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Décision

PE.2014.0285

CDAP - PE.2014.0285 - 2014-08-25 - X._______________ c/Service de la population (SPOP)

25 août 2014Français16 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants

A.

X.________________, ressortissante éthiopienne

née le 20 mai 1991, est entrée en Suisse le 14 février 2009 avec sa mère et son

frère pour rejoindre son père. Elle a été mise au bénéfice d'une autorisation

de séjour par regroupement familial qui a été régulièrement renouvelée jusqu'au

13 février 2014.

X.________________ bénéficie de

l'aide sociale depuis le 1er juin 2010 pour un montant de 81'540 fr.

au 8 avril 2013. Elle n'a jamais exercé d’activité lucrative en Suisse et

présente une incapacité de travail durable et totale pour toute activité depuis

le mois de février 2012.

Par lettre du 21 mai 2013 adressée

à X.________________, le Service de la population (ci-après: le SPOP) a relevé

que l'intéressée dépendait de l'assistance sociale et l'a informée qu'il

procéderait à une nouvelle analyse de sa situation à l'échéance de son

autorisation de séjour et l'invitait à tout entreprendre pour gagner son

autonomie financière.

Le 22 mai 2013, X.________________

a déposé une demande de prestations de l'assurance-invalidité (AI); le

formulaire qu'elle a complété à cet effet faisait état de "problèmes psychiques" sous la rubrique

"6.2 Précisions sur le genre d'atteinte à

la santé".

B.

Par lettre du 14 mars 2014, le SPOP a informé X.________________

de son intention de refuser de renouveler son autorisation de séjour pour des

motifs d'assistance publique, constatant que sa situation financière n'avait

pas changé. La prénommée a été invitée à faire part de ses remarques et

objections.

Par lettre du 31 mai 2014,

l'assistante sociale du Service de psychiatrie générale du Centre hospitalier

universitaire vaudois (CHUV) suivant X.________________ a fait parvenir au SPOP

une copie de la demande de prestations adressée à l'office AI. Par lettre au

SPOP du 10 juin 2014, elle a apporté un complément d'informations sur la

situation et le suivi sociaux et médicaux de X.________________. Cette lettre

figure au dossier du SPOP, qui l'a reçue le 18 juin 2014.

C.

Par décision datée du 6 mai 2014 sur la première

page et du 24 juin 2014 en en-tête de la seconde page, le SPOP a refusé de

renouveler l'autorisation de séjour de X.________________ et a prononcé son

renvoi de Suisse (sans fixer un délai de départ), précisant qu'il transmettrait

le dossier à l'Office fédéral des migrations (ODM) en vue d'une admission

provisoire, dès que la décision serait entrée en force. A l'appui de son

recours, l'intéressée a produit notamment la lettre établie le 10 juin 2014 par

le Service de psychiatrie générale du CHUV ainsi qu'une lettre du 12 mai 2014

de l'Office de l'assurance-invalidité du canton de Vaud (ci-après: l'office AI)

l'informant de son intention de rejeter sa demande de rente d'invalidité;

l'office AI relevait qu'elle présentait une incapacité de travail durable et

totale dans toute activité depuis février 2012 mais qu'elle ne remplissait pas

les conditions générales d'assurance lui donnant droit à une rente d'invalidité

(durée de cotisation, respectivement âge de la survenance de l'invalidité).

D.

Par acte daté du 9 août 2014 reçu le 18 juillet

2014, X.________________ a recouru devant la Cour de droit administratif et

public du Tribunal cantonal contre cette décision dont elle demande

implicitement l'annulation, son autorisation de séjour étant renouvelée.

Par décision incidente du 29

juillet 2014, le juge instructeur a octroyé l'assistance judiciaire partielle à

la recourante (exonération d'avances et des frais judiciaires).

L'autorité intimée s'est déterminée

le 31 juillet 2014, concluant au rejet du recours. Elle a produit son dossier.

E.

Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérants

1.

La recourante se plaint d'une constatation

incomplète des faits pertinents, faisant valoir que la décision attaquée, datée

du 6 mai 2014 mais notifiée seulement le 10 juillet 2014, n'a pas pu prendre en

considération le courrier du CHUV du 10 juin 2014.

En l'occurrence, il apparaît que la

date du 6 mai 2014 figurant en première page de la décision attaquée constitue

très vraisemblablement une erreur de plume; en effet, la seconde page de cette

décision est datée du 24 juin 2014 et un autre document du dossier de

l'autorité intimée (courriel du 25 juin 2014 adressé au Centre social régional)

se réfère à la décision attaquée comme ayant été rendue le 24 juin 2014. Ainsi,

l'autorité intimée a bel et bien pu prendre en considération la lettre du CHUV

du 10 juin 2014 qu'elle avait reçu le 18 juin 2014, soit avant de rendre la

décision attaquée, le 24 juin 2014.

Quoi qu'il en soit, la recourante a

produit la lettre du CHUV du 10 juin 2014 dans le cadre de son recours; l'autorité

intimée a été invitée à se déterminer sur le sort du recours au vu de cette

pièce et, par lettre du 31 juillet 2014, elle a expressément relevé que "les arguments invoqués [n'étaient] pas de nature à

modifier [sa] décision", laquelle était par

conséquent maintenue. Une éventuelle constatation incomplète des faits aurait

donc été réparée dans le cadre de l'instruction du recours devant la cour de

céans. Ce grief doit partant être rejeté.

2.

L'autorité intimée a refusé de renouveler

l'autorisation de séjour de la recourante pour le motif que l'intéressée

dépendait de l'aide sociale.

a) Conformément à l'art. 33 de la

loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20),

l'autorisation de séjour est octroyée pour un séjour de plus d'une année (al.

1), dont le but est déterminé et elle peut être assortie d'autres conditions

(al. 2); sa durée de validité est limitée, mais peut être prolongée s'il n'existe

aucun motif de révocation au sens de l'art. 62 LEtr (al. 3).

Aux termes de l'art. 62 LEtr,

l'autorité compétente peut révoquer une autorisation, à l'exception de

l'autorisation d'établissement, ou une autre décision fondée sur cette loi, si

l'étranger ou son représentant légal a fait de fausses déclarations ou a

dissimulé des faits essentiels durant la procédure d'autorisation (let. a),

s'il a été condamné à une peine privative de liberté de longue durée ou a fait l’objet d’une mesure pénale prévue aux art. 64 ou 61 du Code

pénal (let. b), s’il attente de manière grave ou

répétée à la sécurité et l’ordre publics en Suisse ou à l’étranger, les met en

danger ou représente une menace pour la sécurité intérieure ou extérieure de la

Suisse (let. c), s'il ne respecte pas les conditions dont la décision est

assortie (let. d) ou si lui-même ou une personne dont il a la charge dépend de

l'aide sociale (let. e).

Selon la jurisprudence, le motif au

sens de l’art. 62 let. e LEtr autorise a fortiori le refus – ou le non-renouvellement

– de l'autorisation si l'étranger est dépendant de l'assistance publique. Il

doit exister un risque concret de dépendance à l'aide sociale, de simples

préoccupations financières ne suffisant pas. Pour évaluer ce risque, il sied

non seulement de tenir compte des circonstances actuelles, mais aussi de

considérer l'évolution financière probable à plus long terme (TF 2C_139/2013 du 11 juin 2013 consid. 6.2.4;

ATF 125 II 633 consid. 3c). Le revenu doit être concret et vraisemblable et, autant que possible,

ne pas apparaître purement temporaire. Pour le reste, la notion d'assistance

publique s'interprète dans un sens technique; elle comprend l'aide sociale

traditionnelle et les revenus minima d'aide sociale, à l'exclusion des

prestations d'assurances sociales comme les indemnités de chômage (TF 2C_268/2011

du 22 juillet 2011 consid. 6.2.2).

b) En l'espèce, la recourante - entrée

en Suisse par regroupement familial auprès de son père mais maintenant majeure

- bénéficie de l'aide sociale depuis le 1er

juin 2010, soit depuis plus de quatre ans, pour un montant de 81'540 fr. au 8

avril 2013. Elle n'exerce et n'a exercé aucune activité lucrative en Suisse et

présente une incapacité de travail durable et totale pour toute activité depuis

le mois de février 2012. Bien qu'elle fait valoir avoir entrepris des démarches

pour faire reconnaître son diplôme éthiopien de "clinical nursing"

par la Croix-Rouge suisse, elle ne paraît pas avoir de projet concret d'activité

lucrative. L'office AI lui a

apparemment implicitement reconnu un statut d'invalide tout en relevant qu'elle

ne remplissait pas les critères - notamment de durée de cotisation - lui

permettant de toucher une rente d'invalidité. Au vu de ces éléments, force est

de constater que la recourante présente une dépendance à l'aide sociale

concrète et durable.

Le motif de révocation de

l'autorisation de séjour prévu à l'art. 62 let. e LEtr, soit la dépendance à

l'aide sociale, est ainsi réalisé et l'autorité intimée était partant fondée à

refuser de renouveler l'autorisation de séjour de la recourante pour ce motif.

3.

La recourante fait encore valoir que le refus de

renouveler son autorisation de séjour violerait son droit au respect de sa vie

privée, protégé par l'art. 8 de la Convention du 4 novembre 1950 de sauvegarde

des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH; RS 0.101).

a) Pour qu'il puisse invoquer la

protection de la vie familiale découlant de l'art. 8 par. 1 CEDH,

l'étranger doit entretenir une relation étroite et effective avec une personne

de sa famille ayant le droit de résider durablement en Suisse. Les relations

familiales qui peuvent fonder, en vertu de l'art. 8 CEDH, un droit à une

autorisation de police des étrangers sont avant tout les rapports entre époux

ainsi qu'entre parents et enfants mineurs vivant ensemble. Un étranger majeur

ne peut se prévaloir de cette disposition que s'il se trouve dans un état de

dépendance particulier par rapport à des membres de sa famille résidant en

Suisse (TF 2C_1119/2012 du 4 juillet 2013 consid. 6.1 et les références).

Sous l'angle étroit de la

protection de la vie privée, l'art. 8 CEDH n'ouvre le droit à une autorisation

de séjour qu'à des conditions très restrictives. L'étranger doit en effet

établir l'existence de liens sociaux et professionnels spécialement intenses

avec la Suisse, notablement supérieurs à ceux qui résultent d'une intégration

ordinaire. Le Tribunal fédéral n'adopte pas une approche schématique qui

consisterait à présumer, à partir d'une certaine durée de séjour en Suisse, que

l'étranger y est enraciné et dispose de ce fait d'un droit de présence dans

notre pays. Il procède bien plutôt à une pesée des intérêts en présence, en

considérant la durée du séjour en Suisse comme un élément parmi d'autres. Les

années passées dans l'illégalité ou au bénéfice d'une simple tolérance – par

exemple en raison de l'effet suspensif attaché à des procédures de recours – ne

doivent normalement pas être prises en considération dans l'appréciation ou

alors seulement dans une mesure très restreinte (TF 2C_267/2014 du 18 mars 2014

consid. 4.1 et les références). Le Tribunal fédéral a notamment retenu en

faveur d'un étranger installé depuis plus de onze ans en Suisse qu'il avait

développé dans notre pays des liens particulièrement intenses dans les domaines

professionnel (création d'une société à responsabilité limitée; emploi à la

Délégation permanente de l'Union africaine auprès de l'ONU) et social (cumul de

diverses charges auprès de l'Eglise catholique) et que, sans le décès de son

épouse suisse, avec laquelle il partageait sa vie, l'intéressé aurait

légitimement pu espérer la prolongation de son autorisation de séjour (cf. TF

2C_266/2009 du 2 février 2010). A l'inverse, le Tribunal fédéral a estimé qu'un

étranger ayant vécu pendant seize ans en Suisse en y développant normalement

ses relations privées ne pouvait en déduire aucun droit à une autorisation de

séjour sous l'angle de la protection de la vie privée (cf. TF 2P.253/1994 du 3

novembre 1994).

b) En l'occurrence, la recourante,

majeure, vit en Suisse depuis 2009, soit depuis cinq ans, et n'invoque pas ni

ne paraît se trouver dans un état de dépendance particulier par rapport à des

membres de sa famille résidant en Suisse. Sans enfants, ne parlant pas bien le

français, n'exerçant aucune activité lucrative et ne se prévalant pas de

l'existence de liens sociaux et professionnels spécialement intenses avec la

Suisse, elle ne remplit ainsi manifestement pas les conditions lui permettant

de tirer de l'art. 8 CEDH un droit à une autorisation de séjour, sous

l'angle de la protection tant de sa vie familiale que de sa vie privée. Ce

grief doit donc être rejeté.

4.

Il est possible de déroger aux conditions

d’admission notamment pour tenir compte des cas individuels d’une extrême

gravité ou d’intérêts publics majeurs (art. 30 al. 1 let. b LEtr).

Cet argument n’a pas été invoqué par la recourante mais, le tribunal appliquant

le droit d’office, il s’agit de l’examiner ci-après.

a) L'article 30 al. 1 let. b LEtr est

concrétisé à l'art. 31 de l'ordonnance du 24 octobre 2007 relative à

l’admission, au séjour et à l’exercice d’une activité lucrative (OASA; RS

142.

), dont l'al. 1 impose de tenir compte, lors de l'appréciation,

notamment de l'intégration du requérant (let. a), du respect de l'ordre

juridique suisse par le requérant (let. b), de la situation familiale,

particulièrement de la période de scolarisation et de la durée de la scolarité

des enfants (let. c), de la situation financière ainsi que de la volonté de

prendre part à la vie économique et d'acquérir une formation (let. d), de la

durée de la présence en Suisse (let. e), de l'état de santé (let. f) et des

possibilités de réintégration dans l'Etat de provenance (let. g).

b) En l'espèce, il y a lieu,

s'agissant de l'intégration de la recourante, de renvoyer aux motifs exposés au

consid. 3b ci-dessus, sous l'angle de l'art. 8 CEDH, qui conservent, dans ce

contexte également, toute leur pertinence. Quant aux autres critères, énumérés

aux let. e à g de l'art. 31 al. 1 OASA, on relève en premier lieu que la recourante,

âgée de 23 ans, est arrivée en Suisse l'année de ses 18 ans; son séjour en

Suisse n'est ainsi pas de grande durée eu égard à la durée de son séjour dans

son pays d'origine, dont elle parle la langue et où elle a passé son enfance et

son adolescence, de sorte qu'elle y a certainement conservé des attaches

socio-culturelles et familiales susceptibles de favoriser son retour, quand

bien même ses parents et son frère se trouvent en Suisse. S'agissant de son

état de santé et bien que la recourante se trouve actuellement en incapacité de

travail durable en raison de problèmes psychiques, il n'apparaît pas qu'elle

aurait besoin de traitements ou de soins auxquels elle n'aurait accès qu'en

Suisse. La recourante devrait ainsi pouvoir se réintégrer dans son pays

d'origine sans rencontrer d'insurmontables difficultés.

En résumé, la

recourante ne se trouve pas dans un cas individuel d’extrême gravité, qui

imposerait la poursuite de son séjour en Suisse au sens des art. 30

al. 1 let. b LEtr et 31 OASA.

5.

Il convient encore de relever que l'autorité

intimée a certes prononcé dans la décision attaquée le renvoi de la recourante

mais n’a pas fixé un délai de départ ; elle a implicitement admis que

l'exécution du renvoi de la recourante en Ethiopie n'était pas possible, pas

licite ou était inexigible, puisqu'elle a précisé dans la décision qu'elle

transmettrait le dossier à l'ODM en vue d'une admission provisoire, dès que la

décision serait en force.

Il appartiendra dès lors à

l'autorité intimée, une fois la décision attaquée entrée en force, de

transmettre le dossier de la recourante à l'ODM pour lui proposer de l'admettre

provisoirement en application de l'art. 83 al. 4 et 6 LEtr.

6.

Il résulte de ce qui précède que le recours doit

être rejeté et la décision attaquée, confirmée. Vu les circonstances du cas, il

se justifie de renoncer à prélever les frais judiciaires (art. 50 de la loi du

28.

octobre 2008 sur la procédure administrative [LPA-VD; RSV 173.36]). Il n'est

pas alloué de dépens (art. 55, 91 et 99 LPA-VD).

Dispositif

Par ces motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

I.

Le recours est rejeté.

II.

La décision rendue par le Service de la

population, datée du 6 mai 2014 et du 24 juin 2014, est confirmée.

III.

Les frais judiciaires sont laissés à la charge

de l'Etat.

IV.

Il n'est pas alloué de dépens.

Lausanne, le 25 août 2014

Le président: La

greffière:

Le présent arrêt est communiqué aux

destinataires de l'avis d'envoi ci-joint.

Il peut faire l'objet, dans les trente

jours suivant sa notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en

matière de droit public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du

17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours

constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle,

indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé.

Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit.

Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire,

pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la

décision attaquée.