majeures (art. 50 al. 1 let. b

LEtr). Les raisons personnelles majeures visées à l'art. 50 al. 1 let. b LEtr

et à l'art. 77 al. 1 let. b de l'ordonnance fédérale du 24 octobre 2007 relative

à l'admission, au séjour et à l'exercice d'une activité lucrative (OASA; RS

142.

) sont notamment données lorsque le conjoint est victime de violence

conjugale et que la réintégration sociale dans le pays de provenance semble

fortement compromise (art. 50 al. 2 LEtr et 77 al. 2 OASA). La violence

conjugale et la réintégration fortement compromise dans le pays d'origine

peuvent revêtir une importance et un poids différents dans cette appréciation

et, selon leur intensité, suffire isolément à admettre l'existence de raisons

personnelles majeures (cf. ATF 138 II 229 consid. 3.1 p. 232; 136 II

1.

consid. 5.3 p. 4; voir aussi arrêt 2C_875/2012 du 22 février 2013

consid. 6.1). Il convient de déterminer sur la base des circonstances de

l'espèce si l'on est en présence d'un cas de rigueur, soit de "raisons

personnelles majeures" qui "imposent" la prolongation du séjour

en Suisse, en gardant à l'esprit que l'art. 50 al. 1 let. b LEtr confère un

droit à la poursuite du séjour en Suisse, contrairement à l’art. 30 al. 1 let.

b LEtr, qui est conçu pour les cas de rigueur généraux dont l’établissement est

laissé à la libre appréciation de l’autorité. A cet égard, c'est la situation

personnelle de l'intéressé qui est décisive, notamment le degré d'intégration,

le respect de l'ordre juridique suisse, la situation familiale, la situation

financière, la durée du séjour en Suisse et l'état de santé de l'étranger (art.

31.

al. 1 OASA) et non l'intérêt public que revêt une politique migratoire

restrictive (ATF 137 II 345 consid. 3.2.1; ATF 137 II 1 consid. 4.1

p. 7 s.; cf. aussi arrêts 2C_1188/2012 du 17 avril 2013

consid. 4.1;2C_69/2013 du 12 mars 2013 consid. 3;2C_875/2012 du 22

février 2013 consid. 6.1).

S'agissant de la violence conjugale, il faut

toutefois qu'il soit établi que l'on ne peut exiger plus longtemps de la

personne admise dans le cadre du regroupement familial qu'elle poursuive

l'union conjugale, parce que cette situation risque de la perturber gravement.

La violence conjugale doit par conséquent revêtir une certaine intensité (ATF

136.

II 1 consid. 5.3 p. 4); elle peut être de nature tant physique

que psychique (cf. arrêts 2C_975/2012 du 20 février 2013 consid. 3.2.1;

2C_748/2011 du 11 juin 2012 consid. 2.2.1;2C_155/2011 du 7 juillet 2011

consid. 4). L'établissement des faits implique par ailleurs de l'étranger

un devoir de collaboration étendu (ATF 138 II 229 consid. 3.2.3;

cf. aussi arrêt 2C_295/2012 du 5 septembre 2012 consid. 3.2, et les

références citées). Sont notamment considérés comme indices de violence

conjugale : les certificats médicaux (art. 77 al. 6 let. a OASA), les

rapports de police (let. b), les plaintes pénales (let. c), les

mesures au sens de l’art. 28b du Code civil suisse du 10 décembre

1907.

(CC) (let. d) ou les jugements pénaux prononcés à ce sujet

(let. e).

b) Les déclarations de la recourante au sujet

d’éventuelles violence conjugales ne sont corroborées par aucune pièce. Sans remettre

en cause la crainte que pouvait lui inspirer son époux lorsqu’il était sous

l’influence de l’alcool, il convient de rappeler qu’il ne suffit pas d'affirmer

avoir subi des violences physiques et psychiques, encore faut-il qu'il soit

établi qu'une telle violence s'est déroulée sur une période d'une certaine

durée et que l'on ne peut exiger plus longtemps de la personne admise dans le

cadre du regroupement familial qu'elle poursuive l'union conjugale, ce qui

n'est pas le cas en l'occurrence. A noter que, quelles que soient les

circonstances dans lesquelles s'est effectivement déroulée la séparation

définitive, c'est l'époux de la recourante, et non pas celle-ci, qui a déposé

une demande en divorce.

La recourante a vécu en Serbie jusqu'à l'âge de 34

ans, où elle a toute sa famille à l’exception d’une soeur. Son fils y demeure avec

sa famille. On peut donc présumer que l'intéressée conserve des attaches

familiales, culturelles et sociales dans son pays d'origine. La recourante ne

fait pas valoir qu'elle aurait en Suisse un réseau de connaissances ou d'amis

particulièrement étendu et son intégration professionnelle ne saurait être

considérée comme poussée.

Au vu de ce qui précède, il n'existe pas de raisons

personnelles majeures permettant à la recourante d'obtenir la prolongation de

son autorisation de séjour sur la base de l'art. 50 al. 1 let. b LEtr.

4.

L'autorité intimée a en outre refusé la transformation anticipée de

l'autorisation de séjour UE/AELE de la recourante en autorisation

d'établissement, en raison notamment d’actes de défaut de biens.

a) L'art. 34 al. 2 LEtr prévoit que l’autorité

compétente peut octroyer une autorisation d’établissement à un étranger s'il a

séjourné en Suisse au moins dix ans au titre d’une autorisation de courte durée

ou de séjour, dont les cinq dernières années de manière ininterrompue au titre

d’une autorisation de séjour, et qu'il n’existe aucun motif de révocation au

sens de l’art. 62 LEtr. Le fait que l'étranger ou une personne dont il a la

charge dépende de l'aide sociale constitue un motif de révocation au sens de

cette dernière disposition (let. e). Aux termes de l'art. 34 al. 4 LEtr,

une autorisation d'établissement peut déjà être octroyée au terme

d’un séjour ininterrompu de cinq ans au titre d’une autorisation de séjour,

lorsque l’étranger s’est bien intégré en Suisse, en particulier lorsqu¿l a de

bonnes connaissances d’une langue nationale. Cette dernière disposition est de

nature potestative (Kann-Vorschrift), de sorte que l'octroi de l'autorisation

de séjour est laissé à l'appréciation de l'autorité compétente (TF 2C_183/2012 du

17.

décembre 2012, consid. 2.1). Cette

faculté doit être vue comme une récompense, susceptible d'encourager les

étrangers dans leurs efforts d'intégration. Statuant en vertu de son libre

pouvoir d'appréciation, l'autorité compétente doit néanmoins accorder à cet égard

une attention particulière au degré d'intégration du requérant. En effet, plus

le statut juridique sollicité confère des droits étendus au requérant, plus les

exigences liées au niveau d'intégration sont élevées (ATAF C-7683/2008 du 29

mars 2010, consid. 6.1, 7.3, et réf. citées). Aussi

l'autorité doit être restrictive dans l'octroi d'autorisations d'établissement

à des étrangers qui ne remplissent pas ou plus les conditions pour

l'autorisation de séjour, laquelle confère des droits moins étendus.

b) En l’espèce, comme on l’a vu,

l’intégration de la recourante ne saurait être considérée comme particulièrement

poussée. En outre, si elle n’a jamais émargé à l’aide sociale, elle fait

néanmoins l’objet d’actes de défaut de biens pour un montant non négligeable. Or, comme cela a été rappelé plus haut, on exige d'une personne qui

requiert une autorisation d'établissement de manière anticipée une intégration

plus poussée que celle d'une personne demandant une simple autorisation de

séjour.

L'autorité intimée n'a dès lors pas

abusé de son pouvoir d'appréciation en refusant de délivrer à la recourante une

autorisation d'établissement de manière anticipée, de sorte que le recours doit

aussi être rejeté sur ce point.

5.

Les considérants qui précèdent conduisent à confirmer

la décision entreprise s’agissant de la situation de la recourante. Dès lors

que la demande de regroupement familial de l’enfant X.________ dépend

étroitement de la situation de sa mère, qui ne peut demeurer en Suisse – il

n’est ni établi ni même allégué que le père entretiendrait des liens étroits

avec son fils – le rejet de cette demande doit également être confirmé, sans

qu’il ne soit nécessaire d’examiner ce point plus avant.

6.

Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours aux frais

de la recourante, qui n'a pas droit à l'allocation de dépens.

7.

Par

ces motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

I.

Le recours est rejeté.

II.

La décision du 12 avril 2013 du SPOP est confirmée.

III.

Un émolument de 500 (cinq cents) francs est mis à la charge de la

recourante.

IV.

Il n'est pas alloué de dépens.

Lausanne, le 10 juillet 2014

Le

président:

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de

l'avis d'envoi ci-joint, ainsi qu'à l'ODM.

Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa

notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en matière de droit

public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du 17 juin 2005 sur

le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours constitutionnel subsidiaire

à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans

une langue officielle, indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de

preuve, et être signé. Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte

attaqué viole le droit. Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent

être jointes au mémoire, pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il

en va de même de la décision attaquée.