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Décision

PE.2013.0476

CDAP - PE.2013.0476 - 2014-02-03 - X.______________ c/Service de l'emploi Contrôle du marché du travail, Service de la population (SPOP)

3 février 2014Français13 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants:

A.

X._______________, née le 28 mars 1975 à

Tremusnjak en République de Croatie, est arrivée en Suisse dans le village de 1.***************

le 1er août 2002 dans le but de travailler. L'intéressée a occupé

divers emplois sans obtenir d'autorisation de séjour. En l'occurence, elle a

été employée au sein d'une famille pour garder les enfants, dans une

boulangerie puis dans le secteur du nettoyage.

X._______________ s'est décidée à

régulariser son statut lorsque le 1er juillet 2013 la République de Croatie

a adhéré à l'Union Européenne (ci-après: UE).

Ayant engagé l'intéressée depuis le

1er août 2013 à plein temps en qualité de nettoyeuse, personnel sans

qualification, la société 2.*************** SA a déposé au contrôle des

habitants de la commune de 1.*************** une demande de permis de séjour

avec activité lucrative en faveur de son employée.

B.

Par décision du 7 novembre 2013, le Service de

l'emploi, Contrôle du marché du travail et protection des travailleurs (ci-après:

SDE) a refusé d'accorder l'autorisation sollicitée aux motifs que X._______________

était considérée comme ressortissante d'un Etat tiers tant que le protocole

additionnel prévoyant l'extension de l'Accord sur la libre circulation des

personnes n'était pas entré en vigueur et qu'elle ne semblait pas pouvoir

justifier d'une qualification particulière, d'une formation complète et d'une

large expérience professionnelle dans le domaine visé.

C.

Le 9 décembre 2013, par l'intermédiaire de son

avocate, X._______________ (ci-après: la recourante) a recouru contre la

décision précitée auprès de la Cour de droit administratif et public du

Tribunal cantonal (ci-après: CDAP). Elle conclut principalement à l'octroi de

l'autorisation de séjour, sous réserve de l'approbation de l'autorité fédérale

et subsidiairement au renvoi du dossier à l'autorité intimée pour nouvelle

décision.

Il n'a pas été demandé de réponse.

Le SDE et le Service de la population ont produit leur dossier.

Considérants

1.

La décision litigieuse est susceptible d'un

recours de droit administratif auprès de la CDAP (art. 92 de la loi du 28

octobre 2008 sur la procédure administrative, LPA-VD, RSV 173.36 et art. 83 de

la loi du 12 décembre 1979 d'organisation judiciaire, LOJV, RSV 173.01). Déposé

en tant utile et auprès de l'autorité compétente par la personne concernée

(art. 95 et art. 75 LPA-VD applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD), le

recours est recevable. Aussi, y a-t-il lieu d'entrer en matière sur le fond.

2.

La recourante considère qu'elle réunit les

conditions d'admission en vue de l'exercice d'une activité lucrative salariée

et que l'autorité intimée ne lui a pas donné l'occasion d'en offrir la preuve.

a) Le 1er juillet 2013,

la République de Croatie a été le 28ème pays à adhérer à l'UE. Dans

la mesure où tout élargissement de l'UE requiert une adaptation de l'Accord du

21.

juin 1999 entre la Confédération suisse, d'une part, et la Communauté

européenne et ses Etats-membres, d'autre part, sur la libre circulation des personnes

(ALCP, RS 0.142.112.681), le Conseil fédéral a adopté le 8 mars 2013 le mandat

de négociation relatif à l'extension de l'ALCP à ce nouvel Etat membre. Les

négociations à ce propos ont abouti à la rédaction du Protocole à l'ALCP,

concernant la participation, en tant que partie contractante, de la République

de Croatie, à la suite de son adhésion à l'Union européenne (Protocole

additionnel III), lequel doit encore être approuvé par le Parlement et le cas

échéant être soumis à la votation populaire. Dans l'intervalle, l'admission des

ressortissants croates reste soumise à la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur

les étrangers (LEtr, RS 142.20) en vertu de son art. 2 al.1.

b) Aux termes de l’art. 18 LEtr, un

étranger ne peut être admis en vue de l’exercice d’une activité lucrative

salariée que si cela sert les intérêts économiques du pays (let. a), si son

employeur a déposé une demande (let. b) et si les conditions fixées aux art. 20

à 25 de la loi sont remplies (let. c). Ces conditions sont cumulatives.

Selon l’art. 21 al. 1 LEtr

(intitulé "Ordre de priorité"), un étranger ne peut être admis en vue

de l’exercice d’une activité lucrative que s’il est démontré qu’aucun

travailleur en Suisse ni aucun ressortissant d’un Etat avec lequel a été conclu

un accord sur la libre circulation des personnes, correspondant au profil

requis, n’a pu être trouvé.

Conformément à l’art. 23 al. 1 et 3

let. c LEtr, seuls les cadres, les spécialistes ou autres travailleurs

qualifiés peuvent obtenir une autorisation de courte durée ou de séjour, sous

réserve des personnes possédant des connaissances ou des capacités

professionnelles particulières, si leur admission répond de manière avérée à un

besoin.

Les directives et commentaires de

l'Office fédéral des migrations, domaine des étrangers, dans leur teneur au

mois d'octobre 2013 précisent à leur ch. 4.3.4 que les qualifications

personnelles peuvent avoir été obtenues notamment à la suite d'un cursus

universitaire ou d'une haute école spécialisée et qu'elles peuvent souvent être

déduites de la fonction du travailleur étranger, par exemple lorsqu'il s'agit

de personnes appelées à créer ou à diriger des entreprises importantes pour le

marché du travail.

c) La recourante se plaint que

l'autoritée intimée n'a procédé à aucun examen de ses compétences et

qualifications personnelles et qu'elle n'a ordonné aucune instruction quant aux

démarches entreprises par l'employeur pour trouver un travailleur de

nationalité suisse ou ressortissant d'un Etat membre de l'UE. Ce faisant la

recourante se plaint de la violation du droit d'être entendu.

À teneur de l'art. 34 al.1 et 3

LPA-VD, les parties participent à l'administration des preuves et l'autorité

doit administrer les preuves requises si ces moyens n'apparaissent pas d'emblée

dénués de pertinence.

Le droit d'être entendu garanti par

l'art. 29 al. 2 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18

avril 1999 (Cst, RS 101) garantit le droit des parties de faire administrer des

preuves, à moins que celles-ci portent sur un fait dépourvu de pertinence ou

qu'elles soient manifestement inaptes à faire apparaître la vérité quant aux

faits de la cause. Par ailleurs, le juge est autorisé à effectuer une

appréciation anticipée des preuves déjà disponibles et, s'il peut admettre de

façon exempte d'arbitraire qu'une preuve supplémentaire offerte par une partie

serait impropre à ébranler sa conviction, refuser d'administrer cette preuve

(ATF 135 I 279 consid. 2.3; 133 I 270 consid. 3.1; PE.2000.0357 et réf. citée).

En l'espèce, il est manifeste que la

recourante ne réunit pas les conditions légales pour être admise en vue de

l'exercice d'une activité lucrative salariée. En effet, elle ne peut justifier

de qualifications personnelles, le poste visé n'étant pas un emploi qualifié et

elle ne peut prétendre avoir obtenu une formation particulière au cours de ses

précédents engagements. En outre, il est évident que l'ordre de priorité n'a

pas été respecté par l'employeur, lequel pouvait certainement trouver un

travailleur suisse ou européen dont le profil correspondait à son offre

d'emploi. Dans ces conditions, l'autorité intimée n'était pas tenue d'ordonner

des mesures d'instructions complémentaires, lesquelles paraissent dénuées de

pertinence pour l'issue du litige. Aussi, le droit d'être entendu de la recourante n'a-t-il pas été

violé.

3.

Ensuite, la recourante considère être dans un cas

individuel d'une extrême gravité justifiant une dérogation aux condition

d'admission selon l'art. 30 al. 1 let. b LEtr.

Selon cette disposition, il est

possible de déroger aux conditions d'admission prévues aux art. 18 à 29 LEtr

dans le but notamment de tenir compte des cas individuels d'une extrême

gravité.

Les critères dont il convient de

tenir compte pour examiner la notion de cas individuel d'extrême gravité sont

précisés à l'art. 31 al. 1 OASA comme il suit:

"Une

autorisation de séjour peut être octroyée dans les cas individuels d'extrême

gravité. Lors de l'appréciation, il convient de tenir compte notamment :

a. de l'intégration du requérant;

b. du respect de l'ordre juridique suisse par le requérant;

c. de la situation familiale, particulièrement de la

période de scolarisation et de la durée de la scolarité des enfants;

d. de la situation financière ainsi que de la

volonté de prendre part à la vie économique et d'acquérir une formation;

e. de la durée de la présence en Suisse;

f. de l'état de santé;

g. des possibilité de réintégration dans l'Etat de

provenance."

La situation personnelle d'extrême

gravité visée par l'art. 30 al. 1 let. b LEtr est la même que celle de l'art.

13.

let. f de l'ancienne ordonnance du 6 octobre 1986 limitant le nombre des

étrangers en vigueur jusqu'au 31 décembre 2007 (aOLE) si bien que la

jurisprudence relative à cette disposition reste applicable (Message du 8 mars

2003.

concernant la loi sur les étrangers, FF 2002 3543 ss).

Les conditions auxquelles la

reconnaissance d'un cas individuel d'extrême gravité est

soumise doivent être appréciées restrictivement. II est nécessaire que

l'étranger concerné se trouve dans une situation de détresse personnelle. Cela

signifie que ses conditions de vie et d'existence, comparées à celles

applicables à la moyenne des étrangers, doivent être mises en cause de manière

accrue, c'est-à-dire que le refus de soustraire l'intéressé aux restrictions

des nombres maximums comporte pour lui de graves conséquences. Lors de

l'appréciation d'un cas personnel d'extrême gravité, il y a lieu de tenir

compte de l'ensemble des circonstances du cas particulier. La reconnaissance

d'un cas personnel d'extrême gravité n'implique pas forcément que la présence

de l'étranger en Suisse constitue l'unique moyen pour échapper à une situation

de détresse. D'un autre côté, le fait que l'étranger ait séjourné en Suisse

pendant une assez longue période, qu'il s'y soit bien intégré, socialement et

professionnellement, et que son comportement n'ait pas fait l'objet de plaintes

ne suffit pas, à lui seul, à constituer un cas personnel d'extrême gravité; il

faut encore que la relation du requérant avec la Suisse soit si étroite qu'on

ne puisse pas exiger qu'il aille vivre dans un autre pays, notamment dans son

pays d'origine. A cet égard, les relations de travail, d'amitié ou de voisinage

que le requérant a pu nouer pendant son séjour ne constituent normalement pas

des liens si étroits avec la Suisse qu'ils justifieraient une exemption des

mesures de limitation du nombre des étrangers (ATF 130 II 39 consid. 3 et réf.

citée).

Le Tribunal fédéral a précisé que

les séjours illégaux en Suisse n'étaient en principe pas pris en compte dans

l'examen d'un cas de rigueur. La longue durée d'un séjour en Suisse n'est pas,

à elle seule, un élément constitutif d'un cas personnel d'extrême gravité dans

la mesure où ce séjour est illégal. Sinon, l'obstination à violer la

législation en vigueur serait en quelque sorte récompensée. Dès lors, il

appartient à l'autorité compétente d'examiner si l'intéressé se trouve pour

d'autres raisons dans un état de détresse justifiant de l'excepter des mesures

de limitation du nombre des étrangers. Pour cela, il y a lieu de se fonder sur

les relations familiales de l'intéressé en Suisse et dans sa patrie, sur son

état de santé, sur sa situation professionnelle, sur son intégration sociale,

etc. (ATF 130 II 39 consid. 3 et réf. citée).

En l'espèce, la recourante rappelle

qu'elle vit en Suisse depuis 12 ans. Cependant, les séjours illégaux en Suisse

ne sont pas pris en compte lors de l'examen de la situation personnelle

d'extrême gravité et la recourante ne saurait donc tirer parti de la durée de

son séjour en Suisse pour obtenir l'autorisation sollicitée. Ensuite, bien que

l'intégration de la recourante en Suisse semble réussie, elle n'est pas à ce

point exceptionnelle qu'elle justifierait une exemption aux conditions

d'admission. En effet, le fait pour un étranger d'avoir séjourné en Suisse

pendant une assez longue période, de s'y être bien intégré socialement et

professionnellement et de s'être comporté correctement ne suffit pas, à lui

seul, pour retenir un cas personnel d'extrême gravité selon la jurisprudence.

Enfin, ni le recours, ni le dossier n'exposent d'éléments indiquant qu'elle se

trouverait dans une situation personnelle grave si elle devait retourner vivre

dans son pays d'origine.

4.

Manifestement mal fondé, le recours doit être

rejeté et la décision attaquée, confirmée, sans qu'il soit nécessaire de

procéder à un échange d'écritures (art. 82 al. 1 LPA-VD). Vu le sort de la cause, un émolument judiciaire est mis à la charge

de la recourante (art. 46 al. 3 et art. 49 al. 1 LPA-VD; art. 4 al. 1 du tarif

des frais judiciaires en matière de droit administratif et public du 11

décembre 2007, TFJAP, RSV 173.36.5.1) et il n'est pas alloué de dépens (art. 55

al. 1 a contrario, art. 56 al. 3, art. 91 et 99 LPA-VD).

Dispositif

Par ces motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

I.

Le recours est rejeté.

II.

La décision du Service de l'emploi, Contrôle du

marché du travail et protection des travailleurs du 7 novembre 2013 est

confirmée.

III.

Un émolument de justice de 500 (cinq cents)

francs est mis à la charge de X._______________.

IV.

Il n'est pas alloué de dépens.

Lausanne, le 3 février 2014

Le président: La

greffière:

Le présent arrêt est communiqué aux

destinataires de l'avis d'envoi ci-joint.

Il peut faire l'objet, dans les trente

jours suivant sa notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en

matière de droit public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du

17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours

constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle,

indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé.

Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit.

Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire,

pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la

décision attaquée.