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Décision

PE.2021.0158

CDAP - PE.2021.0158 - 2022-09-12 - A.________ /Département de l'économie, de l'innovation de l'emploi et, Service de la population (SPOP)

12 septembre 2022Français19 min

I.

Source vd.ch

TRIBUNAL CANTONAL

COUR DE DROIT ADMINISTRATIF ET PUBLIC

Arrêt du 12 septembre 2022

Composition

Mme Annick Borda, présidente; M. Fernand Briguet, assesseur et Mme Claude-Marie Marcuard,

assesseure; Mme Marie-Christine Bernard, greffière.

Recourant

A.________ à ********, représenté

par Me Michel Dupuis, avocat, à Lausanne,

Autorité intimée

Département de l'économie, de

l'innovation de l'emploi et

du patrimoine (DEIEP),

Autorité concernée

Service de la population (SPOP),

Objet

Révocation

Recours A.________ c/ décision du Département de

l'économie, de l'innovation et du sport (DEIS) du 18 octobre 2021 révoquant

son autorisation d'établissement et prononçant son renvoi de Suisse

Vu les faits suivants:

A.

Ressortissant algérien né le 21 novembre 1970, A.________ est arrivé en

Suisse le 1er avril 2008, se légitimant au moyen d'une fausse carte

d'identité et d'un faux passeport établis au nom de Nadir Tighilt, resssortissant

français né le 24 juillet 1975. Par ce procédé et dès lors qu'il était au

bénéfice sous ce faux nom d'un contrat de travail de durée indéterminée en

qualité d'employé de cuisine auprès du restaurant de l'Hôtel-de-Ville à

Bussigny, il a reçu une autorisation de séjour et de travail CE/AELE valable

jusqu’au 13 avril 2013.

B.

Du 1er octobre 2011 au 31 mars 2013, l'intéressé a bénéficié

du revenu d'insertion (RI) pour un montant de 34'157 francs.

C.

Le 15 mars 2013, A.________ a demandé d'être mis au bénéfice d'un permis

d'établissement UE/AELE.

D.

Du 3 avril au 2 décembre 2013, il a travaillé en qualité de stagiaire

auxiliaire de santé pour l'EMS Clair-Soleil à Ecublens.

E.

Par décision du 10 septembre 2013, le SPOP a refusé de transformer

l'autorisation de séjour de l'intéressé en autorisation d'établissement au

motif que sa situation financière n'était pas stable, qu'en effet, il avait eu

recours aux prestations de l'assistance publique par l'intermédiaire du RI du 1er

octobre 2011 au 31 mars 2013 pour un montant total de 34'157 fr. et qu'il avait

trouvé un emploi avec un contrat de travail conclu pour une durée maximale du 3

avril au 2 décembre 2013.

F.

Par ordonnance pénale du 27 avril 2016, l'intéressé a été condamné à une

amende de 500 fr. pour avoir volé une paire de lunettes dans un magasin.

Depuis le mois de décembre 2017, il a travaillé pour

des missions temporaires.

L'intéressé a perçu le RI d'octobre 2011 à mars 2013

et de novembre 2016 à octobre 2017, pour un montant total de 59'389 fr. 30.

G.

Le 27 avril 2018, il a été mis au bénéfice d'une autorisation

d'établissement UE/AELE valable jusqu'au 13 avril 2023.

H.

Le 7 juilllet 2019, il a fait l'objet d'un rapport de dénonciation par

la police cantonale du Tessin, à qui la police ferroviaire l'avait remis suite

à un contrôle dans le train. Dans le cadre de ce contrôle, lors duquel l'intéressé

s'était légitimé avec son autorisation d'établissement UE/AELE, les contrôleurs

ont découvert dans ses affaires d'autres documents d'identité établis au nom de

A.________, ressortissant algérien.

Faits

I.

Par ordonnance pénale du 4 février 2020 rendue par le Ministère public

de l'arrondissement de Lausanne, A.________ a été condamné à une peine

privative de liberté de 180 jours, avec sursis pendant deux ans, et à une

amende de 700 fr. pour avoir obtenu frauduleusement des autorisations de séjour

et d'établissement sur la base de faux documents d'identité français et avoir

par conséquent séjourné et travaillé en Suisse sans autorisation valable.

L'intéressé a été engagé comme auxiliaire de santé

auprès de la Fondation La Rozavère, à Lausanne, pour une durée indéterminée

depuis le 1er avril 2020.

Le 21 juin 2021, le SPOP a informé A.________ de son

intention de proposer au Chef du Département de l’économie, de l’innovation et

du sport (DEIS, ancienne dénomination du Département de l'économie, de

l'innovation, de l'emploi et du patrimoine [DEIEP]) la révocation de son

autorisation d’établissement et son renvoi de Suisse, au motif qu’il avait

obtenu une autorisation de séjour CE/AELE, puis une autorisation

d’établissement UE/AELE, sur la base de fausses déclarations s’agissant de sa

nationalité.

L'intéressé s'est déterminé le 25 août 2021.

J.

Par décision du 18 octobre 2021, le Chef du DEIS a révoqué

l’autorisation d’établissement de l'intéressé, prononcé son renvoi de Suisse,

et lui a imparti un délai immédiat pour quitter le pays.

K.

Par acte du 15 novembre 2021, A.________ a recouru contre cette décision

devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP). Il

conclut à la réforme de la décision en ce sens que son autorisation

d’établissement soit maintenue et son renvoi de Suisse annulé, subsidiairement

au remplacement de son autorisation d'établissement par une autorisation de

séjour, et plus subsidiairement à ce que la cause soit renvoyée au SPOP pour

nouvelles instruction et décision. Il a indiqué admettre avoir donné des

indications inexactes sur sa situation personnelle lorsqu'il était arrivé en

Suisse en 2008, mais qu'il convenait désormais de tenir compte de circonstances

personnelles et particulières de son cas, telles que la durée de son séjour en

Suisse, son intégration dans notre pays et le préjudice auquel son renvoi de

Suisse l'exposerait.

Dans sa réponse du 28 décembre 2021, le SPOP a

indiqué s'en remettre aux écritures du Chef du DEIS.

Dans sa réponse du 17 janvier 2022, le Chef du DEIS

s'est référé à sa décision.

Le recourant a répliqué le 21 février 2011.

L.

La cour a statué par voie de circulation.

Considérant en droit:

Considérants

1.

Interjeté en temps utile (cf. art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre

2008.

sur la procédure administrative [LPA-VD; BLV 173.36]), le recours

satisfait aux autres conditions formelles de recevabilité (cf. art. 79 al. 1

LPA-VD, applicable par renvoi de l’art. 99 LPA-VD), de sorte qu’il y a

lieu d’entrer en matière sur le fond.

2.

La décision attaquée révoque l’autorisation d'établissement UE/AELE

délivrée au recourant.

a) Les ressortissants étrangers ne bénéficient en

principe d'aucun droit à l'obtention d'une autorisation de séjour et de

travail, sauf s'ils peuvent le déduire d'une norme particulière du droit

fédéral ou d'un traité international (ATF 135 II 1 consid. 1.1; 131 II 339

consid. 1; 130 II 281 consid. 2.1, 493 consid. 3.1).

Ressortissant algérien, le recourant ne peut

invoquer aucun traité en sa faveur. Il n’est ainsi pas fondé à se prévaloir de

la libre circulation et des textes qui la mettent en œuvre, parmi lesquels l’accord

entre la Confédération suisse, d’une part, et la Communauté européenne et ses

Etats membres, d’autre part, sur la libre circulation des personnes, conclu le

21.

juin 1999 (ALCP; RS 0.142.112.681). En effet, selon les art. 2 al. 2

ALCP et 1er par. 1 annexe I ALCP, cet accord s'applique aux

ressortissants des parties contractantes. Le recourant a obtenu une

autorisation d'établissement UE/AELE en se prévalant de faux documents

d’identité et d’une nationalité française qu’il ne détient pas. Par conséquent,

cette autorisation, dont les conditions n’étaient à l’évidence pas remplies,

n’aurait en réalité jamais dû lui être accordée.

b) Le recours s’examine ainsi uniquement au regard

du droit interne, soit la loi fédérale sur les étrangers et l'intégration

(ci-après: LEI; RS 142.20) et ses ordonnances d’application.

c) L’art. 63 al. 1 let. a LEI prévoit que

l’autorisation d’établissement peut notamment être révoquée aux conditions de

l’art. 62 al. 1 let. a LEI, c’est-à-dire si l’étranger ou son représentant

légal a fait de fausses déclarations ou a dissimulé des faits essentiels durant

la procédure d’autorisation. On rappelle à cet égard qu’aux termes de l'art. 13

al. 1 LEI, tout étranger doit produire une pièce de légitimation valable

lorsqu'il déclare son arrivée. L'art. 90 LEI impose à l'étranger et aux tiers

participant à une procédure prévue par la présente loi de collaborer à la constatation

des faits déterminants pour son application; ils doivent en particulier fournir

des indications exactes et complètes sur les éléments déterminants pour la

réglementation du séjour (let. a), fournir sans retard les moyens de preuves

nécessaires ou s'efforcer de se les procurer dans un délai raisonnable (let.

b), se procurer une pièce de légitimation (art. 89) ou collaborer avec les

autorités pour en obtenir une (let. c).

L’arrêt CDAP PE.2019.0286 du 6 janvier 2020 (consid.

3/b/bb) rappelle que le silence ou l’information erronée doit avoir été utilisé

de manière intentionnelle, à savoir dans l’optique d’obtenir une autorisation

de séjour ou d’établissement. La tromperie n’a pas à être causale, en ce sens

qu’il n’est pas nécessaire qu’elle ait joué un rôle décisif dans l’octroi de

l’autorisation (arrêts TF 2C_227/2011 du 25 août 2011 consid. 2.2; 2C_651/2009

du 1er mars 2010 consid. 4.1.1 et les références citées; arrêt CDAP PE.2014.0354

du 19 novembre 2014 consid. 1a et les références citées). Ainsi, lorsque

l'autorité pose des questions à l'étranger, celui-ci doit y répondre

conformément à la vérité. Les fausses déclarations qui portent sur des éléments

déterminants pour l'octroi de l'autorisation de séjour ou d'établissement

conduisent à la révocation de celle-ci. Il ne doit toutefois pas être établi

que l'autorisation aurait avec certitude été refusée si l'autorité avait obtenu

une information correcte. Quant à la dissimulation de faits essentiels, au même

titre que pour les fausses déclarations, il faut que l'étranger ait la volonté

de tromper l'autorité. Cela est notamment le cas lorsqu'il cherche à provoquer,

respectivement à maintenir, une fausse apparence sur un fait essentiel (ATF 142 II 265 consid. 3.1 et les références citées; arrêts TF 2C_261/2018 du 7

novembre 2018 consid. 4.1; 2C_176/2018 du 11 septembre 2018 consid. 3.1;

2C_656/2017 du 23 janvier 2018 consid. 4.1; 2C_1011/2016 du 21 mars 2017

consid. 4.3). En outre, il importe peu que l'autorité eût pu, en faisant preuve

de la diligence nécessaire, découvrir par elle-même les faits dissimulés

(arrêts TF 2C_420/2018 du 17 mai 2018 consid. 6.1; 2C_227/2011 du 25 août 2011

consid. 2.2).

d) En l’espèce, le recourant a intentionnellement

trompé les autorités suisses sur la question décisive de sa nationalité en

produisant un faux passeport français et une fausse carte d'identité française

au nom de Nadir Tighilt, afin d’obtenir une autorisation de séjour et de

travail à laquelle il ne pouvait prétendre, puisqu’il n’est pas ressortissant

de l’UE. Cette tromperie a joué un rôle décisif, puisque cette autorisation lui

a été délivrée. Le recourant a ensuite été mis au bénéfice d'une autorisation

d'établissement sur la base de son séjour en Suisse d'au moins dix ans au titre

d'une autorisation de séjour. Par ordonnance pénale du 4 février 2020, il a

finalement été condamné pour avoir obtenu frauduleusement des autorisations de

séjour et d'établissement sur la base de faux documents d'identité français.

Le motif de révocation de l'art. 62 al. 1 let. a LEI

est dès lors incontestablement réalisé. L'existence d'un ou plusieurs motifs de

révocation ne suffit toutefois pas à justifier la révocation de l'autorisation

d'établissement du recourant. Il faut encore que la pesée des intérêts à

effectuer dans le cas d'espèce fasse apparaître la mesure comme proportionnée

aux circonstances (ATF 135 II 377 consid. 4.3; cf. ég. art. 96

al. 1 LEI), ce qui est précisément contesté par le recourant.

3.

a) D'après l'art. 96 al. 1 LEI, les autorités compétentes tiennent

compte, en exerçant leur pouvoir d'appréciation, des intérêts publics, de la

situation personnelle de l'étranger, ainsi que de son degré d'intégration.

Selon l'al. 2 de cette disposition, lorsqu'une mesure serait justifiée, mais

qu'elle n'est pas adéquate, l'autorité compétente peut donner un simple

avertissement à la personne concernée en lui adressant un avis comminatoire.

Dans le cadre de l’examen de la proportionnalité, il

faut que la pesée des intérêts publics et privés effectuée dans le cas d’espèce

fasse apparaître la mesure d’éloignement comme proportionnée aux circonstances.

A cet égard, il faut prendre en considération, outre une éventuelle faute et sa

gravité, la situation personnelle de l’étranger, son degré d’intégration, la

durée de son séjour en Suisse ainsi que les inconvénients que lui et sa famille

devraient subir si la mesure litigieuse était appliquée (ATF 139 I 16 consid.

2.2.1; 139 I 145 consid. 2.3; 135 II 377 consid. 4.3; arrêts du TF 2C_1004/2018

du 11 juin 2019 consid. 8.1; 2C_754/2018 du 28 janvier 2019 consid. 6.2;

2C_706/2015 du 24 mai 2016 consid. 5, non publié in ATF 142 II 265). Quant aux

intérêts publics touchés, il s'agit du respect de l'ordre public et la limitation

de l’immigration, ainsi que l'intérêt à un certain équilibre entre une

population résidente indigène et étrangère, le législateur suisse ayant opté

pour une politique migratoire restrictive (ATF 144 I 266 consid. 3.7; 138 I 246

consid. 3.2.2; 135 I 153 consid. 2.2.1). On peut en tirer plus particulièrement

l'intérêt public d’éviter l’admission de personnes arrivées de manière

illégale, voire même en ayant recours à des actes délictueux (arrêts CDAP

PE.2018.0277 du 5 mars 2019 consid. 5b; PE.2018.0260 du 19 novembre 2018

consid. 3).

Cette pesée des intérêts s’impose également sous

l’angle de la protection de la vie privée garantie par l’art. 8 de la

convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales

conclue le 4 novembre 1950 (CEDH; RS 0.101). Selon la jurisprudence du Tribunal

fédéral, lorsque l’étranger réside légalement depuis plus de dix ans en Suisse,

ce qui correspond en droit suisse au délai pour obtenir une autorisation

d'établissement ou la naturalisation, il y a lieu de partir de l'idée que les

liens sociaux qu'il a développés avec le pays dans lequel il réside sont

suffisamment étroits pour que le refus de prolonger ou la révocation de

l'autorisation de rester en Suisse doivent n'être prononcés que pour des motifs

sérieux. Lorsque la durée de la résidence est inférieure à dix ans mais que

l'étranger fait preuve d'une forte intégration en Suisse, le refus de prolonger

ou la révocation de l'autorisation de rester en Suisse peut également porter

atteinte au droit au respect de la vie privée (ATF 144 I 266 consid. 3.9; arrêts

du TF 2C_525/2019 du 16 septembre 2019 consid. 6.1; 2C_733/2019 du 3 septembre

2019.

consid. 3.2; 2C_459/2019 du 17 mai 2019 consid. 3.1). Le droit à la vie

privée peut néanmoins être restreint aux conditions de l’art. 8 par. 2 CEDH et

la pesée globale des intérêts requise par cette disposition est analogue à

celle imposée par l’art. 96 LEI (ATF 144 I 266 consid. 3.8; ATF 139 I 31

consid. 2.3.2; arrêts du TF 2C_752/2019 du 27 septembre 2019 consid. 10.3;

2C_278/2019 du 27 mai 2019 consid. 5.1; 2C_806/2018 du 20 mars 2019 consid.

6.1; 2C_754/2018 du 28 janvier 2019 consid. 6.1).

Selon la jurisprudence, si la durée de séjour en

Suisse d’un étranger constitue un critère très important (ATF 135 II 277 consid.

4.4

et 4.5), l'importance de la durée du séjour doit toutefois être relativisée

lorsque cette durée a été rendue possible par de fausses déclarations ou par la

dissimulation de faits essentiels (arrêts du TF 2C_1004/2018 du 11 juin 2019

consid. 8.1; 2C_754/2018 du 28 janvier 2019 consid. 6.2; 2C_261/2018 du 7

novembre 2018 consid. 5.2; 2C_176/2018 du 11 septembre 2018 consid. 5.2;

2C_234/2017 du 11 septembre 2017 consid. 7.1). En effet, dans un tel cas, c'est

bien parce que l'étranger a fait de fausses déclarations ou qu'il a dissimulé

des faits essentiels durant la procédure d'autorisation qu'il a pu séjourner

(longuement) dans notre pays. Il est donc légitime d'accorder, en pareilles

circonstances, une importance moindre à la durée du séjour (arrêt du TF

2C_754/2018 du 28 janvier 2019 consid. 6.2). Par ailleurs, lorsque l'étranger a

pu s'intégrer à la faveur de titres de séjour obtenus en trompant les

autorités, une bonne intégration ne pèse également qu'un faible poids dans la

balance des intérêts à effectuer. Elle ne peut en tout cas pas justifier à elle

seule la prolongation du séjour en Suisse (arrêts du TF 2C_1004/2018 du 11 juin

2019.

consid. 8.1; 2C_754/2018 du 28 janvier 2019 consid. 6.2 et les réf. citées;

2C_261/2018 du 7 novembre 2018 consid. 5.2; 2C_234/2017 du 11 septembre 2017

consid. 7.1).

b) En l’occurrence, le recourant invoque la durée de

son séjour en Suisse, sa bonne intégration et le préjudice auquel son renvoi de

Suisse l'exposerait. Il fait valoir qu'il vit à Lausanne depuis 2008. Il s'exprime parfaitement en français. Il a toujours régulièrement travaillé pour des missions temporaires,

notamment plusieurs mois comme auxiliaire de santé auprès

de la Fondation des aveugles, ainsi que durant deux années environ dans le cadre de missions temporaires par la société de

placement Home Assistance Médical et Services. Par la suite,

après avoir effectué des formations dans le domaine des

soins des personnes âgées, il a travaillé, dans le cadre de missions

temporaires dans un premier temps, auprès de la Fondation

La Rozavère, à Lausanne, avant d'être mis au bénéfice par celle-ci d'un contrat

de travail de durée indéterminée dès le mois d'avril 2020. S'il a

bénéficié du revenu d'insertion en 2011 et 2012, puis en 2016 et 2017, c'est

non pas par oisiveté ou par défaut de travail mais en raison des formations qu'il

a entreprises qui ne lui permettaient pas toujours d'exercer une activité à

plein temps ou d'obtenir des missions temporaires compte tenu du temps qu'il

devait consacrer aux dites formations. À cet égard, il se prévaut d’avoir eu la volonté de se former et de

se consacrer à l'aide des personnes âgées dans le cadre d'une activité

professionnelle qui n'est pas aisée. Enfin, il a développé en Suisse son

centre de vie et l'ensemble de ses relations sociales, et n'a plus d'attaches

avec son pays d'origine. Selon lui, sa

situation personnelle doit permettre de lui octroyer à tout le moins une

autorisation de séjour en lieu et place de son autorisation d'établissement.

c) Le tribunal retient que le recourant séjourne en

Suisse depuis le 1er avril 2008, soit depuis plus de treize ans au

jour où la décision attaquée a été rendue. Son séjour dans notre pays constitue

donc un séjour relativement long. Cet élément doit toutefois être relativisé

selon la jurisprudence, puisque le recourant a obtenu ses autorisations de

séjour puis d’établissement en prétendant faussement être ressortissant

français et qu’il n’aurait à l’évidence pas été autorisé à séjourner en Suisse

s’il avait, dès 2008, fait état de sa véritable nationalité. Par ailleurs, s'il

parle certes le français, le recourant est toutefois célibataire et sans enfant

et a fait l'objet de deux condamnations pénales (la première pour avoir volé

une paire de lunettes dans un magasin et la seconde pour avoir obtenu

frauduleusement des permis de séjour et d'établissement sur la base de faux

documents d'identité français). Sur le plan social, son intégration est donc

faible. Sur le plan professionnel, elle est également modeste. En effet, si le

recourant est certes depuis le mois d'avril 2020 au bénéfice d'un contrat de

travail de durée indéterminée, il n'a jusque là exercé que divers emplois

temporaires et a eu périodiquement recours à l'Aide sociale. Le relevé fait

état d'un montant total de 59'389 fr. 30 versé durant la période d'octobre 2011

à mars 2013 et de novembre 2016 à octobre 2017. À cet égard, on relève qu'il

est peu plausible que le recourant ait bénéficié du RI pour couvrir des

périodes de formation, sauf à avoir détourné le but de cette aide étatique, qui

n'est pas destinée à supporter le suivi d'une formation (voir PS.2020.0026 du 8

décembre 2020, consid. 2b). S’agissant du préjudice que le recourant aurait à

subir du fait de la révocation de son autorisation d’établissement et de son

renvoi de Suisse, la Cour de céans constate que, né en 1970, il a passé toute

son enfance, son adolescence et une partie de sa vie d’adulte en Algérie, dont

il maîtrise ainsi la langue et connaît la culture. Un retour dans son pays

d’origine ne sera donc pas insurmontable pour lui, étant rappelé que le fait

que l’étranger doive retrouver des conditions de vie qui sont usuelles dans son

pays de provenance ne saurait suffire à maintenir son titre de séjour, même si

ces conditions de vie sont moins avantageuses que celles dont il bénéficie en

Suisse.

Il s’ensuit que l’intérêt public à ce que le recourant

ne puisse tirer profit de la dissimulation de son identité et de sa nationalité

ne saurait céder le pas devant son intérêt privé à poursuivre son séjour en

Suisse. Partant, la décision attaquée n’apparaît pas disproportionnée.

4.

Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours et à la

confirmation de la décision attaquée. Il appartiendra à l’autorité intimée

d’impartir un nouveau délai de départ au recourant. Les frais de la présente

procédure sont mis à la charge du recourant, qui succombe (art. 49 al. 1

LPA-VD). Il n’est pas alloué de dépens (art. 55 al. 1 LPA-VD a contrario).

Dispositif

Par ces motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

I.

Le recours est rejeté.

II.

La décision du Chef du Département de l’économie, de l’innovation et du

sport du 18 octobre 2021 est confirmée.

III.

Les frais du présent arrêt, par 600 (six cents) francs, sont mis à la

charge du recourant.

IV.

Il n’est pas alloué de dépens.

Lausanne, le 12 septembre 2022

La présidente: La greffière:

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de

l'avis d'envoi ci-joint ainsi qu'au SEM.

Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa

notification, d'un recours au Tribunal fédéral (Tribunal fédéral suisse, 1000

Lausanne 14). Le recours en matière de droit public s'exerce aux conditions des

articles 82 ss de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS

173.110), le recours constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss

LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle,

indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé.

Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit.

Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire, pour

autant qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la décision

attaquée.