Lexipedia

Décision

PE.2016.0196

CDAP - PE.2016.0196 - 2016-10-24 - A.________/Service de la population (SPOP), Service de l'emploi, Contrôle du marché du travail et protection des travailleurs

24 octobre 2016Français21 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants

A.

A.________, ressortissante canadienne et libanaise née en 1991, est

arrivée en Suisse le 1er septembre 2013 en vue de suivre un master ès

Sciences en psychologie, psychologie de l'enfant et de l'adolescent, à l'Université

de Lausanne (UNIL). Titulaire d'un bachelor en psychologie clinique délivré par

l'Université Saint Joseph à Beyrouth (Liban), elle a déclaré souhaiter se

former à l'UNIL, qui dispensait un programme unique portant spécifiquement sur

la psychologie des enfants et adolescents, pour, à terme, réaliser son rêve

consistant à "ouvrir une garderie de pointe au Liban pour enfants ayant

des troubles du comportement" (cf. lettre du 17 juillet 2013). Elle s'engageait

à quitter la Suisse à l'issue de ses deux années de master. A.________ a obtenu

une autorisation de séjour pour formation (B) valable jusqu'au 31 octobre 2014,

prolongée jusqu'au 31 octobre 2015.

En août 2015, A.________ a achevé la formation

poursuivie à l'UNIL, obtenant le master prévu.

Suite à sa demande du 4 novembre 2015, le SPOP a

délivré à A.________ un permis (L) afin de pouvoir rechercher un emploi, valable

jusqu'au 16 mars 2016.

B.

Le Dr B.________, à Lausanne, exploite un cabinet médical sous le nom de

C.________. Le 15 mars 2016, A.________ et B.________ ont conclu un contrat de

travail, portant sur un stage à 60% (24h de travail hebdomadaires), non

rémunéré, visant à former A.________ en psychothérapie systémique. La durée du

stage était de 12 mois (du 15 mars 2016 au 14 mars 2017), étant précisé qu'à la

fin du stage "si l'évaluation de son travail est satisfaisante, A.________

passera à l'étape suivante, à savoir psychologue assistante".

Le même jour, B.________ et A.________ ont déposé

une demande de permis de séjour avec activité lucrative de courte durée (max.

12 mois) tendant à l'engagement de A.________ pour le stage non rémunéré

précité. A été produit à cette occasion une attestation de B.________, dans

laquelle ce dernier soulignait que les expériences professionnelles et sociales

de A.________ ainsi que ses capacités dans le domaine de la psychologique

l'intéressaient vivement et que celle-ci souhaitait effectuer le stage en case

dans le but de compléter son "certificate of advanced studies"

(CAS) en psychothérapie d'orientation systémique. Il précisait, s'agissant de

la rémunération, espérer "pouvoir rémunérer A.________ dès que

l'occasion se présentera".

C.

Par décision du 2 mai 2016, le Service de l'emploi (SDE) a refusé

d'accorder l'autorisation sollicitée. A.________, ressortissante d'un Etat

tiers, était soumise au principe de priorité des travailleurs indigènes (art.

21 de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers [LEtr; RS 142.20])

et ne remplissait pas les conditions de dérogation à ce principe applicables

aux stagiaires. Par ailleurs, les conditions de rémunération et de travail de

stagiaires ayant achevé leur formation devaient être conformes aux conditions

de rémunération usuelles du lieu, de la branche, de la fonction et de la formation

(cf. art. 22 LEtr), ce qui n'était pas le cas.

D.

Par courrier du 31 mai 2016, B.________ a sollicité du SDE la délivrance

d'une autorisation de travail en faveur de l'intéressée, cette fois pour un

poste d'une durée indéterminée, à plein temps, rémunéré, et en application de

l'art. 21 al. 3 LEtr visant à faciliter l'admission et l'intégration des

étrangers titulaires d'un diplôme d'une haute école suisse, tels que A.________.

Dans ce courrier, B.________ expliquait que l'intéressée avait été embauchée à

la suite de la fin des contrats de deux psychologues du cabinet. Pendant son

stage préalable, l'intéressée avait fait preuve d'excellentes capacités

d'adaptation au sein de l'équipe et avait su montrer des acquis "tant

au niveau des connaissances théoriques que de la réflexion analytique dans le

domaine de la psychologie selon l'approche systémique." De plus, sa

maîtrise de la langue arabe avait permis au cabinet de mieux répondre aux

besoins de la demande croissante de réfugiés venus d'Orient. En outre, B.________

précisait que le/la candidat/e au poste proposé à l'intéressée devait remplir

les critères suivants:

"- Un master

dans le domaine de la psychologie

- Des

compétences au niveau de la consultation et des bilans d'évaluations

psychologiques

- De bonnes

connaissances de base en sémiologie psychiatrique, en diagnostique (CIM 10 ou

DSM V) et en psychopathologie

- Une expérience

professionnelle d'au minimum 6 mois dans une institution psychiatrique

- Une aptitude à

travailler dans un cadre pluridisciplinaire

- D'excellentes

capacités de rédaction, maîtrise parfaite du français oral et écrit (rédaction

de rapports).

- La maîtrise de la langue arabe est indispensable pour ce poste

afin de répondre à la demande croissante des migrants (et des réfugiés)."

Or, toujours selon le courrier précité, A.________

répondait à tous ces critères au vu de son parcours académique, de ses

expériences professionnelles, de ses compétences, de son savoir-faire ainsi que

de ses capacités linguistiques. Enfin, B.________ ajoutait:

"(…)ses

connaissances acquises durant sa formation, couplées de ses compétences

linguistiques représentent pour C.________ une qualité rare sur le marché

Suisse. De plus son expérience étendue dans le domaine (plus de 3'800 heures

passées dans différents environnement cliniques et professionnels suisses et

internationaux) ne font qu'ajouter de la valeur à son profil. Cherchant à

continuer à se former et perfectionner ses acquis Mlle A.________ s'est

inscrite à la formation en psychothérapie systémique de Lausanne 'Certificate

of Advanced Studies' (CAS - Formation continue) qui lui permettra, au travers

de sa mise en pratique professionnelle, d'approfondir ses savoirs dans le

métier et d'obtenir le titre de psychothérapeute."

E.

Par acte du même jour, soit du 31 mai 2016, A.________, par le

truchement de son avocat, a recouru contre la décision du SDE du 2 mai 2016 devant

la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP). Elle

conclut, sous suite de frais et dépens, principalement à sa réforme en ce sens

que sa demande de permis de séjour est acceptée, subsidiairement à son

annulation et au renvoi de la cause au SDE pour nouvelle décision. A l'appui du

recours, A.________ a notamment produit le courrier précité de B.________, un

nouveau contrat de travail du 31 mai 2016 (portant sur son engagement en

qualité de psychologue sous la responsabilité de la direction médicale, à 100%,

soit 40 heures hebdomadaires, à raison d'un salaire mensuel brut de base de

5'000 fr. pour une durée indéterminée, à partir du 1er juin 2016), son

curriculum vitae, ses diplômes et attestations d'employeurs, ainsi qu'un

calculateur de salaire du site internet Statistique Vaud. Elle ne prétend plus

bénéficier du statut de stagiaire et reconnaît être soumise au régime général

des art. 21 et 22 LEtr. Toutefois, invoquant le fait nouveau constitué par le

contrat précité du 31 mars 2016, elle soutient que son engagement ne viole pas

le principe de priorité des travailleurs indigènes ou UE/AELE compte tenu de son

profil à la fois très recherché et très rare. De plus, l'activité lucrative en

question revêtirait un intérêt scientifique prépondérant, dès lors qu'elle est

titulaire d'un master en psychologie, de sorte qu'elle devrait bénéficier d'une

dérogation, au sens de l'art. 21 al. 3 LEtr, au principe de priorité précité.

Le SPOP a renoncé à se déterminer.

Le SDE s'est exprimé le 12 août 2016, concluant au

rejet du recours, dès lors que l'engagement de la recourante ne respectait pas

le principe de priorité. L'employeur n'avait pas démontré qu'un travailleur

indigène correspondant au profil requis n'avait pas pu être trouvé, et l'on ne

distinguait pas en quoi l'activité lucrative de la recourante revêtait un intérêt

scientifique prépondérant.

Le 20 septembre 2016, la recourante, sous la plume

de son conseil, a répliqué.

Le SDE s'est encore déterminé le 3 octobre 2016.

F.

La Cour a statué par voie de circulation.

Considérants

1.

a) Aux termes de l’art. 92 al. 1 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008

sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le Tribunal cantonal

connaît des recours contre les décisions et décisions sur recours rendues par

les autorités administratives, lorsque la loi ne prévoit aucune autre autorité

pour en connaître. Il est compétent en l'espèce pour statuer sur la décision attaquée.

b) Bien qu'elle ne soit pas la destinataire de la

décision entreprise, la recourante a qualité pour recourir, dans la mesure où

elle est directement atteinte par cette décision et dispose ainsi d'un intérêt

digne de protection à ce qu'elle soit annulée (cf. art. 75 let. a LPA-VD,

applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD).

c) Au surplus, déposé dans le délai de trente jours

fixé par l’art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le recours est intervenu en temps utile.

Il respecte les conditions formelles énoncées à l’art. 79 LPA-VD (par

renvoi de l’art. 99 LPA-VD), de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le

fond.

2.

En matière d'autorisation de travailler en Suisse, des règles

différentes sont applicables aux ressortissants des Etats de l'Union européenne

ou de l’Association européenne de libre-échange, d’une part, et aux

ressortissants d’Etats tiers, d’autre part.

Il n'est pas contesté que la recourante, de

nationalités canadienne et libanaise, n’est pas ressortissante communautaire,

de sorte que l’Accord du 21 juin 1999 entre la Confédération suisse d’une part, et la Communauté européenne et ses Etats membres, d’autre part, sur la libre

circulation des personnes (ALCP; RS 0.142.112.681) ne trouve pas application.

Le présent recours doit dès lors être examiné au regard de la LEtr (art. 2

LEtr).

3.

La recourante se plaint d’une violation des dispositions de la LEtr relatives à l’admission de personnes en vue de l’exercice d’une activité lucrative.

a) Aux termes de l’art. 18 LEtr, un étranger ne peut

être admis en vue de l’exercice d’une activité lucrative salariée que si cela

sert les intérêts économiques du pays (let. a), si son employeur a déposé une

demande (let. b) et si les conditions fixées aux art. 20 à 25 de la loi sont

remplies (let. c).

L'art. 21 LEtr instaure un ordre

de priorité des admissions en Suisse, en prévoyant qu'un étranger ne peut être

admis en vue de l’exercice d’une activité lucrative que s’il est démontré

qu’aucun travailleur en Suisse [à savoir les Suisses, les titulaires d’une

autorisation d’établissement et les titulaires d’une autorisation de séjour qui

ont le droit d’exercer une activité lucrative; cf. al. 2 let. a – c], ni aucun

ressortissant d’un Etat avec lequel a été conclu un accord sur la libre

circulation des personnes correspondant au profil requis n’a pu être trouvé

(al. 1).

L’art. 22 LEtr dispose qu'un étranger ne peut être

admis en vue de l’exercice d’une activité lucrative qu’aux conditions de

rémunération et de travail usuelles du lieu, de la profession et de la branche.

L'art. 23 LEtr concerne les qualifications personnelles nécessaires et l'art.

24.

LEtr le logement dont le travailleur doit disposer.

b) S’agissant des efforts de recherche de

l’employeur dans le cadre de l’art. 21 LEtr précité, les Directives et

commentaires édictés par le Secrétariat d'Etat aux Migrations (SEM) dans le

domaine des étrangers, dans leur version d'octobre 2013, actualisée le 18

juillet 2016 (ci-après: Directives LEtr) prévoient:

"(…)

Les employeurs sont tenus d’annoncer le plus rapidement possible aux offices

régionaux de placement les emplois vacants, qu’ils présument ne pouvoir

repourvoir qu’en faisant appel à du personnel venant de l’étranger. Les offices

de placement jouent un rôle clé dans l’exploitation optimale des ressources

offertes par le marché du travail sur l’ensemble du territoire suisse.

L’employeur doit, de son côté, entreprendre toutes les démarches nécessaires –

annonces dans les quotidiens et la presse spécialisée, recours aux médias

électroniques et aux agences privées de placement – pour trouver un travailleur

disponible. On attend des employeurs qu’ils déploient des efforts en vue

d’offrir une formation continue spécifique aux travailleurs disponibles sur le

marché suisse du travail (…)" (ch. 4.3.2.1).

"L’employeur doit être en mesure de

rendre crédibles les efforts qu’il a déployés, en temps opportun et de manière

appropriée, en vue d’attribuer le poste en question à des candidats indigènes

ou à des candidats ressortissants de l’UE/AELE. Des ressortissants d’Etats

tiers ne seront contactés que dans le cas où les efforts entrepris n’ont pas

abouti. Il convient dès lors de veiller à ce que ces démarches ne soient pas

entreprises à la seule fin de s’acquitter d’une exigence. Elles doivent être

engagées suffisamment tôt, dans un délai convenable avant l’échéance prévue

pour la signature du contrat de travail. En outre, il faut éviter que les

personnes ayant la priorité ne soient exclues sur la base de critères professionnels

non pertinents tels que des séjours à l’étranger, des aptitudes linguistiques

ou techniques qui ne sont pas indispensables pour exercer l’activité en

question, etc." (ch. 4.3.2.2).

Selon la jurisprudence constante, il faut se montrer

strict quant à l’exigence des recherches faites sur le marché du travail de

manière à donner la priorité aux demandeurs d’emploi indigènes. Il y a ainsi

lieu de refuser le permis de travail lorsqu’il apparaît que c’est par pure

convenance personnelle que le choix de l’employeur s’est porté sur un étranger

plutôt que sur des demandeurs d’emploi présentant des qualifications

comparables (cf. arrêt PE.2015.0162 consid. 3c et les références citées). Les

efforts de recrutement ne peuvent être pris en considération que si les

annonces parues correspondent au profil de l’employé étranger pressenti. En

outre, les recherches requises doivent avoir été entreprises dans la presse et

auprès de l’ORP pendant la période précédant immédiatement le dépôt de la

demande de main-d’œuvre étrangère, et non plusieurs mois auparavant (arrêt

PE.2014.0109 du 12 août 2014; PE.2013.0406 du 27 janvier 2014; PE.2013.0207 du 28 novembre 2013), ni après la demande de permis (arrêt PE.2014.0006 du 1er

juillet 2014).

c) En

dérogation à l’alinéa 1, un étranger titulaire d’un diplôme d’une haute école

suisse peut être admis, si son activité lucrative revêt un intérêt scientifique

ou économique prépondérant. Il est admis provisoirement pendant six mois à

compter de la fin de sa formation ou de son perfectionnement en Suisse pour

trouver une telle activité (al. 3). Dans ce cas, l'employeur ne devra notamment

plus démontrer qu'il n'a pu trouver une personne correspondant au profil requis

en dépit de ses recherches. Cette dérogation a pour but de permettre à la Suisse de tirer un profit direct des investissements consentis pour la spécialisation des étudiants

étrangers (cf. FF 2010 I 373 ss, spéc. p. 384, cf. égal. RO 2010 p. 2957 ss et

PE.2014.0202 du 24 février 2015 consid. 5b).

La dérogation de l'art. 21 al. 3 LEtr permet,

notamment, aux entreprises suisses et aux milieux académiques suisses de

recruter des spécialistes qui ont terminé avec succès leurs études en Suisse et

qui sont bien ou hautement qualifiés. A cet effet, les diplômés d'une haute

école suisse (principalement les hautes écoles universitaires et les hautes

écoles spécialisées) sont admis provisoirement en Suisse au terme de leurs

études pour une durée de six mois (non prolongeable) afin de leur permettre de

trouver un emploi qualifié. Sont également

considérés comme étrangers diplômés d'une haute école suisse au sens de l’art.

21.

al. 3 LEtr les étrangers qui n’ont étudié en Suisse que pour obtenir leur

master ou leur doctorat. La réglementation du séjour d'une durée de six

mois à des fins de recherche d'un emploi relève de la compétence cantonale. La durée de validité de l’autorisation de courte durée

commence à courir à compter de la date à laquelle les études accomplies dans

une haute école ou une haute école spécialisée ont été achevées par un diplôme.

Peu importe que le diplôme ait déjà été remis ou non, une attestation de

l’école suffit. Si le diplôme a été obtenu avant l’échéance de l’autorisation

de séjour en vue de la formation ou du perfectionnement, le temps écoulé depuis

la fin des études est déduit de la durée de séjour de six mois (ch.

5.1.3

des Directives LEtr).

Pour qu'un étranger ayant accompli sa formation en

Suisse puisse s'en prévaloir et obtenir ainsi une dérogation à l'ordre de

priorité défini à l'art. 21 al. 1 LEtr, il faut que cet étranger soit appelé à

exercer une activité lucrative dans un domaine où il peut mettre en pratique à

haut niveau les connaissances acquises et où il n'existe effectivement pas

d'offre de main d'oeuvre suffisante. Il s'agit, en règle générale, d'activités

dans les domaines de la recherche, du développement, dans la mise en oeuvre de

nouvelles technologies ou encore pour mettre en application le savoir-faire

acquis dans les domaines d'activités qui revêtent un intérêt économique

prépondérant. Cela peut être aussi le cas lorsque l'occupation du poste permet

de créer immédiatement de nouveaux emplois ou de générer de nouveaux mandats

pour l'économie suisse (arrêt du TAF C-5184/2014 du 31 mars 2016 consid. 5.3.2,

Directives du SEM ch. 4.4.6 et 5.1.3).

Dans l'esprit du législateur, une activité lucrative

revêt un intérêt économique prépondérant lorsqu'il existe sur le marché du travail

un besoin avéré de main d'oeuvre dans le secteur d'activité correspondant à la

formation. Cette précision garantit que ce régime particulier ne s'applique que

lorsqu'il y a effectivement pénurie de travailleurs dans un certain domaine de

spécialité et que des personnes au chômage établies en Suisse ou provenant des

pays de l'UE ou de l'AELE ne peuvent accomplir cette activité (arrêt du TAF

C-5184/2014 du 31 mars 2016 consid. 5.3.2; cf. Rapport de la Commission des

institutions publiques du Conseil national du 5 novembre 2009 relatif à

l'initiative parlementaire visant à faciliter l'admission et l'intégration des

étrangers diplômés d'une haute école suisse, FF 2010 373, ch. 3.1 p. 384).

4.

La recourante fait tout d'abord valoir que l'ordre de priorité au sens

de l'al. 1 de l'art. 21 LEtr aurait été respecté.

a) La recourante soutient que son employeur avait

estimé la recherche d'un travailleur indigène ou UE/AELE inutiles compte tenu,

d'une part, de la rareté des compétences nécessaires (à savoir principalement

la maîtrise de l'arabe parlé et écrit et les qualifications requises en matière

de psychologie systémique) et, d'autre part, de l'urgence à trouver un employé qualifié

au regard de l'afflux de migrants et réfugiés de langue maternelle arabe. Ces

éléments expliquent, selon le conseil de la recourante, que "le Dr B.________,

dans un besoin urgent de personnel qualifié, se soit tourné vers la recourante,

malgré avoir reçu un grand nombre de dossiers et candidatures spontanées,

suisses, européennes et non européennes, qui ne correspondaient pas à ses

attentes".

b) Pour prétendre au respect du principe de

priorité, l'employeur doit démontrer avoir entrepris les recherches nécessaires

(cf. consid. 3b supra). En l'occurrence, il n'est pas contesté que

l'employeur n'a procédé à aucune recherche sur le marché suisse ou européen

pour trouver un travailleur indigène. Or, on ne saurait suivre la recourante et

partir du principe intangible qu'il n'existe aucun candidat sur le marché

indigène dont les qualifications répondraient aux exigences du poste en

question, qui, de surcroît, apparaissent avoir été spécialement taillées sur

mesure pour épouser le profil de la recourante. La recourante n'a du reste pas

produit les candidatures spontanées que son employeur aurait reçues, puis

écartées. L'urgence alléguée n'autorisait pas davantage l'employeur à se passer

de toute recherche. Les conditions de l'art. 21 al. 1 LEtr ne sont par

conséquent pas respectées.

5.

La recourante se plaint encore d'une violation de l'art. 21 al. 3 LEtr.

a) Elle fait valoir que son activité revêt un

intérêt scientifique ou économique prépondérant pour la Suisse, justifiant dès

lors une dérogation au principe de priorité fixé à l'art. 21 al. 1 LEtr,

notamment au vu de ce qui suit:

"(…)

le travail que la recourante désire effectuer auprès du Dr B.________ s'inscrit

dans un cadre bien plus large que ce seul emploi. En effet, la recourante veut

intégrer la formation de psychothérapie clinique systémique (CAS, DAS) et

obtenir le titre FSP de psychothérapeute systémique. Pour ce faire, il est

exigé par la Fédération Suisse des Psychologues (FSP), d'avoir déjà accumulé

deux années d'expérience professionnelle au sein d'organisations, de cabinets

ou d'institutions pratiquant de la psychologie clinique. De plus, tout au long

de cette formation en psychologie systémique, il est obligatoire d'avoir un

poste en parallèle au travers duquel le candidat peut exercer la psychothérapie

clinique systémique (...). Force est de constater que les projets académiques

et professionnels de la recourante, dont le contrat avec le Dr B.________

représente un rouage indispensable, revêtent un intérêt scientifique

prépondérant, lorsqu'ils sont envisagés dans leur ensemble. Si la recourante

venait à se voir refuser une autorisation de séjour, son intégration au CAS,

DAS s'en trouverait compromise."

b) La recourante a obtenu un master à l'Université de

Lausanne. Elle est par conséquent diplômée d'une haute école suisse si bien

que, sur le principe, elle est habilitée à invoquer l'art. 21 al. 3 LEtr. Le

master obtenu porte sur la psychologie des enfants et des adolescents, mention

"consultation". A bien la suivre, la recourante entend exercer sa

profession de psychologue dans le cabinet en cause puis effectuer, après deux

années d'expérience, un 'Certificate of Advanced Studies' (CAS - Formation

continue) en psychothérapie systémique. Ainsi, et la recourante le dit

d'ailleurs sans équivoque, l'intérêt de ce poste est de lui permettre

d'accumuler de l'expérience en vue d'intégrer une formation plus spécialisée. En

d'autres termes, s'il est vrai que le poste pressenti dans un cabinet de consultation

est en lien avec les études - en sciences humaines - que la recourante a menées

en Suisse, il ne présente pas pour autant d'intérêt scientifique prépondérant:

il ne consiste pas en de la recherche ou du développement, mais uniquement en

l'application des connaissances acquises, sans compter que la recourante

n'établit pas que le domaine étudié serait particulièrement rare ou pointu. Par

ailleurs, le poste visé ne se rattache pas davantage à des activités revêtant

un intérêt économique prépondérant et ne relève pas non plus d'une profession

soumise à pénurie.

Par conséquent, on ne saurait considérer que les

conditions posées par l'art. 21 al. 3 LEtr, permettant de déroger à

l'ordre de priorité, seraient réunies en l'espèce.

c) L’ordre de priorité (art. 21 al. 1 LEtr) n’ayant

pas été respecté et une dérogation à ce principe n'étant pas justifiée (art. 21

al. 3 LEtr), il n’est pas nécessaire, pour l’issue du litige, d’examiner si

l'engagement de la recourante satisfait au surplus aux exigences de l'art. 22

LEtr (rémunération suffisante).

6.

Partant, le recours doit être rejeté et la décision attaquée confirmée. Les

frais de justice sont mis à la charge de la recourante, qui succombent (cf.

art. 49 al. 1 LPA-VD). Il n'y a pas lieu d'allouer de dépens (cf. art. 55 al. 1 a contrario LPA-VD).

Par

ces motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

I.

Le recours est rejeté.

II.

La décision du Service de l'emploi du 2 mai 2016 est confirmée.

III.

Un émolument de justice de 600 (cinq cents) francs est mis à la charge

de A.________.

IV.

Il n'est pas alloué de dépens.

Lausanne, le 24 octobre 2016

La présidente: La

greffière:

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de

l'avis d'envoi ci-joint, ainsi qu'au Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM).

Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa

notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en matière de droit

public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du 17 juin 2005 sur

le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours constitutionnel subsidiaire

à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans

une langue officielle, indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de

preuve, et être signé. Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte

attaqué viole le droit. Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent

être jointes au mémoire, pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il

en va de même de la décision attaquée.