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Décision

PE.2016.0198

CDAP - PE.2016.0198 - 2016-06-29 - A.X________/Service de la population (SPOP)

29 juin 2016Français14 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants:

A.

A.X________, ressortissant français né le ********1995, est arrivé en

Suisse le 8 septembre 2009, pour suivre des cours dispensés par l'IY________à 2********.

Il s'est vu délivrer une autorisation de séjour pour études valable jusqu'au 30

septembre 2010, qui a été renouvelée jusqu'au 30 septembre 2011. Il s'est

ensuite vu octroyer une autorisation de séjour par regroupement familial pour

vivre auprès de ses parents valable jusqu'au 21 juin 2015.

B.

Par ordonnance pénale du 30 juillet 2014, le Ministère public de

l'arrondissement de la Côte a reconnu A.X________ coupable d'infraction et de

contravention à la loi fédérale du 3 octobre 1951 sur les stupéfiants (LStup;

RS 812.121) et l'a condamné à une peine pécuniaire de 45 jours-amende, un

jour-amende valant 30 francs, avec sursis pendant deux ans, ainsi qu'à une

amende de 450 francs, convertible en 15 jours de peine privative de liberté de

substitution en cas de non paiement fautif. Il ressort de cette ordonnance

qu'entre le 18 octobre 2013 (date de sa majorité) et le 3 juillet 2014 (date de

son interpellation), A.X________ a consommé du cannabis occasionnellement, en

dépensant environ 80 francs par mois pour assouvir son vice et que, lors de son

interpellation, il était en possession d'un sachet contenant environ trois

grammes de cannabis. A cela s'ajoute qu'à des dates indéterminées, il s'est

rendu à deux reprises à 3******** pour obtenir du cannabis qu'il a revendu à

des amis, et qu'à 4********, le 2 juillet 2014, il a remis 2,5 grammes de

cannabis à deux amis qui lui avaient préalablement payé la marchandise.

Par ordonnance pénale du 19 janvier 2015, le

président du Tribunal des mineurs a condamné A.X________ à une peine privative

de liberté de trois mois, dont deux mois avec sursis pendant un an, pour

infraction à la LStup, en retenant que l'intéressé s'était adonné au trafic de

stupéfiants (marijuana) entre l'été 2012 et le 18 octobre 2013 (date de sa

majorité).

C.

Le 22 juin 2015, A.X________ a demandé à se voir octroyer une

autorisation d'établissement en remplacement de son autorisation de séjour qui

était arrivée à échéance.

Par décision du 30 mars 2016, notifiée à A.X________

le 4 mai 2016, le SPOP a refusé de transformer l'autorisation de séjour de

l'intéressé en autorisation d'établissement, en relevant que, conformément à

l'Accord d'établissement signé le 1er août 1946 entre la France et

la Suisse, l'autorisation d'établissement pouvait être accordée après cinq ans

de séjour légal et ininterrompu, s'il n'existait pas de motifs de révocation au

sens de l'art. 62 de loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr;

RS 142.20) et qu'en l'occurrence, A.X________ avait été condamné le 19 janvier

2015 par le Tribunal des mineurs pour infraction à la LStup, ce qui constituait

un cas de récidive puisqu'il avait déjà été condamné pour infractions à la

LStup par le Ministère public de l'arrondissement de la Côte le 30 juillet

2014. Le SPOP a par contre délivré une nouvelle autorisation de séjour à

l'intéressé.

D.

Le 3 juin 2016, A.X________ a recouru contre cette décision devant la

Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal. Il conclut

implicitement à l'annulation de la décision attaquée et à ce que son

autorisation de séjour soit transformée en autorisation d'établissement. Il

fait valoir que sa condamnation du 19 janvier 2015 a été prononcée pour des

faits antérieurs à sa condamnation du 30 juillet 2014 et qu'il ne s'agit dès

lors pas d'un cas de récidive. Selon lui, ses condamnations ne sauraient

justifier la révocation de son autorisation de séjour au sens de l'art. 62

let.b LEtr. Il relève également qu'il est bien intégré en Suisse et qu'il

poursuit des études universitaires à 3********. Il produit une attestation

émise par Z________à 3******** selon laquelle il est inscrit dans cette école

pour y suivre le programme de "Bachelor of Science in Business

Finance" pour la période courant d'octobre 2015 à octobre 2018.

Le 7 juin 2016, le SPOP a transmis son dossier au

tribunal. Il n'a pas été demandé de réponse à cette autorité.

Le 14 juin 2016, le recourant a spontanément produit

un extrait de son casier judiciaire daté du 13 juin 2016.

E.

Le recourant a déposé une demande d'assistance judiciaire, en demandant

d'être dispensé du paiement de l'avance de frais. Il n'a pas été en l'état

statué sur cette requête. Aucune avance de frais n'a été requise.

Considérants

1.

Déposé dans le délai de trente jours fixé par l’art. 95 de la loi

vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV

173.

), le recours est intervenu en temps utile et respecte au surplus les

conditions formelles énoncées à l’art. 79 LPA-VD (par renvoi de l’art. 99

LPA-VD), de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.

2.

Le recourant conteste le refus de l'autorité intimée de lui délivrer une

autorisation d'établissement au lieu d'une autorisation de séjour.

a) En vertu de l'art. 2 al. 2 de la LEtr, cette loi

n'est applicable aux ressortissants des Etats membres de la Communauté

européenne que dans la mesure où l'accord sur la libre circulation des

personnes n'en dispose pas autrement ou lorsque cette loi prévoit des

dispositions plus favorables. Ce principe est également posé à l'article 12 de

l'accord conclu le 21 juin 1999 entre la Confédération suisse, d'une part, et

la Communauté européenne et ses Etats membres, d'autre part, sur la libre

circulation des personnes (ALCP; RS 0.142.112.681).

L'ALCP ne contient pas de dispositions relatives aux

autorisations d'établissement. Selon l'art. 5 de l'ordonnance fédérale du 22

mai 2002 sur l'introduction de la libre circulation des personnes (OLCP; RS

142.

), les ressortissants de l'UE et de l'AELE ainsi que les membres de leur

famille reçoivent une autorisation d'établissement UE/AELE de durée

indéterminée sur la base de l'art. 34 LEtr et des art. 60 à 63 de l'ordonnance

relative à l'admission, au séjour et à l'exercice d'une activité lucrative du

24.

octobre 2007 (OASA; RS 142.201), ainsi qu'en conformité avec les conventions

d'établissement conclues par la Suisse.

Le recourant ne prétend pas que les

conventions conclues avant l'ALCP entre la Suisse et la France lui

conféreraient un droit à une autorisation d'établissement à d'autres conditions

que celles des art. 34 LEtr et 60 et ss OASA. Selon la jurisprudence de la Cour

de céans, ce sont bien ces dispositions qu'il y a lieu d'appliquer (cf. arrêt

CDAP PE.2011.0419 du 24 avril 2012).

Dans ses directives "I.Domaine des étrangers",

sous chiffre 3.4.3.2 et 3.4.3.3 (dans leur version au 1er juin 2016),

le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) précise que les accords

d'établissement, dont bénéficient notamment les ressortissants français, visent

à raccourcir le délai requis pour obtenir l'autorisation d'établissement en le

faisant passer de dix à cinq ans. L'existence d'un accord d'établissement

n'implique toutefois pas qu'une personne obtient automatiquement l'autorisation

d'établissement après cinq ans sans le moindre examen ni la moindre condition.

En effet, la personne concernée doit avoir effectué un séjour régulier et

ininterrompu relevant du droit des étrangers et il ne doit pas y avoir de

motifs de révocation ou d’expiration (art. 61 et 62 LEtr ainsi que 60, 61 et 82

OASA et l'ATF 120 Ib 360 consid. 3 toujours déterminant).

L’art. 34 LEtr a la teneur suivante :

1.

L'autorisation d'établissement est octroyée pour une durée indéterminée et sans conditions.

2.

L'autorité compétente peut octroyer une autorisation d'établissement à un étranger aux

conditions suivantes:

a. il a séjourné en Suisse au

moins dix ans au titre d'une autorisation de courte durée ou de séjour, dont

les cinq dernières années de manière ininterrompue au titre d'une autorisation

de séjour;

b. il n'existe aucun motif de

révocation au sens de l'art. 62 [LEtr].

3.

L'autorisation d'établissement peut être octroyée au terme d'un séjour plus court si des

raisons majeures le justifient.

4.

Elle peut

être octroyée au terme d'un séjour ininterrompu de cinq ans au titre d'une

autorisation de séjour lorsque l'étranger s'est bien intégré en Suisse, en

particulier lorsqu'il a de bonnes connaissances d'une langue nationale.

Les séjours temporaires ne sont

pas pris en compte dans le séjour ininterrompu de cinq ans prévu aux al. 2,

let. a, et 4. Les séjours effectués à des fins de formation ou de

perfectionnement (art. 27) sont pris en compte lorsque, une fois ceux-ci

achevés, l'étranger a été en possession d'une autorisation de séjour durable

pendant deux ans sans interruption.

L'art. 34 LEtr a un caractère potestatif et ne

confère à l'étranger aucun droit à l'obtention d'une autorisation

d'établissement (arrêts TF 2C_705/2012 du 24 juillet 2012 consid. 3.1;2C_382/2010 du 4 octobre 2010 consid. 5.3). Ainsi, l’autorité compétente en

matière d’autorisation de séjour dispose-t-elle en la matière d'un libre

pouvoir d'appréciation, dans l'exercice duquel elle doit néanmoins tenir compte

des intérêts publics, de la situation personnelle de l'étranger, ainsi que de

son degré d'intégration (cf. art. 54 al. 2 et 96 al. 1 LEtr; arrêt TF

2C_183/2012 du 17 décembre 2012 consid. 1.2; arrêt du Tribunal administratif

fédéral [TAF] C-3578/2012 du 8 avril 2014 consid. 7.2.1). Avant d'octroyer une autorisation d'établissement, il convient en particulier d'examiner quel a été le

comportement du requérant jusqu'ici et de vérifier si son degré d'intégration

est suffisant (art. 60 OASA; voir notamment arrêt PE.2015.0283 du 10 décembre

2015).

b) A teneur de l'art. 62 al. 1 OASA, l'autorisation

d'établissement peut être octroyée de manière anticipée au sens de l'art. 34

al. 4 LEtr en cas d'intégration réussie, notamment lorsque l'étranger respecte

l'ordre juridique suisse et les valeurs de la Constitution fédérale (let. a), dispose de connaissances de la langue nationale parlée au

lieu de domicile équivalant au moins au niveau A2 du Cadre européen commun de

référence pour les langues publié par le Conseil de l'Europe; les connaissances

d'une autre langue nationale peuvent également être prises en compte dans des

cas dûment motivés (let. b), manifeste sa volonté de participer à la vie économique

et de se former (let. c) (cf. aussi art. 4 de l'ordonnance du 24 octobre 2007 sur l'intégration des étrangers [OIE; RS 142.205], qui reprend ces

conditions).

Selon la jurisprudence du Tribunal administratif

fédéral, l'octroi d'une autorisation d'établissement à titre anticipé doit être

vu comme une récompense, susceptible d'encourager les étrangers dans leurs

efforts d'intégration. Statuant en vertu de son libre pouvoir d'appréciation,

l'autorité compétente doit néanmoins accorder une attention particulière au

degré d'intégration du recourant. En effet, plus le statut juridique sollicité

confère des droits étendus au recourant, plus les exigences liées au niveau

d'intégration sont élevées (arrêts TAF C-2652/2012 du 19 février 2014 consid. 6.4 et 6.5; C-4745/2009 du 3 mars 2010 consid. 7.2).

En tant qu'elle résulte du respect de l'ordre

juridique suisse et des valeurs de la Constitution fédérale (art. 62 al. 1 let. a OASA), l'intégration du requérant peut être démontrée par la

preuve d'une réputation irréprochable sur le plan pénal (attestée par la remise

d'un extrait de casier judiciaire) et de rapports livrés par les services

officiels ne révélant aucune activité susceptible de menacer l'ordre public (arrêt

TAF C-2179/2013 du 20 août 2014 consid. 6.6; cf. aussi les directives du SEM chapitre IV "Intégration", annexe 1 ad ch. 2.2 et 2.3.4). Il résulte néanmoins de la jurisprudence du Tribunal administratif fédéral que l’existence d’une infraction légère sur le plan pénal ne conduit pas nécessairement à nier l’intégration du recourant en tant qu’elle résulte du respect de l'ordre juridique suisse et des valeurs de la Constitution fédérale (cf. arrêts TAF C-3160/2012 du 12 juin 2014 consid. 8.2.3; C-1603/2011 du 15 mai 2013 consid. 7.6, par exemple en cas d’infractions à la loi fédérale

sur la circulation routière du 19 décembre 1958 [LCR; RS 741.01] pour conduite sans permis de conduire ou conduite de véhicules dépassant le poids

autorisé). Une condamnation pénale peut par contre justifier un

refus – du moins temporaire – de l'octroi d'une autorisation d'établissement,

même dans le cas où une révocation selon l'art. 62 LEtr ne serait pas possible

ou apparaîtrait disproportionnée (PE.2015.0430 du 4 mars 2016).

c) En l’espèce, le recourant, né en octobre 1995,

est arrivé en Suisse en septembre 2009. Agé aujourd'hui de 20 ans, il a déjà

fait l'objet de deux condamnations pénales pour infraction et contravention à

la LStup, domaine pour lequel le Tribunal fédéral se montre particulièrement

rigoureux pour évaluer la menace que représente un étranger (ATF 139 II 121 consid.

5.

), pour des faits commis entre l'été 2012 et juillet 2014. Les peines

prononcées (trois mois de privation de liberté et 45 jours-amende) démontrent

une certaine gravité du comportement délictueux. Même si le trafic auquel le

recourant s'est adonné ne portait pas sur des drogues dures et qu'il a

vraisemblablement servi à financer sa propre consommation, ce comportement

démontre que le recourant ne s'est pas conformé à l'ordre juridique suisse

pendant de nombreux mois. Peu importe que la deuxième condamnation du recourant

lui ait été infligée pour des faits antérieurs à ceux réprimés par sa première

condamnation, le juge des mineurs s'étant prononcé après celui des adultes. L’appréciation

de l’autorité intimée selon laquelle l’octroi d’une autorisation

d’établissement à titre anticipé en faveur du recourant ne se justifie pas au

vu de ses condamnations pénales ne prête pas le flanc à la critique. Elle ne

procède pas d’un excès ou d’un abus du pouvoir d’appréciation dont elle dispose

dans ce domaine (art. 98 let. a LPA-VD).

3.

Manifestement mal fondé, le recours doit être rejeté et la décision

attaquée, confirmée, sans qu'il soit nécessaire de procéder à un échange

d'écritures (art. 82 al. 1 LPA-VD). Le sort du recours, dénué de chances de

succès, était d'emblée prévisible, de sorte que la requête d'assistance

judiciaire doit être rejetée (art. 18 al. 1 LPA-VD a contrario). Un

émolument judiciaire doit être mis à la charge du recourant qui succombe (art.

49.

LPA-VD). Il n'y a pas lieu d'allouer des dépens (art. 55 LPA-VD a contrario).

Par

ces motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

I.

Le recours est rejeté.

II.

La décision du Service de la population du 30 mars 2016 est confirmée.

III.

La requête d'assistance judiciaire est rejetée.

IV.

Un émolument judiciaire de 500 (cinq cents) francs est mis à la charge

de A.X________.

V.

Il n'est pas alloué de dépens.

Lausanne, le 29 juin 2016

Le président: La

greffière:

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de

l'avis d'envoi ci-joint, ainsi qu'au Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM).

Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa

notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en matière de droit

public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du 17 juin 2005 sur

le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours constitutionnel subsidiaire

à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans

une langue officielle, indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de

preuve, et être signé. Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte

attaqué viole le droit. Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent

être jointes au mémoire, pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il

en va de même de la décision attaquée.